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	<title>Edgardo ROCHA - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Edgardo ROCHA - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>ROSSINI, Il Viaggio a Reims &#8211; Salzbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-il-viaggio-a-reims-salzbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Aug 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créée au printemps dernier dans le cadre du Festival de Pentecôte dont Cecilia Bartoli est la directrice artistique depuis 2012, cette production revient pour le festival d’été, auquel elle apporte une note de fraîcheur et de divertissement bienvenue, au sein d’une programmation fort sérieuse. Confiée au facétieux Barrie Kosky, la comédie de Rossini, qui repose &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Créée au printemps dernier dans le cadre du Festival de Pentecôte dont Cecilia Bartoli est la directrice artistique depuis 2012, cette production revient pour le festival d’été, auquel elle apporte une note de fraîcheur et de divertissement bienvenue, au sein d’une programmation fort sérieuse.</p>
<p>Confiée au facétieux <strong>Barrie</strong> <strong>Kosky</strong>, la comédie de Rossini, qui repose sur un livret particulièrement ténu et dont toute trame dramatique est absente, relève du divertissement pur, de la farce, traitée dans un mode burlesque assumé, ce qui fait toute la réussite du spectacle.</p>
<p>Pour une raison qu’on s’explique mal, si ce n’est de mettre à l’honneur (ou de flatter l’égo ?) d’une cantatrice qui n’en n’a pas besoin, le metteur en scène prend quelque liberté avec le livret, et transforme le but de ce voyage raté, à l’origine le couronnement du roi Charles X, en un concert de la célèbre cantatrice La Ceci (suivez mon regard…). Bartoli, en effet, est au cœur du spectacle, entourée de ses partenaires favoris, les Musiciens du Prince-Monaco, de leur chef Capuano qui est son complice privilégié depuis des années, et de quelques autres des chanteurs qui l’accompagnent dans ses différents projets.</p>
<p>Comme il s’en explique dans le programme, Barrie Kosky s’est inspiré de l’univers d’Offenbach, de celui de Feydeau ou de Groucho Marx pour trouver le ton qu’il cherchait, celui d’une comédie déjantée entièrement tournée vers le divertissement mais réglée au cordeau, faisant correspondre à la virtuosité de la partition une précision scénique tout aussi virtuose : chaque geste est produit en rythme, les portes claquent dans le tempo de l’orchestre et une fébrile agitation permanente de tous les protagonistes répond au déluge de notes de la musique de Rossini. Sur ce plan, le spectacle est particulièrement bien réglé, scéniquement très réussi pour la plus grande joie des festivaliers.</p>
<p>Les différents ressorts habituels du comique sont convoqués tour à tour, comique de situation, la scène des coups de pistolets tirés dans tous les sens (comme dans un <em>saloon</em> de western) mais qui n’atteignent personne, comique de répétition (une harpe traverse la scène aux moments les plus incongrus), coups de théâtre inattendus (l’apparition de la Ceci à la toute fin du spectacle), etc..</p>
<p>Les décors (tout en noir et blanc inspirés de gravures anciennes) et surtout les costumes (Victoria Behr) particulièrement riches et colorés – sauf pour le personnel de l’hôtel assimilé au décor – contribuent grandement à la beauté visuelle des tableaux proposés-là. On retiendra le somptueux buffet du banquet final, véritablement spectaculaire, le tableau le plus réussi de la soirée, même si la scène tire en longueur. Jusqu’aux coiffures, plus excentriques les unes que les autres, les maquillages, les accessoires, tous les éléments du spectacles ont été convoqués dans un seul but : épater la galerie avec une débauche de moyens et faire rire. Mesuré à l’aune de ce but unique, louable mais finalement modeste, la réussite est totale.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/il_viaggio_a_reims_2026-c-sf-monika-rittershaus-045b-1-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-218998"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© DR</sup></figcaption></figure>


<p>Musicalement, la satisfaction est sans doute un peu moindre ; pris par le maelstrom général et l’agitation incessante qui anime la scène, les chanteurs, parmi lesquels de très grandes pointures, peinent à trouver un climat favorable à l’épanouissement du beau chant. Rares sont ceux qui livrent ici le meilleur d’eux-mêmes.</p>
<p>Ce meilleur vocal, <strong>Cecilia Bartoli</strong> doit sans doute aller le chercher dans le passé. La voix n’a plus tout à fait l’homogénéité ni la souplesse légendaires qui ont fait sa gloire. Elle garde bien entendu de grandes qualité, un très visible plaisir d’être en scène avec tout son monde autour d’elle, un engagement scénique de tous les instants. Mais cette gloire passée justifie-t-elle qu’on modifie le livret pour lui trouver un second rôle (muet, celui de la Ceci dont on vient écouter le concert). Elle campe en Corinna une chanteuse d’opéra un peu sur le retour ; si c’est volontaire, cette sorte d’autodérision assumée est certainement une preuve d’intelligence.</p>
<p>D’autres tirent subtilement leur épingle du jeu : <strong>Marina Viotti</strong> en comtesse polonaise se montre très solide et parvient sans peine à surmonter l’orchestre, <strong>Mélissa Petit</strong> est souveraine dans le rôle de la Comtesse de Folleville avec des aigus perlés du meilleur effet et son jeu de scène un peu outré mais tellement drôle. Le baryton georgien <strong>Misha Kiria</strong> en impose dans le rôle du Baron Trombonok, de même que le ténor <strong>Dmitry Korchak</strong> aux aigus saisissants dans celui du comte Liebenskof, tous les deux parfaitement distribués, ainsi d’ailleurs que <strong>Ildebrando D’Arcangelo</strong>, qui prête sa voix et son talent au rôle de Lord Sydney. Pour les autres, la performance scénique l’emporte sur la performance vocale : l’outrance, la caricature voulue par la mise en scène dans la définition de chaque personnage masque les individualités vocales. C’est le cas pour <strong>Tera Erraught</strong> dans le rôle de Madame Cortese, de <strong>Peter Kellner</strong> en Don Alvaro, ou de <strong>Florian Sempey</strong> dans le rôle de Don Pofondo, le collectionneur d’antiques. Il faut dire aussi que les rôles sont tellement nombreux que les interventions solistes de chacun sont limitées. Le médecin Don Prudenzio est interprété par <strong>Gianni Romeo</strong>, lui aussi submergé par la caricature de son personnage. Aucun ne démérite vraiment, ils remplissent efficacement leur rôle, mais ils sont comme noyés dans la masse d’une performance de troupe. Parmi les plus petits rôles, signalons la basse polonaise <strong>Rafal Pawnuk</strong>, remarquable de présence et de justesse dans le rôle d’Antonio.</p>
<p>Dans la fosse,<strong> Gianluca Capuano</strong> se bat avec une partition plus fournie et techniquement plus difficile qu’il n’y paraît. Le résultat sonore, trop sonore par rapport aux voix, manque de subtilité et de légèreté, en particulier dans les redoutables vocalises où les chanteurs cherchent à alléger le plus possible l’émission au profit d’une plus grande précision et d’une plus grande souplesse, mais se heurtent à un substrat orchestral qui les couvre.</p>
<p>Il n’empêche, ne boudons pas notre plaisir : ce Voyage à Reims nous aura bien fait rire, on sort l’œil ébloui et l’âme ravie, réconcilié avec la vie.</p>
<p style="margin: 0cm; font-size: 12pt; font-family: 'Times New Roman', serif; color: #000000; font-style: normal; font-weight: 400;"> </p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-il-viaggio-a-reims-salzbourg/">ROSSINI, Il Viaggio a Reims &#8211; Salzbourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>DONIZETTI, Don Pasquale &#8211; Vienne (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-don-pasquale-vienne-staatsoper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 Nov 2024 05:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Aux contempteurs de l’opéra de répertoire, le Wiener Staatsoper oppose un argument irréfutable : Don Pasquale mis en scène par Irina Brook. Depuis 2015, cette production divertit le public avec le même bonheur. En renouveler entièrement la distribution, comme cette saison où tous les solistes font leurs débuts in loco dans leur rôle, est moyen &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Aux contempteurs de l’opéra de répertoire, le Wiener Staatsoper oppose un argument irréfutable : <em>Don Pasquale</em> mis en scène par <strong>Irina Brook</strong>. Depuis 2015, cette production divertit le public avec le même bonheur. En renouveler entièrement la distribution, comme cette saison où tous les solistes font leurs débuts<em> in loco</em> dans leur rôle, est moyen de déjouer le piège de la routine.</p>
<p>Les portes claquent et les tringles de rideaux tombent dans un décor de café viennois qui s&rsquo;égaie de rose une fois les clés de la maison confiée – imprudemment – à Norina. Les costumes mêlent les époques sans que l&rsquo;on comprenne la raison d&rsquo;un tel parti pris. Les deux domestiques multiplient gags et bévues mais, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/don-pasquale-vienne-staatsoper-vis-comica/">ainsi que le soulignait Thierry Verger en mai 2022</a>, ce sont d&rsquo;abord les chanteurs qui mènent le bal comique.</p>
<p>A commencer par <strong>Erwin Schrott</strong>, inénarrable dans un rôle à contremploi des matamores dont il est coutumier. Lesté d&rsquo;un ventre de buveur de bière, le cheveu gras et raréfié sur le crâne (ce qu&rsquo;il tente de dissimuler sous une moumoute), Don Pasquale n’est pas ici barbon grisâtre mais <em>mafioso</em> atrabilaire portant beau en dépit du ridicule des situations. Peut-il en être autrement lorsque le temps semble avoir le même effet bénéfique sur la voix du baryton-basse que sur un vin de bourgogne : longue, séveuse, vigoureuse ? De cet instrument exceptionnel, le chanteur joue avec une liberté déconcertante, parlant grognant, nasillant, ânonnant plus que chantant un personnage haut en couleurs qui aimante le regard autant qu’il réjouit l’oreille. Tout n’est pas orthodoxe, comme toujours avec Schrott, mais tout est d’une telle efficacité que l’on rend les armes devant tant de facilité, d’autant qu’à la superbe vocale s’ajoute l’agilité nécessaire pour dévider la bobine du <em>canto sillabando</em> à une vitesse vertigineuse.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Pasquale_2_SCHROTT_LUCIANO-1294x600.jpg" />© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn</pre>
<p><strong>Davide Luciano</strong> n’a que peu à lui envier, sur ce plan comme sur le reste. Le baryton possède aussi un timbre d’une mâle beauté, une ligne de chant impeccable et un abattage jubilatoire qui fait de Malatesta un épigone de Figaro, le barbier rossinien. Il est alors inévitable que le duo du 3e acte, devenu prétexte à surenchère de cabotinage, reçoive un triomphe si attendu que les deux chanteurs ne se font pas prier pour en bisser la cabalette.</p>
<p>Le couple d’amoureux s’engouffre dans la brèche de bonne humeur ouverte par les deux clés de fa, avec une moindre aisance. Ernesto voudrait ténor moins léger qu’<strong>Edgardo Rocha</strong>, qui se heurte à l’ampleur des cadences et aux aigus à pleine voix de « E se fia che ad altro oggetto », même s’il se montre d’une suavité irrésistible dans la sérénade « Com’è gentile » puis dans le duo suivant, en osmose enamourée avec sa partenaire. <strong>Pretty Yende</strong> se laisse surprendre par les multiples chausse-trapes belcantistes de l’aria <em>di sortita</em> de Norina, contournant <em>grupetti</em>, esquissant les trilles puis s’égarant dans un suraigu approximatif comme souvent, avant de discipliner peu à peu son chant pour délivrer un rondo final tourbillonnant qui referme l’opéra sur une meilleure impression qu’il n’avait été ouvert.</p>
<p><strong>Giacomo Sagripanti</strong> n’est sans doute pas étranger à cette discipline acquise au fil de la représentation. Dans un répertoire où il est souvent considéré comme secondaire – à tort –, l’orchestre occupe sa juste place, non « grande guitare » au service des voix mais protagoniste par la manière dont il structure le discours, accompagne l’action et campe le décor.</p>
<p>Peu sollicité mais pourvu de deux numéros à part entière au troisième acte, le chœur endosse sans difficulté son rôle de commentateur amusé d’une comédie sur laquelle le temps n’a décidément pas de prise.</p>
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		<item>
		<title>DONIZETTI, Trilogie Tudor &#8211; Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-trilogie-tudor-geneve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Jun 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On devrait tout faire deux fois. Revoir un spectacle, en l’occurrence un opéra, c’est comme revoir un film ou relire un livre. Le temps a passé, on ne respire plus le même air, les interprètes ont évolué, tout est différent, on se souvient de certaines choses, pas d’autres, on ne va plus fiévreusement du début &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On devrait tout faire deux fois. Revoir un spectacle, en l’occurrence un opéra, c’est comme revoir un film ou relire un livre. Le temps a passé, on ne respire plus le même air, les interprètes ont évolué, tout est différent, on se souvient de certaines choses, pas d’autres, on ne va plus fiévreusement du début à la fin, l’architecture en devient limpide.</p>
<p>À plus forte raison quand il s’agit d’une trilogie. En l’occurrence d’une trilogie Tudor. Qu’évidemment Donizetti n’a pas conçue en tant que telle, les trois opéras étant venus l’un après l’autre, au hasard des livrets et des commandes. Sinon, allez savoir, il aurait peut-être inventé le leitmotiv…<br />Non, un seul point commun entre eux, Elizabeth 1ère. Personnage formidablement théâtral (ou cinématographique, cf. Bette Davis ou Helen Mirren), virtuellement présent dans <em>Anna Bolena</em> (sa mère), puis au sommet de sa cruauté (et de son désarroi amoureux) dans <em>Maria Stuarda</em>, enfin au déclin de sa vie (et de ses amours) dans <em>Roberto Devereux</em>. Et si certaines chanteuses ont chanté et/ou enregistré les trois reines (on pense à Beverly Sills, Montserrat Caballe ou Edita Gruberova), l’idée d’en faire un ensemble est, croyons-nous, inédite, en tout cas rare.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="661" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20221215_GE_MARIA_STUARDA_GTG©Monika_Rittershaus_344-1024x661.jpeg" alt="" class="wp-image-166887"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Stéphanie d&rsquo;Oustrac et Elsa Dreisig dans Maria Stuarda © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<p>C’est un répertoire où bien sûr tout tient par l’interprétation. Voici quelques semaines, justement, on avait vu <em>Roberto Devereux</em> et on avait été tellement été impressionné par la performance d’<strong>Elsa Dreisig</strong>, qu’on désirait revenir aussi pour elle.</p>
<p>Sans oublier <strong>Stéphanie d’Oustrac</strong> et <strong>Edgardo Rocha</strong>, embarqués dans l’aventure de ces trois opéras montés en trois saisons par le Grand Théâtre de Genève et d’emblée pensés comme un tout.</p>
<h4><strong>Des leitmotives visuels</strong></h4>
<p>Pas de leitmotives musicaux, on le disait. <strong>Marianne Clément</strong>, la metteuse en scène, et son inséparable <strong>Julia Hansen</strong>, à qui l’on doit décors et costumes, les ont remplacés en somme par des leitmotives visuels.</p>
<p>Qui, à revoir les trois opéras en une semaine (sacrée performance des interprètes), prennent tout leur sens. Certaines images qui pouvaient passer pour des coquetteries deviennent structurantes, contribuant à faire dialoguer chaque opéra avec les deux autres.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/21-22_GENERALE_PIANO_211014_GTG©MAGALI_DOUGADOS-0278-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-166880"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Elsa Dreisig et la jeune Elisabeth dans Anna Bolena © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<p>Ces images obsessionnelles, ce sont d’abord, incarnées par deux figurantes, celles de la reine. On la voit petite jeune fille (longues tresses rousses) et on la voit surtout telle que l&rsquo;imagerie l’a inscrite dans les mémoires : visage plâtré, front rasé, vertugadin, grande robe de cour, arpentant la scène telle une apparition, image de la solitude, de la mélancolie, de l’amertume, du passage du temps, hantant les trois opéras, semblant parfois se dédoubler, le personnage de légende s’incarnant et se désincarnant tour à tour, dans un jeu de miroir obsédant –&nbsp;il y a d’ailleurs beaucoup de miroirs.</p>
<p>Récurrente aussi, l’image du billot : dès l&rsquo;ouverture de chacun des opéras, apparait le chœur, masse noire de mauvaise augure s’écartant pour révéler le sinistre bloc de bois prémonitoire.</p>
<h4><strong>L’innocence et la mort</strong></h4>
<p>Aussi présent que celui de la mort inéluctable, le thème de l’innocence, symbolisée par la longue chemise blanche d’Anna Bolena, identique à celle de Maria Stuarda au moment de mourir, la même – et c’est plus étonnant –&nbsp;que celle d’Elisabetta, apparaissant éperdue, errant dans une forêt enneigée, peu avant qu’elle ne comprenne qu’elle a été doublement trahie par son amant Roberto Devereux et son amie intime, Sara, duchesse de Nottingham, et qu’elle ne les condamne tous deux à la hache du bourreau.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20240529_GENERALE_ROBERTO_DEVEREUX_GTG-C-DOUGADOS_MAGALI_MG_0580-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-164607"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Elsa Dreisig © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<p>Cette longue chemise blanche, on la voit aussi, portée par l’Elisabetta enfant et l’Elisabetta décrépite, qui, leurs longs cheveux défaits, traversent parfois, images du désespoir, de l’échec ou de la folie, les forêts de bouleaux (réelles ou projetées sur des écrans) suggèrant Hampton Court ou Windsor.</p>
<p>De grands lambris d’un bleu aquamarin, où viennent tourner (<em>Anna Bolena</em>) ou glisser (<em>Maria Stuarda</em> et <em>Roberto Devereux</em>) d’obsédantes clairières, printanières ou automnales, que traversent des chasseurs (la chasse, c’est la présence subliminale du père, Henry VIII, d’où la foison récurrente de trophées ou de bois de cerf, autres figures de la mort), un jeu élégant de bruns et de bleus que viennent assombrir les noirs (mais non moins élégants) costumes du chœur des courtisans, de style Tudor dans <em>Anna Bolena</em> puis de plus en plus contemporains à mesure qu’on avance dans la trilogie.</p>
<h4><strong>Paradis de l’enfance</strong></h4>
<p>Seule vision qui garde quelque chose d’idyllique : les grands panneaux peints d’<em>Anna Bolena</em>, féeriques comme une tapisserie aux « mille fleurs ». C’est la forêt d’une enfance rêvée pour la fille d’Anna Bolena. Une forêt où pointent soudain leur bec deux gros canaris d’un jaune éclatant, incongrus et furtifs, image qui, bien plus tard, dans <em>Roberto Devereux</em>, aura son symétrique : un oiseau mort que recueillera la petite fille, et qu’elle enveloppera dans le foulard brodé qui aura scellé le destin de l’amant d’Elisabetta.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20221215_GE_MARIA_STUARDA_GTG©DOUGADOS_MAGALI__E8A3124-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-166884"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Stéphanie d&rsquo;Oustrac dans Maria Stuarda avec le futur Jacques 1er © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<p>Dans cette forêt de l’enfance, on aura aperçu aussi, vision furtive non moins belle, cette petite fille se coucher sur l’énorme hure d’un cerf décapité, comme une nouvelle prémonition de toutes les têtes qui tomberont, d’un opéra à l’autre.</p>
<h4><strong>Une femme de pouvoir</strong></h4>
<p>On n’en finirait plus d’énumérer les jalons que pose la mise en scène au fil des trois opéras, mais on notera encore qu’au début d’<em>Anna Bolena</em> on voit l’éphémère épouse d’Henry VIII poser pour un peintre, et qu’au début de <em>Roberto Devereux</em> c’est Elisabetta qu’on verra se faire portraiturer. Comme pour souligner une obsession très moderne (et politique) de l’image que la metteuse en scène veut mettre en avant. <br />Ainsi l’Elisabetta de <em>Maria Stuarda</em> apparaît-elle curieusement vêtue d’une étrange redingote dorée qui lui donne l’aspect de quelque cigale et les cheveux coupés court et plaqués, très « executive woman », comme pour gommer toute féminité et affirmer que « la femme est un homme de pouvoir comme les autres » (on cite là Mariame Clément).</p>
<p>Autre citation : « La mise en scène, ce n’est pas du remplissage ; il faut parfois faire preuve de simplicité et, paradoxalement, c’est quelque chose qui vient avec l’expérience ». Et <strong>Stefano Montanari</strong>, le chef d’orchestre, d’abonder dans le même sens : « La simplicité, c’est-à-dire être expressif et clair, c’est ce qui est le plus dur à trouver dans la musique. Parfois il faut quand même vingt ans de carrière pour arriver à comprendre qu’il n’y a rien à faire, à part ‘juste’ chanter le texte. »</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20221215_GE_MARIA_STUARDA_GTG©DOUGADOS_MAGALI__E8A2700-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-166882"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Stéphanie d&rsquo;Oustrac et Elsa Dreisig dans Maria Stuarda © Magali Dougados </sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Émotion pure, et purement musicale</strong></h4>
<p>Car, oui, au final, l’essentiel, c’est bien la pure émotion musicale qui s’impose, et la performance des interprètes. Elsa Dreisig en tête. À l’époque de la première <em>Anna Bolena</em>, en 2021, Forum Opera, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/anna-bolena-geneve-lenfance-dune-reine/">sous la plume de Clément Mariage</a>, avait suggéré qu’elle ne convainquait «&nbsp;que par intermittences&nbsp;», et c’est aussi le souvenir que nous en avions gardé.</p>
<p>Plus rien de tel ici. Au fil des trois opéras, on ne cessera d’être impressionné par une maîtrise constante de toutes les embuches techniques tendues par Donizetti aux créatrices des rôles, Giuditta Pasta ou Giuseppina Ronzi de Begnis. Coloratures, trilles, vocalises et autres cadences, tout cela pourrait n’être que virtuosité pure. Mais c’est bien l’intense émotion qu’elle dégage qui fait le prix de ces performances.</p>
<p>On ne reviendra pas sur <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-roberto-devereux-geneve/">son impressionnante composition dans <em>Roberto Devereux</em></a>, la vieillarde hallucinée qu’elle dessine dans la scène finale, habitant chaque note. On a le sentiment qu’Elsa Dreisig a trouvé là quelque chose, une manière de donner chair à la musique, qui lui permet de revisiter son Anna Bolena, qui sonne tout autrement qu’en 2021. On le perçoit dès son air du premier acte «&nbsp;Come, innocente giovane&nbsp;», par une certaine couleur pathétique et par les coloratures sur «&nbsp;lusingar&nbsp;» de la cabalette, impeccables parce que dans le sentiment. Art purement belcantiste, qui allie paradoxalement la virtuosité (ces notes hautes aériennes !) et une profonde mélancolie.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/21-22_GENERALE_PIANO_211014_GTG©MAGALI_DOUGADOS-0671-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-166881"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Edgardo Rocha et Elsa Dreisig dans Anna Bolena © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<p>Ce qui est très passionnant, dans ce jeu sur les couleurs de la voix, cette maîtrise de la ligne, c’est que Dreisig les associe à une construction très fine de ses personnages : la fragilité et la sincérité d’Anna, la dureté conquise de l’Elisabetta de <em>Maria Stuarda</em>, le vieillissement de l’Elisabetta de <em>Roberto Devereux</em>, chancelante et hagarde.</p>
<h4><strong>d’Oustrac non moins impressionnante</strong></h4>
<p>Non moins inspirée, Stéphanie d’Oustrac prête à Giovanna Seymour des couleurs pathétiques (servies par l’autorité de la ligne musicale et une impressionnante projection), et une attitude constamment penchée, comme pour en faire une effigie du malheur, face à l’Enrico (Henry VIII) d’une solidité de bronze d’<strong>Alex Esposito</strong>, grand spécialiste du rôle auquel il confère une autorité, des accents furieux, parfois quelques failles subtiles, et sa native <em>italianitá</em> appuyée sur une diction mordante.</p>
<p>On ne reviendra pas sur le pari d’inverser, pour <em>Maria Stuarda</em>, la répartition vocale habituelle entre soprano I et soprano II. À Elsa Dreisig, soprano Iyrique, est confié le rôle d’Elisabetta, souvent dévolu à des voix dramatiques (Eileen Farrell, Shirley Verrett…) tandis que celui de Maria, habituellement dévolu à un soprano colorature, est confié à Stéphanie d’Oustrac qui est un vrai mezzo.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/21-22_ANNA_BOLENA_PRE_GENERALE_211014_GTG©MAGALI_DOUGADOS-0654-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-166875"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>D&rsquo;Oustrac, Dreisig et la jeune Elisabetta dans Anna Bolena © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<p><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-maria-stuarda-geneve-une-gageure-pas-vraiment-tenue/">Si on avait été déconcerté de ce parti pris en 2022</a>, il n’en est plus rien. D’un point de vue dramaturgique, cette option a même cette conséquence intéressante que l’équilibre des deux personnages, Elisabetta et elle, en est renversé. Étrangement le personnage fort, ici c’est Maria, alors qu’elle est en principe la victime de l’acariâtre souveraine. Laquelle a beau revêtir une défroque masculine et à l’occasion une cuirasse dorée, elle n’en semble pas moins dominée par la reine d’Écosse à la féminité surjouée.<br>Il faut dire que d’Oustrac, déchaînée, lui prête, là encore, une fierté, une âpreté terrassantes. D’ailleurs à la fin de l’opéra, Elisabetta disparaît du paysage. Une fois la sentence de mort tombée, elle laisse le terrain à Maria pour la célèbre prière, climax d’émotion : d’Oustrac, par son engagement, en fait un sommet de dramatisme, allant chercher ses notes hautes les plus térébrantes pour survoler le chœur, porté par la baguette ardente de Stefano Montanari. Quant à son ultime air, «&nbsp;Ah ! se un giorno da questa ritorte&nbsp;», il perd en séraphisme tout ce qu’il gagne en tragique, en grandeur, en désespoir.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20221215_GE_MARIA_STUARDA_GTG©Monika_Rittershaus_342-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-166886"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Stéphanie d&rsquo;Oustrac dans Maria Stuarda © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Laisser respirer</strong></h4>
<p>L’autre moment essentiel de <em>Maria Stuarda</em>, c’est la terrible confrontation de la fin de la première partie entre les deux reines, le grand sextuor avec chœur, « E sempre la stessa », qui culmine sur l’insulte suprême « Figlia impura di Bolena » lancée avec fureur par d’Oustrac. S’il fait monter les deux chanteuses jusqu’aux confins de leurs voix, c’est, jusqu’à l’<em>accelerando</em> de la strette, un de ces moments où la direction, exaltante jusqu’au débridé, de Montanari soulève de vastes houles d’émotion. Il est juste de dire que le premier final de <em>Roberto Devereux</em> (comme d’ailleurs son impeccable ouverture) bénéficient de représentations toutes récentes, et sont d’une netteté d’exécution incomparable. À l’évidence, les musiciens de l’<strong>Orchestre de la Suisse Romande</strong> sont suspendus à la baguette et au doigt impérieux du chef italien, qui sait aussi laisser respirer cette musique, qui a besoin d’air pour planer à son aise. Le <strong>chœur du Grand Théâtre de Genève</strong> constamment sollicité, et impliqué dans le jeu, est comme toujours d’une cohésion, d’un velouté merveilleux sous la direction de <strong>Mark Biggins</strong>. On n’en prendra pour seul exemple que le très beau chœur d’entrée du deuxième acte « L’ore trascorrono, surse l’aurora », dans <em>Roberto Devereux</em>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20240529_GENERALE_ROBERTO_DEVEREUX_GTG-C-DOUGADOS_MAGALI_MG_0389-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-166894"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Nicola Alaimo et Elsa Dreisig dans Roberto Devereux © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Formidable Nicola Alaimo</strong></h4>
<p>Du côté des clés de <em>fa</em>, et non moins éclatant qu’Alex Esposito, on redira à quel point<strong> Nicola Alaimo</strong> est formidable dans le rôle du Duc de Nottingham : que ce soit dans la bonté ou dans la fureur, il déploie une ampleur et une humanité, une puissance grandioses. Massif, imposant, il fait sonner une voix immense, à la démesure de la générosité et de la violence du personnage. Le moment où il découvre qu’il a été trompé à la fois par son épouse et par son ami n’aura d’égal en désarroi que celui où la vieille reine comprendra qu’elle aussi aura été doublement bernée par la Duchesse et par son amant.</p>
<p>Comme Dreisig et d’Oustrac, <strong>Edgardo Rocha</strong> sera des trois opéras. Tour à tour, il sera Ricardo Percy, Roberto, comte de Leicester et Roberto Devereux, comte d’Essex, et fera des trois rôles, sans doute sur les indications de la metteuse en scène, des personnages assez légers, plutôt immatures, un peu veules, mettant à leur service un timbre clair de ténor lyrique, aux aigus parfois un peu tirés, comme à la fin de <em>Maria Stuarda</em>. Il faudra attendre <em>Roberto Devereux</em> pour que Donizetti, dans l’air de la prison «&nbsp;Come uno spirto angelico&nbsp;», lui offre l’occasion de déployer sa voix dans toute sa vigueur.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20240529_GENERALE_ROBERTO_DEVEREUX_GTG-C-DOUGADOS_MAGALI_MG_0008-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-166888"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Edgardo Rocha et Elsa Dreisig dans Roberto Devereux © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<p>Comme s’il s’agissait de trois premières, on vit à la fin de chacun des trois opéras Mariame Clément venir saluer avec tous les interprètes, et recueillir sa juste part de l’enthousiasme du public.</p>
<p>Nous avons vu des caméras dans la salle et des forêts de micros dans la fosse. À l’évidence, on verra un jour ou l’autre cette belle Trilogie vivre d’une autre vie.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-trilogie-tudor-geneve/">DONIZETTI, Trilogie Tudor &#8211; Genève</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>DONIZETTI, Roberto Devereux &#8211; Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-roberto-devereux-geneve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 Jun 2024 16:14:50 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=164595</guid>

					<description><![CDATA[<p>Impressionnante prise de rôle pour Elsa Dreisig que l’Elisabetta de Roberto Devereux. Le rôle est long, exigeant, fait appel à toutes sortes de moyens vocaux, très lyrique et belcantiste ici, plus dramatique là. En grande forme vocale, le jeune soprano donne l’impression d’y atteindre une manière de maturité et d’accomplissement. Elle dessine dans sa robe &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Impressionnante prise de rôle pour <strong>Elsa Dreisig</strong> que l’Elisabetta de <em>Roberto Devereux</em>. Le rôle est long, exigeant, fait appel à toutes sortes de moyens vocaux, très lyrique et belcantiste ici, plus dramatique là. En grande forme vocale, le jeune soprano donne l’impression d’y atteindre une manière de maturité et d’accomplissement. <br>Elle dessine dans sa robe de broché à vertugadin la silhouette de la reine vieillie, la démarche un peu titubante parfois, le dos cassé avec, bien sûr, le visage plâtré et le front immense que les portraits du temps (et la tradition opératique) ont définitivement attribués à la reine vierge. À cette incarnation physique troublante (on reconnaît à peine son visage sous ce masque), à sa présence en scène, beaucoup plus affirmée selon nous que lors des deux premiers volets de la Trilogie Tudor montée en trois saisons par le GTG *, elle ajoute un chant très intense, très ardent, qui va enthousiasmer le public de la première.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20240529_GENERALE_ROBERTO_DEVEREUX_GTG-C-DOUGADOS_MAGALI_MG_0371-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-164603"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Elsa Dreisig © GTG-Magali Dougados</sup></figcaption></figure>


<p>Ce <em>Roberto Devereux</em> a la simplicité d’une épure. La mise en scène de <strong>Mariame Clément</strong> a l’audace d’être simple et de faire confiance à la très efficace construction dramatique élaborée par Donizetti et Cammarano.<br>Le cadre de scène est le même que pour les deux autres opéras de la trilogie : de grands lambris bleutés, qui peuvent suggérer la «&nbsp;salle basse du palais de Westminster&nbsp;» ou s’ouvrir sur une forêt où passeront des chasseurs. Les dames de la cour, comme les courtisans, sont vêtus de complets vestons tout à fait contemporains, d’une parfaite neutralité (que viendront plus tard compléter des fraises tuyautées). Il ne s’agit point tant d’anachronisme que de s’installer dans une temporalité abstraite, celle du théâtre des passions.</p>
<p>Passions qu’on pourrait dire bourgeoises, car quel est le sujet de cet opéra ? La trahison ou les trahisons. Trahisons d’amour, trahisons d’amitié (et même trahison politique pour Devereux, qui sera donc doublement condamné à mort). Le quatuor soprano-mezzo-ténor-baryton y dessine toutes les figures possibles : la reine est trahie par sa confidente Sara et par son amant Roberto, le duc de Nottingham est trahi à la fois par son épouse Sara et par son meilleur ami Roberto, etc. Et comme dans un mélodrame du Boulevard du crime, deux accessoires, une bague et un foulard brodé, suffiront à dessiller les yeux des victimes.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20240529_GENERALE_ROBERTO_DEVEREUX_GTG-C-DOUGADOS_MAGALI_MG_0157-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-164600"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Stéphanie d&rsquo;Oustrac et Elsa Dreisig © GTG-Magali Dougados</sup></figcaption></figure>


<p>Certes on reconnaît quelques-unes des coquetteries déjà vues dans <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/anna-bolena-geneve-lenfance-dune-reine/"><em>Anna Bolena</em></a> et <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-maria-stuarda-geneve-une-gageure-pas-vraiment-tenue/"><em>Maria Stuarda</em></a>, ces passages de silhouettes, qui sont réminiscences du passé ou préfiguration de l’avenir. Une Elisabetta enfant traversait déjà <em>Anna Bolena</em> (sa mère), on la retrouve ici jeune fille, comme l’image d’une innocence perdue ; on voit aussi une pâle silhouette aux longs cheveux en blanche chemise diaphane dont on croit deviner que c’est Maria Stuarda (figure du remords ?) ; au premier tableau apparaît un élégant jeune homme en pourpoint blanc dont on comprendra à la fin que c’est le futur Jacques 1er. <br>C’est d’ailleurs l’un des deux seuls personnages (avec la reine) qui soient en costumes Renaissance. Roberto Devereux porte un très contemporain costume en fil-à-fil gris moyen fort bien coupé, le duc de Nottingham complète le sien d’un gilet écossais qui met en valeur sa silhouette cossue… Moins bien lotie, la pauvre Sara n’a droit qu’à un chemisier beige et un pantalon flottant assez pauvrets.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20240529_GENERALE_ROBERTO_DEVEREUX_GTG-C-DOUGADOS_MAGALI_MG_0326-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-164602"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Elisabetta à deux âges de sa vie © GTG-Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<p>La mise en scène de Mariame Clément se tient en somme à égale distance de l’historicisme à la David McVicar et du dépouillement d’un Christophe Loy. Son élégance, sa discrétion, laissent la première place à l’émotion musicale.</p>
<p>Rendant d’autant plus frappante l’inventivité de Donizetti et son désir de renouveler l’opéra. Il construit sa dramaturgie par scènes, en quoi il préfigure Verdi. Rappelons que <em>Roberto Devereux</em> date de 1837, que <em>Nabucco</em> sera créé en 1842 et <em>Macbeth</em> en 1847. Du pur <em>bel canto</em> à la Rossini, à la Bellini ou même à la Donizetti jeune, on évolue vers l’opéra romantique.</p>
<p>Pendant l’ouverture, dont la baguette de <strong>Stefano Montanari</strong> souligne le caractère étrangement pimpant pour préluder à un drame lyrique (et où s’entend, autre extravagance, le <em>God save the Queen</em>), on voit s’ouvrir le cercle sombre des courtisans pour révéler les protagonistes, la reine offrant à Roberto une bague en signe de fidélité (non partagée) puis Sara, enfin un billot évocateur de Maria Stuarda (dont passe la silhouette), billot annonciateur de la fin de Roberto.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20240529_GENERALE_ROBERTO_DEVEREUX_GTG-C-DOUGADOS_MAGALI_MG_0747-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-164610"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>À droite le futur Jacques 1er © GTG-Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Belcantisme</strong></h4>
<p>La première apparition de la reine est déconcertante : ses premières phrases sont dos au public, et peu audibles : avec à son côté le jeune blond au pourpoint blanc, elle pose assise face à un peintre qui brosse son portrait ; mais très vite elle se retourne et dès son premier récitatif «&nbsp;A te svelai tutto il mio core&nbsp;», où elle évoque ses doutes quant à la fidélité de Roberto, puis avec sa cavatine «&nbsp;L’amor suo mi fe’ beata&nbsp;», Elsa Dreisig impose à la fois un timbre, une ligne de chant, l’aisance de ses notes hautes, mais surtout un <em>belcantisme</em> très pur, une expressivité naissant uniquement du legato, des couleurs, de ce chant en apesanteur dont Giuseppina Ronzi De Begnis, interprète fétiche de Donizetti, était dit-on spécialiste. La cavatine « Ah! Ritorna qual ti spero » sera aérienne à souhait, ornementée dans sa reprise, modèle de <em>canto fiorito</em>, alignant huit <em>si</em> aigus et un rutilant contre-<em>ut</em> final.</p>
<p>Entre air et cabalette, se sera glissé un <em>tempo di mezzo</em>, un de ces épisodes intercalés par lesquels Donizzetti s’attache à casser le traditionnel schéma récitatif-aria-cabalette, en l’occurrence l’entrée de Lord Cecil (<strong>Luca Bernard</strong>, membre du jeune ensemble du GTG, voix de ténor très lumineuse) qui vient annoncer que le comte d’Essex (Roberto Devereux) est convaincu de trahison. Lequel Roberto alors surgira pour demander sa grâce à la reine.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20240529_GENERALE_ROBERTO_DEVEREUX_GTG-C-DOUGADOS_MAGALI_MG_0008-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-164598"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Edgardo Rocha et Elsa Dreisig © GTG-Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Donizetti en recherche</strong></h4>
<p>Déjà entendu dans les deux volets précédents de la trilogie, <strong>Edgardo Rocha</strong> est un ténor à la voix très claire, très ouverte, aux phrasés élégants, et leur dialogue sous forme de récitatif accompagné, tout en ruptures, en courtes cellules musicales, en variations de climats et de tempos, sera un nouvel exemple de théâtre donizettien, avant leur duo «&nbsp;Un tenero core&nbsp;», en apparence moment de lyrisme amoureux, en réalité moment d’ambiguïté : ils chantent ensemble, mais sont séparés par le soupçon. <br>La reine sera à l’avant-scène, le comte au second plan, au centre du plateau, quand elle lui demandera <em>a cappella</em> (bel effet) : « Non ami ? » &#8211; Tu n’aimes pas (sous-entendu, une autre). Il répondra (évidemment) que non, et ce mensonge déterminera une cabalette à deux particulièrement coruscante sur un tempo <em>allegro vivace</em>, apparemment joyeux (<em>ré</em> majeur), mais où chacun ne parlera que de mort, elle de la donner, lui de s’y laisser glisser.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20240529_GENERALE_ROBERTO_DEVEREUX_GTG-C-DOUGADOS_MAGALI_MG_0519-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-164606"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Stéphanie d&rsquo;Oustrac et Nicola Alaimo © GTG-Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Pré-verdien ?</strong></h4>
<p>Quant à <strong>Nicola Alaimo</strong>, il compose un impressionnant duc de Nottingham. Donizetti confie à cet homme malheureux de voir sa femme souffrir, sans qu’il comprenne encore pourquoi, une cavatine d’une intense tristesse, « Forse in quel cor sensibile », où le baryton italien, grand spécialiste de Verdi, peut déployer son timbre opulent, aux graves généreux et aux aigus légèrement métalliques, d’une projection puissante. Belle incarnation, chargée d’humanité, qui inclinerait à se demander si le baryton verdien n’aurait pas été inventé par Donizetti… En tout cas, la cabalette où il célèbrera la « sainte voix de l’amitié » verra Nicola Alaimo aller de douces demi-teintes, sensibles et magnifiquement timbrées, jusqu’à un <em>fa</em> aigu, sommet de sa tessiture, qu’il fera hardiment et spectaculairement rayonner.</p>
<h4><strong>Amours clandestines</strong></h4>
<p>On constate en tout cas que les airs fermés comme cette cavatine sont assez rares dans cet opéra, alors que les scènes dialoguées s’y multiplient. Tel le duo entre Sara et Roberto à la fin du premier acte, vrai duo d’amour de deux amants qui savent que le destin (et la reine) vont les séparer à jamais. La scène se passe dans l’appartement de Sara, une chambre lambrissée qu’un mouvement glissant fera apparaître. Commode Louis-Philippe (c’est l’époque) et ambiance cosy.</p>
<p>On avouera (affaire de goût) avoir été moins séduit par la prestation de <strong>Stéphanie d’Oustrac</strong> qui retrouve avec Sara un rôle de mezzo-soprano. On se souvient peut-être que, pour <em>Maria Stuarda</em>, c’est le rôle (de soprano aigu) de la reine <em>d’Écosse</em> qui lui était échu, et on n’avait guère été convaincu de la pertinence de cette option. <br>Déjà son air d’entrée, sa romance «&nbsp;All’ afflitto è dolce il pianto&nbsp;», tout à fait dans sa tessiture, nous avait paru cueilli à froid, la ligne un peu heurtée et la voix manquant d’homogénéité. On aura un sentiment similaire de pathétisme exagéré avec son récitatif «&nbsp;Tutto è silenzio !&nbsp;» Même si, certes, le contexte est dramatique : Sara enjoint à son amant de «&nbsp;vivre et de fuir de ces lieux&nbsp;». </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20240529_GENERALE_ROBERTO_DEVEREUX_GTG-C-DOUGADOS_MAGALI_MG_0282-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-164601"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Stéphanie d&rsquo;Oustrac et Edgardo Rocha © GTG-Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<p>Le duo, «&nbsp;Il vero intesi ?&nbsp;», très expansif, semblera lui aussi quelque peu extérieur et assez bousculé de style entre les deux amants commençant à se déboutonner l’un l’autre… Ici, un bref noir tombera. La lumière se rallumant au bout d’une douzaine de secondes, on les retrouvera, elle en petite culotte et lui se rajustant, tour de passe-passe vestimentaire qui fera glousser la salle… avant un duo final assez tonitruant qui les verra monter jusqu’aux extrêmes de leurs tessitures.</p>
<p>À cet expressionnisme quelque peu hirsute, on avouera préférer le noble chœur des courtisans « L’ore transcorrono », où le <strong>Chœur du GTG</strong>, conduit par <strong>Mark Biggins</strong>, fait des merveilles de cohésion, d’ampleur, de respiration, de souplesse.<br>Et après que Lord Gualtiero Raleigh (le toujours excellent <strong>William Meinert</strong>, lui aussi membre du Jeune ensemble de l’opéra de Genève) aura révélé à la reine qu’une écharpe brodée aura été trouvée parmi les vêtements du comte, commencera une autre confrontation d’envergure : celle de la reine et du duc.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20240529_GENERALE_ROBERTO_DEVEREUX_GTG-C-DOUGADOS_MAGALI_MG_0389-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-164604"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Nicola Alaimo et Elsa Dreisig © GTG-Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Dreisig impressionnante</strong></h4>
<p>Scène toute en changements de tempis (parfois incongrus à l’image de la cabalette interpolée de Nottingham) menée avec autant de fermeté que de souplesse par Stefano Montanari. Nicola Alaimo y varie en finesse les couleurs et les inflexions (de même que Donizetti qui illustre chaque mot du texte), tandis qu’Elsa Dreisig dose tout aussi finement l’équilibre entre sa ligne, toujours belcantiste, et un dramatisme qui va croissant (à l’évidence elle s’est inspirée de Beverly Sills).</p>
<p>L’entrée de Roberto transmuera le duo en trio : fureur de la reine, qui exhibe l’écharpe brodée, confusion du comte (son «&nbsp;Oh ! Ciel&nbsp;» assez puéril fait pouffer le public), noble courroux du duc…<br>Mais surtout Elsa Dreisig montre là une puissance, une incandescence vraiment tragiques sans rien perdre du contrôle de son chant, notamment dans de vertigineuses coloratures descendantes. Elle est impressionnante de fierté farouche dans le monologue «&nbsp;Tutti udite&nbsp;» précédant la signature de la condamnation à mort, une lente montée chromatique d’une tenue vocale toujours soutenue.<br>Avant une strette de fin d’acte (avec chœur) plus traditionnellement bruyante, mais tout à fait efficace.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20240529_GENERALE_ROBERTO_DEVEREUX_GTG-C-DOUGADOS_MAGALI_MG_0580-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-164607"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Elsa Dreisig © GTG-Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Scène de ménage</strong></h4>
<p>Le dénouement se fera en trois scènes. D’abord, dans la chambrette déjà évoquée, une confrontation entre Sara et le duc, un peu brutalement menée (jusqu’au bris d’une chaise bien innocente…), surchargée de pathos par l’un et l’autre, à l’image de la trop virulente supplique de la duchesse («&nbsp;All’ambascia ond’io mi struggo&nbsp;»). À nouveau, on pense là à Verdi, celui de <em>Rigoletto</em> par exemple, mais en se demandant si ce n’est pas prématuré.</p>
<p>Autre page orchestrale du meilleur Donizetti, le prélude à la scène de la prison, où les bois et les cuivres de l’<strong>Orchestre de la Suisse Romande</strong> se transmettent un petit thème obsédant, offrira prétexte à une nouvelle image fantomatique, celle d’Elisabetta en longue chemise blanche errant éperdue entre les arbres de la forêt, sous de romantiques flocons.</p>
<p>L’air de la prison semble un souvenir lointain de celui de Fidelio. Chose étonnante, c’est le seul air offert à Roberto Devereux dans un opéra qui porte pourtant son nom, air de surcroît ajouté lors de la création parisienne pour mettre en valeur l’art belcantiste de Rubini. Edgardo Rocha pourra enfin y déployer son chant dans un élégant<em> cantabile</em>, mettant en valeur un beau timbre lyrique («&nbsp;Come uno spirto angelico&nbsp;») avant une allègre cabalette («&nbsp;Bagnato il sen di lagrime&nbsp;»), joliment ornementée dans sa reprise.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20240529_GENERALE_ROBERTO_DEVEREUX_GTG-C-DOUGADOS_MAGALI_MG_0592-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-164608"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Edgardo Rocha © GTG-Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<p>Mais c’est évidemment la fameuse scène finale qu’on attend. Dans le programme de salle, Mariame Clément et Stefano Montanari disent avoir voulu éviter d’en faire une scène de folie. C’est une option. Il n’empêche, et peut-être parce qu’on se souvient de quelques spectaculaires interprétations, on restera sur un sentiment de frustration…</p>
<h4><strong>Une folie raisonnée</strong></h4>
<p>La mise en scène installe d’abord la reine sur une chaise entourée d’un austère bataillon de brodeuses en noir, penchées sur leur ouvrage.</p>
<p>C’est là qu’Elsa Dreisig pourra détailler avec une grande sensibilité le récitatif «&nbsp;Vana la speme&nbsp;», avec une très belle colorature sur «&nbsp;Arresta !&nbsp;», puis l’aria «&nbsp;Vivi, ingrato&nbsp;», cantabile d’une élégance mélancolique impeccable, tout en lignes descendantes, en arpèges, en sons filés déchirants.</p>
<p>Moment où tout s’accélère : la reine apprend que Roberto marche au supplice, demande s’il n’a pas demandé qu’un gage lui soit apporté (la bague) réclamant un geste de grâce. Cet anneau, c’est Sara qui le lui tend, mais trop tard, et Elisabetta comprend en un éclair que c’est par sa favorite qu’elle a été trahie. Mais aussi par Nottingham qui, par vengeance, n’a rien fait pour ralentir la hache du bourreau. Elle les expédiera tous deux au billot pour faire bonne mesure.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20240529_GENERALE_ROBERTO_DEVEREUX_GTG-C-DOUGADOS_MAGALI_MG_0371-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-164855"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© GTG-Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<p>Elsa Dreisig va aller chercher ses notes ses plus graves sur «&nbsp;Spetato cor !&nbsp;» avant les deux ultimes strophes où elle sera absolument magnifique de lyrisme éperdu. <br>C’est le moment où l’on voit souvent la vieille reine, dans un délire sanglant, arracher sa perruque et révéler son crâne chauve, séquence horrifique où les Devia, Gruberova ou Radvanovsky se sont illustrées… La mise en scène genevoise prive Elsa Dreisig de ces débordements spectaculaires. Peut-être judicieusement s’agissant d’une jeune cantatrice qui aborde ce rôle.</p>
<p>Elle se contente, si l’on ose dire, dans « Quel sangue versato » puis dans « Mirate : quel palco » d’aller jusqu’à l’extrême de ses moyens, de sa puissance expressive, sans rien perdre de la beauté de son timbre ni de sa ligne de chant, qu’à tort ou à raison nous avons qualifiée de belcantiste.</p>
<p>L’ovation du public genevois, soulevé, saluera cette impressionnante performance.</p>
<pre>* Dans le courant du mois de juin, on verra deux cycles complets de cette Trilogie et nous y reviendrons.</pre><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-roberto-devereux-geneve/">DONIZETTI, Roberto Devereux &#8211; Genève</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>DONIZETTI, Maria Stuarda — Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-maria-stuarda-geneve-une-gageure-pas-vraiment-tenue/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Dec 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-maria-stuarda-geneve-une-gageure-pas-vraiment-tenue/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Anna Bolena la saison dernière, cette saison-ci Maria Stuarda, la saison prochaine Roberto Devereux, le Grand Théâtre de Genève a décidé d’offir la trilogie Tudor de Donizetti en trois ans, ambitieux projet servi par la même équipe artistique, Mariame Clément et Julia Hansen pour les mises en scène et scénographie, Elsa Dreisig et Stéphanie d’Oustrac &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Anna Bolena</em> la saison dernière, cette saison-ci <em>Maria Stuarda</em>, la saison prochaine <em>Roberto Devereux</em>, le Grand Théâtre de Genève a décidé d’offir la trilogie Tudor de Donizetti en trois ans, ambitieux projet servi par la même équipe artistique, Mariame Clément et Julia Hansen pour les mises en scène et scénographie, Elsa Dreisig et Stéphanie d’Oustrac pour les rôles féminins principaux et Edgardo Rocha pour les rôles de ténor.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/20221215_ge_maria_stuarda_gtg_c_monika_rittershaus_315.jpg?itok=PgH_gjYd" title="Elsa Dreisig, Stéphanie D'Oustrac et Edgardo Rocha © Monica Rittershaus" width="468"><br />
Elsa Dreisig, Stéphanie d&rsquo;Oustrac et Edgardo Rocha © Monica Rittershaus</p>
<p>C’est <strong>Elsa Dreisig</strong>, soprano, qui chantait le rôle d’Anna Bolena dans la production 2021, tandis que&nbsp; Stéphanie d’Oustrac, mezzo-soprano, chantait celui de Giovanna Seymour. La répartition entre soprano 1 et soprano 2 était celle voulue par Donizetti. Avant de revenir à cette tradition pour <em>Roberto Devereux</em>, les deux chanteuses ont choisi cette fois-ci d’inverser la proposition : c’est Elsa Dreisig qui chante le rôle d’Elisabetta, prévu pour un soprano 2, tandis que celui de Maria Stuarda, où s’illustrèrent les Beverly Sills, Edita Gruberova, Joan Sutherland ou Montserrat Caballé, toutes sopranos aux voix aériennes, est chanté dans cette production par le vrai mezzo qu’est <strong>Stéphanie d’Oustrac</strong>. C’est un défi, évidemment.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/20221215_ge_maria_stuarda_gtg_c_dougados_magali_e8a2700.jpg?itok=cJmicvsz" title="Stéphanie D'Oustrac et Elsa Dreisig © Magali Dougados" width="468"><br />
Stéphanie d&rsquo;Oustrac et Elsa Dreisig © Magali Dougados</p>
<p>Commençons par le positif : visuellement c’est une très belle production. Il y a de la poésie dans cette scénographie, conçue comme une manière d’installation forestière. Par un système de plateaux glissants, on évolue des appartements d’Elisabetta, ouverts sur de vastes perspectives de frondaisons, qui selon les moments passeront d’ambiances froides à d’autres rougeoyantes et automnales, au parc du château de Fotheringay, séjour où Maria Stuarda demeure recluse, et alors un petit bois apparaît sur scène, bucolique et frais. C’est là qu’on verra surgir les chasseurs accompagnant la Reine d’Angleterre venue visiter celle de France et d’Ecosse. Un grand cadre de scène bleu (le même que pour <em>Anna Bolena</em>) enferme l’action et la met à distance en la théâtralisant.</p>
<p>C’est <strong>Julia Hansen</strong> qui a dessiné ces espaces, que magnifient les éclairages délicats d’<strong>Ulrik Gad</strong>. L’esprit est le même que celui d’<em>Anna Bolena</em>. L’alter ego de <strong>Mariame Clément </strong>est aussi l’autrice des costumes des chœurs, résolument Tudor, privilégiant un noir élégant, tous de grande allure.</p>
<p>Les deux Reines sont un peu moins gâtées : Elisabetta, vue comme résolument masculine, ou cherchant à s’affirmer (elle succède à Henry VIII), est dotée d’abord d’une sorte de redingote dorée dont les pans font penser aux élytres d’un insecte, puis d’une chasuble ajustée, sur des pantalons genre treillis, à quoi sera bientôt ajoutée une cuirasse. Sa coiffure, une manière de casque de cheveux blonds d’<em>executive woman</em>, achève de la durcir, selon le principe que «&nbsp;la femme est un homme de pouvoir comme les autres&nbsp;», comme le dit le programme de salle.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="302" src="/sites/default/files/styles/large/public/20221215_ge_maria_stuarda_gtg_c_monika_rittershaus_344.jpg?itok=EjsOwZDT" title="Stéphanie D'Oustrac, Elsa Dreisig et la petite Agathe Liechti © Monika Rittershaus" width="468"><br />
Stéphanie d&rsquo;Oustrac, Elsa Dreisig et la petite Agathe Liechti © Monika Rittershaus</p>
<p>L’Elisabeth 1ère de l‘imagerie traditionnelle apparaît sous l’aspect de deux figurantes, d’abord en petite jeune fille, puis telle que l’iconographie de la «&nbsp;reine vierge&nbsp;» l’a fixée à jamais, vaste front, visage plâtré, robe à vertugadin.<br />
Quant à Maria Stuarda, vue d’abord dans une robe quasi de pauvresse, puis enveloppée dans un plaid évidemment écossais, elle ira à la mort dans une liliale longue chemise de condamnée ou de sainte, d’ailleurs très belle.</p>
<p>Le chœur, comme toujours à Genève, est absolument merveilleux, précis, rond, équilibré, ample, magistralement mis en place par <strong>Alan Woodbridge</strong>. De surcroît, il est demandé aux membres du <strong>Chœur du Grand Théâtre</strong> de danser au cours des premières scènes une noble chorégraphie de danses de cour (parfois bizarrement entrecoupées de mouvements chaloupés pour bal du samedi soir…). Ils s&rsquo;en acquittent honorablement.</p>
<p>Quant à la mise en scène proprement dite, elle est d&rsquo;un sage classicisme, un peu statique même, soignant de belles images et attentive à une sobre direction d&rsquo;acteurs. Tout cela est élégant, modéré, vaguement languide.</p>
<p><strong>L&rsquo;inversion des voix</strong></p>
<p>Revenons-en à ce parti pris d’inverser la répartition vocale. Il est très compréhensible que la gageure en ait été tentée. Pour voir ce que ça donnerait&#8230; Ce qui est curieux, c’est d’avoir persévéré.<br />
On peut imaginer que Donizetti, voulant souligner quelle femme de pouvoir est Elisabetta, cruelle et cynique, avait choisi à dessein pour elle une voix plus lourde, plus ample, on allait écrire plus mâle… Et en somme c’est bien ainsi que la metteuse en scène la dessine.<br />
Tandis que la douloureuse Maria Stuarda, recluse puis condamnée, chante éperdument sa douleur, dans les hauteurs de la tessiture de soprano, comme toutes les malheureuses victimes d’à peu près tous les opéras de la création.<br />
Double caractérisation vocale qui est en somme l’esprit même du bel canto.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/20221215_ge_maria_stuarda_gtg_c_dougados_magali_e8a2893.jpg?itok=JrDXOMHn" title="Stéphanie D’Oustrac © Magali Dougados" width="468"><br />
Stéphanie d’Oustrac © Magali Dougados</p>
<p>Stéphanie d’Oustrac, dont le parcours s’est d’abord épanoui dans le baroque, aborde déjà depuis quelque temps d’autres répertoires, de Charlotte à Concepción, en passant par Rosina et Béatrice, sans oublier sa Carmen, maintes fois reprise. Giovanna Seymour avait été sa première approche du répertoire belcantiste, qui avait <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/anna-bolena-geneve-lenfance-dune-reine">presque convaincu l&rsquo;un de nos amis</a>.<br />
Elle prête à Maria Stuarda des accents émouvants, une sincérité dans l’expression et une noblesse en scène, une fierté douloureuse qui touchent au cœur. Mais ce qu’on entend n’a pas grand chose à voir avec le rôle tel qu’il est écrit musicalement. On s’étonne parfois de sons très étranges, notamment au début de seconde partie, comme si la chanteuse était obligée de prendre une octave plus bas des notes qu’elle ne peut atteindre dans le haut, et qui du coup deviennent trop basses. Des sons de gorge, une intonation souvent indécise, des vocalises pour le moins raides… L’auditeur est mal à l’aise lui aussi.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/20221215_ge_maria_stuarda_gtg_c_monika_rittershaus_325.jpg?itok=oWIjWp16" title="Elsa Dreisig © Monika Rittershaus" width="468"><br />
Elsa Dreisig © Monika Rittershaus</p>
<p>Dans le rôle d’Elisabetta, Elsa Dreisig qui est un vrai soprano est certes moins en difficulté. La tessiture de la reine d’Angleterre descend jusqu’au <em>do</em>, ce qui est parfaitement dans ses cordes, mais on a parfois le sentiment que la chanteuse s’épuise à rester constamment dans le bas de sa voix. On ne peut lui dénier une conduite vocale soignée, un legato attentif et une belle tenue. En revanche son personnage ne sort guère d’une froideur qui garde tout sous contrôle et l’<em>italianitá</em> n’est à l’évidence pas dans ses gènes.<br />
Remarquons qu’elle semble vocalement plus libre dès qu’elle est en duo avec Eduardo Rocha et que leur deux voix se marient très heureusement. Les galipettes que la mise en scène leur demande sur le petit bureau royal (équipé d’un téléphone blanc, allez savoir pourquoi) de même que les caresses très appuyées que le ténor prodigue à la reine d’une main plongeant profond dans ses knickerbockers sont un peu gênantes, mais pas pour le chant.</p>
<p>Le rôle de Leicester est un peu ingrat : il est le jouet des deux reines qui le manipulent et l’utilisent et il n’a jamais d’air en solo, il est toujours en duo avec l’une ou l’autre ou inséré dans les ensembles. Il n’empêche que cela suffit à <strong>Eduardo Rocha</strong> pour faire remarquer la clarté, la projection&nbsp; d’une voix de ténor très lumineuse et une belle musicalité, en plus d’un élan juvénile. Les&nbsp; voix graves ont peu de place pour briller, néanmoins <strong>Nicola Ulivieri</strong> (Talbot) et <strong>Simone Del Savio </strong>(Lord Cecil) s’acquittent honorablement de leur tâche. On remarque notamment la belle entrée de Simone Del Savio dans le trio du troisième acte.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/20221215_ge_maria_stuarda_gtg_c_dougados_magali_e8a3124.jpg?itok=y17dqveb" title="Maria Stuarda avec son fils, futur Jacques VI (le petit Isaac Liechti) ©Magali Dougados" width="468"><br />
Maria Stuarda avec son fils, futur Jacques VI (le petit Isaac Liechti) © Magali Dougados</p>
<p>Il y a deux grands moments dans la partition. Le premier, c’est le duel des deux reines à la fin du premier acte, –&nbsp;et c’est avec une puissance dramatique foudroyante que d’Oustrac, dont les talents de comédienne, et son goût pour cela, sont évidents, lancera son terrible «&nbsp;Figlia impura di Bolena&nbsp;» à Elisabetta, insulte qui la conduira au billot sans coup férir. Le second, c’est le final du II, avec notamment la prière de Maria Stuarda, grand pièce à variations, où la voix, en principe légère, de la reine condamnée doit voltiger au dessus du chœur (on en sera frustré) et l’ultime air «&nbsp;Ah ! se un giorno da questa ritorte&nbsp;» où, quel que soit l’engagement affectif de Stéphanie d’Oustrac, manquera une part de fragilité et de spiritualité.</p>
<p>La direction d’<strong>Andrea Sanguineti </strong>à la tête de l&rsquo;<strong>Orchestre de la Suisse Romande</strong> est particulièrement soucieuse d’aider les deux chanteuses. La discrétion est une qualité et on ne peut manquer de remarquer les mille précautions qu’il prend pour ne jamais les couvrir. La rançon de cette discrétion est un manque certain d’élan, de poigne, de dynamique et de dramatisme. Le début du premier acte est terriblement languissant, et d’ailleurs dès l’ouverture les choses avaient mal démarré : pourquoi montrer en une image figée la scène de la décapitation, puis refermer le rideau, puis étirer une interminable transition à l’orchestre le temps de réajuster la scène.</p>
<p>Si le chef est en principe le premier maître à bord, tout de suite s&rsquo;insinue le pressentiment que les deux metteuses en scène ont pris la barre et ne la rendront pas&#8230;</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/20221215_ge_maria_stuarda_gtg_c_monika_rittershaus_317.jpg?itok=aLIB1HAV" title="Elsa Dreisig, Edgardo Rocha &amp; Stéphanie D'Oustrac © Monica Rittershaus" width="468"><br />
Elsa Dreisig, Edgardo Rocha &amp; Stéphanie D&rsquo;Oustrac © Monica Rittershaus</p>
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		<item>
		<title>BELLINI, La sonnambula — Nice</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-sonnambula-nice-le-feu-malgre-la-glace/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Nov 2022 04:59:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Christian Peter, dans son compte rendu de la création de cette production de La Sonnambula au Théâtre des Champs Elysées – juin 2021 – ne dévoilait pas en quoi consiste l’intervention du metteur en scène Rolando Villazón sur le dénouement. Depuis le mystère est éventé : alors que le final mis en musique par Bellini rétablit l’harmonie &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Christian Peter, dans son <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/la-sonnambula-paris-tce-amina-a-la-montagne">compte rendu de la création </a>de cette production de <em>La Sonnambula </em>au Théâtre des Champs Elysées – juin 2021 – ne dévoilait pas en quoi consiste l’intervention du metteur en scène <strong>Rolando Villazón</strong> sur le dénouement. Depuis le mystère est éventé : alors que le final mis en musique par Bellini rétablit l’harmonie initiale en réunissant Elvino et Amina, Rolando Villazón décide qu’ils sont trop mal assortis. Il exile Amina et accouple Elvino à Lisa, car il trouve que leurs personnages sont plus en phase. Cette option lui valut à Paris un accueil assez frais. On ignore comment les spectateurs niçois auraient réagi s’il avait été présent. <strong>Jean-Michel Criqui</strong> qui a repris la mise en scène et dont on connaît la probité n’est pas venu saluer.</p>
<p>Notre confrère a décrit le décor, les costumes et les éclairages avec assez de précision pour qu’il ne soit pas nécessaire d’y revenir. Notons que ce parti pris d’un univers de glace, dont la stérilité serait l’image de la communauté qui y vit, rend problématiques les bouquets de violettes offerts à profusion. Parti pris que rien dans le livret ne justifie, pas plus que celui de représenter la communauté montagnarde comme une secte – les signes de croix avortés ? – où tout ce qui sort de la coutume doit être réprimé. Sur leurs vêtements sombres et austères les paysans arborent des faces de carême alors qu’ils chantent  pour célébrer l’union d’Amina et d’ Elvino, mais pour Rolando Villazón le mariage est ici le moyen de faire rentrer Amina dans le rang. Autre exemple de ces visibles porte-à-faux avec le texte, Amina chante à sa mère « Sovra il sen la man mi posa » en se tenant bien loin d’elle, au lieu de joindre le geste à la parole. Détails, dira-t-on ; mais le diable s’y niche.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="392" src="/sites/default/files/styles/large/public/sonnambula_rocha.jpg?itok=XHNY002R" title="Elvino abattu (Edgardo Rocha) tandis qu'Amina et sa mère cachent leur honte (Sara Blanch et Annunziata Vestri) © Dominique Jossein" width="468" /><br />
	Elvino abattu (Edgardo Rocha) tandis qu&rsquo;Amina et sa mère cachent leur honte (Sara Blanch et Annunziata Vestri) © Dominique Jossein</p>
<p>C’est que Rolando Villazón veut voir dans <em>La Sonnambula </em>un témoignage sur le fonctionnement pervers d’une communauté recluse au sein de laquelle la spontanéité d’ Amina serait une anomalie dangereuse. Il présente donc la jeune adulte comme une adolescente attardée, encore très proche de l’enfance. Mais si la communauté célèbre sa vertu pourquoi voudrait-elle la punir en la mariant ? Amina n’a-t-elle pas su, jeune fille nubile, conserver intacte sa réputation de pureté ? La mise en scène la montre toujours prête à jouer avec les enfants, et ces gamineries seraient la preuve qu’elle est inadaptée à son milieu. Pourtant au début du deuxième acte les villageois vont en délégation demander au comte de témoigner de son innocence. Est-ce cohérent avec la violence de la ronde des femmes qui peu de temps avant crachaient sur Amina ?</p>
<p>Heureusement, si la conception ne nous convainc pas, le plateau et la direction d’orchestre sont de nature à rendre très relatif ce déplaisir. Hormis un décalage justement dans le chœur mentionné ci-dessus, les artistes de la maison sont à la hauteur de la tâche, expressifs et coordonnés, tout en s’acquittant consciencieusement des mimiques prescrites pour leur jeu d’acteurs. L’orchestre répond sans faute aux sollicitations de <strong>Giuliano Carella, </strong>pour qui <em>La Sonnambula  </em>n’a plus de secret depuis qu’il en a signé en 1994 une édition considérée encore comme la plus complète. C’est avec ce parti pris qu’il dirige, avec la conviction et la passion qu’on lui connaît pour ce répertoire. Peut-être accentue-t-il, en accord avec la proposition scénique, le caractère dramatique des affrontements en libérant dans la fosse une intensité parfois difficile à soutenir pour les chanteurs, mais nous sommes dans l’interrogation car une position très excentrée dans la salle peut modifier la perception. En tout cas cette direction balaie toutes les insinuations sur une musique qui irait du mièvre au pompier : elle fait entendre l’efficacité d’une composition qui exhale et exalte le drame des sentiments passionnés et elle en conserve toutes les reprises. Aussi, toute nerveuse et énergique qu’elle soit, elle sait s’alanguir pour laisser libre cours au déroulé des cantilènes dont le charme opère à nouveau infailliblement. Qu’il s’agisse des timbres, des couleurs, des inflexions, des circonvolutions lovées sur elles-mêmes, tel un magicien le chef les ranime, les tisse, les caresse, et la technique devient de l’art.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="262" src="/sites/default/files/styles/large/public/sonnambula_nice_5.jpg?itok=GJNo_Env" title="avant le drame. Au centre Annun ziata vestri et Edgardo Rocha encadrent Sara Blanchh© Dominique Jossein" width="468" /><br />
	Au centre Annun ziata vestri et Edgardo Rocha encadrent Sara Blanchh© Dominique Jossein</p>
<p>Cette direction amoureuse s’étend évidemment aux solistes, y compris pour leur confort quand il s’agit d’adopter la tonalité d’usage, plus basse d’un ton que la tonalité d’origine, pour le premier duo. <strong>Sara Blanch </strong>ne cesse de surprendre et d’émerveiller : après une somptueuse Matilde di Shabran, une délicieuse Marie, voici une Amina d’une sensibilité très juste. Non seulement les qualités vocales, au premier chef l’homogénéité, la souplesse et l’étendue, jointes à une maîtrise toujours plus affirmée, lui permettent d’accomplir le parcours virtuose que requiert le rôle, mais le dosage de l’émotion est impeccable, jamais outré, et la maîtrise de l’actrice est tout aussi admirable dans la composition du personnage qui lui est imposé. C’est <strong>Edgardo Rocha</strong> qui incarne Elvino, ce jeune homme assez peu sûr de lui, et sa composition scénique du psychorigide est une réussite complète. Vocalement il joue de sa maîtrise technique pour affronter généreusement éclats et demi-teintes avec une musicalité constante. Comme sa partenaire il conserve dans l’émotion une réserve de pudeur qui ajoute à leurs duos, au-delà du plaisir des voix mêlées, une grâce captivante. <strong>Adrian Sâmpetrean</strong> quant à lui rend crédible ce personnage qui veut rester incognito, aidé par un costume qui ne signale pas son rang. Cet aristocrate peut-être rentré d’exil est un homme instruit mâtiné d’un séducteur qui tel Don Juan cueille l’occasion qui se présente, et c’est bien cette composition que nous offre l’artiste, avec la mesure et la classe nécessaires.</p>
<p>Un peu en retrait, pénalisée probablement par ce personnage auquel la communauté semble imposer une rigidité éloignée de l’image d’une mère chaleureuse, <strong>Annunziata Vestri </strong>joue son rôle honnêtement. C’est aussi le cas de <strong>Cristina Giannelli </strong>qui doit camper Lisa, la rivale d’Amina, celle qu’Elvino a abandonnée et qui ne s’y est pas résignée. Jalouse, envieuse, intrigante, elle doit dissimuler ses sentiments. Est-ce pour exprimer la duplicité du personnage que la voix, qui vibre beaucoup, semble ampoulée dans son monologue d’entrée ? Par la suite l’émission deviendra plus libre, plus fluide, plus aisée, jusqu’au deuxième acte où elle se libérera dans l’éphémère triomphe de l’aubergiste. Son soupirant, Alessio, personnage souvent réduit au strict minimum, prend ici tout son relief grâce à <strong>Timothée Varon</strong>, bien présent en scène et dont la voix profonde est bien timbrée et bien projetée. Sans contestation de la mise en scène, rien n’a terni le triomphe du plateau et de la fosse, bruyant et prolongé, nonobstant l’heure tardive.</p>
<p>En effet les représentants d’une centrale syndicale ont choisi de mettre à profit cette soirée de gala pour prendre les spectateurs à témoin de leurs difficiles conditions de travail, de la faiblesse de leurs rémunérations et de l&rsquo;inaction coupable de la mairie. Après les interventions des délégués de l&rsquo;orchestre, du choeur et du ballet, qui ont duré une dizaine de minutes, le premier orateur a repris la parole pour annoncer que le spectacle commencerait au bout de 59 minutes. Les habitués des trains ont reconnu ce recours à une interruption de travail d&rsquo;une durée inférieure à une heure qui permet de ne pas se déclarer en grève. Comme on pouvait s’y attendre, le public s’est divisé, et une spectatrice venue de Marseille (sic) a protesté contre ce « manque de respect » ce qui a brièvement alimenté la polémique.</p>
<p> </p>
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		<title>HALÉVY, L&#039;Eclair — Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/leclair-geneve-merite-la-decouverte-dans-dautres-conditions/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Sep 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>1835 fut une année faste pour Halévy : après le triomphe de La Juive en février, en décembre l’opéra-comique L’éclair fut accueilli avec transport. Le compositeur faisait ainsi la preuve de la variété de son inspiration, en écrivant, quelques mois après un drame d’une ampleur majestueuse, une œuvre destinée au simple divertissement. Pas de chœurs, et &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>1835 fut une année faste pour Halévy : après le triomphe de <em>La Juive </em>en février, en décembre l’opéra-comique <em>L’éclair </em>fut accueilli avec transport. Le compositeur faisait ainsi la preuve de la variété de son inspiration, en écrivant, quelques mois après un drame d’une ampleur majestueuse, une œuvre destinée au simple divertissement. Pas de chœurs, et pas d’effets formidables à représenter : ce qu’il ne verra pas, le spectateur devra l’imaginer. En somme, une œuvre idéale pour être donnée en concert ?</p>
<p>Entre deux représentations de <em>La Juive </em>Aviel Cahn, le directeur du Grand Théâtre, a donc décidé d’afficher <em>L’éclair.</em> La dernière fois à Genève c’était en …1872 ! L’idée semblait excellente et propre à stimuler les mélomanes curieux. Et cependant malgré une date unique le théâtre n’était pas plein et  des désertions se sont produites à l’entracte. Pourquoi ?</p>
<p>D’abord, peut-être, parce que le concert ne permet pas au spectateur de s’y reconnaître dans une œuvre où l’intrigue se noue à la faveur d’un quiproquo. Le sujet, extrêmement mince, concerne deux sœurs, très unies mais au caractère dissemblable : l’une, Madame Darbel, veuve et mondaine, s’ennuie loin de Boston quand elle séjourne chez sa sœur Henriette, réservée, introvertie, qui aime sa vie au bord de l’océan.</p>
<p>Surgit George, un cousin frais arrivé d’Angleterre où il faisait des études ; leur oncle commun, qui vit à Boston mais restera invisible, lui a ordonné d’épouser l’une ou l’autre dans un délai de trois semaines s’il veut hériter de sa fortune. Qu’elles fassent leur choix ! Resté seul, tandis qu’il se réconforte de ses fatigues arrive un jeune officier de la marine américaine, Lionel, qui expose avec exaltation les charmes de sa vie aventureuse avant de regagner son bateau amarré tout près. Peu après l’orage annoncé à l’orchestre éclate avec violence et Henriette réapparait, soutenant Lionel, qu’un éclair a aveuglé quand la foudre a frappé le navire. Fin de l’acte I.</p>
<p>Fort opportunément l’oncle de Boston est « docteur, chirurgien, oculiste » ; il va donc intervenir sur le malheureux. Suspense : recouvrera-t-il la vue ? Madame Darbel a deviné que sa sœur s’est éprise de Lionel. Il a été conquis par la douceur de la voix d’Henriette ; il l’entraîne dans un duo afin qu’elle admette partager ses sentiments. Ils sont interrompus par l’irruption de George : puisque les sœurs ne se décident pas, chacune prétextant son souci de ne pas peiner l’autre, il a choisi d’épouser Henriette. Lionel révèle alors ouvertement son amour pour la jeune fille, à l’ébahissement de George. Alors celui-ci, qui se flatte d’être philosophe, décide dès lors de courtiser Madame Darbel. De son côté Henriette s’inquiète : quand, le bandage enlevé, Lionel la verra, l’aimera-t-il toujours ? L’heure est venue, le jeune homme y voit clair et il se jette aux pieds de sa voisine, Madame Darbel. Evidemment Henriette s’évanouit. Fin de l’acte II.</p>
<p>L’erreur de Lionel l’a blessée si profondément qu’Henriette s’est enfuie. Elle ne reviendra qu’une fois sa sœur et Lionel mariés, et alors elle épousera George. A son retour elle constate que Lionel ne semble pas heureux. George le lui confirme. Voilà que Lionel lui demande un entretien, avant de reprendre la mer : toujours amoureux d’elle, il va demander le divorce. Henriette admet alors qu’elle a eu tort de ne pas comprendre le quiproquo et avoue à Lionel qu’elle l’aime aussi. Que faire ?</p>
<p>Alors on lui révèle que le mariage avec Madame Darbel n’a jamais eu lieu ! Elle l’exigeait pour revenir, ils lui ont menti, et la voilà libre d’épouser celui qu’elle aime. Et George et Madame Darbel convoleront pour recueillir l’héritage ! Happy end.</p>
<p>Le lecteur qui a eu la patience de nous suivre a déjà compris l’écueil d’une exécution en concert : les quiproquos ici ne sont pas dus à des méprises intellectuelles mais à des erreurs de la perception. Lionel s’était épris d’Henriette à travers la douceur de sa voix. Si, le bandage enlevé, elle avait alors ouvert la bouche Lionel aurait compris aussitôt son erreur. C’est pourquoi elle doit s’évanouir illico pour ménager un nouveau rebondissement, celui du pseudo-mariage. Mais dans une version de concert ? On la voit quitter la scène précipitamment.  Dans une mise en scène le spectateur aurait compris d’un coup d’œil et le rideau serait tombé. Combien d’auditeurs seront restés perplexes, comme notre voisine ?</p>
<p>Etirée sur trois actes, l’œuvre repose donc sur un couple de jeunes premiers amoureux et un autre de jeunes premiers bouffe, les premiers émouvants, les seconds divertissants. Si le premier couple transmet de l’émotion, à travers un chant souvent virtuose destiné au plaisir de l’auditeur, l’écriture ne prive pas le deuxième, à vocation comique, d’occasions qui lui permettent de briller. De ce point de vue, si l’on réclame souplesse, extension, agilité, trille, les quatre interprètes n&rsquo;en sont pas dépourvus. Mais le chant n’est pas que du son, et pour que le sens parvienne à l’auditeur une bonne articulation et une projection franche sont nécessaires. On regrette de le dire, mais le compte n’y était pas. Alors que la veille, dans <em>La Juive, </em>la diction du français était quasiment irréprochable, on en est loin avec trois chanteurs sur quatre francophones d’origine. Seul <strong>Julien Dran</strong> qui chante le rôle de George semble avoir reçu la formation et apporté le soin qui permettent une transmission claire du sens du texte. On regrette pour lui que cette version de concert ne lui permette pas de jouer pleinement la dimension comique de ce personnage dont il réussit à exprimer, même partiellement, le pragmatisme borné, l’aplomb de l’inconscience et l’autosatisfaction tout en montrant l’étendue de sa voix. Annoncé souffrant <strong>Edgardo Rocha</strong> reçoit le renfort du comédien <strong>Leonardo Rafael</strong>, qui lit avec conviction le texte parlé de Lionel. Quelque prudence initiale pourrait confirmer la réalité du malaise, mais assez vite la voix prend son envol et le charme du timbre opère, ainsi que la souplesse, l’art des demi-teintes et la douceur des aigus en voix mixte ou en falsetto, et la puissance à déployer dans l’évocation exaltée de la vie aventureuse d’un marin. Seulement on ne comprend pas en continu ce qu’il dit, parce que si la diction est passable la projection reste modeste. Plus problématique est le cas d’<strong>Eléonore Pancrazi</strong> et de <strong>Claire de Sévigné</strong>, francophones d’origine, qu’on peine vraiment à comprendre, problème récurrent dans les zones aigües, mais dont la puissance d&rsquo;émission et la force de la projection semblent très modestes, sauf à de rares moments. Pourtant leur tessiture semble adéquate pour les rôles. Sans doute les rôles ne se prêtent pas à des emportements, celui d’Henriette en particulier, que sa réserve naturelle et sa pudeur semblent vouer à la demi-teinte, dont Claire de Sévigné s’acquitte scrupuleusement,  mais le rôle de Madame Darbel n’offre-t-il pas la possibilité de plus de pétulance ? Cela dit, la virtuosité de l’une et de l’autre n’est pas en cause, et elles font un sort aux ascensions, aux trilles, aux roulades, qui étaient la raison d’être de l’œuvre. On en revient au regret déjà exprimé, du choix d’une version de concert, qui les prive de la dimension théâtrale.</p>
<p>Car dans ces versions, l’orchestre réclame sa part de lumière, et n’en cède rien. Quasiment irréprochable, l’exécution de l’Orchestre de Chambre de Genève rend justice à une partition dont l’inspiration nous a semblé inégale au premier acte et meilleure aux suivants. L’ouverture est séduisante, avec des échos de Beethoven ou de Weber, peut-être des échos de musique irlandaise, puis un intermède que l’on pourrait danser, des couleurs qui s’assombrissent et préfigurent l’orage futur, et des reprises incessantes, thèmes mélodieux en forme de rengaine qui symbolisent peut-être le chassé-croisé sentimental, et les accélérations qui entrainent, les scansions qui figent et le tutti final qui ravit. Au premier acte le duo des sœurs est assez plat, prétexte à assauts de virtuosité. Il est relevé par l’entrée de Georges, qui pourrait être signée Offenbach. Plus loin Lionel chante la mer dans un très long morceau de bravoure, quand Georges n’aura droit qu’à un « air du sommeil » bercé par une musique délicate où le hautbois s’endort pour inspirer le personnage. L’orage va le réveiller. Ce morceau « obligé » est écrit avec beaucoup de soin, en crescendo savamment contrôlé, se rapprochant, éclatant dans sa débauche sonore, avant de s’affaiblir progressivement, c’est la loi de l’exercice mais <strong>Guillaume Tourniaire </strong>le dirige avec une grande subtilité.</p>
<p>Au deuxième acte, à noter  la mélodie sur un rythme de valse chantée par madame Darbel, la leçon de chant que Lionel veut mettre à profit pour connaître les sentiments d’Henriette, leur duo entre insistance inquiète et douce résistance, l’autocomplaisance de Georges dans l’air du philosophe qui annonce encore une fois Offenbach, la frivolité affichée qui fait de Madame Darbel une cousine de la comtesse de Folleville, son duo avec Georges qui a peut-être inspiré la <em>Véronique </em>de Messager, le solo d’Henriette dont Gounod pourrait s’être souvenu dans <em>Mireille</em>.</p>
<p>Au troisième acte, des couleurs évoquent <em>Don Carlos</em> avant un autre solo d’Henriette d’une délicate mélancolie, le discret chant syllabé qui marque l’ébahissement quand elle annonce à Lionel qu’elle va épouser Georges et un « la voilà » anticipant sur <em>La fille du régiment</em>, le trio très mélodieux où Henriette annonce qu’elle se retire, et les vocalises de sa joie quand la supercherie lui est révélée, jusqu’à l’ensemble final sur les tutti de l’orchestre, il y a bien matière dans <em>L’éclair </em>à de grandes joies pour l’auditeur et de quoi se dire que ce compositeur souvent traité de haut a pu être souvent à la source de l’inspiration de confrères dont la réputation l’a supplanté. On regrettera que le chef n’ait pas suffisamment tenu compte – en tout cas c’était notre perception et d’autres l’ont partagée – de la projection globalement modeste de solistes, qui en maints endroits noyait leur voix dans les flots montant de la fosse.</p>
<p>La fin de l’opéra a été saluée chaleureusement par le public, parmi lequel beaucoup d’amis de l’Orchestre de Chambre. On espère que l’enregistrement donnera l’envie à quelque téméraire de monter une version scénique.</p>
<p> </p>
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		<title>ROSSINI, Il barbiere di Siviglia — Salzbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/il-barbiere-di-siviglia-salzbourg-bartoli-mais-pas-que/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 13 Aug 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est une éblouissante réussite que cette mise en scène du Barbier par Rolando Villazón attaché depuis quelque temps à la ville de Salzbourg ; il est en effet directeur artistique de la Fondation Mozarteum depuis 2021 et intendant des Mozartwoche depuis 2019, qui présentent chaque année en janvier / février une série de concerts autour du plus célèbre &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est une éblouissante réussite que cette mise en scène du Barbier par <strong>Rolando Villazón</strong> attaché depuis quelque temps à la ville de Salzbourg ; il est en effet directeur artistique de la Fondation Mozarteum depuis 2021 et intendant des Mozartwoche depuis 2019, qui présentent chaque année en janvier / février une série de concerts autour du plus célèbre des salzbourgeois. Ses débuts de metteur en scène, il les fit à Lyon en 2011 avec une production de <em>Werther</em>, tout en poursuivant parallèlement sa très brillante carrière de ténor. Très attaché à la diffusion du répertoire auprès d’un large public, il est également aujourd’hui homme de radio et de télévision. Homme aux multiples facettes et aux multiples talents, il fait preuve ici d’une remarquable connaissance et d’un véritable amour de l’histoire du septième art auquel il rend hommage.</p>
<p>Nous voici donc transportés dans les studios de cinéma de Cinecittà aux temps héroïques, au sein d’une société de production dont l’actrice vedette n’est autre que… Cecilia Bartoli ! Une vidéo projetée dès avant l’ouverture nous la montre successivement dans ses meilleurs rôles, en Cléopâtre, en Jeanne d’Arc, en nonne, et annonce son nouveau rôle en Rosine ! Le ton est donné, déjanté, hilarant, pétillant, irrésistiblement drôle. Diverses projections dues au collectif <strong>R</strong><strong>ocafilm</strong> émailleront le spectacle, comme autant de références aux débuts du cinéma et autant de repères pour les cinéphiles – autant d&rsquo;énigmes à résoudre pour les autres&#8230;</p>
<p>Le concierge, accessoiriste, factotum de ce studio, rôle muet musicalement mais omniprésent scéniquement, tout droit sorti de l’imagination du metteur en scène qui lui a donné le nom d&rsquo;Arnoldo, a été confié à <strong>Arturo Brachetti</strong>, sur qui repose en grande partie la cohérence et le rythme du spectacle. C’est un brillantissime artiste de music hall dont la particularité est de pouvoir changer de costume en quelques secondes seulement. Il est aussi mime, acrobate, jongleur, rompu à toutes les disciplines du genre, et va assurer tout au long de la représentation une foultitude d’emplois qui constitueront le principal ressort comique du spectacle. Ce comique se double aussi d&rsquo;une très puissante poésie, faite uniquement de quelques mimiques, de quelques gestes, de quelques silences, par lesquels Brachetti montre l&rsquo;immensité de son talent. Secrètement amoureux de la vedette des studios, il projette pour lui seul ses meilleures scènes et va tout faire pour la protéger dans ses démêlés avec Bartolo. Les références aux débuts du cinéma vont elles aussi émailler tout le cours de la pièce : c’est ainsi qu’Almaviva entre en scène déguisé en Zorro, que Don Basilio a pris les traits de Nosferatu et semble tout droit sorti du film de Murnau, et que le spectateur attentif et érudit reconnaîtra des citations de scènes de Laurel et Hardi, des Marx Brothers, de Clouzot et beaucoup d’autres.</p>
<p>Ces références cinématographiques ne sont pas que visuelles. Elles iront jusqu&rsquo;à s’insérer dans l’orchestration (notamment par l’emploi très généreux d’une guitare) ou dans la musique elle-même, puisqu’au fil des récitatifs – qui autorisent ce type d’improvisation – quelques mesures évoquant cet univers seront subtilement insérées de-ci de-là, provocant à chaque fois l’hilarité du public. Rien n’est pris au sérieux, tout est prétexte à des gags, parfois stupides mais toujours très drôles, qui se suivent à un rythme étourdissant ne laissant aucun répit à l’œil du spectateur. Loin d’alourdir la comédie, ce fourmillement d’idées comiques, très imaginatif, rebondissant sans cesse, donne à l’ensemble une formidable légèreté sans aucun temps mort, toujours en parfaite concordance avec la musique.</p>
<p>L’ensemble de la distribution joue le jeu à fond, se prêtant avec humour et complicité à toutes les cabrioles, à toutes les inventions burlesques imaginées par le metteur en scène, qui pour avoir été longtemps à leur place, sait jusqu’ou il peut aller sans mettre un chanteur en situation d’inconfort. Il fait faire à Figaro d’hilarants petits pas de danse ou des claquettes d’une légèreté qu’on aurait cru incompatible avec son embonpoint, il enferme Cecilia Bartoli dans une cage à oiseaux ou lui fait jouer des castagnettes, bref ne se prive d’aucune incongruité, pourvu qu’elle fasse rire. Les traits sont poussés jusqu’à la caricature (et même au-delà…). La virtuosité scénique répond à la virtuosité musicale de la partition et stimule visiblement les interprètes. Elle est aussi très communicative auprès du public qui adhère sans réserve aux propositions de la mise en scène et rit de bon coeur.</p>
<p> </p>
<p><img decoding="async" alt="" src="/sites/default/files/styles/large/public/il-barbiere-di-siviglia-2022-c-sf-monika-rittershaus-09.jpg?itok=LfK8-Rhj" title="Cecilia Bartoli (Rosina), Nicola Alaimo (Figaro) © SF / Monika Rittershaus" /><br />
	Cecilia Bartoli (Rosina), Nicola Alaimo (Figaro) © SF / Monika Rittershaus</p>
<p>Tout le monde attendait <strong>Cecilia Bartoli</strong>, tête d’affiche de cette production, la mezzo la plus brillante de sa génération, et rassurez-vous, elle est bien au rendez-vous : Rosine à la fois pleine de charme, pleine d’ardeur et de malice, elle se joue des difficultés techniques du rôle avec une désinvolture insolente, fait ce qu’elle veut de sa voix sans jamais être prise en difficulté d’aucune sorte et sans aucune fatigue apparente. Elle parvient, derrière un véritable feu d’artifice vocal, à donner une réelle substance à son personnage, à le rendre attachant et émouvant. Ce n’est évidemment pas fait pour nous surprendre, mais c’est tellement exceptionnel que cela mérite d’être dit et redit. Madame Bartoli est une chanteuse exceptionnelle, tant par le tempérament que par le professionnalisme et par la voix. La bonne surprise de ce casting est qu’une telle artiste trouve ici plusieurs comparses à sa mesure. Le Figaro de <strong>Nicola Alaimo</strong> est tout aussi exceptionnel, et dans le même registre : aisance éblouissante face aux difficultés techniques du rôle, prêt à relever tous les défis de tempo que veut bien lui lancer le chef, une diction étourdissante et un débit vertigineux, aux limites du possible. Au delà de tout ça, il assure la composition d’un personnage complet, truculent  et très humain. Tout à fait du même niveau, le brillant ténor uruguayen <strong>Edgardo Rocha</strong> qui chante Almaviva constitue le troisième pilier vocal de cette distribution, avec autant d’aisance, de virtuosité, de plaisir d’être en scène, d’éblouissantes facilités vocales que ses complices. Il prête au personnage du Comte son physique de <em>latin lover </em>très cinématographique, tout à fait dans le ton du spectacle. Excellent scéniquement mais un peu en retrait vocalement – est-ce un effet de l’âge ? – le Bartolo de <strong>Alessandro Corbelli</strong> déçoit par un manque de puissance vocale dans le registre grave, et par une diction moins souple et moins brillante que celle de ses comparses lorsqu’il est confronté aux mêmes tempos qu’eux.</p>
<p>La créature du docteur Frankenstein (le roman de Mary Shelley parut en 1816, année de la création du Barbier) telle qu’elle apparaît dans le film de James Whale inspirera le personnage de Basilio, chanté par le très talentueux <strong>Ildebrando D’Arcangelo</strong>. Parmi les autres rôles de la distribution, pointons encore la très bonne performance de <strong>Rebeca Olvera</strong> dans le petit rôle de Berta et celle de <strong>Max Sahliger</strong> dans celui encore plus réduit de Ambrogio.</p>
</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="306" src="/sites/default/files/styles/large/public/il-barbiere-di-siviglia-2022-c-sf-monika-rittershaus-01.jpg?itok=Kk4YZv7L" title="Arturo Brachetti (Arnoldo) et les projections de Rocafilm © SF / Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	Arturo Brachetti (Arnoldo) et les projections de Rocafilm © SF / Monika Rittershaus</p>
<p>Dans la fosse, <strong>Gianluca Capuano</strong> ne ménage ni son énergie ni celle de ses troupes, les <strong>Musiciens du Prince</strong>, la phalange monégasque qui semble depuis quelques années s’être entièrement dévouée à Cecilia Bartoli. Si la qualité de cet ensemble a maintes fois été soulignée lors des récitals de la chanteuse qu’ils accompagnent un peu partout en Europe, le talent de ces musiciens dans le registre comique, voire burlesque, est une heureuse découverte qui contribue elle aussi grandement à la réussite du spectacle. Le continuo, assuré depuis le pianoforte par <strong>Andrea del Blanco</strong> et au violoncelle par <strong>Francesco Galligioni</strong> fait assaut d’imagination pour répondre aux sollicitations de la mise en scène, avec une surenchère d’effets virtuoses, de pirouettes, de détails inattendus et qui semblent inventés sur le vif de sorte que l’oreille est sans cesse surprise, mise en éveil et charmée.</p>
<p><p> </p>
<p>Le spectacle remporte un énorme succès auprès du public pourtant corseté de Salzbourg, qui lui fait d’emblée une standing ovation et réclame que le final soit entièrement bissé, les spectateurs applaudissant en rythme dans l’hilarité générale, portant ainsi la durée totale de la pièce à près de quatre heures, entracte inclus !</p>
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		<title>DONIZETTI, Anna Bolena — Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/anna-bolena-geneve-lenfance-dune-reine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Nov 2021 23:42:39 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après une trilogie consacrée au personnage de Médée (Medea de Cherubini en 2015, Il Giasone de Cavalli en 2017 et Médée de Charpentier en 2019), le Grand Théâtre de Genève inaugure, avec cette nouvelle production d&#8217;Anna Bolena, un nouveau cycle sur trois saisons, comprenant trois ouvrages de Donizetti qu’on a l’habitude de réunir sous le nom de « trilogie Tudor ». A priori, cette fois, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après une trilogie consacrée au personnage de Médée (<em>Medea</em> de Cherubini en 2015, <em>Il Giasone</em> de Cavalli en 2017 et <em>Médée</em> de Charpentier en 2019), le Grand Théâtre de Genève inaugure, avec cette nouvelle production d&rsquo;<em>Anna Bolena</em>, un nouveau cycle sur trois saisons, comprenant trois ouvrages de Donizetti qu’on a l’habitude de réunir sous le nom de « trilogie Tudor ». A priori, cette fois, il n’y a pas de personnage commun entre les différentes œuvres. Mais <strong>Mariame Clément</strong>, qui mettra également en scène les deux volets suivants, <em>Maria Stuarda </em>et <em>Roberto Devereux</em>, choisit de faire apparaître dans <em>Anna Bolena</em> la fille de celle-ci, la future Élisabeth I<sup>re</sup>, présente dans les autres ouvrages de la trilogie, d’abord comme rivale de Maria Stuarda, puis comme personnage principal. L’idée n’est pas nouvelle (Éric Génovèse notamment faisait apparaître Elizabeth enfant lors de l’exécution de sa mère), mais elle occupe ici une place centrale dans la mise en scène : la reine fait son apparition dès l’ouverture, d’abord à l’âge de 7 ou 8 ans, puis en souveraine âgée et triomphante, telle qu’elle est représentée dans <em>Roberto Devereux</em>. L’histoire d’Anna Bolena qui se déroule sur scène s’appréhende alors à la fois comme un souvenir de la reine âgée et comme un traumatisme de la reine enfant, témoin de l’injustice du sort de sa mère et des ravages de l’amour. Tout le récit de la chute d’Anna Bolena semble être pour Mariame Clément une justification de la volonté de la « Reine Vierge » de n’épouser aucun homme.</p>
<p>La présence d’Elizabeth enfant a aussi pour fonction de resserrer les enjeux entre les deux personnages féminins, Anna Bolena et sa rivale Jeanne Seymour : la metteuse en scène choisi de faire de cette dernière la gouvernante de la fille d’Anna. Ainsi, la petite fille assiste, en tant que témoin muet, à la première entrevue entre Seymour et le roi Enrico. Elle occupe cependant un rôle actif lors de la confrontation entre Anna et Seymour, puisqu’elle apparaît comme une médiatrice entre les deux femmes : elle leur voue un égal amour et, dans son désir de réconciliation, semble leur rappeler qu’elles sont toutes les deux des femmes victimes du même homme — en pardonnant à Seymour à la fin du duo, Anna privilégie l’amour maternel et lui confie l’avenir de sa fille*.</p>
<p>La mise en scène de Mariame Clément témoigne donc d’une très adroite direction d’acteur, sachant aussi faire jaillir ici ou là des propositions singulières, tout en s&rsquo;inscrivant dans un rapport serré au livret et à la musique. Un très beau moment par exemple : le geste suppliant d’Anna sur la modulation avant la reprise de la strette du finale de l’acte I — elle a presque ramené à lui le roi, physiquement et harmoniquement, mais il sort immédiatement, furieux, comme écrit dans le livret, laissant Anna et le reste de la cour seuls sur scène pour la fin de l’acte. </p>
<p>Mais la proposition scénique s’appuie également sur la très belle scénographie de <strong>Julia Hansen</strong>, qui déploie dans son choix de costumes et de décors une séduisante palette de couleurs, d’une tonalité proche de celles qu&rsquo;on trouve dans les tableaux de l&rsquo;époque. Le décor pivotant permet des changements de décors variés et rapides, et une multiplication des espaces qui, avec la profondeur du plateau, présente la cour comme un espace où l’intimité est exclue. Tout cela peut paraître bien classique, mais quand c’est si bien fait, et avec tant de finesse et de goût, pourquoi bouder son plaisir ?</p>
<p>Dans le rôle-titre, d’une exigence vocale et dramatique redoutable, <strong>Elsa Dreisig</strong> ne convainc que par intermittence. Le portrait qu’elle dresse du personnage est fouillé mais les exigences techniques de la partition semblent par moment rabattre ses habituelles qualités scéniques. Les quelques incertitudes d’intonation de son premier air sont vite oubliées ; la ligne, conduite par un <em>legato</em> stable, est toujours soignée et les aigus sont d’un glorieux moelleux, mais le chant manque singulièrement de couleurs différenciées, ce qui contribue à donner à l’ensemble une allure assez monochrome et manquant d&rsquo;éclat. Les deux extrémités des finales de l’œuvre (le <em>tempo di mezzo</em> « Giudici… ad Anna! » et la strette qui suit à l’acte I, puis la cabalette « Coppia iniqua<em> </em>» qui clôt l’opéra) sont cependant très réussies : la chanteuse n’hésite pas à se jeter à corps perdu dans l’indignation majestueuse du personnage et à user de la voix de poitrine de manière expressive. Elle trouve ainsi une forme de mordant et un tempérament qu’on n’entendaient pas auparavant.</p>
<p>Face à elle, <strong>Stéphanie d’Oustrac</strong> interprète Jeanne Seymour. La chanteuse française, qui a profondément marqué le chant baroque depuis le début des années 2000, et qui a depuis quelques années ouvert son répertoire aux rôles de l’opéra romantique français (Charlotte, Carmen ou Cassandre notamment), fait ici une prise de rôle et aussi, pourrait-on dire, une « prise de répertoire », puisque c’est la première fois qu’elle aborde un ouvrage belcantiste du XIX<sup>e</sup> siècle. Sa superbe présence scénique, son maintien de tragédienne, confèrent au rôle une grande puissance. La voix est certes plutôt dénuée d’<em>italianità </em>et elle n’a pas la douceur de timbre d’Elsa Dreisig, mais l’expressivité de la phrase, précisément ciselée, ne vient jamais entamer un <em>legato</em> de la plus belle tenue.</p>
<p>Les deux personnages masculins principaux sont quant eux à attribués à des habitués de ce répertoire, qui ont déjà chanté leur rôle respectif, plusieurs fois même dans le cas de l’Enrico d’<strong>Alex Esposito</strong>. La projection péremptoire et le timbre chaud et sombre de la basse italienne accordent au roi une autorité qui ne manque pas de séduction. Sa composition du roi tyrannique et irascible, très « grand méchant loup », est parfois traversée d’un soupçon de doute, laissant entrevoir des failles dans ce personnage monolithique. C’est aussi l’interprète de la distribution qui mord avec le plus de saveur dans les mots. <strong>Edgardo Rocha</strong> est un Percy d’une grande musicalité, au timbre pleinement italien, qui sait se faire tantôt rêveur, en colorant avec délicatesse ses airs lents, tantôt vindicatif, dans des cabalettes, des scènes de confrontation ou des ensembles où il se montre plus incisif.</p>
<p>Le mezzo onctueux de <strong>Lena Belkina</strong> sied tout à fait au jeune page Smeton, frémissant de désir. Très à l’aise scéniquement, elle n’hésite pas à s&rsquo;engager, physiquement et vocalement, dans son air de la chambre de la reine, où la mise en scène demande au personnage, glissé sous les draps du lit de la reine, de rêver surtout avec ses mains… Le titulaire du rôle de Lord Rochefort étant souffrant, c’est <strong>Stanislas Vorobyov</strong>, arrivé au Grand Théâtre la veille, qui endosse le costume du frère d’Anna. Le jeune chanteur impressionne par sa maîtrise du rôle, certes secondaire, mais auquel il sait donner une présence singulière. <strong>Julien Henric</strong>, révélation de l’ADAMI en 2018, incarne quant à lui un Hervey fourbe à souhait, avec une intégrité musicale qu’on voit rarement aussi affirmée dans des rôles si courts.</p>
<p>C’est peu dire que le bel canto romantique ne constitue pas historiquement le cœur du répertoire de l’<strong>Orchestre de la Suisse Romande</strong>. Et pourtant, quelle énergie, quel enthousiasme, quelle fête de couleurs et de timbres ! Mené par la baguette vive du chef italien <strong>Stefano Montanari</strong>, les musiciens de l’orchestre sont plus que des accompagnateurs, certes tout à fait à l’écoute des chanteurs ainsi que des variations de dynamiques et de tempos qu’ils proposent, mais de véritables conducteurs du drame, soutenant inlassablement l’action et dépliant des atmosphères variées. Une bizzarerie cependant : le chef flanque parfois sa baguette dans son dos pour avoir les mains libres de jouer sur un pianoforte. On peut s&rsquo;interroger sur la pertinence philologique et stylistique du choix d’ajouter cet intrument dans une fosse d’orchestre pour une œuvre de 1830, surtout qu’il n’intervient finalement qu’assez rarement, mais il permet de faire saillie sur certains moments de l’œuvre et rappelle la forme récitative de l’écriture de certaines scènes.</p>
<p>Le <strong>Chœur du Grand Théâtre de Genève</strong>, préparé par <strong>Alan Woodbridge</strong>, n’appelle que des louanges : bel italien, belle homogénéité de timbre et d’intention. On regrette seulement que le chœur soit un peu trop souvent scéniquement traité comme un bloc, mais la faute revient plutôt à la metteuse en scène.</p>
<p>À suivre, dans les prochains épisodes…</p>
<p> </p>
<p>* On peut aussi y voir un clin d&rsquo;œil métathéâtral, puisque Elizabeth sera d&rsquo;abord interprétée dans <em>Maria Stuarda</em> par la soprano II (c&rsquo;est-à-dire Stéphanie d&rsquo;Oustrac), puis reviendra à la soprano I (Elsa Dreisig) dans <em>Roberto Devereux</em>.</p>
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		<title>Petite Messe solennelle</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/petite-messe-solennelle-petite-messe-solennelle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Sylvain Fort]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 Oct 2021 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Voilà une Petite messe solennelle qu’on ne mettra pas entre toutes les mains, ni sans doute dans toutes les oreilles. Le chef Giulio Prandi en propose une lecture délibérément émaciée. Se fondant sur la nouvelle édition critique de la Fondation Rossini, il en attribue la part orchestrale à deux pianos (un Erard et un Pleyel) &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà une <em>Petite messe solennelle</em> qu’on ne mettra pas entre toutes les mains, ni sans doute dans toutes les oreilles. Le chef <strong>Giulio Prandi</strong> en propose une lecture délibérément émaciée. Se fondant sur la nouvelle édition critique de la Fondation Rossini, il en attribue la part orchestrale à deux pianos (un Erard et un Pleyel) et un harmonium (Debain), fidèle en cela aux intentions premières de Rossini qui, initialement, n’avait point envisagé de solliciter pour cette œuvre les grands ensembles qui désormais lui sont systématiquement affectés.</p>
<p>Sensible au goût du Pesarais pour les ensembles réduits qu’attestent ses rares et tardives compositions, Prandi y voit en outre une dimension qui ne se réduit pas aux contraintes matérielles : cette pauvreté du matériau sonore dans la Petite messe solennelle est l’ascèse qui permet d’atteindre au nerf spirituel de l’œuvre. De sa fréquentation des pièces sacrées du XVIIIe siècle, le chef en effet a retenu la régression quelque peu fâcheuse du sens spirituel même de la musique, fût-elle censément sacrée.</p>
<p>Assurément, le résultat sonnera bien rêche aux oreilles accoutumées aux ruisselantes splendeurs du dispositif orchestral, non moins que le Coro Ghislieri, dont les interventions ne laissent jamais oublier qu’ils exercent le plus souvent dans un répertoire d’une plus grande austérité, avec une technique adaptée à des partitions plus contemplatives, et liturgiques.</p>
<p>Abandonne tout hédonisme, toi qui entres ici. Il faut bien ajuster son oreille aux intentions du chef puisque l’inverse assurément ne se produira pas. Encore faut-il retrancher de notre mémoire sonore les interprétations luxuriantes qu’on y a si souvent entendues pour ne pas rejeter les options prises ici comme une simple posture franciscaine. Ce qui se produit alors est assez intéressant, puisque ce n’est pas l’œuvre interprétée autrement qui se présente à nous, mais presque une autre œuvre. Radiographiée par cette lecture, elle fait certainement toucher du doigt ce qui, dans cette écriture, ressortit directement à l’invocation sacrée, que la nudité de la substance sonore surexpose aux dépens de la dimension « di bravura » qu’on y attend coupablement.</p>
<p>Ah, rien ici ne flattera notre concupiscence musicale ! On se demande cependant parfois ce que l’on a fait pour mériter ainsi que notre haire fût serrée avec notre discipline, car tout de même, le dépouillement confine plus souvent qu’à son tour à la purge de nos péchés. Lorsque s’élève dans cette morigéneuse ambiance la voix stellaire de <strong>Sandrine Piau</strong>, nous nous prenons à rêver violoncelles, chœurs pléthoriques, emportements fiévreux, fontaines de plaisir sonore. Voilà qui est fort mal et pour notre peine, nous réécouterons ce disque jusqu’à ce que le flonflon de l’harmonium nous semble le timbre le plus désirable du monde. Toi aussi, pécheur lyrique, essaie encore.</p>
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