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ROSSINI, Il Viaggio a Reims – Salzbourg

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Spectacle
13 août 2026
L’art du divertissement à son sommet

Note ForumOpera.com

4

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Infos sur l’œuvre

Dramma giocoso en un acte
Musique de Gioachino Rossini
Livret de Luigi Balochi d’après le roman Corinne, ou l’Italie de Germaine de Staël
Création le 19 juin 1825 au Théâtre Italien, Paris

Détails

Mise en scène
Barrie Kosky

Décors
Rufus Didwiszus

Costumes
Victoria Behr

Lumières
Frank Evin

Dramaturgie
Christian Arseni

 

 

Corinna
Cecilia Bartoli

Marquise Melbea
Marina Viotti

La Comtesse de Folleville
Mélissa Petit

Madame Cortese
Tara Erraught

Chevalier Belfiore
Edgardo Rocha

Comte de Libenskof
Dmitry Korchak

Lord Sidney
Ildebrando D’Archangelo

Don Profondo
Florian Sempey

Baron Trombonok
Misha Kiria

Don Alvaro
Peter Kellner

Don Prudenzio
Giovanni Romeo

Maddalena
Helena Rasker

Zefirino
Rodolphe Briand

Antonio
Rafal Pawnuk

Modestina
Federica Spatola

Delia
Galia Bakalov

Don Luigino
Salvatore Taiello

 

Chœur de l’opéra de Monte-Carlo

Chef des chœurs
Stefano Visconti

Les Musiciens du Prince-Monaco

Direction musicale
Gianluca Capuano

Festival de Salzbourg – Haus für Mozart

Mardi 11 août 2026, 18h30

Créée au printemps dernier dans le cadre du Festival de Pentecôte dont Cecilia Bartoli est la directrice artistique depuis 2012, cette production revient pour le festival d’été, auquel elle apporte une note de fraîcheur et de divertissement bienvenue, au sein d’une programmation fort sérieuse.

Confiée au facétieux Barrie Kosky, la comédie de Rossini, qui repose sur un livret particulièrement ténu et dont toute trame dramatique est absente, relève du divertissement pur, de la farce, traitée dans un mode burlesque assumé, ce qui fait toute la réussite du spectacle.

Pour une raison qu’on s’explique mal, si ce n’est de mettre à l’honneur (ou de flatter l’égo ?) d’une cantatrice qui n’en n’a pas besoin, le metteur en scène prend quelque liberté avec le livret, et transforme le but de ce voyage raté, à l’origine le couronnement du roi Charles X, en un concert de la célèbre cantatrice La Ceci (suivez mon regard…). Bartoli, en effet, est au cœur du spectacle, entourée de ses partenaires favoris, les Musiciens du Prince-Monaco, de leur chef Capuano qui est son complice privilégié depuis des années, et de quelques autres des chanteurs qui l’accompagnent dans ses différents projets.

Comme il s’en explique dans le programme, Barrie Kosky s’est inspiré de l’univers d’Offenbach, de celui de Feydeau ou de Groucho Marx pour trouver le ton qu’il cherchait, celui d’une comédie déjantée entièrement tournée vers le divertissement mais réglée au cordeau, faisant correspondre à la virtuosité de la partition une précision scénique tout aussi virtuose : chaque geste est produit en rythme, les portes claquent dans le tempo de l’orchestre et une fébrile agitation permanente de tous les protagonistes répond au déluge de notes de la musique de Rossini. Sur ce plan, le spectacle est particulièrement bien réglé, scéniquement très réussi pour la plus grande joie des festivaliers.

Les différents ressorts habituels du comique sont convoqués tour à tour, comique de situation, la scène des coups de pistolets tirés dans tous les sens (comme dans un saloon de western) mais qui n’atteignent personne, comique de répétition (une harpe traverse la scène aux moments les plus incongrus), coups de théâtre inattendus (l’apparition de la Ceci à la toute fin du spectacle), etc..

Les décors (tout en noir et blanc inspirés de gravures anciennes) et surtout les costumes (Victoria Behr) particulièrement riches et colorés – sauf pour le personnel de l’hôtel assimilé au décor – contribuent grandement à la beauté visuelle des tableaux proposés-là. On retiendra le somptueux buffet du banquet final, véritablement spectaculaire, le tableau le plus réussi de la soirée, même si la scène tire en longueur. Jusqu’aux coiffures, plus excentriques les unes que les autres, les maquillages, les accessoires, tous les éléments du spectacles ont été convoqués dans un seul but : épater la galerie avec une débauche de moyens et faire rire. Mesuré à l’aune de ce but unique, louable mais finalement modeste, la réussite est totale.

© DR

Musicalement, la satisfaction est sans doute un peu moindre ; pris par le maelstrom général et l’agitation incessante qui anime la scène, les chanteurs, parmi lesquels de très grandes pointures, peinent à trouver un climat favorable à l’épanouissement du beau chant. Rares sont ceux qui livrent ici le meilleur d’eux-mêmes.

Ce meilleur vocal, Cecilia Bartoli doit sans doute aller le chercher dans le passé. La voix n’a plus tout à fait l’homogénéité ni la souplesse légendaires qui ont fait sa gloire. Elle garde bien entendu de grandes qualité, un très visible plaisir d’être en scène avec tout son monde autour d’elle, un engagement scénique de tous les instants. Mais cette gloire passée justifie-t-elle qu’on modifie le livret pour lui trouver un second rôle (muet, celui de la Ceci dont on vient écouter le concert). Elle campe en Corinna une chanteuse d’opéra un peu sur le retour ; si c’est volontaire, cette sorte d’autodérision assumée est certainement une preuve d’intelligence.

D’autres tirent subtilement leur épingle du jeu : Marina Viotti en comtesse polonaise se montre très solide et parvient sans peine à surmonter l’orchestre, Mélissa Petit est souveraine dans le rôle de la Comtesse de Folleville avec des aigus perlés du meilleur effet et son jeu de scène un peu outré mais tellement drôle. Le baryton georgien Misha Kiria en impose dans le rôle du Baron Trombonok, de même que le ténor Dmitry Korchak aux aigus saisissants dans celui du comte Liebenskof, tous les deux parfaitement distribués, ainsi d’ailleurs que Ildebrando D’Arcangelo, qui prête sa voix et son talent au rôle de Lord Sydney. Pour les autres, la performance scénique l’emporte sur la performance vocale : l’outrance, la caricature voulue par la mise en scène dans la définition de chaque personnage masque les individualités vocales. C’est le cas pour Tera Erraught dans le rôle de Madame Cortese, de Peter Kellner en Don Alvaro, ou de Florian Sempey dans le rôle de Don Pofondo, le collectionneur d’antiques. Il faut dire aussi que les rôles sont tellement nombreux que les interventions solistes de chacun sont limitées. Le médecin Don Prudenzio est interprété par Gianni Romeo, lui aussi submergé par la caricature de son personnage. Aucun ne démérite vraiment, ils remplissent efficacement leur rôle, mais ils sont comme noyés dans la masse d’une performance de troupe. Parmi les plus petits rôles, signalons la basse polonaise Rafal Pawnuk, remarquable de présence et de justesse dans le rôle d’Antonio.

Dans la fosse, Gianluca Capuano se bat avec une partition plus fournie et techniquement plus difficile qu’il n’y paraît. Le résultat sonore, trop sonore par rapport aux voix, manque de subtilité et de légèreté, en particulier dans les redoutables vocalises où les chanteurs cherchent à alléger le plus possible l’émission au profit d’une plus grande précision et d’une plus grande souplesse, mais se heurtent à un substrat orchestral qui les couvre.

Il n’empêche, ne boudons pas notre plaisir : ce Voyage à Reims nous aura bien fait rire, on sort l’œil ébloui et l’âme ravie, réconcilié avec la vie.

 

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Musique de Gioachino Rossini
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Création le 19 juin 1825 au Théâtre Italien, Paris

Détails

Mise en scène
Barrie Kosky

Décors
Rufus Didwiszus

Costumes
Victoria Behr

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Christian Arseni

 

 

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Cecilia Bartoli

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