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	<title>Anna PIROZZI - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Anna PIROZZI - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>PONCHIELLI, La Gioconda &#8211; Athènes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/ponchielli-la-gioconda-athenes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Venissac]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Oct 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Coups, insultes, harcèlement sexuel, féminicide, ombre du viol, suicide, le tout subi par trois personnages féminins opprimés : avec un regard contemporain, La Gioconda s’inscrit indéniablement dans « la défaite des femmes » consacrée par l’opéra romantique, avec un catalogue de violences particulièrement fourni. Victor Hugo lui-même, dans la préface de la pièce originale, parle de sa &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">Coups, insultes, harcèlement sexuel, féminicide, ombre du viol, suicide, le tout subi par trois personnages féminins opprimés : avec un regard contemporain, <em>La Gioconda</em> s’inscrit indéniablement dans « la défaite des femmes » consacrée par l’opéra romantique, avec un catalogue de violences particulièrement fourni. Victor Hugo lui-même, dans la préface de la pièce originale, parle de sa volonté d’illustrer le sort tragique de « toutes les femmes, toute la femme ».</p>
<p style="text-align: left;"><strong>Oliver Mears</strong>, dans la production créée en 2024 à Salzbourg, s’intéresse du moins à l’oppression d’une femme, celle de Gioconda. Par une scène jouée, puis par la Danse des Heures qui retrace le passé du personnage sous forme de divertissement, il intègre au récit un triple traumatisme originel dans l’enfance du rôle-titre : la mort de son père, le viol puis la prostitution. On la verra également lors d’un interlude se gaver de médicaments dans un cabinet médical avant de subir des électro-chocs. Barnaba devient une figure de violeur uniformément maléfique, sorte d’ogre pédophile. Il subira dans la dernière scène la revanche de Gioconda, qui incarne une forme d’ange vengeur après s’être débarrassée dans l’indifférence générale d’Alvise au troisième acte. Qui s’attendrait en lisant cette description à un spectacle radical et violent sera pourtant surpris par une production plutôt conventionnelle, les quelques ajouts s’inscrivant dans un récit linéaire et tout à fait lisible. A l’exception notable de la mort d’Alvise, les ajouts s’intègrent à la dramaturgie originale sans trop de heurts, notamment grâce à la chorégraphie très réussie de <strong>Lucy Burge</strong> pour la Danse des Heures. Paradoxalement, nos réserves se portent aussi bien sur un trait trop lourd (la caractérisation de Barnaba) que sur une certaine retenue dans la charge sociétale. La production explore en effet un traumatisme individuel, sans s’interroger sur le système d’oppression qui est au cœur de l’œuvre, aucun homme n’y étant innocent, même pas Enzo, et aucune femme n’y étant en sécurité. Pour autant, on ne comprend pas vraiment la vague de huées aux saluts de l’équipe de mise en scène, pour un spectacle inabouti mais peu polémique.</p>
<figure id="attachment_202138" aria-describedby="caption-attachment-202138" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-large wp-image-202138" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_1443-1024x683.jpeg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-202138" class="wp-caption-text">Anna Pirozzi, Anita Rachvelishvili, Alisa Kolosova<br />©️Andreas Simopoulos</figcaption></figure>
<p>Heureusement, l’Opéra National de Grèce a su réunir les moyens nécessaires pour l’exécution d’une œuvre réputée pour sa difficulté, et pour les six chanteurs d’exception qu’elle nécessite. <strong>Anna Pirozzi</strong> fait partie des rares chanteuses actuelles capables d’assumer le rôle de Gioconda, dans toute son étendue vocale, avec un sens du phrasé et du style italien qui la rendent réellement touchante. Capable d’aigus puissants, amples et timbrés, elle séduit aussi par sa capacité à alléger en deuxième partie, et par la flexibilité quasi-belcantiste de certains passages (la dernière scène notamment). Tout au plus lui manque-t-il ce soir un surcroît de dramatisme, que ce soit sur scène ou dans le format vocal. Il faut dire que les deux autres chanteuses de la distribution marquent par des instruments particulièrement sonores, à commencer par la Cieca d’<strong>Anita Rachvelishvili</strong>, intense de bout en bout. Totalement à sa place dans ce rôle de contralto, elle étonne par des graves poitrinés d’une rare ampleur et un engagement désarmant. <strong>Alisa Kolosova</strong> (Laura) fait trembler les murs dès son « Grazia » initial, d’une voix presque disproportionnée dans ce contexte, mais d’une santé et d’une rondeur exemplaires. Loin de n’être qu’une athlète à décibels, la musicienne est élégante, investie dramatiquement, et son duo avec Pirozzi du deuxième acte est l’un des grands moments de la représentation. Une artiste dont il faut suivre la carrière de près, au sein d’un trio féminin extrêmement solide.</p>
<figure id="attachment_202139" aria-describedby="caption-attachment-202139" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-large wp-image-202139" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_1440-1024x683.jpeg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-202139" class="wp-caption-text">Tassos Apostolou, Alisa Kolosova, Dimitri Platanias<br />©️Andreas Simopoulos</figcaption></figure>
<p>Le duo de Kolosova avec l’Enzo de <strong>Francesco Pio Galasso</strong> n’est pas bien assorti vocalement, le deuxième ne pouvant rivaliser avec la projection de la première. Il réussit pourtant à convaincre dans un rôle ingrat par une finesse inattendue, et par son naturel scénique. On aimerait le réentendre dans un répertoire moins lourd vocalement. L’Alvise de <strong>Tassos Apostolou</strong> est lui aussi moins ample qu’attendu, mais nous convainc entièrement. Il compose par la noblesse de son phrasé et de son jeu un personnage totalement crédible, indéniablement intelligent, élégant et ainsi d’autant plus violent. Le Barnaba de <strong>Dimitri Platanias</strong>, habitué de la maison, remporte un franc succès auprès du public. Les moyens vocaux sont remarquables, et il faut saluer le travail pour incarner avec professionnalisme un personnage aussi uniformément glauque et brutal que le veut la mise en scène. Étant en désaccord complet avec les choix scéniques le concernant, on aura cependant du mal à apprécier pleinement une performance aussi monolithique, particulièrement en première partie.</p>
<figure id="attachment_202140" aria-describedby="caption-attachment-202140" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-large wp-image-202140" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_1441-1024x683.jpeg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-202140" class="wp-caption-text">©️Andreas Simopoulos</figcaption></figure>
<p>L’œuvre exige des ensembles solides de la part de l’institution qui l’accueille, qu’il s’agisse du <strong>Chœur</strong>, du <strong>Chœur d’Enfants</strong>, du <strong>Ballet</strong> ou de l’<strong>Orchestre de l’Opéra National de Grèce</strong>. Le pari est gagné dès ce soir de première tant le tout paraît maîtrisé, bien préparé et engagé. La foule ayant un rôle particulièrement important dans l’opéra, et bénéficiant de certaines des parties les plus inspirées, il convient de citer le nom du chef de chœur, <strong>Agathangelos Georgakatos</strong>.<br />
Il tiendra à <strong>Fabrizio Ventura</strong> lors des représentations suivantes d’oser davantage de lyrisme et de contrastes, la lecture de ce soir étant efficace, contrôlée mais pas toujours aussi dramatique qu’on le voudrait (final du 3e acte, « Suicidio »). Globalement, la soirée, sans aucun temps mort, accuse un manque de nuances piano et de souplesse, en particulier dans une première partie uniformément sonore.</p>
<figure id="attachment_202141" aria-describedby="caption-attachment-202141" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-202141" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_1437-1024x683.jpeg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-202141" class="wp-caption-text">©️Giannis Antonoglou</figcaption></figure>
<p>C’est un choix audacieux de la part de l’Opéra National de Grèce de programmer une œuvre aussi ambitieuse et mal connue que <em>La Gioconda</em> en ouverture de saison. Le défi est relevé grâce à une distribution de haut niveau, pleinement engagée, et des moyens déployés à la hauteur. La musique de Ponchielli, son efficacité dramatique, son habileté dans les ensembles, y est pleinement honorée. Ne manquent que quelques ajustements de la production et le spectacle sera entièrement satisfaisant : peut-être lors de la reprise londonienne ?</p>
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		<title>À Torre del Lago, Turandot malgré la pluie</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/a-torre-del-lago-turandot-malgre-la-pluie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 27 Jul 2025 08:57:43 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le Festival Puccini Torre del Lago se tient chaque année à proximité de la demeure du compositeur, face au Lac de Massaciùccoli. Comme toutes les scènes en plein air, le festival est soumis aux aléas de la météo et la représentation de Turandot du 25 juillet dernier a dû être interrompue, la pluie tombant à &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le Festival Puccini Torre del Lago se tient chaque année à proximité de la demeure du compositeur, face au Lac de Massaciùccoli. Comme toutes les scènes en plein air, le festival est soumis aux aléas de la météo et la représentation de <em>Turandot</em> du 25 juillet dernier a dû être interrompue, la pluie tombant à partir du second entracte. Plutôt que d&rsquo;annuler sans rembourser <a href="https://www.forumopera.com/breve/demi-annulation-au-choregies-dorange-fallait-il-reporter/">comme à Orange récemment</a>, la direction du festival a fait amener un piano dans l&rsquo;immense foyer situé sous les gradins : solistes et chœurs ont ainsi pu interpréter le dernier acte dans sa quasi totalité, devant un public émerveillé de cette proximité unique avec les artistes.</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="operaclassica: video di alcuni momenti di Turandot s Torre Del Lago, 2025" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/ch5AH23ru4o?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<item>
		<title>MASCAGNI, Cavalleria rusticana / LEONCAVALLO, I Pagliacci – Munich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mascagni-cavalleria-rusticana-leoncavallo-i-pagliacci-munich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 12 Jul 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cavalleria rusticana (1890) et I Pagliacci (1892) ont initialement fait chambre à part jusqu&#8217;à ce que Metropolitan Opera décide de les réunir pour une même soirée, le 22 décembre 1893 (dans l&#8217;ordre inverse toutefois : l&#8217;ordre actuel sera de rigueur à partir du 2 mars 1894). Ce mariage arrangé dure toujours, à de rares exceptions &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cavalleria rusticana</em> (1890) et <em>I Pagliacci</em> (1892) ont initialement fait chambre à part jusqu&rsquo;à ce que Metropolitan Opera décide de les réunir pour une même soirée, le 22 décembre 1893 (dans l&rsquo;ordre inverse toutefois : l&rsquo;ordre actuel sera de rigueur à partir du 2 mars 1894). Ce mariage arrangé dure toujours, à de rares exceptions près : ainsi, à Paris, on a vu <em>I Pagliacci</em> suivre <em>Il Tabarro</em> (1982) ou <em>Erzsebet</em> (1983), et <em>Cavalleria rusticana</em> précéder <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cavalleria-rusticana-sancta-susanna-paris-bastille-le-triomphe-des-mezzos/"><em>Sancta Susanna</em></a> (2016). <em>I Pagliacci</em>, plus souvent que <em>Cavalleria</em>, a plusieurs fois vécu sa vie en solitaire : Londres (<a href="https://www.forumopera.com/v1/concerts/pagliacci_londres.htm">Domingo, 2003</a>), Turin (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/i-pagliacci-turin-la-musique-au-secours-du-theatre/">de Leon, 2017</a>), Bologne (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/leoncavallo-i-pagliacci-bologne/">Kunde, 2024</a>) ou encore Venise la saison prochaine. Quoique les deux ouvrages n&rsquo;aient rien en commun en termes d&rsquo;unité d&rsquo;action, plusieurs metteurs en scène ont tenté de les rapprocher dramatiquement. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/plusieurs-grandes-voix-et-une-revelation/">À Bastille (2012)</a>, Giancarlo Del Monaco déplaçait le prologue d&rsquo;<em>I Pagliacci</em> (sorte de manifeste du vérisme) avant le début de <em>Cavalleria</em>. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cavalleria-rusticana-i-pagliacci-londres-roh-contre-vents-et-marees/">À Londres</a>&nbsp;et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cavalleria-rusticana-pagliacci-bruxelles-la-monnaie-triple-meutre-a-bruxelles/">à Bruxelles</a>, Damiano Michieletto maria beaucoup plus intimement les deux ouvrages dans une production devenue une référence, avec une unité de temps et quasiment de lieu (fête de Pâques le matin, spectacle de clowns le soir dans le village voisin, personnages d&rsquo;une œuvre apparaissant muettement dans l&rsquo;autre). Tout brillant qu&rsquo;il soit, l&rsquo;exercice restait toutefois artificiel.</p>
<p>Pour cette nouvelle production, créée un peu plus tôt dans la saison et reprise pour le festival, <strong>Francesco Micheli</strong> va encore plus loin, en faisant de Turridu (<em>Cavalleria</em>) et de Canio (<em>Pagliacci</em>) un seul et même personnage. Il transpose l&rsquo;action dans les années 60-70, période selon lui de forte immigration de la population italienne (historiquement, les années 60 marquent au contraire la fin du phénomène). Pour le metteur en scène italien, c&rsquo;est «&nbsp;l&rsquo;histoire d&rsquo;un homme qui a perdu ses racines dans <em>Cavalleria</em> et qui, dans <em>Pagliacci</em>, essaie de recréer ses liens d&rsquo;origine au sein d&rsquo;une nouvelle communauté, mais qui y échoue lamentablement ». Mais pour ce faire, il faut sacrément tordre le livret puisque Turridu est supposé mourir dans le duel avec son rival Alfio&#8230;&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cavalleria_rusticana_-_Pagliacci_2025__c__Geoffroy_Schied__3_-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-194401" width="911" height="607"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Geoffroy Schied</sub></figcaption></figure>


<p>Pendant la musique du prologue, nous assistons (avec beaucoup de libertés) aux événements censés s’être déroulés avant le lever du rideau. Devant un carte postale géante « Estate 1960 », Turridu et Lola font leurs adieux en flirtant sur la plage. Le jeune homme va émigrer en Allemagne afin de gagner l’argent qui lui permettra de demander la jeune fille en mariage (dans le livret, il était parti pour l&rsquo;armée). Un petit wagon, estampillé « Palermo &#8211; München », l&#8217;embarque avec sa petite valise rouge. De temps à autres, on verra un double de Turridu, avec la même valise mais aussi un visage blanc et un nez rouge, assister aux événements. En l’absence de son amant, Lola est violée par le mafieux local, Alfio, et ses sbires. Elle est contrainte de l’épouser. Un an plus tard (« Un anno dopo » s’affiche en fond de scène), Turridu revient au village (cette fois le wagon affiche « Munchen &#8211; Palermo »). Il remet à sa mère émue une liasse de billets de banque, mais celle-ci lui apprend le mariage de Lola en son absence. Confrontée, la jeune femme tente de retrouver l’amour de Turridu mais, par dépit, il se venge d&rsquo;elle en séduisant Santuzza. Quand le père de celle-ci découvre la situation, et essaie de le contraindre au mariage, sous la menace d’une hache, il s’enfuit (« Palermo &#8211; München »). Fin du prologue. Six mois plus tard, (« Sei mesi dopo »), Santuzza est enceinte et vêtue de noir, elle attend devant l’église. Turridu est revenu (« Munchen &#8211; Palermo »). La foule est uniformément en blanc, arborant un bizarre costume folklorique. Les acolytes d’Alfio ont le visage maquillé de rouge, marqué d&rsquo;une croix blanche. Ils seront munis d&rsquo;ailes d&rsquo;ange pendant la musique de la procession. Scéniquement, les chœurs sont toutefois à peu près immobiles, disposés sur deux rangées sur les côtés ou en fond de scène. Aucun réalisme non plus dans le dispositif scénique : carte postale et wagons disparus, une gigantesque roue noire descend des cintres et devient un plateau tournant légèrement surélevé. Sur ce dispositif, on distingue le lit de Lola, ainsi qu’un amas de tables et de chaises. Tout est noir zébré de blanc (à moins que ce ne soit l’inverse). Souvent, tandis qu’un protagoniste chante sur le devant de la scène, le personnage à qui il s’adresse a le temps de faire un tour complet (Mamma Lucia sur sa chaise, Lola dans son lit). Des suspensions éclairent la scène : lumière blanche pendant la procession, jaune quand la trahison est révélée, rouge au moment du duel. Le décor est totalement ouvert et les voix des chanteurs ont tendance à se perdre en l&rsquo;absence de surfaces pour les renvoyer vers la salle. Après avoir provoqué Alfio en lui jetant son verre de vin à la figure, Turridu fuit le village et repart vers l’Allemagne (« Palermo &#8211; Munchen »), Mamma Lucia ayant elle-même préparé la valise rouge pour son départ. Le cri d&rsquo;une femme anonyme, « Hanno ammazzato compare Turiddu! » (« Ils ont tués compère Turridu ! »), est remplacé par une voix <em>off</em> sonorisée qui clame, un rien pompeuse « Il est mort pour les siens ! ». Le plateau tournant s&rsquo;élève à la verticale et le mobilier glisse bruyamment sur la scène. Ajoutons à cela qu&rsquo;un double de Canio (même valise rouge et faux nez assorti) vient hanter le plateau à plusieurs reprises, ajoutant une certaine confusion.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cavalleria_rusticana_Pagliacci_2025_W.Koch_E.Buachidze__c__Geoffroy_Schied__2_-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-194404"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Geoffroy Schied</sub></figcaption></figure>


<p>Il est malheureusement difficile d’être touché par un tel dénouement. Si la scène finale de <em>Cavalleria</em> nous émeut ordinairement, c’est parce que le paroxysme de la musique illustre la mort de Turridu, l&rsquo;horreur de la femme qui crie la nouvelle, l&rsquo;évanouissement de Santuzza, l&rsquo;effondrement de Mamma Lucia : tout un champ de ruines est entraîné par cette disparition. Ici, on aura en revanche un peu de mal à écraser une larme : sur le même fond sonore, Turridu est probablement en train de composter son billet pour Munich. Quid de la « Chevalerie campagnarde » dans cette lâcheté finale ?&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cavalleria_rusticana_-_Pagliacci_2025_J.Kaufmann_A.Perez__c__Geoffroy_Schied__4_-2-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-194405" width="911" height="607"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Geoffroy Schied</sup></figcaption></figure>


<p>Dans le prélude de <em>Pagliacci</em> (« Dix ans plus tard »), nous retrouvons le double en question (Turridu échappé de Sicile et devenu Canio) en discussion avec Tonio. Celui-ci se rend aussi à Munich, pour aller travailler dans le restaurant italien de Silvio. Il propose à Canio d&rsquo;assurer les animations des dîners-spectacles. Entre temps, Canio a recueilli Nedda. Dans cette seconde partie, les wagons retournés (on voit désormais l&rsquo;intérieur) vont devenir des lieux de l&rsquo;action : bureau de Silvio, bar, cuisine du restaurant. Le plateau tournant est à nouveau utilisé (avec le même mobilier), mais les costumes sont cette fois bigarrés. Les rapports hiérarchiques sont bousculés : normalement, Silvio est un villageois anonyme d&rsquo;une cité voisine et pas le patron de Canio, Tonio est un employé de ce dernier et pas un commis de cuisine, etc. Difficile aussi d&rsquo;imaginer Silvio prêt à abandonner son affaire pour enlever Nedda à son époux.</p>
<p>Autant <em>Cavalleria</em> était plutôt statique et monochrome, autant la mise en scène de <em>Pagliacci</em> est plus colorée et théâtrale. Alors que le premier opus était extrêmement stylisé, sans référence à la Sicile, à la cérémonie religieuse, etc., le second évoque une immigration italienne à la limite du cliché. La mise en scène fourmille toutefois de détails bien venus. Le spectacle doit se tenir après les vêpres : en guise de cérémonie religieuse, le chœur regarde sur une télé géante la demi-finale de la Coupe du monde de football (Italie &#8211; Allemagne de l&rsquo;Ouest, Mexico, 17 juin 1970). C&rsquo;est assez bien vu. Canio leur bloque un instant la vue pour leur rappeler l&rsquo;horaire : il termine son « A ventitré ore! » par un diminuendo en même temps qu&rsquo;il s&rsquo;écarte sur la pointe des pieds pour ne plus déranger. Au restaurant, Nedda prépare une omelette quand elle est importunée par Tonio. Au lieu d&rsquo;un coup du fouet réel, il se prend un coup de fouet&#8230; de cuisine (!) : puis Tonio jure de se venger alors qu&rsquo;il n&rsquo;a guère reçu que du jaune d&rsquo;œuf dans l&rsquo;œil. Ayant appris son infortune conjugale, et après un moment d&#8217;emportement, Canio semble prêt à fuir une fois de plus, avant que Tonio ne l&rsquo;en dissuade. Le célébrissime « Vesti la giubba » nous renvoie ici à plusieurs degrés de lecture. Quel est le déguisement de Canio ? Celui du clown qui doit faire rire quand son âme pleure ? Celui du fugitif qui change d&rsquo;identité pour échapper au châtiment de son crime ? Celui du migrant mal intégré dans sa nouvelle patrie et qui retrouve les réflexes patriarcaux du « crime d&rsquo;honneur », un peu malgré lui du reste (c&rsquo;est Tonio qui l&rsquo;y pousse : son premier réflexe était de lâcher l&rsquo;affaire et de fuir encore) ? L&rsquo;interlude qui suit voit le retour de notre double « Sept ans plus tard » : porteur d&rsquo;un brassard de deuil, il vient visiter Mamma Lucia qui vient de mourir. Une petite fille veille la vieille dame. Santuzza ne semble pas reconnaître son ancien amant. La suite est plus classique. Nedda et Silvio seront poignardés par Canio après que Tonio (qui fait un peu penser au Joker dans <em>Batman</em>) aura fourni le couteau fatal. Le rideau se referme devant une foule relativement indifférente, tandis que Canio reste, valise rouge à la main, sur le devant de la scène. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cavalleria_rusticana_-_Pagliacci_2025_W.Koch_G.Musliu_A.Perez__c__Geoffroy_Schied-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-194412"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Geoffroy Schied</sup></figcaption></figure>


<p>La double distribution est source de confusion face au concept du metteur en scène (mais on sait que les chanteurs sont toujours engagés très en amont de la finalisation d&rsquo;une nouvelle production). Ici, il aurait fallu que Turiddu et Canio soient interprétés par le même chanteur. Or, non seulement ce n&rsquo;est pas le cas, mais le double muet (qu&rsquo;on voit dans les deux ouvrages) ressemble plutôt au jeune Kaufmann, bouclettes comprises (alors que pour ce soir, le ténor allemand a au contraire des cheveux lisses). Wolfgang Koch incarne classiquement deux rôles : Alfio et Tonio. Ainsi, alors que dans cette production Turiddu et Canio sont censés être une seule et même personne, ils ont deux (et même trois) visages différents, et alors qu&rsquo;Alfio et Tonio sont supposés être deux personnages distincts, ils ont ici la même tête. Tout cela est sans doute inutilement compliqué. Pour citer le sculpteur Constantin Brâncuși : « La simplicité n&rsquo;est pas un but dans l&rsquo;art, mais on arrive à la simplicité malgré soi en s&rsquo;approchant du sens réel des choses. »</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cavalleria_rusticana_-_Pagliacci_2025_A.Perez__c__Geoffroy_Schied-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-194407"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Geoffroy Schied</sup></figcaption></figure>


<p>Le Turridu ardent de <strong>Jonathan Tetelman </strong>domine <em>Cavalleria rusticana</em>. Le jeune ténor américain, étonnamment clivant, ne manque ni de détracteurs, ni d&rsquo;admirateurs. Les premiers lui reprochent d&rsquo;en faire trop, de ne pas ménager sa voix, et de disposer d&rsquo;un appui technique insuffisant. C&rsquo;est un peu ce qu&rsquo;on disait à propos de Domingo quand il était jeune. Les seconds apprécient justement cet engagement, une voix qui dépote comme celle de peu de ténors aujourd&rsquo;hui, et pour certain(e)s, un physique plutôt avenant. Nous avons apprécié ici un investissement dramatique intelligent, un chant passionné mais pas débridé, une démonstration de puissance sous laquelle perceraient certaines fêlures : on pense ainsi à Neil Shicoff, ténor passionnant, aussi viril que tourmenté. Remplaçant Ksenia Dudnikova, <strong>Anna Pirozzi</strong> campe une Santuzza simple et sensible, un peu maternelle, bien chantante, à laquelle il manque seulement un peu de puissance. Alors qu&rsquo;on a davantage l&rsquo;habitude ces dernières années d&rsquo;entendre <strong>Wolfgang Koch</strong> dans le répertoire germanique, celui-ci se révèle un Alfio épatant, scéniquement impayable en mafieux, et à la voix d&rsquo;une étonnante fraîcheur. <strong>Rosalind Plowright</strong> est une Mamma Lucia émouvante, pleine de retenue, dans un état vocal étonnant du haut de ses 76 printemps. <a href="https://www.forumopera.com/questionnaire-de-proust-rihab-chaieb-je-sais-que-carmen-un-flop-mais-si-seulement-ils-mavaient-connue-a-lepoque-rires/"><strong>Rihab Chaieb</strong> </a>offre un timbre riche et une superbe musicalité. Son aisance scénique est tout aussi remarquable. Difficile de comprendre pourquoi cette artiste n&rsquo;est pas davantage présente pour de grands rôles.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cavalleria_rusticana_-_Pagliacci_2025_W.Koch_A.Perez__c__Geoffroy_Schied-2-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-194408"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Geoffroy Schied</sup></figcaption></figure>


<p>Pour le <em>Pagliacci</em> qui suit, <strong>Jonas Kaufmann</strong> reste un grand Canio, en dépit d&rsquo;une certaine usure de ses moyens (légitime après une carrière de plus de trente ans où il aura fréquenté quelques uns des rôles les plus difficile du répertoire). L&rsquo;aigu reste vaillant et la projection confortable. La voix est miraculeusement préservée de tout vibrato excessif. Le timbre est toujours séduisant. De temps à autres, toutefois, une note accroche fugitivement dans le médium au détour d&rsquo;une phrase. Dramatiquement, le chanteur offre une interprétation tout en finesse, où les effets vocaux sont toujours en adéquation avec la situation dramatique, avec un grand sens du détail et une exceptionnelle présence scénique. Même s&rsquo;il sort ses griffes pour la scène finale, on sent l&rsquo;artiste moins libre qu&rsquo;<a href="https://www.forumopera.com/breve/jonas-kaufmann-creee-la-surprise-en-baryton/">à Vienne</a> il y a quelques mois, dans une production antique du répertoire. <strong>Wolfgang Koch&nbsp;</strong>est encore plus étonnant en Tonio qu&rsquo;en Alfio, offrant même de splendides la bémol et sol naturel conclusifs, notes traditionnelles non écrites. L&rsquo;incarnation dramatique est particulièrement réussie, avec un point de bascule au moment du coup de fouet de Nedda : de pauvre type, Tonio devient alors une sorte de psychopathe qui se réjouit d&rsquo;avance du carnage qu&rsquo;il va provoquer. <strong>Ailyn Pérez</strong> est une Nedda au timbre coloré, mais manquant un peu de largeur dans le grave. La chanteuse fait preuve de musicalité et son interprétation dramatique est pleine de nuances (il faut voir son visage passer par tout une gamme d&rsquo;émotions quand elle finit par se laisser convaincre par Silvio de tout quitter pour lui). Chanteur générique, <strong>Andrzej Filończyk</strong> est un Silvio à la voix saine mais sans éclat particulier. <strong>Granit Musliu</strong> retient l&rsquo;attention avec son Beppe à la voix corsée.&nbsp;</p>
<p><strong>Daniele Callegari</strong> offre une direction efficace, attentive aux chanteurs. Malheureusement, l&rsquo;orchestre est moins concentré que la veille dans <em>Don</em> <em>Giovanni</em>, et connait quelques accidents. Les chœurs n&rsquo;en font un peu qu&rsquo;à leur tête, avec des décalages fréquents.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="724" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Cavalleria_rusticana_-_Pagliacci_2025_A.Perez__c__Geoffroy_Schied__4_-2-1024x724.jpg" alt="" class="wp-image-194434"/></figure>
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		<title>PUCCINI, La Fanciulla del West — Hambourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-la-fanciulla-del-west-hambourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 29 Mar 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créée en 2015, la production de Vincent Boussard transpose l&#8217;action dans une époque moderne indéterminée. N&#8217;étaient des costumes bigarrés disparates qui semblent parfois sortis d’un défilé de mode branchouille (ils sont co-signés par l&#8217;ancien couturier Christian Lacroix), on pourrait se croire dans le Midwest des États-Unis, ou au Canada, en Colombie-Britannique, quelque part du côté &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Créée en 2015, la production de<strong> Vincent Boussard</strong> transpose l&rsquo;action dans une époque moderne indéterminée. N&rsquo;étaient des costumes bigarrés disparates qui semblent parfois sortis d’un défilé de mode branchouille (ils sont co-signés par l&rsquo;ancien couturier Christian Lacroix), on pourrait se croire dans le Midwest des États-Unis, ou au Canada, en Colombie-Britannique, quelque part du côté des prospecteurs de gaz de schiste. La modernisation est plaisante et plutôt bien vue, mais elle fait l&rsquo;impasse sur quelques ressorts du livret. À l&rsquo;époque de la <em>Ruée vers l’or</em> (1849-1850) en effet, les prospecteurs sont des déclassés qui espèrent faire fortune et qui ont rompu leurs attaches avec le Nord industriel. La justice était sommaire voire inexistante et l&rsquo;argent difficile à gagner : ceci explique la méfiance des prospecteurs envers les nouveaux venus (ici, Dick Johnson) et leur rapidité à condamner à la pendaison un simple tricheur sans procès (ce ne sont pas eux qui auraient opté pour une peine de substitution). De nos jours, les prospecteurs ne sont que de simples salariés qui ne s&rsquo;enrichiront jamais autant que ceux qui les emploient : le rêve américain a du plomb dans l&rsquo;aile. Par ailleurs, contrairement à ce que l&rsquo;on imagine généralement, <em>La Fanciulla del West</em> ne se termine d’ailleurs pas vraiment par un <em>happy end</em>. Certes, Dick Johnson échappe à la mort, mais il est condamné avec Minnie à abandonner sa quête d&rsquo;un avenir meilleur. Leurs rêves de bonheur sont irrémédiablement brisés : la pièce originale de Belasco est encore plus claire à ce sujet, l&rsquo;auteur faisant suivre la scène de pardon (la dernière dans l&rsquo;opéra) par une ultime scène où les deux amants retournent vers l&rsquo;Est en pleurant sur leurs espoirs détruits. La transposition fait l&rsquo;impasse sur cette dimension et nous montrent même des amants réjouis au milieu des lamentations de leurs anciens compagnons, malentendu classique. Cette réserve exprimée, la production tient la route, avec de beaux moments de théâtre. La direction d&rsquo;acteurs est en effet impeccable, crédible et fouillée dans le détail. Le déroulé dramatique est quasi cinématographique, mais dans un univers visuel un brin déjanté très spectaculaire. On exprimera néanmoins une réserve sur le manque de crédibilité de la scène où Dick Johnson blessé vient se cacher dans la maison de Minnie : selon le livret, Dick est caché dans le grenier ; ici, il est étendu dans un escalier, à la vue de tous, et on se demande comment Rance fait pour ne pas le voir. Les décors sont originaux dans leur esthétique et dramatiquement efficaces. À quelques détails près donc, le spectacle est original et réussi et tient parfaitement la route, dix ans après sa création.</p>
<p>Remplaçant Paolo Cargnani qui lui même se substituait à Antonino Fogliani,<strong> Francesco Ivan Ciampa</strong> n’a sans doute pas mesuré pleinement les conditions d’équilibre entre le plateau et la fosse. L&rsquo;orchestre est superbe mais le chef italien le laisse se déchainer sans retenue dans un maelström épuisant couvrant continuellement les voix, qu’il s’agisse des chœurs ou des solistes (lesquels ne sont pourtant pas les premiers venus en terme de puissance de projection). La direction est dynamique mais assez classique. Ce fracas constant n’a même pas le mérite d’éclairer la complexité de la partition, peu de détails particuliers ressortant de la fosse, à quelques rares exception près : par exemple les percussions qui viennent souligner le galop du cheval du postillon, ou encore de l&rsquo;imitation de hennissement lorsqu&rsquo;est évoqué l&rsquo;épisode de la mâchoire d&rsquo;âne de Samson.</p>
<p><strong>Anna Pirozzi</strong> campe une Minnie maternelle, figure protectrice et réconfortante de la troupe des mineurs. La voix est souple, et le soprano offre des aigus puissants dénués de dureté. Le médium et le grave, particulièrement sollicités, sont moins prégnants, la voix manquant un peu de la largeur attendue pour le rôle (et ce n’est pas le chef qui aide). On a ainsi davantage l’impression d’entendre un <em>soprano spinto</em> verdien que l&rsquo;authentique <em>soprano drammatico</em> effectivement requis (Anna Pirozzi chante avec talent des rôles de <em>soprano drammatico d&rsquo;agilità</em> comme Lady Macbeth ou Abigaile, mais dans le cas de Minnie, nulle agilité n&rsquo;est requise). <strong>Gregory Kunde</strong> faisait ce soir sa prise de rôle en Dick Johnson. L&rsquo;orchestre de Puccini est plus clément avec le ténor, et le chanteur américain souffre moins du déluge de décibels émanant de la fosse. Ses deux airs sont des miracles d’intelligence vocale dans lesquels son passé belcantiste viennt appuyer une voix qui a évolué vers les emplois de <em>spinto</em>. Les aigus sont percutants, confondant d’aisance, mais sans compromission avec la noblesse du chant : Kunde campe ainsi un Dick Johnson à la fois émouvant par les nuances de son chant, et excitant par son énergie. Bien dirigé, le ténor américain témoigne de qualités d’acteurs qu’on ne lui a pas toujours connues. A titre d&rsquo;exemple, tous ses échanges avec Minnie au premier acte nous laissent sur une subtile impression d’indécision : on ne saisit pas la part de fourberie du voleur qui visite les lieux de son futur larcin et celle de la flamme amoureuse qui renait. Enfin, la complicité est parfaite entre Kunde et Pirozzi et, en dépit de la maturité des deux artistes, on finit par croire à cette intrigue amoureuse. On regrettera (mais c&rsquo;est le lot des théâtres de répertoire) que l&rsquo;on n&rsquo;ait pas profité de la présence de ces deux artistes pour donner la version du duo de l&rsquo;acte II modifié par Puccini pour la création romaine de 1922, laquelle se termine par un contre-ut pour les deux protagonistes (1). Avec sa silhouette longiligne qui domine le plateau, <strong>Claudio Sgura</strong> campe un Rance de grande prestance et d’une autorité naturelle. Vocalement, l’aigu est un peu blanc et la voix manque toutefois un peu de puissance, en particulier dans le contexte de cette exécution musicale. La composition théâtrale est en revanche très réussie, d’autant que le personnage du shérif est assez complexe : bas dans ses instincts libidineux, rancunier, d’une violence à peine contenue, mais aussi joueur, et empreint d’une certaine noblesse dans le respect de la parole donnée ou lorsqu’il se plie à contre-cœur à la clémence des mineurs (Scarpia par exemple se pose moins de questions et a moins de scrupules).</p>
<p>Puccini a prévu un nombre impressionnant de rôles secondaires, les dotant chacun d’une personnalité propre. Le ténor <strong>Andrew Dickinson</strong> est excellent en Nick (le serveur du bar philosophe), bien chantant et bon acteur. En Ashby, l&#8217;employé de la Wells Fargo, <strong>Han Kim</strong> offre une belle voix de basse, sonore et au timbre clair. On retrouve avec plaisir<strong> Tigran Martirossian</strong> en Sonora. Au début des années 2000, le baryton-basse s’illustra dans des rôles de premier plan, notamment dans le belcanto romantique, et son chant n’a rien perdu de ses qualités pour ce rôle de caractère. En Harry, <strong>Mziwamadoda Sipho Nodlayiya</strong> offre une voix haut perchée bien conduite, très séduisante. Le baryton <strong>David Minseok Kang</strong> rend avec délicatesse la romance nostalgique de Jake Wallace. La basse <strong>Grzegorz Pelutis</strong> campe bien le désespoir de Larkens pour lequel les mineurs se cotisent afin qu&rsquo;il puisse rentrer au pays. <strong>Nicholas Mogg</strong> est un Sid (le tricheur) veule à souhait. <strong>Charles Rice</strong> est un Bello véhément. Le ténor <strong>Ziad Nehme</strong> sait exprimer la délicatesse maladroite de Joe. Paul Kaufmann (Trin) est un efficace ténor de caractère. Physiquement et vocalement, le baryton-basse <strong>Keith Klein</strong> est épatant en <em>bad boy</em> (José Castro). Le rôle de Wowkle est très court mais <strong>Aebh Kelly</strong> sait attirer l&rsquo;attention par son beau timbre sombre de mezzo, et par sa composition d’une domestique revêche, indisciplinée et méfiante. Au premier acte, l&rsquo;intervention de Billy Jackrabbit, l&rsquo;amérindien amateur d&rsquo;eau-de-feu, est coupée, probablement jugée politiquement incorrecte en dépit de son triste réalisme : <strong>Mateusz Ługowski</strong> conserve ses répliques du début de l&rsquo;acte II et peut déployer une belle voix de basse au timbre chaud. L&rsquo;acte III permet d&rsquo;apprécier en solo le Happy expressif de&nbsp;<strong>William Desbiens</strong>. Comme on le voit, la troupe est de haut niveau, condition indispensable à la représentation de cet ouvrage exigeant, enfant préféré de son auteur mais qui n&rsquo;a jamais vraiment trouvé son public en dépit de ses qualités. Ajoutons que les chœurs sont également excellents.</p>
<pre>(1) Il existerait 8 versions de <em>La Fanciulla del West.</em> Dès la première, Arturo Toscanini avait d'ailleurs allégé certains détails de l'orchestration, avec la bénédiction de Puccini.</pre>
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		<title>GIORDANO, Andrea Chénier – Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/giordano-andrea-chenier-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 20 Oct 2024 05:52:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créé à la Scala le 28 mars 1896, Andrea Chénier connaît d’emblée un succès éclatant auprès du public milanais. En novembre de la même année l’œuvre est donnée à New-York avec un succès comparable, Hambourg l’accueille en 1897 puis Londres et enfin toutes les grandes capitales d’Europe, à l’exception de Paris qui l’ignore superbement. Les &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Créé à la Scala le 28 mars 1896, <em>Andrea Chénier</em> connaît d’emblée un succès éclatant auprès du public milanais. En novembre de la même année l’œuvre est donnée à New-York avec un succès comparable, Hambourg l’accueille en 1897 puis Londres et enfin toutes les grandes capitales d’Europe, à l’exception de Paris qui l’ignore superbement. Les raisons de ce rejet ? Sans doute le livret qui propose une image peu reluisante de la Révolution française à moins que ce ne soit à cause du mépris d’une partie de la critique musicale qui soulignait la pauvreté de l’orchestration et la vulgarité d’une partition aux effets faciles, mépris auquel l’engouement du public partout où l’opéra est repris oppose un démenti éclatant. En France, l’œuvre a fait quelques apparitions sporadiques dans quelques villes de province mais il a fallu attendre 2009 pour qu’elle soit créée à l’Opéra de Paris lors d’une série de représentations restée depuis sans lendemain. Paris l’accueille à nouveau en 2017 au Théâtre des Champs-Élysées, le temps d’un concert avec Jonas Kaufmann. En revanche elle est régulièrement donnée hors de la capitale, récemment les opéras de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/andrea-chenier-monte-carlo-sans-filtre-deformant/">Monte-Carlo</a> et de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/andrea-chenier-tours-vive-le-son-du-canon/">Tours</a> l’ont programmée avant Lyon qui l’a proposée dans une version de concert le 16 octobre dernier, en coproduction avec le Théâtre des Champs-Élysées où le public lui a réservé ce soir un triomphe retentissant.&nbsp;</p>
<p></p>
<p>L’un des principaux atouts de ce succès est l’homogénéité de la distribution dont les rôles secondaires sont tenus avec talent par des chanteurs issus du Lyon Opéra Studio ainsi que par des artistes des Chœurs de la maison tel <strong>Kwan-soun Kim</strong>, Fouquier-Tinville autoritaire à la voix solide et bien projetée. <strong>Filipp Varik</strong> campe un<em> Incroyable</em> obséquieux à souhait tandis que le timbre suave de <strong>Pete</strong> <strong>Thanapat</strong> lui permet d’incarner avec justesse Roucher, l’ami compatissant de Chénier. <strong>Alexander de</strong> <strong>Jong</strong> et <strong>Hugo Santos</strong> sont irréprochables dans leurs doubles rôles respectifs. Issue elle aussi du Lyon Opéra Studio, <strong>Sophie Pondjiclis</strong> se révèle poignante dans l’intervention de la «&nbsp;vieille&nbsp;» Madelon qu’elle interprète avec une émotion juste, sans pathos excessif, dans un silence recueilli. Moins convaincante est sa Comtesse de Coigny, la voix est sonore certes mais affectée d’accents plébéiens. De plus la chanteuse aurait gagné à changer de tenue pour éviter toute confusion entre ses deux personnages. <strong>Thandiswa Mpongwana</strong> prête à Bersi son timbre fruité et juste ce qu’il faut de sensibilité.</p>
<p>Dès son premier air, « Son sessant’anni, o vecchio, che tu servi », chanté avec une arrogance agressive et un volume vocal impressionnant, <strong>Amartuvshin Enkhbat</strong> impose son personnage avec autorité. L’on aurait sans doute souhaité davantage de retenue dans cette page, mais le public est conquis. En revanche, son « Nemico della patria », où il était attendu au tournant, s’avère irréprochable tant le baryton parvient à exprimer avec justesse et de jolies nuances tous les affects du personnage dans cette page célèbre.</p>
<p>Si au premier acte, <strong>Anna Pirozzi</strong> s’est montrée quelque peu extérieure à son héroïne, elle a proposé à l’acte suivant un duo d’amour passionné avec son partenaire. Mais c’est sa «&nbsp;Mamma morta&nbsp;» bouleversante au troisième acte qui lui a valu une ovation de plusieurs minutes de la part du public qui lui a réclamé, mais en vain, un bis. Elle a chanté cet air avec une intensité dramatique grandissante, alternant d’impressionnants <em>forte</em> avec de délicates nuances, mettant la salle à genoux.</p>
<p>Difficile pour <strong>Riccardo Massi</strong> de se frayer un chemin entre ces deux voix torrentielles, pourtant après un « improvviso » un rien tendu au premier acte le ténor parvient à s’imposer dès son duo du deuxième acte et son « Si fui soldato » poignant au troisième acte. Enfin, son « Come un bel di’ di maggio » tout empreint de nostalgie au dernier acte finit par emporter l’adhésion.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rustioni_Daniele_©_Blandine_Soulage1-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-174610"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Daniele Rustioni  (©)  Blandine Soulage</sup></figcaption></figure>


<p>L’autre atout de cette soirée est la direction énergique et flamboyante de <strong>Daniele Rustioni</strong> qui mène l’Orchestre rutilant de l’Opéra de Lyon et ses chœurs à un train d’enfer dans un « Danziam la carmagnola » échevelé et belliqueux. S’il ralentit le rythme lors des pages élégiaques de la partition qu’il cisèle avec délicatesse, en gommant tout épanchement vériste, il exalte le côté martial de l’œuvre avec une fougue communicative.    </p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/giordano-andrea-chenier-paris-tce/">GIORDANO, Andrea Chénier – Paris (TCE)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>VERDI, Un ballo in maschera &#8211; Valence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-un-ballo-in-maschera-valence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 Apr 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=160977</guid>

					<description><![CDATA[<p>Confier Un ballo in maschera à Rafael R. Villalobos allait nécessairement conduire à regarder cette œuvre charnière de Verdi sous différents prismes. Le choix de la version dite de Boston encore davantage, puisque la question porte moins sur la censure pesant sur l’assassinat d’un roi que sur les méandres de la jeune Amérique : complot &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Confier <em>Un ballo in maschera</em> à <strong>Rafael R. Villalobos</strong> allait nécessairement conduire à regarder cette œuvre charnière de Verdi sous différents prismes. Le choix de la version dite de Boston encore davantage, puisque la question porte moins sur la censure pesant sur l’assassinat d’un roi que sur les méandres de la jeune Amérique : complot politique, racisme etc. qui trouvent un écho évident avec notre époque, s’ils ne sont pas intemporels. Voici donc l’action transposée dans les années Reaganiennes, son essor des chaines d’info (Ulrica devenue magnat dirige une chaine d’astrologie et se retrouve à la tête des conspirateurs), son bouillonnement urbain (Amelia cherche l’herbe de l’oubli à un point de deal) et ses questions de société (le <em>voguing</em> irrigue les danses du bal à proprement parler par une référence à une performance de Madonna au MTV Awards). Enfin, Oscar devient en quelque sorte le personnage principal de l’intrigue. Le metteur en scène l’imagine comme le fils de Renato et Amelia, ou plutôt comme le fils trans en rupture totale avec son Père (Oscar prend d’ailleurs systématiquement le parti adverse de Renato dans le livret) et ayant trouvé en Riccardo un père d’adoption. Par ce biais, Rafael Villalobos donne un sens tangible et moderne à ce rôle pantalon. Bien qu’inventés, ces ajouts ne retirent rien à la lisibilité de l’œuvre et servent d’appui à nos personnages et à leurs relations : la scène entre la mère et le fils qui suit le « morro » s’avère ainsi bouleversante. Autant de cartouches que le metteur en scène utilise pour soigner une direction d’acteur très précise, des choristes aux solistes, que l’œuvre, entre « concertato » à la Rossini et grand arias verdiens, ne permet pas toujours. La réalisation ne souffre aucun défaut, notamment lors de la scène du bal, toujours difficile à régler. Tout juste trouve-t-on limité le choix d’un décor en ruine – surement pour souligner la décrépitude de cette société –&nbsp;déjà vu maintes fois.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="583" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/44_Un-ballo-in-maschera-©Miguel-Lorenzo-Mikel-Ponce-Les-Arts-1024x583.jpg" alt="" class="wp-image-160985"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Miguel Lorenzo &amp; Mikel Ponce</sup></figcaption></figure>


<p>Les choix d’<strong>Antonino Fogliani </strong>laissent parfois perplexe. Si l’on est séduit globalement par les tempi, très allants, et le scrupule à mettre en valeur les styles entre pur bel canto et Verdi de la maturité, on s’interroge en revanche sur les ralentis quasi systématiques choisi pour les fins d’air qui plombent plusieurs fois leurs effets. En ce soir de première, tout n’est pas encore parfaitement réglé et certains départs s’avèrent compliqués, de même que quelques moments de flottement. L’orchestre et les chœurs de l’Opéra de Valence démontrent une fois plus qu’ils n’ont rien à envier aux scènes d’envergure internationale.</p>
<p>De même que la distribution réunie, à commencer par les <em>comprimari</em>, s’avère tout à fait satisfaisante. <strong>Agnieszka Rhelis</strong> offre les moyens de son mezzo proche du contralto à Ulrica. Sa projection idéale lui permet de combler une puissance vocale plus restreinte. Débarrassée des atours de la devineresse noire (rôle dévolu à une figurante « présentatrice de télévision »), sa composition de magnat vengeresse donne une dimension inhabituelle au rôle. Est-ce parce que le rôle d’Oscar est toujours apprécié ou bien parce qu’elle chante à domicile que <strong>Marina Monzó</strong> se taille un tel succès ? La réponse se trouve bien plus certainement dans une technique superlative, qui nous gratifie de quelques trilles supplémentaires dans les pirouettes vocales du jeune homme. Le timbre, plus mat que chez d’autres interprètes, ne nuit en rien à une incarnation portée par la proposition scénique et où l’aisance sur toute la tessiture provoque l’enthousiasme. <strong>Anna Pirozzi</strong> comble le manque de charme immédiat de son timbre par un style irréprochable et une endurance à toute épreuve. L’air du troisième acte, très incarné, conquiert la salle par sa profondeur interprétative et la science des demi-teintes savamment distillées qui lui confèrent un fort impact dramatique. <strong>Franco Vassallo</strong> pousse encore plus loin ses effets, au point de commettre quelques fautes de style. Certes ces aigus péremptoires, parfois rajoutés, sont impressionnants mais ils se font au détriment de l’expression, souvent monocorde. Robuste, son Renato reste encore en surface et ne trouve pas le chemin du cœur au troisième acte. <strong>Francesco Meli</strong> enfin, sert Riccardo de son phrasé élégant, de nuances et de demi-teintes tout à fait appropriées. Le rôle, moins lourd que certains qu’il a pu témérairement aborder récemment, tombe dans les moyens de sa tessiture actuelle sans qu’il n’ait à la forcer. En scène, en politicien soucieux de son image et à l’apparence proche d’un Berlusconi, il porte la vision du metteur en scène avec crédibilité. Le spectacle en coproduction avec le Staatsoper de Berlin devrait voir Anna Netrebko succéder à Anna Pirozzi dans les prochaines saisons.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-un-ballo-in-maschera-valence/">VERDI, Un ballo in maschera &#8211; Valence</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Hambourg 2024-25 : les belles semaines italiennes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/hambourg-2024-25-les-belles-semaines-italiennes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 Mar 2024 16:46:10 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis quelques années, l’opéra d’Etat de Hambourg a coutume d’insérer dans sa programmation des semaines italiennes (« Italienische Opernwochen »). Celles prévues pour la saison 2024-25 comportent six titres dont la trilogie populaire de Verdi ( Olga Peretyatko sera Leonora, Vera-Lotte Boecker incarnera Violetta). Autre Verdi, un Falstaff avec Danielle de Niese en Alice et &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis quelques années, l’opéra d’Etat de Hambourg a coutume d’insérer dans sa programmation des semaines italiennes (« Italienische Opernwochen »). Celles prévues pour la saison 2024-25 comportent six titres dont la trilogie populaire de Verdi ( <strong>Olga Peretyatko</strong> sera Leonora, <strong>Vera-Lotte</strong> <strong>Boecker</strong> incarnera Violetta). Autre Verdi, un <em>Falstaff</em> avec <strong>Danielle de Niese</strong> en Alice et <strong>Anna Kissjudit</strong> en Mrs. Quickly. Par ailleurs, <strong>Ermonela Jaho</strong> interprétera le rôle-titre de <em>Maria Stuarda </em>et il ne faudra pas manquer <em>La Fanciulla del West</em> avec <strong>Anna Pirozzi</strong> en Minnie et <strong>Gregory Kunde</strong> en Dick Johnson.<br />
Parmi les nouvelles productions, le rare <em>Trionfi</em> de Carl Orff dirigé par <strong>Kent Nagano</strong><em>, Ariadne auf Naxos</em> mis en scène par <strong>Dmitri Tcherniakov</strong> avec <strong>Nadezhda Pavlova</strong> en Zerbinetta et <strong>Anja Kampe</strong> en Ariadne.<br />
Pour les reprises nous noterons un <em>Carmen</em> avec le José de <strong>Vittorio Grigolo</strong> et d’autres blockbusters comme <em>Tosca</em>, <em>Zauberflöte</em>, <em>La</em> <em>bohème</em> ou <em>Don</em> <em>Giovanni</em>.<br />
L’intégralité de la saison est à retrouver <a href="https://www.staatsoper-hamburg.de/de/spielplan/stuecke_uebersicht_2425.php?type=premieren&amp;season=2425">ici</a>.</p>
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		<title>Sondra Radvanovsky renonce à Turandot à Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/sondra-radvanovsky-renonce-a-turandot-a-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Oct 2023 13:42:40 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La soprano canadienne sera remplacée selon les dates par Tamara Wilson (6 novembre), Irene Theorin (9, 13, 17, 29 novembre) et Anna Pirozzi (22, 26 novembre). Le reste des distributions (deux en alternance) est inchangé.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La soprano canadienne sera remplacée selon les dates par Tamara Wilson (6 novembre), Irene Theorin (9, 13, 17, 29 novembre) et Anna Pirozzi (22, 26 novembre). Le reste des distributions (deux en alternance) est inchangé.</p>
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		<title>CHERUBINI, Medea &#8211; Athènes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cherubini-medea-athenes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 May 2023 04:09:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Lancement des célébrations du centenaire de la naissance de Maria Callas par l’Opéra National de Grèce, cette Medea attire les foules au Stavros Niarchos Hall, salle flambant neuve (2017) au sein d’un grand complexe culturel qui permet au seul opéra de Grèce de prendre son rang parmi les grandes salles européennes. L’œuvre n’a bien sûr &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Lancement des célébrations du centenaire de la naissance de Maria Callas par l’Opéra National de Grèce, cette <em>Medea</em> attire les foules au Stavros Niarchos Hall, salle flambant neuve (2017) au sein d’un grand complexe culturel qui permet au seul opéra de Grèce de prendre son rang parmi les grandes salles européennes. L’œuvre n’a bien sûr pas été choisie au hasard : c’est la seule (avec <em>Norma</em>) que Callas ait joué intégralement dans son pays natal après son retour, l’une de celles qui l’ont accompagnée pendant presque toute sa carrière (de 1953 à Florence, jusqu’à 1962 à Milan), et dont les racines mythologiques ne pouvaient laisser insensible cette éternelle exilée.</p>
<p>Donnée pour la dernière fois en 2007 à Epidaure avec Anna-Caterina Antonacci, c’est au tour d’<strong>Anna Pirozzi</strong> de se confronter au souvenir écrasant de la plus grande diva du XXe siècle dans la version italienne de l’œuvre. Elle s’en sort haut la main, grâce d’abord à une technique belcantiste « d’attaque » époustouflante qui faisait déjà tout le prix de son Abigaille : contrairement à des interprètes qui, n’ayant pas les moyens du rôle, s’y jettent à corps perdu, soprani incendiaires pratiquant la technique de la partition brulée (Nadja Michael, Alexandra Deshorties par exemple), Anna Pirozzi maitrise l’ambitus démesuré de sa partition, et garde le contrôle de son émission et de sa déclamation dans les passages les plus exposés. Ensuite car elle sait ne pas être que la sorcière furieuse du dernière acte (« E che? Io son Medea »), mais également l’amante trahie suppliante dont la folie ne transparait qu’en de brefs éclats (tout l’acte I, la confrontation avec Créon), et la mère aimante constamment tourmentée par son désir de vengeance (« Del fiero duol »), et ce par un allégement de ses moyens colossaux et le raffinement de sa projection.  Elle n’atteint pas néanmoins la même intensité de compression dramatique, de sècheresse tragique que Callas (« Lontan ! Lontan ! Serpenti, via da me ! »), même si certaines inflexions ou effets signalent clairement leur tribut.</p>
<p>Il faut dire que le chef d’orchestre, <strong>Philippe Auguin</strong>, ne l’aide pas beaucoup sur ce terrain. Si les grands morceaux symphoniques (l’ouverture, l’introduction du dernier acte) sont bien exécutés, l’orchestre de l’opéra manque ce soir de nerf dans les passages les plus emportés. Les tempi sont vifs mais les attaques manquent de netteté, les temps de pause sont trop longs à des moments où l’urgence dramatique devraient les réduire à néant (duo « Nemici senza cor », lancement de l’invective « Atre furie »). Par ailleurs, dans cette version, avec des instruments modernes et à un tel diapason, Cherubini annonce davantage Verdi qu’il n’hérite de Gluck. Signalons néanmoins un son très ample où les pupitres sont bien équilibrés (sauf peut-être les timbales un peu surexposées), et où brillent certains solistes (la flûte de l’air de Glauce et le hautbois de celui de Néris). Le Chœur de l’opéra est très énergique, tout en manquant légèrement de précision, et de stabilité dans les passages les plus aigus de la scène du mariage.</p>
<p>Autour de la Napolitaine, une distribution exclusivement grecque. Parmi les seconds rôles, on est marqués par l’autorité et la projection naturelle de <strong>Nikolas Douros</strong> en Capitaine de la Garde. Créon ne pose aucun problème à<strong> Yanni Yannissis </strong>: sonore, impérieux et sans bavure. Ce n’est hélas pas le cas du Jason de <strong>Giorgio Berrugi</strong> : si la voix est saine, le chanteur attaque trop de notes par en bas et a une fâcheuse tendance à insérer des points d’orgue au mépris non seulement du style, mais du rythme et du drame. Pour sa promise, <strong>Vassiliki Karayanni</strong>, son medium assuré et son timbre voilé conviennent parfaitement aux accents inquiets de Glauce, moins à la légèreté de son grand air à vocalises, qu’elle assume sans reproche néanmoins, avec des aigus solides. C’est surtout la Néris de <strong>Nefeli Kotseli</strong> qui nous impressionne : pas tant pour la profondeur de sa voix que pour la rondeur de son timbre et la suavité de son émission. Dommage qu’elle rate ses dernières phrases (l’annonce paniquée de l’infanticide) qui manquent de l’agitation requise.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-130785 alignright" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/GNO-Medea-photo-Andreas-Simopoulos-40-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></p>
<p>Cette production est coproduite avec le MET de New-York, l’opéra de Toronto et de Chicago. Est-ce pour cela que <strong>David McVicar</strong> se contente de faire joli alors que l’Europe sait qu’il peut aussi être intelligent ? Son spectacle est très illustratif : la transposition au début du XIXe siècle n’apporte pas grand-chose, la présentation de la toison d’or frise le mauvais gout avec ses gesticulations d’acrobates et le placement du chœur est très convenu (à l’exception du twist final où la foule accuse Jason pendant le « Giusto ciel »). Néanmoins l’esthétique de l’ensemble est très léchée : débauche de costumes, élégance du décor (ces grandes portes du palais, autrefois dorées) grand miroir incliné en fond de scène qui dédouble et perturbe la perspective (Yannis Kokos en faisait déjà un brillant usage dans ses <a href="_wp_link_placeholder" data-wplink-edit="true"><em>Troyens</em></a>) puis transporte le reflet de la colchidienne au milieu de projections vidéo très réussies (la scène de magie, l’embrasement du palais). Sa direction d’acteur se concentre surtout sur Médée, un peu trop parfois, comme ce moment à la fin de l’acte I où elle brutalise des soldats cherchant à l’empêcher d’invoquer les dieux (contresens au demeurant, sa révolte n’est pas censée exploser au grand jour à ce stade), mais la voir faire glisser son voile noir par l’avant, les mains griffues, ramper dans sa robe usée à écailles noires, avec son maquillage outrancier, s’effondrer sur les marches du palais ou brandir son brillant poignard est très spectaculaire. Tout comme le tableau montrant Glauce calcinée par la robe empoisonnée qui rampe sur la table vers un Jason découragé par une servante de la toucher pour ne pas subir la même infortune que Créon, c’est un film d’horreur à la hauteur de la violence du mythe.</p>
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		<title>VERDI, Il trovatore — Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/il-trovatore-paris-bastille-au-clair-de-luna/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 Jan 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Reprise de cette production particulièrement insipide et sur laquelle on ne s&#8217;étendra pas : la revoir confirme son manque d&#8217;intérêt dramatique, l&#8217;inutilité de sa transposition, et à quel point ce décor tourne vite à vide. On ne reviendra pas sur les innombrables faiblesses du livret qui rendent la tache complexe pour tout metteur en scène, elles &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="margin-bottom: 0cm">Reprise de cette <a href="https://www.forumopera.com/il-trovatore-paris-bastille-anna-netrebko-meilleure-chanteuse-du-monde">production</a> particulièrement insipide et sur laquelle on ne s&rsquo;étendra pas : la revoir confirme son manque d&rsquo;intérêt dramatique, l&rsquo;inutilité de sa transposition, et à quel point ce décor tourne vite à vide. On ne reviendra pas sur les innombrables faiblesses du livret qui rendent la tache complexe pour tout metteur en scène, elles ne sauraient néanmoins excuser le manque d&rsquo;inspiration d&rsquo;<strong>Alex Ollé</strong>.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm">On passera très vite également sur l&rsquo;<strong>Orchestre de l&rsquo;Opéra</strong>, très probant et bien sonnant mais dirigé avec une mollesse impardonnable par <strong>Carlo Rizzi </strong>: les temps sont tellement marqués qu&rsquo;on croirait parfois entendre de la mauvaise musique de ballet. Pourquoi attendre si longtemps après le « No ! » du Comte pour lancer le trio « Di geloso amor sprezzato » (que Verdi note « agitatissimo ») ? Quelle lenteur également dans le duo Azucena-Manrico à l&rsquo;acte II, si encore elle était justifiée par un sens de la tension, une manière d&rsquo;entretenir le suspens (interminable air de Ferrando), de jouer des rythmes, mais non, c&rsquo;est toujours la même vision assez pompière et terne, routinière en somme, elle a au moins le mérite d&rsquo;être attentive à l&rsquo;équilibre entre la fosse et le plateau et donc confortable pour les chanteurs.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm"> </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/sebastien_mathe_opera_national_de_paris-le-trouvere-2022-2023-sebastien-mathe-onp-18-.jpg?itok=oFqY3djk" title="Sébastien Mathé / Opéra national de Paris" width="468" /><br />
	© Sébastien Mathé / Opéra national de Paris</p>
<p style="margin-bottom: 0cm"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm">De toute manière, si l&rsquo;on vient voir cette reprise, et même cette œuvre tout court, c&rsquo;est pour son quatuor. Les <strong>chœurs de l&rsquo;Opéra</strong> sont pourtant excellents ce soir : précis, rigoureux, soucieux de raffinement autant que de puissance. Les seconds rôles sont sans reproche également : Inès très sonore de <strong>Marie-Andrée Bouchard-Lesieur</strong> et Ruiz très clair tout en étant percutant de <strong>Samy Camps</strong>. Quant au Ferrando de <strong>Roberto Tagliavini</strong>, il ne cède jamais à la tentation du volume, ce qui nuirait au style impeccable de son chant et à la justesse de ses nombreux grupetti, mais diminue l&rsquo;impact de son beau timbre de basse profonde.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm">Trois de nos quatre protagonistes ont beaucoup à apporter, néanmoins il leur manque à tous quelque chose d&rsquo;essentiel pour convaincre pleinement. L&rsquo;Azucena de<strong> Judit Kutasi</strong> fait ce soir ses débuts dans la Grande Boutique et c&rsquo;est clairement celle qui l&#8217;emporte à l&rsquo;applaudimètre : la résonance de sa voix est assez phénoménale, surtout sur des graves qui ne perdent pas en amplitude en descendant la portée. Pourtant son émission assez en arrière engloutit beaucoup de consonnes, générant un manque de mordant, de netteté dans la prononciation de la gitane revancharde et lui fait presque hululer certains aigus. De plus, si son jeu est très emporté, il n&rsquo;est pas assez menacé par la folie, héritage de ses épreuves passées, et toutefois refuge qui lui est refusé pour supporter ses épreuves actuelles. Son plus beau moment reste la berçeuse « Ai nostri monti » du dernier acte. A l&rsquo;unisson avec le Manrico de <strong>Yusif Eyvazov</strong> qui prouve soudain qu&rsquo;il peut se montrer délicat. Dans le reste du rôle, tout n&rsquo;est que vaillance insolente et surexposition téméraire, et ce dès sa romance d&rsquo;entrée qui a de quoi réveiller tout le voisinage davantage que le souvenir des poètes errants du XV<sup>è</sup> siècle. Reconnaissons néanmoins que cela convient très bien dans les nombreuses invectives que compte le rôle et bien sur dans le « Di quella pira » et ses deux contre-ut finaux gros comme des maisons ; à coté, il faut regretter les trilles battus à la louche, l&rsquo;italien machonné, un « Ah si, ben mio » plus véhément que caressant, et une émission qui semble régulièrement sur le point de s&rsquo;étrangler. La prestation d&rsquo;<strong>Anna Pirozzi</strong> en Leonora est tout aussi frustrante car son soprano surpuissant idéal pour les rôles violents (Abigaille, Lady Macbeth) se glisse avec difficulté dans l&rsquo;écriture gracieuse quasi-bellinienne de la dame d&rsquo;honneur : techniquement toutes les notes y sont, et rien n&rsquo;est éludé, les graves sont somptueux (« Qual son quelle preci » sépulcral), mais les suraigus sont trop durs, comprimés pour transpercer l&rsquo;immense espace de la salle et hélas bien peu musicaux. Par ailleurs cette émission et son jeu très martiaux conviennent davantage à la battante suicidaire du dernier acte qu&rsquo;à la douce héroïne rêveuse du premier et encore moins aux quelques phrases nuptiales du troisième qui réclament plus de légèreté et de transparence. Elle en est tout à fait capable au demeurant, sa mort et son <em>mezzovoce</em> imposé le prouvent. Un metteur en scène ou un chef plus attentifs auraient sans doute permis de mieux l&rsquo;orienter. Le seul qui ait tout, ou presque, c&rsquo;est le Luna d&rsquo;<strong>Etienne Dupuis</strong>, car le méchant est presque trop beau : cette projection autoritaire et naturelle, qui ne sonne jamais forcée, cet italien rayonnant, son allure solaire sur scène, ce timbre délectable, on a certes entendu des « Il balen del suo sorriso » plus belcantistes, mais rarement plus séduisants, et en tout cas plus sensuels que la romance du trouvère lui-même ! Avant l&rsquo;entracte, on se demande clairement pourquoi Leonora lui préfère le fils de la gitane. Après, il joue davantage la noirceur du rôle (le livret l&rsquo;y force), et la noblesse du comte cède le terrain à la rage de l&rsquo;amant jaloux, il reste quand même un salaud devant lequel on rend les armes !</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/sebastien_mathe_opera_national_de_paris-le-trouvere-2022-2023-sebastien-mathe-onp-1-.jpg?itok=bns8iLSJ" title="Sébastien Mathé / Opéra national de Paris" width="468" /><br />© Sébastien Mathé / Opéra national de Paris</p>
<p style="margin-bottom: 0cm"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm"> </p>
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	</channel>
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