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	<title>Jean-Gabriel SAINT-MARTIN - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Jean-Gabriel SAINT-MARTIN - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>DONIZETTI, La Fille du régiment &#8211; Tours</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-la-fille-du-regiment-tours/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Brunetto]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Jun 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’accueil réservé à cette Fille du régiment est à la hauteur de la température qui règne au Grand Théâtre de Tours en ce dimanche de lendemain de canicule : torride ! Il faut dire que les ingrédients sont réunis pour un cocktail euphorisant : une œuvre pétillante, une production plutôt « traditionnelle » mais enlevée, une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’accueil réservé à cette <em>Fille du régiment</em> est à la hauteur de la température qui règne au Grand Théâtre de Tours en ce dimanche de lendemain de canicule : torride !</p>
<p>Il faut dire que les ingrédients sont réunis pour un cocktail euphorisant : une œuvre pétillante, une production plutôt « traditionnelle » mais enlevée, une distribution équilibrée avec des chanteurs quasiment tous francophones et dont le format est parfaitement adapté à la taille de la salle, et une énergie scénique communicative.</p>
<p>Pour cette reprise de la <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-la-fille-du-regiment-versailles/">production créée à Versailles en avril dernier</a>, <strong>Jean-Romain Vesperini</strong> ne cherche en effet pas à révolutionner l’œuvre. Le dispositif scénique, reposant notamment sur des toiles peintes, est élégant et illustratif (on se demande tout de même ce que vient faire un temple grec au Tyrol !) et les costumes, signés <strong>Christian Lacroix</strong>, sont pimpants. La mise en scène, bien réglée et vivante, se permet juste d’insérer quelques chorégraphies qui se coulent parfaitement dans la partition. Tout cela fonctionne fort bien, avec comme seule réserve le traitement un peu trop « archétypal » de certains personnages (on y reviendra).</p>
<p>On ne peut que plussoyer aux louanges adressées par notre confrère à <strong>Jean-Francois Lapointe</strong> (Sulpice), déjà présent à Versailles<strong> </strong>: le galbe du phrasé, le moelleux du timbre, et la tendresse du personnage sont tout simplement confondants.</p>
<p>Le couple d’amoureux est ici renouvelé, charme par sa tendresse et sa fraicheur. <strong>Florie Valiquette</strong> propose un portrait très convaincant de Marie : sachant être bravache avec ses pairs (mais sans le caractère « cartoonesque » tendance Fifi Brin d’acier que lui insufflaient Laurent Pelly et Natalie Dessay), elle n’en oublie pas les aspects plus mélancoliques et touchants de la jeune fille (« Il faut partir »). Tout juste regrettera-t-on un peu trop de retenue dans les passages les plus pyrotechniques (« Salut à la France »). On sent <strong>Phillipe Talbot </strong>(Tonio) plus à son aise dans la douceur de « Pour me rapprocher de Marie » que dans l’héroïsme de son grand tube « Ah mes amis quel jour de fête » (dans lequel il ose d’ailleurs une variation inhabituelle). On comprend aisément comment cette voix claire au timbre chaleureux fait fondre le cœur de Marie, par les demi-teintes caressantes dont le ténor sait avantageusement parsemer son chant.</p>
<p>Le burlesque n’est jamais bien loin dans <em>La Fille du régiment</em>, notamment avec l’hilarante Duchesse de Crakentorp de <strong>Doris Lamprecht</strong>, qui surjoue avec gourmandise de ses origines teutonnes. Entre coups de fouets bien sentis et caresses inattendues (un duo roucoulant avec l&rsquo;Hortensius haut en couleur de <strong>Jean-Gabriel Saint-Martin</strong>), voilà la salle qui rit à gorge déployée. Nous avouerons pourtant avoir été moins sensible au traitement similaire appliqué à la Marquise de Berkenfield (<strong>Éléonore Pancrazi</strong>). On ne peut que se réjouir d’entendre une chanteuse en pleine possession de ses moyens dans ce rôle souvent dévolu à des mezzo plus toutes jeunes. La chanteuse s’en donne d&rsquo;ailleurs à cœur joie, ajoutant un bout de <em>Carmen</em> par-ci et de La <em>Grande-duchesse de Gerolstein</em> par-là. Cependant, choix du metteur en scène ou de la chanteuse, le personnage hystérique et caricatural qui nous est proposé nous a semblé hors de propos : <em>too much,</em> cette marquise agace et n’émeut jamais.</p>
<p>La direction d’<strong>Adrien Perruchon</strong>, bien nuancée, sait rendre justice, à la tête de l’Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours, aux différentes atmosphères de la partition. Tout juste rêverait-on parfois d&rsquo;un peu plus de folie, notamment dans le « Salut à la France ».</p>
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		<title>GOUNOD, Faust &#8211; Versailles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-faust-versailles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Mar 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quelques semaines après Tours, c&#8217;est Versailles qui accueille la production du Faust de Gounod mise en scène par Jean-Claude Berutti, qui n&#8217;avait que modérément convaincu notre collègue Pierre Venissac. Il est vrai que ce spectacle portant son classicisme proverbial en étendard paraît, dans le monde de l&#8217;opéra actuel, plus qu&#8217;anachronique : irréel. Les rideaux de tulle &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quelques semaines<a href="http://google.com/search?q=faust+tours+forumopera&amp;oq=faust+tours+forumopera&amp;gs_lcrp=EgZjaHJvbWUyBggAEEUYOTIKCAEQABiABBiiBDIHCAIQABjvBTIKCAMQABiiBBiJBTIHCAQQABjvBdIBCDM1ODNqMGo0qAIAsAIB&amp;sourceid=chrome&amp;ie=UTF-8"> après Tours</a>, c&rsquo;est Versailles qui accueille la production du <em>Faust </em>de Gounod mise en scène par<strong> Jean-Claude Berutti</strong>, qui n&rsquo;avait que modérément convaincu notre collègue Pierre Venissac. Il est vrai que ce spectacle portant son classicisme proverbial en étendard paraît, dans le monde de l&rsquo;opéra actuel, plus qu&rsquo;anachronique : irréel. Les rideaux de tulle qui restent baissés plusieurs scènes durant, faisant écran entre la salle et le plateau, rendent cette impression plus forte encore. Ce n&rsquo;est pas d&rsquo;une mise en scène d&rsquo;opéra qu&rsquo;il s&rsquo;agit, plutôt de la représentation d&rsquo;une mise en scène d&rsquo;opéra, telle qu&rsquo;on en voit dans des films, lorsque les protagonistes sortent au théâtre et que, le film n&rsquo;étant déjà pas le réel, il importe que le spectacle auquel les personnages du film vont assister se caractérise par un surcroît d&rsquo;artificialité et de carton-pâte. Le faux fait, ici, plus faux que d&rsquo;habitude, les toiles peintes veulent avant tout ressembler à des toiles peintes, de même que les perruques, les barbes, les robes à volants et les culottes bouffantes. Dans cette œuvre de la méprise et du faux-semblant qu&rsquo;est <em>Faust </em>(et en premier lieu celui de Goethe), montrer à quel point tout n&rsquo;est qu&rsquo;illusion pouvait certes avoir du sens. Mais il eût fallu pour cela que la direction d&rsquo;acteur fût plus inventive et plus folle, que l&rsquo;odeur du rideau pourpre emplît toute la salle. Pourtant, aucune théâtralité surjouée ici, guère d&rsquo;ironie, et pas plus de fantaisie. La sobriété de la direction d&rsquo;acteurs nous laisse le loisir d&rsquo;admirer les mouvements bien articulés de ces panneaux de bois peints, dont les demi-tours permettent de figurer les différents lieux de l&rsquo;action – mais restent  impuissants à nous révéler les secrets des personnages. Dans le cadre de l&rsquo;Opéra Royal de Versailles, un décor à lui tout seul, cela ressemble à un hommage au théâtre de tréteaux ; mais fallait-il pour autant renoncer à montrer sur scène autre chose qu&rsquo;un livre d&rsquo;images ?</p>
<p>Le drame, heureusement, se joue ailleurs, et notamment dans la fosse. <strong>Laurent Campellone</strong> souligne et exalte les contrastes de la partition, insuffle des tempi contrastés mais veille à des transitions toujours fluides, et construit savamment l&rsquo;impressionnant climax de la scène finale. Il peut compter sur l&rsquo;Orchestre de l&rsquo;Opéra Royal et son instrumentarium d&rsquo;époque, qui offre à cette lecture vive un habit sans couture – on regretterait, pour un peu, que de tels musiciens ne jouent pas l&rsquo;édition critique mise au point par Paul Prévost.</p>
<p>Le plateau est à l&rsquo;avenant, avec en premier lieu le Faust de<strong> Julien Behr</strong>, jeune homme fougueux qui offre, dans la parenthèse enchantée de « Salut, demeure chaste et pure », une leçon de legato et de musicalité. <strong>Vannina Santoni</strong> a probablement trouvé en Marguerite son meilleur rôle, qui convient autant aux moirures de son timbre qu&rsquo;à l&rsquo;éclat de son aigu et qu&rsquo;à la sincérité d&rsquo;une présence scénique qui sait même rendre naturel et simple le si scabreux Air des bijoux. Il y a eu des Méphistophélès à la stature vocale plus imposante que <strong>Luigi De Donato</strong> ; mais ce diable narquois et jovial, bien humain au fond dans ses crimes, et suprêmement chanté, est un formidable portrait, comme d&rsquo;ailleurs le Valentin au timbre de bronze et à la noble stature d&rsquo;<strong>Anas Seguin</strong>, auquel il ne manque qu&rsquo;un soupçon de legato. <strong>Eléonore Pancrazi</strong> est presque un luxe en Siebel, tout comme <strong>Julie Pasturaud</strong> en Marthe et<strong> Jean-Gabriel Saint-Martin</strong> en Wagner. Autour d&rsquo;eux, les choristes brillent de mille feux et reçoivent leur part d&rsquo;ovations d&rsquo;un public frémissant d&rsquo;enthousiasme : le frisson du théâtre a passé !</p>
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		<title>GOUNOD, Faust &#8211; Tours</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-faust-tours/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Venissac]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Mar 2026 05:08:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Marguerite qui tricote en robe bleue dans sa maisonnette, Faust âgé avec des postiches aussi vraisemblables que ceux d’un Père Noël de supermarché, Siebel avec une moustache dessinée au crayon, pas un bijou qui ne manque à la cassette… est-ce un retour au siècle dernier auquel on assiste à l’Opéra de Tours, pour cette nouvelle &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Marguerite qui tricote en robe bleue dans sa maisonnette, Faust âgé avec des postiches aussi vraisemblables que ceux d’un Père Noël de supermarché, Siebel avec une moustache dessinée au crayon, pas un bijou qui ne manque à la cassette… est-ce un retour au siècle dernier auquel on assiste à l’Opéra de Tours, pour cette nouvelle production de Faust ? Oui et non, car la mise en scène de <strong>Jean-Claude Berutti</strong> est consciente de l’héritage qu’elle convoque, et assume dès l’ouverture du rideau son artificialité. Parmi les décors peints de <strong>Rudy Sabounghi</strong>, qui confèrent presque un aspect bande dessinée au spectacle, les techniciens s’affairent, en tenue de travail, tout comme ils seront visibles tout au long de la soirée. Le procédé a déjà été vu maintes fois, mais il permet de maintenir une forme de seconde degré. Les décors valsent avec les artistes des chœurs dans le premier acte, les tournesols que cueille Siebel sont d’une littéralité assez amusante, les ampoules de couleurs qui bordent les décors feront guise de lumière des enfers dans la scène de l’église… Berutti explique dans sa note de programme rechercher l’esprit d’une ballade médiévale, en privilégiant une succession de scènes de tonalités très différentes. Il y parvient la plupart du temps, et l’aspect médiéval se retrouve également dans les choix esthétiques, qui rappellent par moments le théâtre de tréteaux. Simplement, toute l’œuvre de Gounod ne se prête pas à ces ruptures de tons, et les deuxième et troisième actes, moins propices à la distanciation, restent finalement au stade de la représentation traditionnelle. Cette production, qui sera reprise à l’Opéra Royal de Versailles, vaut cependant par un plateau toujours en mouvement, et une lisibilité très appréciable. Saluons les ateliers de l’Opéra de Tours qui en ont réalisé les costumes et les décors, notamment pour l’extravagant costume de Méphisto, et pour ces belles marionnettes de la nuit de Walpurgis.</p>
<p>La cohérence du spectacle est largement assurée par la fosse. <strong>Laurent Campellone</strong>, directeur artistique de l’Opéra, signe une version très aboutie de l’ouvrage : dès l’ouverture, il y a quelque chose d’assez latin dans ce qu’il obtient de l’orchestre, toujours chaleureux et engagé. Les tempi, assez vifs, surprennent parfois (la scène de l’église) mais permettent justement de tirer de l’ouvrage hors de la grandiloquence académique à laquelle il peut être condamné. Trouvant le juste équilibre entre lyrisme et précision, riche en contrastes, sa direction est l’une des clés de la réussite de la soirée. L’Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours s’y montre d’ailleurs en très grande forme, que ce soit dans le son d’ensemble ou dans les soli des vents. Dommage qu’on entende à plusieurs reprises des approximations difficiles à expliquer de la part des cordes.</p>
<p>Comme souvent à Tours, la distribution fait honneur au chant français. Les seconds rôles en particulier brillent ainsi tous par leur intelligibilité, leur phrasé, et leur qualité instrumentale. On est frustré que la Chanson du Rat soit interrompue quand elle est chantée par <strong>Jean-Gabriel Saint-Martin</strong> (Wagner), tandis que <strong>Julie Pasturaud</strong>, spécialiste des rôles de caractère, fait de sa Dame Marthe une duègne très amusante. Le mezzo clair d’<strong>Éléonore Pancrazi</strong>, qui mériterait un peu mieux que cette caractérisation scénique pour Siébel, emporte tous les suffrages avec son deuxième air, modèle de beau chant et de douceur. Surtout, on aime beaucoup le Valentin d’<strong>Anas Seguin</strong>, vu en Wagner il n’y pas si longtemps. L’élégance de la diction, l’extension dans l’aigu, la justesse scénique, font de ses scènes des moments-clés de la représentation. Le public ne s’y trompe d’ailleurs pas au moment des saluts.</p>
<figure id="attachment_209463" aria-describedby="caption-attachment-209463" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-large wp-image-209463" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/FG67HD©MariePetry-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-209463" class="wp-caption-text">©️Marie Pétry</figcaption></figure>
<p>Le seul non-francophone du plateau, <strong>Luigi De Donato</strong>, est un choix de casting intéressant en Méphisto, assez atypique. Pour un rôle où on est habitué à y entendre des grandes voix peu mobiles, son CV de baroqueux a de quoi surprendre. La voix n’a effectivement pas la largeur habituelle, mais le chanteur est excellent, et ce qui pourrait être un défaut ailleurs se révèle un atout pour l’acoustique du Grand Théâtre. Sans chercher à contrefaire son instrument, il se montre très imaginatif en sons nasaux, en nuances, choses peu courantes dans ce rôle, et qui aident à caractériser un diable ironique, mais aussi étrangement séduisant. Un exemple d’intelligence interprétative. Le Faust de <strong>Thomas Bettinger</strong> se montre d’abord moins créatif, et surtout moins nuancé, mais va en s’améliorant au cours de la soirée. Le chanteur a une vaillance très appréciable, et un timbre assez dense, qui convient parfaitement au rôle. Les représentations qui restent devraient le voir plus à l’aise en première partie, car on entend bien dans les derniers actes la finesse et le soin au texte dont il est capable. La Marguerite de <strong>Vannina Santon</strong>i est bien connue depuis l’an dernier, mais elle apparaît particulièrement remarquable ce soir. L’air des bijoux est évidemment accueilli par un triomphe, mais son interprétation est loin de se résumer à ces moments de bravoure. Si l’on est très sensible au charme de ce léger vibrato, si tout paraît évident pour cette voix, c’est surtout l’ultra sensibilité de la musicienne qui emporte la mise. L’investissement permanent, la délicatesse du phrasé, composent un personnage juste et lumineux, en décalage avec l’univers outré de cette production.</p>
<figure id="attachment_209470" aria-describedby="caption-attachment-209470" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-large wp-image-209470" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/FG51HD©MariePetry-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-209470" class="wp-caption-text">©️Marie Pétry</figcaption></figure>
<p>Coproduction avec l’Opéra Royal de Versailles oblige, la scène est partagée avec les danseurs de l’Académie de danse baroque de l’Opéra Royal. Dans une chorégraphie classique mais efficace de <strong>Reveriano Camil</strong>, ils apportent notamment à la Nuit de Walpurgis une énergie bienvenue. Enfin, les Chœurs de l’Opéra de Tours et de l’Opéra Royal se montrent tout à fait bien chantants et dynamiques scéniquement, malgré quelques décalages avec l’orchestre en première partie.<br />
Sans créer la surprise, cette production tient ses promesses d’un spectacle divertissant, de grande qualité musicale, faisant honneur aux forces de l’Opéra de Tours. Une distribution homogène, habilement choisie, et une œuvre toujours aussi chère au cœur du public français expliquent le succès mérité de la soirée aux saluts.</p>
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		<title>OFFENBACH, La Périchole &#8211; Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-la-perichole-saint-etienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 04 Jan 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On se souvient de l’ingénieuse et efficace mise en scène de l’Enlèvement au sérail, produite ici-même en juin dernier. Son réalisateur, Jean-Christophe Mast, nous revient, toujours flanqué de Jérôme Bourdin, qui signe décors et costumes, pour une Périchole réjouissante, riche en surprises et en trouvailles. Une mécanique bien huilée vous emporte, grisé, pour une soirée &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On se souvient de l’ingénieuse et efficace mise en scène de <a href="_wp_link_placeholder" data-wplink-edit="true"><em>l’Enlèvement au sérail</em>,</a> produite ici-même en juin dernier. Son réalisateur, <strong>Jean-Christophe Mast</strong>, nous revient, toujours flanqué de <strong>Jérôme Bourdin</strong>, qui signe décors et costumes, pour une <em>Périchole</em> réjouissante, riche en surprises et en trouvailles. Une mécanique bien huilée vous emporte, grisé, pour une soirée festive, rythmée à souhait. La direction d’acteur est soignée, parfois proche du music-hall, dont la gestique et la chorégraphie emportent l’adhésion. L’atmosphère foraine, carnavalesque, les travestissements réjouissent, même si cette lecture laisse peu de place à l’émotion que la musique recèle. L’ambiguïté sur laquelle repose l’ouvrage est occultée. Si le sourire est constant, la douce amertume est réduite à la portion congrue. Le ton de la farce, grotesque, l’emporte ce soir, évitant la caricature (les puissants ne sont antipathiques que par leurs actes) et la niaiserie. Pratiquement pas d’actualisation du livret ni de cause à défendre, la fidélité à l’esprit festif est pleinement assumée.</p>
<p>Le metteur en scène a-t-il été marqué par <em>le Temple du soleil</em> ? Son Pérou, de fantaisie, coloré à souhait, tourne autour d’une pyramide inca, avec des lamas emblématiques, et des costumes aussi caractérisés que cocasses. Un ingénieux dispositif sur plateau tournant évitera les changements de tableau, conférant unité renforcée et continuité au déroulé de l’œuvre. Riches en couleurs, les costumes, recherchés, sont drôles, particulièrement pour le Vice-roi et ses assistants. Pour ne parler que de Don Andrès, entre sa première et sa dernière apparition, les changements appropriés de tenue sont aussi comiques que justes. Cela va de son déguisement en docteur (couplets de l’incognito) à la tenue d’apparat du souverain, en passant par un séducteur mi catcheur-mi Monsieur Propre, et par un geôlier catcheur caricatural. On est bien dans le registre bouffe et la drôlerie est constante. L’univers forain et carnavalesque n’est pas très loin, avec ses manèges, attractions (lanceurs de couteaux) et buvette des Trois cousines. Ses tons crus et bigarrés, sa fantaisie, donnent le ton. La coiffure commune à Panatellas et Hinoyosa, dignitaires jumeaux et exécutants du Vice-roi, les tresses des Péruviennes, il n’est pas un détail qui ne participe à cette joyeuse débauche de formes et de tons. Un régal visuel que ce fouillis synthétique de clichés. Les  têtes de lamas couronnant chacune des faces de la pyramide, qui crachent de l’or si besoin, ne sont que l’affirmation de leur omniprésence : chevaux de bois-lamas, autos tamponneuses-lamas…</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" title="611632425_10239791210382038_4635132049990957492_n" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/611632425_10239791210382038_4635132049990957492_n-1294x600.jpg" alt="" />© Cyrille Cauvet - Opéra de Saint-Etienne</pre>
<p>La distribution, sans réelles inégalités, se caractérise par de nombreuses prises de rôle qui excluent toute routine : l’aisance constante des chanteurs-comédiens d’une troupe complice est manifeste. Notre Périchole affiche une santé rayonnante. Pour cette prise de rôle, <strong>Marie-Andrée Bouchard-Lesieur</strong>, déploie ce soir des moyens éblouissants, on pense à Régine Crespin, avec, en plus, un sens singulier de l’opéra-bouffe ; il est vrai qu’Offenbach lui est familier. La voix est sonore, aux graves assurés, colorée, ductile et articulée de façon exemplaire. Plus rebelle que soumise, elle nous réjouit et nous émeut, déchirée entre son amour pour le malheureux Piquillo et la misère de leur quotidien, que la mise en scène traduit de façon superficielle. Mais l’émotion attendue est bien là dans la scène de la lettre, la finesse aussi (« Ah ! quel dîner je viens de faire », sa griserie). Attendrissant sont le « Nigaud, nigaud, tu ne comprends donc rien », comme le « Je t’adore, brigand ». Les duos sont autant de moments de bonheur. Une grande voix.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" title="611336880_10239791211222059_1883902186151145014_n" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/611336880_10239791211222059_1883902186151145014_n-1294x600.jpg" alt="" />© Cyrille Cauvet - Opéra de Saint-Etienne</pre>
<p><strong>Kaëlig Boché </strong>(Pedrillo, dans <em>l’Enlèvement au Sérail</em> en juin), s’empare du rôle de Piquillo, écrasant, dans chacun des trois actes. Le chanteur de rue n’est ce soir ni trop gauche ou ballot, ni vulgaire. La voix est sûre et impressionne, l’éclat et le mordant sont au rendez-vous. La tendresse comme l’indignation, la jalousie et la peine sont traduites avec art, dans la lointaine descendance d’Alain Vanzo. Après la complainte de l’Espagnol à la jeune Indienne, le duetto du mariage est un excellent moment. Son suicide avorté est aussi convaincant que celui de Papageno. Sa dignité, sa droiture, comme sa peine (« On me proposait d’être infâme ») alors qu’il croupit sur la paille, ont le ton juste, avant la complainte des amoureux, dont l’émotion sera partagée par le Vice-roi comme par la salle. Un grand bravo. <strong>Florent Karrer</strong> nous vaut un Don Andrès de Ribeira imposant, athlétique, jeune et séduisant, l’un des Vice-rois les plus convaincants, les plus drôles, que l’on ait vus et écoutés. Ses costumes renouvelés et sa gestique le dispensent de toute bouffonnerie ajoutée. Ce n’est pas le despote concupiscent, calculateur et suffisant que l’on rencontre souvent, mais un homme, veuf, qui s’éprend sincèrement de la Périchole. Sa clémence finale n’est pas feinte, calculée, mais sincère. Le trio de la prison (« la jalousie et la souffrance »), où la constance de son amour est manifeste nous émeut. Dès les couplets de l’incognito, la voix s’impose, puissante, riche en couleurs, d’une intelligibilité constante. Chacune de ses apparitions est un morceau d’anthologie, vocale comme visuelle. Le public acclamera chaleureusement nos trois premiers rôles pour le bonheur de leur chant et de leur jeu.</p>
<p>Les courtisans serviles, voire obséquieux, et facétieux, forment un duo réussi. Don Miguel de Panatellas est confié à <strong>Flannan Obé</strong>, une présence, une voix et une diction d’exception, et Don Pedro de Hinoyosa à <strong>Jean-Gabriel Saint-Martin</strong>, également remarquable. « Les maris courbaient la tête » (boléro) où ils accompagnent Piquillo auprès du geôlier (Vice-roi) est abouti. Les trois cousines, les dames d’honneur (<strong>Amandine Ammirati, Mathilde Lemaire, Aliénor Feix</strong>), ont du chien, faisant preuve d’une assurance individuelle et collective remarquable, et répondant à toutes les attentes, musicales, dramatiques et chorégraphiques. Chacune de leurs interventions réjouit. On retiendra particulièrement les deux couplets du cancan, et la valse du troisième acte, truculente. On boit d’abondance dans l’ouvrage. Les deux notaires (<strong>Alix Varenne et Frédéric Bayle</strong>) sont impayables, dont l’ébriété (« Tenez-vous bien par le bras ») s’ajoute à la griserie de la Périchole, et à l’ivresse de Piquillo. Les voix sont bien assorties et leur jeu divertissant. Pour le marquis de Tarapote, le vieux prisonnier, <strong>Jean-Claude Calon</strong> ne convainc qu’à moitié : ses gestes sans équivoque se substituant à la demi-douzaine de baisers à la Périchole, renouvelés, s’imposaient-ils ? Les nombreux ensembles sont autant de réussites et de bonheur, et on ne les énumérera pas, sinon les trios du dernier acte (du joli geôlier, puis de la prison), d’une rare perfection vocale.</p>
<p>A la tête de l’orchestre symphonique Saint-Etienne Loire, et de son chœur, <strong>Laurent Touche</strong>, à la fois familier du répertoire et de ses interprètes, impose une direction aussi fouillée que dynamique et truculente. Dès l’ouverture, l‘<em>allegro non troppo</em> est pris dans le tempo juste, et le thème de la lettre, confié au hautbois, puis à l’alto solo, lyrique à souhait. Elégance, joie débridée, sensibilité, comme poésie et humour, souligné par les couleurs de l’orchestre sont au rendez-vous : les espagnolades (Séguedille, Boléro, « Il grandira… ») réjouissent tout particulièrement. La pesanteur appuyée du chœur des patrouilles, les finales endiablés des premier et troisième actes sont irrésistibles. L’attention constante portée au chant, la cohésion, la précision des ensembles n’appellent que des éloges. Est-il besoin de souligner les qualités du chœur, très sollicité, rayonnant, intelligible ? Le plus souvent mixte, signalons cependant le chœur des dames de la Cour, puis celui des Seigneurs, qui attestent l’équilibre des pupitres. Ses évolutions servent fort bien le propos, chaque chanteur se doublant d’un acteur engagé.</p>
<p>Malgré le seul – petit – bémol, relatif au manque d’ambiguïté de la lecture, la virtuosité débridée d’une vraie troupe, servie par une direction et une mise en scène de haut vol, sont longuement ovationnés par un public galvanisé, ce qui n’était que justice. Pour celles et ceux qui n’auraient eu le bonheur d’assister à cette <em>Périchole</em>, l’Opéra de Marseille en reprendra la production, succédant à celle d’Olivier Le Pelletier. A surveiller !</p>
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		<title>ROSSINI, Cendrillon &#8211; Versailles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-cendrillon-versailles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yves Jauneau]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Oct 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis plusieurs productions – le récent Enlèvement au sérail en étant une éclatante illustration – l’Opéra Royal de Versailles et son directeur Laurent Brunner réussissent une véritable quadrature du cercle : allier une approche musicologique exigeante, avec l’usage d’instruments anciens, à un véritable esprit de troupe et des mises en scène de qualité accessibles à tous. Le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Depuis plusieurs productions – le récent </span><a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/mozart-lenlevement-au-serail-cd-et-dvd/"><i><span style="font-weight: 400;">Enlèvement au sérail</span></i></a><span style="font-weight: 400;"> en étant une éclatante illustration – l’Opéra Royal de Versailles et son directeur Laurent Brunner réussissent une véritable quadrature du cercle : allier une approche musicologique exigeante, avec l’usage d’instruments anciens, à un véritable esprit de troupe et des mises en scène de qualité accessibles à tous. Le tout se traduit chaque fois par un succès public, de quoi inspirer plus d’une maison lyrique prestigieuse. La </span><i><span style="font-weight: 400;">Cendrillon</span></i><span style="font-weight: 400;"> présentée ce soir en offre un nouvel exemple.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La mise en scène de </span><b>Cécile Roussat et Julien Lubek</b><span style="font-weight: 400;">, déjà présentée </span><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-cenerentola-liege-tout-comme-papa/"><span style="font-weight: 400;">à Liège</span></a><span style="font-weight: 400;"> en 2019, retrouve son éclat visuel et son esprit de jeu. Les metteurs en scène façonnent un univers de conte animé, où chaque détail participe d’une mécanique poétique parfaitement réglée. Le décor mobile, conçu sur un plateau tournant, fait défiler les lieux de l’action comme les scènes d’un rêve éveillé. L’espace se métamorphose sans rupture, du logis délabré de Don Magnifico au palais du Prince, avec une fluidité constante. Des acrobates et mimes assurent les transitions, prolongeant la fantaisie et l’énergie du spectacle.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Les costumes, mêlant raffinement et excentricité, rappellent que Rossini aime la caricature autant que la grâce. Le duo s’appuie sur une gestuelle précise, presque chorégraphiée, qui relie le chant à l’action. L’humour s’impose par touches légères, dans des trouvailles visuelles qui maintiennent l’attention du spectateur. Sous ce foisonnement, la dimension morale du livret s’atténue : la bonté triomphante devient une célébration joyeuse plus qu’un message édifiant. La magie, omniprésente, supplante la gravité sans altérer la cohérence du récit. La direction d’acteurs reste rigoureuse et veille à la clarté des ensembles vocaux. Le résultat tient autant du théâtre musical que du cirque poétique. Tout converge vers un enchantement réglé au millimètre, où précision et légèreté se répondent dans une même idée.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La réussite de ce spectacle vient aussi du soin apporté à l’exécution musicale, et notamment dans des ensembles restitués avec une netteté exemplaire. En ce sens, l’écrin parfait de l’Opéra Royal permet à chacun, musicien et chanteur, de s’exprimer sans avoir à forcer le trait. On se rend ainsi compte, une nouvelle fois, à quel point jouer Rossini dans des salles de la taille de l’Opéra Bastille ou du Metropolitan Opera s&rsquo;avère problématique. Sous la direction rigoureuse et pétillante de </span><b>Gaëtan Jarry,</b><span style="font-weight: 400;"> la musique épouse parfaitement la mise en scène. Le chef accompagne également au pianoforte, et de la plus belle des façons, les récitatifs, intervenant en outre dans certains passages orchestraux. De l’impeccable Ouverture jusqu&rsquo;à l’orage endiablé, les instrumentistes de l’</span><b>Orchestre de l’Opéra Royal</b><span style="font-weight: 400;"> méritent tous les éloges : belles couleurs dans les tutti, transparence dans les passages plus chambristes. Au-delà de l’extrême fiabilité des cordes, on retient la qualité des vents, très exposés on le sait chez Rossini : flûte et piccolo de </span><b>Julie Huguet</b><span style="font-weight: 400;">, hautbois de </span><b>Michaela Hrabankova</b><span style="font-weight: 400;">, clarinette de </span><b>José Antonio Salar Verdú</b><span style="font-weight: 400;">. Mention spéciale également aux choristes, dont certains sont issus de l’Académie de l’Opéra.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Il faut un peu de temps pour s’habituer au texte en français, adapté par Louis-Ernest Crevel en 1868, qui fonctionne finalement très bien et respecte le ton enlevé de l&rsquo;œuvre. Dans le rôle-titre, </span><b>Gaëlle Arquez</b><span style="font-weight: 400;"> séduit par l’ampleur souple de son mezzo, déployant comme toujours des trésors de musicalité, avec une virtuosité précise et jamais forcée. Le Rondo final, mené avec un art du phrasé irréprochable, semble toutefois un rien trop prudent. Malgré une projection plus limitée, le Prince de </span><b>Patrick Kabongo</b><span style="font-weight: 400;"> impressionne par sa vaillance et son aisance scénique, les vocalises fusent, tout comme les aigus, sans effort apparent. </span><b>Jean-Gabriel Saint-Martin</b><span style="font-weight: 400;"> campe un Dandini (ici nommé Perruchini) irrésistible, à la projection royale et à la précision millimétrée dans les coloratures. </span><b>Alexandre Baldo</b><span style="font-weight: 400;">, pour son premier Rossini scénique, fait forte impression en Alidoro (ici Fabio) : beauté du legato, richesse du timbre et aisance de la vocalise, héritée du baroque. </span><b>Alexandre Adra</b><span style="font-weight: 400;"> prête à Don Magnifico un chant solide et une présence scénique d’un comique savoureux. Et que dire enfin du luxe absolu d’avoir, dans le rôle des sœurs, les ébouriffantes </span><b>Gwendoline Blondeel</b><span style="font-weight: 400;"> et </span><b>Éléonore Pancrazi</b><span style="font-weight: 400;">, aussi justes dans la bouffonnerie que dans la précision des ensembles, apportant autant de rires au public que de cohésion au plateau !</span></p>
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		<title>DONIZETTI, La Fille du régiment &#8211; Versailles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-la-fille-du-regiment-versailles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Apr 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après l’interdiction des représentations de Poliuto, œuvre jugée sacrilège par le roi de Naples, Donizetti accepte un contrat de l’Opéra de Paris : il doit proposer au public parisien deux ouvrages lyriques inédits en français (ce seront Les Martyrs, refonte en français de Poliuto, et La Favorite). Au même moment, le Théâtre de la Renaissance lui &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après l’interdiction des représentations de <em>Poliuto</em>, œuvre jugée sacrilège par le roi de Naples, Donizetti accepte un contrat de l’Opéra de Paris : il doit proposer au public parisien deux ouvrages lyriques inédits en français (ce seront <em>Les Martyrs</em>, refonte en français de <em>Poliuto</em>, et <em>La Favorite</em>). Au même moment, le Théâtre de la Renaissance lui commande une adaptation française de <em>Lucia di Lammermoor</em>, qui sera créée en août 1839. Mais le premier opéra de Donizetti composé en exclusivité pour Paris est le résultat d’une commande passée <em>in extremis</em> par l’Opéra-Comique. Grâce à l’inspiration exceptionnellement profuse du compositeur (et la lenteur avec laquelle la Grande Boutique monte ses productions), <em>La</em> <em>Fille du régiment</em> est créée à l’Opéra-Comique en février 1840, deux mois avant <em>Les Martyrs</em>*.</p>
<p>Cet opéra-comique de Donizetti voit donc le jour en pleine Monarchie de Juillet, dans une France où la mode est au patriotisme et particulièrement au napoléonisme (le retour des cendres de l’Empereur est prévu pour la fin de l’année). Le livret de Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges et de Jean-François Bayard s’inscrit dans cette veine, en situant l’action de la comédie dans le Tyrol envahi par les troupes napoléoniennes. L’Opéra Royal de Versailles s’ouvrant de plus en plus au répertoire du XIX<sup>e</sup> siècle, cette production de <em>La Fille du régiment </em>prend pour prétexte la concomitance de la création de l’œuvre et l’ouverture du nouveau musée de l’Histoire de France installé par Louis-Philippe à Versailles en 1840.</p>
<figure id="attachment_187402" aria-describedby="caption-attachment-187402" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-187402 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Z8Z_0246-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-187402" class="wp-caption-text">© Julien Benhamou</figcaption></figure>
<p style="font-weight: 400;">La mise en scène de <strong>Jean-Romain Vesperini</strong> puise dans cet imaginaire patriotique, sans la touche d’antimilitarisme qui affleurait dans les dialogues réécrits de la production si fameuse de Laurent Pelly. Cependant, tous les militaires – qui sortent directement des rangs de l’armée, puisqu’il s’agit du Chœur de l’Armée française – ont quelque chose de bonhomme et tendre. Leurs costumes, signés <strong>Christian Lacroix</strong>, relèvent quasiment de la reconstitution historique, avec bonnet à poil et moustache, mais l&rsquo;ensemble de la production mêle les époques et les références, indiquant très clairement qu&rsquo;ici tout est prétexte à rire et à jouer. Dans le même d&rsquo;ordre d&rsquo;idée, les personnages sont des caractères, à la limite de la caricature parfois, embarqués dans des chorégraphies qui rappellent souvent la comédie musicale ou des mouvements de danse Tiktok. L&rsquo;ensemble se révèle globalement efficace, mais touchera différemment chacun selon sa sensibilité et son style d&rsquo;humour.</p>
<p style="font-weight: 400;">Pour habiller la scène de l’Opéra Royal, le metteur en scène Jean-Romain Vesperini puise dans le stock de toiles peintes de la maison et du Centre de musique baroque, avec la complicité de son décorateur <strong>Roland Fontaine</strong>. Ces très beaux éléments scéniques sont animés par des projections vidéos qui ne paraissent pas toujours d&rsquo;une nécessité absolue, mais qui ont le mérite de vivifier le plateau et de caractériser certains tableaux avec justesse. Les lumières de <strong>Christophe Chaupin</strong> constituent une des réussites du spectacle, exhaussant la beauté des couleurs et des formes des costumes de Lacroix, d&rsquo;une extravagance réjouissante en ce qui concerne la Marquise. Le metteur en scène lui-même s&rsquo;offre le plaisir d&rsquo;apparaître à la fin de la soirée en Napoléon, confiant un drapeau tricolore à Marie. On sait que <em>La Fille du régiment</em> était un <em>hit</em> patriotique qu&rsquo;on jouait volontiers tous les 14 juillet jusqu&rsquo;à la Grande Guerre et que la <em>Marseillaise</em> avait été rajoutée à la fin de l&rsquo;œuvre au Metropolitan Opera en 1940, sous l&rsquo;impulsion de Lily Pons. À Versailles, le refrain de la <em>Marseillaise</em> complète aussi la reprise de « Salut à la France »** dans un <em>tutti</em> certes réjouissant (avec ce qui semble être l&rsquo;orchestration de Berlioz), mais le choix interroge. Certes, entonner la <em>Marseillaise</em> dans l&rsquo;enceinte de l&rsquo;Opéra Royal peut apparaître comme un acte subversif et plutôt amusant, mais les paroles de Rouget de Lisle colorent ce bouquet final si consolateur (la Marquise rompt enfin le cycle éternel des amours forcées et un roturier autrichien épouse une bâtarde française) d&rsquo;une teinte belliciste un brin inopportune – sans parler de la présence de Napoléon, qui est une figure historique passionnante, mais pas nécessairement un modèle politique aussi opérant aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;en 1840.</p>
<figure id="attachment_187406" aria-describedby="caption-attachment-187406" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-187406 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Z8Z_8538-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-187406" class="wp-caption-text">Gwendoline Blondeel (Marie) et le Chœur de l&rsquo;Armée française © Julien Benhamou</figcaption></figure>
<p style="font-weight: 400;">La distribution de jeunes chanteurs (et un vétéran !) réunie par l&rsquo;Opéra Royal est vraiment enthousiasmante. <strong>Gwendoline Blondeel</strong> d&rsquo;abord, qu&rsquo;on admire surtout comme une des plus sincères et merveilleuses interprètes actuelles du répertoire baroque, prolonge avec le rôle de Marie son incursion progressive dans le répertoire du XIXe siècle (après notamment <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/litaliana-in-algeri-beaune-litalienne-a-beaune/">Elvira dans <em>L&rsquo;Italienne à Alger</em></a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-versailles/">Frasquita dans <em>Carmen</em></a>). On retrouve ici ce timbre fruité si charmant et cet abattage scénique et vocal si évident, et l&rsquo;on s&rsquo;émerveille devant la qualité de la projection de la voix, assurée et puissante, à l&rsquo;échelle qui est la sienne. Les suraigus, ajoutés en nombre, ont ce soir-là quelque chose de tendu et son « Il faut partir » est un peu trop extérieur, mais elle trouve enfin plus d&rsquo;abandon et d&rsquo;infériorité dans un  « Par le rang » profondément émouvant.</p>
<p>Ensuite, <strong>Patrick Kabongo</strong> impressionne dans le rôle de Tonio. Il ne fait qu&rsquo;une bouchée des fameux contre-uts de « Pour mon âme », qui sonnent même comme des notes beaucoup plus basses tant elles sont émises avec aisance. On perçoit par ailleurs que les graves ne sont pas un problème pour lui et on se demande quelle type de variation il pourrait se permettre dans un répertoire plus purement belcantiste. La principale réserve qu&rsquo;on pourrait émettre tient à la projection limitée du chanteur, mais les passages tendres le révèlent à son meilleur : son usage de la voix mixte dans la romance du dernier acte (« Pour me rapprocher de Marie ») est d&rsquo;une classe folle et touche en plein cœur. On aimerait beaucoup l&rsquo;entendre dans le répertoire français (en Nadir par exemple) ou dans Mozart. On pourra en tout cas le découvrir dans Rossini en début de saison prochaine, dans une <em>Cenerentola/Cendrillon</em> en français !</p>
<p>Après une Carmen d&rsquo;anthologie sur cette même scène, <strong>Eléonore Pancrazi</strong> revêt les atours de la Marquise de Berkenfield avec un bagout qui fait mouche. Quel plaisir de voir des interprètes goûter avec une telle gourmandise aux excès d&rsquo;un personnage ! Ce rôle, qu&rsquo;on confie souvent à des voix de mezzo graves plus âgées, est peut-être un peu grave pour la chanteuse qui peine parfois à se faire entendre dans le bas médium, mais l&rsquo;engagement, la musicalité, le sens du rythme comique balaient toutes les réserves. La scène de la leçon de musique, où la Marquise essaye tant bien que mal de discipliner Marie et de lui faire chanter un air de cour, est particulièrement savoureuse. Tout, dans les regards, les postures, les intonations relève d&rsquo;un sens aigu du théâtre, comme le prouvait déjà sa première apparition au début de l&rsquo;œuvre.</p>
<figure id="attachment_187403" aria-describedby="caption-attachment-187403" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-187403 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Z8Z_0483-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-187403" class="wp-caption-text">Eléonore Pancrazi (la Marquise) et Jean-François Lapointe (Sulpice) © Julien Benhamou</figcaption></figure>
<p>Le vétéran que nous mentionnons, c&rsquo;est le Sulpice de <strong>Jean-François Lapointe</strong>, artiste admiré sur de nombreuses scènes françaises et internationales depuis de nombreuses années. La voix est d&rsquo;une homogénéité et d&rsquo;un moelleux miraculeux, avec ce qu&rsquo;il faut de tendresse et de relief pour incarner toutes les facettes du personnage. Il propose un portrait absolument complet et idéal du sergent, sans manquer d&rsquo;être touchant, dans un français cristallin. La distribution est complétée par l&rsquo;Hortensius sonore et juste de <strong>Jean-Gabriel Saint-Martin</strong>, qui serait presque sous-employé s&rsquo;il n&rsquo;était pas si bon comédien (le rôle est très présent dans les scènes dialoguées). On a peu l&rsquo;occasion d&rsquo;entendre <strong>Flore Royer</strong> chanter, mais elle impose une présence scénique autoritaire et friponne, aussi bien dans le rôle muet de la Madone au premier acte qu&rsquo;en Duchesse de Crakentop. <strong>Attila Varga-Tóth</strong> et <strong>Jérémie Delvert</strong> charment eux aussi dans leurs interventions successives.</p>
<p>Si le <strong>Chœur de l&rsquo;Armée française</strong>, complété pour les pupitres féminins par le <strong>Choeur de l&rsquo;Opéra Royal</strong>, n&rsquo;appelle que des éloges, par la précision des attaques et du texte, l&rsquo;homogénéité des timbres, l&rsquo;assurance scénique dont ses membres font preuve, on est plus réservé quant aux qualités de l&rsquo;<strong>Orchestre de l&rsquo;Opéra Royal</strong>. L&rsquo;ouverture, durant laquelle défile des projections de gravures de scènes de guerre, a quelque chose d&rsquo;une déroute, tant les décalages et les approximations d&rsquo;intonation sont nombreuses. <strong>Gaétan Jarry</strong> rassemble plus efficacement ses troupes dans la suite de l&rsquo;œuvre et on se retrouve assez charmé par cette interprétation vive et piquante de Donizetti, dominée par les timbres si caractérisés des instruments d&rsquo;époque. La solo de violoncelle ouvrant « Par le rang » est d&rsquo;ailleurs d&rsquo;une grande beauté. Mais l&rsquo;ensemble manque tout de même cruellement de cohésion et de précision, donnant une allure brouillonne à certains passages.</p>
<pre style="font-weight: 400;">* Cette omniprésence du compositeur sur les scènes lyriques parisiennes en cette saison 1839-1840 inspire à Berlioz une chronique acerbe dont ces quelques mots sont restés célèbres : « On ne peut plus dire : les théâtres lyriques de Paris, mais seulement : les théâtres lyriques de M. Donizetti » (<em>Journal des Débats</em>, 16 février 1840)</pre>
<pre style="font-weight: 400;">** Notons aussi que Beverly Sills avait la facétieuse habitude d'ajouter des variations sur la <em>Marseillaise</em> dans ses airs du premier acte. Par ailleurs, on sait que Napoléon préférait <em>Le Chant du départ</em> de Méhul à <em>La Marseillaise</em>.</pre>
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		<title>MOZART, Don Giovanni &#8211; Versailles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-versailles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yves Jauneau]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 17 Nov 2023 06:34:50 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=149665</guid>

					<description><![CDATA[<p>Après avoir recouru à la mise en scène d’Ivan Alexandre pendant plusieurs saisons, l’Opéra Royal du Château de Versailles se dote de sa propre production de Don Giovanni. Le metteur en scène retenu pour l’occasion, Marshall Pynkoski, a souhaité insister sur le caractère enjoué du chef d’œuvre de Mozart, cette « pièce de théâtre comique &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Après avoir recouru à la mise en scène d’Ivan Alexandre pendant plusieurs saisons, l’Opéra Royal du Château de Versailles se dote de sa propre production de </span><i><span style="font-weight: 400;">Don Giovanni</span></i><span style="font-weight: 400;">. Le metteur en scène retenu pour l’occasion, </span><b>Marshall Pynkoski, </b><span style="font-weight: 400;">a souhaité insister sur le caractère enjoué du chef d’œuvre de Mozart, cette « pièce de théâtre comique » (</span><i><span style="font-weight: 400;">dramma giocoso</span></i><span style="font-weight: 400;">), en y insufflant son esthétique d’un parfait classicisme. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La structure scénographique de </span><b>Roland Fontaine, </b><span style="font-weight: 400;">reprise du </span><i><span style="font-weight: 400;">Giulietta e Romeo </span></i><span style="font-weight: 400;">de Zingarelli présenté il y a quelques semaines dans cette même maison, constitue l’unique fond de décor. Les personnages y vont et viennent, utilisant portes et fenêtres à leur disposition, dans un tourbillon parfaitement cadencé. La scène d’ouverture est vertigineuse, et, un peu plus tard dans la soirée, le sextuor de l’acte II donne lieu à de virtuoses mouvements avec une parfaite synchronisation entre la musique et l’entrain des chanteurs. Pour autant, et peut-être encore davantage que dans ses mises en scène précédentes, Marshall Pynkoski travaillé au plus près la direction d’acteurs, la chorégraphiant presque. La scène dans laquelle Donna Anna reconnaît le meurtrier de son père devant Don Ottavio est à ce titre éblouissante, se joignant à la perfection au récitatif accompagné.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Symboles d’une production soignée jusqu’au moindre détail, les très belles chorégraphies proposées par </span><b>Jeannette Lajeunesse Zingg</b><span style="font-weight: 400;"> et les huit danseurs du </span>Ballet de l’Opéra Royal<span style="font-weight: 400;"> sont également à signaler. Combien de productions de </span><i><span style="font-weight: 400;">Don Giovanni</span></i><span style="font-weight: 400;"> présentent une danse paysanne de l’acte I aussi ciselée que celle de ce soir ? À de rares instants pourtant, cette débauche de mouvements, de costumes et de danses n’est pas loin de frôler l’indigestion : le début du finale du premier acte, où l’on voit de jeunes serveurs danser avec leurs plateaux est à ce titre un peu inutile. Les magnifiques costumes XVIIIe siècle dessinés par </span><b>Christian Lacroix</b><span style="font-weight: 400;"> mettent en valeur les différents personnages et leurs disparités sociales : du noir et du rouge pour les aristocrates, du multicolore pour les paysans. Au final, la production tient son objectif : proposer une mise en scène de répertoire lisible, esthétiquement soignée et vivante.</span></p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="900" height="720" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IR94419.jpg" alt="" class="wp-image-150766"/><figcaption class="wp-element-caption"><kbd><sub>© Ian Rice</sub></kbd></figcaption></figure>


<p><span style="font-weight: 400;">La distribution réunit de jeunes chanteurs, dont certains font leurs débuts dans leur rôle. Tous investis et talentueux, aucun ne va cependant au bout des exigences de son personnage, le stress d’une première expliquant peut-être cela. </span><span style="font-weight: 400;">Le Don Giovanni de </span><b>Robert Gleadow</b><span style="font-weight: 400;"> est tout aussi brut de décoffrage et carnassier que l&rsquo;étaient ses Figaro et Leporello, vus à Versailles à plusieurs reprises. Comme souvent avec le baryton-basse canadien, on admire la présence scénique, qui envahit l’espace presque jusqu’à saturation, tout en restant un peu sur sa faim vocalement (« Fin ch&rsquo; han dal vino » trop précipité, « Deh, vieni alla finestra » manquant de douceur). Le contraste est fort avec le Leporello au chant très soigné de </span><b>Riccardo Novaro</b><span style="font-weight: 400;">, irrésistible dans les récitatifs. Après avoir incarné Zerlina, </span><b>Florie Valiquette</b><span style="font-weight: 400;"> fait ce soir de beaux débuts en Donna Anna, en dépit d’une entrée quelque peu tendue. Son investissement fait merveille dans le récitatif accompagné précédant </span><span style="font-weight: 400;">« </span><span style="font-weight: 400;">Or sai chi l&rsquo;onore</span><span style="font-weight: 400;"> », et son timbre cristallin et son aisance dans l’aigu irradient son aria de l’acte II. Privé de « </span><span style="font-weight: 400;">Il mio tesoro</span><span style="font-weight: 400;"> », </span><b>Enguerrand de Hys </b><span style="font-weight: 400;">est un Don Ottavio affirmé, et les très beaux ornements de son </span><span style="font-weight: 400;">« Dalla sua pace » illustrent une musicalité parfaite. </span><span style="font-weight: 400;">On connaissait la Donna Elvira impétueuse d’</span><b>Arianna Vendittelli</b><span style="font-weight: 400;"> de la production Minkowski / Alexandre. Plus posée dans cette nouvelle production, elle trouve de beaux accents tragiques dans </span><span style="font-weight: 400;">« </span><span style="font-weight: 400;">Mi tradi</span><span style="font-weight: 400;"> », qui la voit toutefois puiser dans ses extrêmes limites du registre aigu.</span><span style="font-weight: 400;"> La Zerlina d’</span><b>Éléonore Pancrazi, </b><span style="font-weight: 400;">idéale de simplicité, est une belle découverte, tout comme la Masetto de </span><b>Jean-Gabriel Saint-Martin</b><span style="font-weight: 400;"> et le Commandeur de </span><b>Nicolas Certenais</b><span style="font-weight: 400;">.</span></p>
<p><b>Gaétan Jarry</b><span style="font-weight: 400;"> dirige l’ensemble avec une énergie impressionnante et communicative, parfaitement en phase avec la mise en scène : beauté des enchaînements, belle attention aux ensembles. Sur instruments anciens, l’</span>Orchestre de l’Opéra Royal<span style="font-weight: 400;"> n’atteint toutefois pas toujours la cohésion nécessaire, notamment les cordes, comme en témoigne un début de finale de l’acte I un rien désordonné. L’ensemble, encore jeune, gagnera sans doute en précision au fil des quatre représentations, et certains pupitres brillent d’ores-et-déjà, notamment la flûtiste </span><b>Gabrielle Rubio</b><span style="font-weight: 400;">. Quelques lauriers enfin pour le </span><i><span style="font-weight: 400;">continuo</span></i><span style="font-weight: 400;"> renversant et humoristique de </span><b>Ronan Khalil</b><span style="font-weight: 400;"> : quelle beauté dans l’accompagnement à la tierce de la mandoline dans la Sérénade de l’acte II !</span></p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-versailles/">MOZART, Don Giovanni &#8211; Versailles</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>DUNI &#8211; Le Peintre amoureux de son modèle / Les Deux chasseurs et la laitière</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/duni-le-peintre-amoureux-de-son-modele-les-deux-chasseurs-et-la-laitiere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 Nov 2023 06:50:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Né au début du XVIIIe siècle dans l&#8217;étonnante cité de Matera, dans les Pouilles, Egidio Romualdo Duni débute sa carrière en composant une bonne douzaine d&#8217;opéras à succès, la quasi-totalité dans le genre tragique et la plupart, conformément aux habitudes de l&#8217;époque, sur les vers de Pietro Metastasio mis en musique par de multiples compositeurs &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Né au début du XVIIIe siècle dans l&rsquo;étonnante cité de Matera, dans les Pouilles, Egidio Romualdo Duni débute sa carrière en composant une bonne douzaine d&rsquo;opéras à succès, la quasi-totalité dans le genre tragique et la plupart, conformément aux habitudes de l&rsquo;époque, sur les vers de Pietro Metastasio mis en musique par de multiples compositeurs (1). A partir de 1757, le compositeur s&rsquo;installe à Paris où il vivra jusqu&rsquo;à sa mort. Il compose son premier ouvrage pour le public parisien,<em> Le Peintre amoureux de son modèle</em>, qui est créé avec succès à la Foire Saint-Laurent. A l&rsquo;époque qui nous intéresse, cette institution, régentée par les moines de Saint Lazare et qui remonte au Moyen Âge, se déroule tout l&rsquo;été. La foire est située un peu en dessous de l&rsquo;actuelle Gare de l&rsquo;Est, dans des halles en chêne. Au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles, comédiens, marionnettistes ou bateleurs obtiennent le droit de s&rsquo;y produire. On y édifie un Préau des spectacles. L&rsquo;activité des comédiens et chanteurs fait l&rsquo;objet de chicaneries légales du fait des privilèges (au sens de droits exclusifs) de la Comédie française ou de l&rsquo;Opéra. Toutefois, moyennant des arrangements financiers, il devient possible d&rsquo;y produire (du moins jusqu&rsquo;en 1762), des œuvres mi-parlées, mi-chantée, appelées vaudevilles, comédies mêlées d&rsquo;ariettes, et qui déboucheront sur l&rsquo;Opéra-comique. Les <span style="font-size: revert;">encyclopédistes voient également </span>d&rsquo;un<span style="font-size: revert;"> bon œil ce&nbsp;</span>nouveau genre lyrique, plus proche du peuple, et qui fait mentir Rousseau sur l&rsquo;absence de musicalité de la langue française.</p>
<div id="p-lang-btn" class="vector-dropdown mw-portlet mw-portlet-lang">&nbsp;</div>


<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="900" height="600" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Theatre-de-foire-Saint-Laurent.jpeg" alt="" class="wp-image-150326"/></figure>


<p><em>Le </em><em>Peintre amoureux de son modèle </em>pose les premiers jalons des stéréotypes du genre : ici, le barbon berné et le jeune couple d&rsquo;amants. Sans être particulièrement mémorable, la musique en est constamment enjouée, agréable, mélange de vivacité et de douceur, avec ce brin d&rsquo;émotion discrète qu&rsquo;on retrouvera chez Auber, le grand nom du genre. Les morceaux sont courts (1 à 2 minutes) et nombreux, sans difficultés particulières si ce n&rsquo;est quelques coloratures pour les dames, et le style évoque lointainement l&rsquo;école napolitaine tardive avec Cimarosa. Des dialogues parlés alternent avec d&rsquo;autres déclamés (on pense parfois à du Rameau). L&rsquo;intrigue se devine aisément : le peintre Alberti est tombé amoureux de la jeune Laurette qu&rsquo;il choisit comme modèle mais elle lui préfère le jeune Zerbin et l&rsquo;homme plus âgé renonce sagement. L&rsquo;ouvrage fleure une époque révolue, rappelons ce temps où les Français passaient pour le peuple le plus spirituel de la Terre. <em>Les Deux Chasseurs et la Laitière</em> sont créés cinq ans plus tard, cette fois au Théâtre-Italien de l&rsquo;Hôtel de Bourgogne, l&rsquo;opéra-comique ayant été finalement interdit à la Foire Saint-Laurent (c&rsquo;est dire si la régulation ne date pas d&rsquo;hier). La musique de Duni a évolué : elle est moins italianisante, un peu plus sophistiquée, toujours charmante mais, là encore, sans qu&rsquo;une ariette ne vienne particulièrement frapper l&rsquo;oreille à la première écoute. L&rsquo;intrigue combine habilement deux fables de La Fontaine. Guillot et Colas ont dépensé un peu rapidement l&rsquo;argent qu&rsquo;ils ont reçu pour une peau d&rsquo;ours, mais l&rsquo;animal refuse de se faire prendre. Perrette croise la route des chasseurs et Guillot tente une cour maladroite. Perrette l&rsquo;écarte, toute à ses pensées de richesse future. Plus tard, elle revient penaude, ayant versé son lait, et accepte la main de Guillot, désormais aussi désargenté qu&rsquo;elle-même. Le peureux Colas, revenu bredouille, rapporte le conseil que l&rsquo;ours, toujours vivant, lui aurait glissé à l&rsquo;oreille : « Va-t-en dire à ton confrère qu&rsquo;un fol espoir trompe toujours ; et ne vendez la peau de l&rsquo;ours, qu&rsquo;après l&rsquo;avoir couché par terre ».</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="726" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20220817104217000000_bpt6k6527138x_f55-1024x726.jpeg" alt="" class="wp-image-150327"/></figure>


<p>La distribution est impeccable, notamment dans la prononciation et l&rsquo;articulation du texte. Bien connu des spectateurs réguliers de l&rsquo;Opéra de Paris, le ténor <strong>Eric Huchet</strong> est un Alberti musical et touchant. Le reste de la distribution est composé de jeunes artistes dont on suivra avec intérêt l&rsquo;évolution de carrière. Rare voix de haute-contre, <strong>David Tricou</strong> est un Zerbin raffiné, survolant peut-être un peu trop son Colas en revanche. Encore un peu verte, la Jacinte d&rsquo;<strong>Anaïs Yvoz</strong> est tout à fait ravissante de légèreté et de brio. En Perrette (et dans le rôle plus anecdotique de Laurette), <strong>Pauline Texier</strong> fait preuve d&rsquo;une belle présence, tant musicale que dramatique. <strong>Jean-Gabriel Saint-Martin</strong> offre un timbre charmeur et une diction parfaite.&nbsp;</p>
<p>La direction vive et précise de <strong>Martin Wåhlberg</strong> et les sonorités de l&rsquo;Orkester Nord sont l&rsquo;autre grand atout de cet enregistrement, imprimant rythme et urgence à ces délicieuses pièces. On notera que l&rsquo;enregistrement (studio) est émaillé de bruits de scène (chaises qui bougent ou ours qui grogne) qui viennent donner un peu de théâtralité sans pour autant interférer avec les parties musicales.&nbsp;</p>
<ol>
<li>
<pre>A titre d'exemple, hors celle de Duni, on compte ainsi une soixantaine d'<em>Olimpiade</em> (30 dans le seul Dictionnaire Clément-Larousse) signées entre autres par Caldara, Vivaldi, Pergolese, Hasse, Jommelli, Traetta, Cimarosa, Paisiello... Il y eut même une composition incomplète de Donizetti en 1817 !</pre>
</li>
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		<title>GRÉTRY, La Caravane du Caire &#8211; Versailles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gretry-la-caravane-du-caire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 11 Jun 2023 06:36:07 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La voilà enfin cette Caravane du Caire, sans doute le plus grand succès de l&#8217;opéra français à l&#8217;aube de la Révolution, mêlant tous les genres avec un bonheur constant : opéra-comique, opéra-ballet, opéra seria, voire tragédie lyrique consciente de la révolution gluckiste. Ce succès devint international et se maintint durant toute la période napoléonienne au &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La voilà enfin cette <i>Caravane du Caire</i>, sans doute le plus grand succès de l&rsquo;opéra français à l&rsquo;aube de la Révolution, mêlant tous les genres avec un bonheur constant : opéra-comique, opéra-ballet, opéra <em>seria</em>, voire tragédie lyrique consciente de la révolution gluckiste. Ce succès devint international et se maintint durant toute la période napoléonienne au point que les armées impériales entonnaient régulièrement « La victoire est à nous » (morceau de 55 secondes, c&rsquo;est dire la popularité de la moindre minute !) et que l&#8217;empereur lui-même décerna la légion d&rsquo;honneur au compositeur belge, pourtant inactif depuis des années, mais resté idolâtré par toute une génération, sans rancune pour sa proximité avec une cour renversée. Sans doute parce que son style très inventif à la mélodie aisée et parfaitement adaptée à la prosodie française s&rsquo;est conservé jusque sur la scène royale. Cette <i>Caravane du Caire</i> en est l&rsquo;un des plus brillants exemples : turquerie rondement propulsée par une ouverture explosive (Napoléon aurait même demandée qu&rsquo;elle fut jouée avant que son navire n&rsquo;abordât au port du Caire !), orchestration très riche, danses aux teintes exotiques irrésistibles, airs italianisants mais sachant aussi retrouver l&rsquo;authenticité simple du style français, vaillance, scènes dramatiques, élégiaques ou comiques, c&rsquo;est un véritable kaléidoscope de ce qui fait de mieux en Europe dans les années 1780. De plus, s&rsquo;il ne présente pas un intérêt majeur, le livret d&rsquo;Etienne Morel de Chédeville a au moins le mérite de la clarté et surtout de la vivacité.</p>
<p>La voilà enfin donc, car bien qu&rsquo;elle ait déjà le luxe de deux très bons enregistrements, l’œuvre n&rsquo;avait jamais été portée à la scène moderne. Après <i>Richard Cœur de Lion</i> du même Liégeois, la même équipe rend à Grétry les honneurs qui lui sont dus. Déjà représentée à Tours l&rsquo;an passé, cette production est bien rodée scéniquement et assume l&rsquo;aspect grand spectacle de l’œuvre. Si l&rsquo;on est sensible à l&rsquo;esthétique zeffirellienne, on est ce soir gâtés : contrairement à la norme dans ce genre de production, débauche de costumes et toiles peintes ne servent pas à faire oublier l&rsquo;absence de direction d&rsquo;acteur. <strong>Marshall Pynkoski</strong> sait animer son plateau : les chanteurs sont dirigés avec verve (le pacha pendant les airs des esclaves au bazar) et précision (l&rsquo;air de Tamorin et la grande scène seria d&rsquo;Almaïde sont presque chorégraphiées) jusque sur le proscenium qui renforce la proximité avec le public, déjà excellente dans l&rsquo;intimité de cette salle. Sans compter les ballets très bien réglés par <strong>Jeannette Lajeunesse Zingg</strong> : ici aussi rien de révolutionnaire, simplement un soin et une qualité d’exécution trop rares dans ces mise-en-scène dites « traditionnelles ». Avec la même visée esthétique pour une œuvre de la même époque, la production d&rsquo;<i>Amadis de Gaule</i> présentée il y a une dizaine d&rsquo;année à Paris échouait bien plus loin du but. Ce soir, le sens de l&rsquo;<i>entertainment</i> triomphe au profit de l’œuvre. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="660" height="440" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/C94HD©MariePetry-scaled-1.jpg" alt="" class="wp-image-133551" /><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Marie Pétry</sup></figcaption></figure>


<p>Cette musique qui donne l&rsquo;illusion de la facilité requiert néanmoins des chanteurs hors pair capable de répondre à une écriture exigeante sans révéler leur effort, ce qui en ruinerait le « naturel ». En incluant de très bons seconds rôles (notamment l&rsquo;Osmin très vif de <strong>Benoît Descamps</strong>), les nombreux artistes sont tous très investis mais parfois victimes de cette illusion. A commencer par l&rsquo;esclave française de <strong>Lili Aymonino</strong>, piquante comme la décrit le livret, agile et au medium solide mais dont l&rsquo;aigu est insuffisamment brillant. L&rsquo;esclave italienne de <strong>Chantal Santon-Jeffery</strong> a de la gouaille napolitaine à revendre, mais même si les notes sont bien là et sonores, son air métastasien à vocalises sent trop l&rsquo;effort pour convaincre et révéler sa nature parodique. <strong>Enguerrand de Hys</strong> joue un Tamorin diablement bouffon, au point de parfois trop acidifier l’émission dans son air du papillon. <strong>Robert Gleadow</strong> incarne un pacha très présent scéniquement mais un peu limité dans le grave, son français exotique malmène parfois la liquidité des phrases de Grétry mais reste très compréhensible. <strong>Hélène Guilmette</strong> est une Zélime emportée et élégante, tandis que <strong>Jean-Gabriel Saint-Martin</strong> incarne avec bonheur un arlequinesque marchand d&rsquo;esclave puis le noble père <em>deus ex machina</em> avec le même impeccable a propos stylistique. Si <strong>Pierre Derhet</strong> est un Saint-Phar bouillonnant et très bien chantant, c&rsquo;est pourtant bien <strong>Marie Perbost</strong> qui domine la distribution : grâce à son ambitus d&rsquo;abord qui lui permet de jouer le dessus française comme la prima donna italienne, deux typologies vocales que la partition se plaît à fondre, son jeu d&rsquo;actrice ensuite qui rend crédible son air de vengeance « Je souffrirai qu&rsquo;une rivale » sans se départir d&rsquo;un délicieux second degré, et sa prononciation gourmande enfin qui nous fait déguster son texte.</p>
<p>La déception (relative) vient de l&rsquo;orchestre : alors que le chœur marie constamment précision et animation, l&rsquo;orchestre du <strong>Concert spirituel</strong> est ce soir trop emporté, avec parfois des solistes en difficulté (le hautbois de l&rsquo;ouverture). Ainsi par exemple le délicat chœur « Après un long voyage » qui devrait offrir un contraste plaisant avec la tonitruante ouverture (aux timbales bizarrement discrètes derrière ces glissandi de trompette) est-il entonné avec la même énergie fruste qu&rsquo;une bourrée paysanne. Ce n&rsquo;est pas la première fois que l&rsquo;on se demande si <strong>Hervé Niquet</strong> n&rsquo;accélère pas volontairement les tempi par crainte de lasser, comme s&rsquo;il ne faisait pas confiance à l&rsquo;ouvrage. Sans doute pour la même raison, dommage également qu&rsquo;une demi-heure de musique (au ballet du II surtout) ait été sacrifiée pour une œuvre qui n&rsquo;en dure pourtant que deux. Au moins ne tombe-t-on pas dans le stéréotype de préciosité qui colle à ce siècle et enterrerait cette musique : la scène de bataille est lancée avec la même énergie que le bon peuple de Paris déferlant sur la Bastille. Louons aussi le sens de la danse de cet ensemble : difficile de ne pas taper du pied voire de se dandiner pendant les nombreux morceaux à la rythmique entraînante. Terminons également en mentionnant l&rsquo;effectif qui témoigne du soin accordé à cette résurrection : 40 musiciens placés autour du chef (les vents de dos), dont 2 chapeaux chinois et 30 choristes. Espérons que cette luxueuse <i>Caravane</i> continuera longtemps sa route.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gretry-la-caravane-du-caire/">GRÉTRY, La Caravane du Caire &#8211; Versailles</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MOZART, Le nozze di Figaro — Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-nozze-di-figaro-saint-etienne-figaro-croque-la-pomme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Nov 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En ces temps incertains, quel meilleur remède aux inquiétudes et aux peurs – fondées comme artificielles – que les Noces de Figaro ? La salle est comble, et, dès que l’éclairage décline, les spectateurs applaudissent le décor. Pour cette nouvelle production, la mise en scène actualise l’ouvrage, avec intelligence. Dès avant la première note, le public &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En ces temps incertains, quel meilleur remède aux inquiétudes et aux peurs – fondées comme artificielles – que <em>les Noces de Figaro</em> ? La salle est comble, et, dès que l’éclairage décline, les spectateurs applaudissent le décor. Pour cette nouvelle production, la mise en scène actualise l’ouvrage, avec intelligence. Dès avant la première note, le public découvre ainsi une structure monumentale, sur deux niveaux, celui du bas étant principalement occupé par la future chambre de Figaro et de Suzanne, en cours de rénovation. Au premier, auquel on accède par un escalier droit, latéral, le salon de la Comtesse, et une salle de bain attenante, que l’on devine derrière un moucharabieh. Ce dernier descendra ensuite pour occulter le rez-de chaussée. L’ensemble du décor pivotera durant l’entracte : une belle salle de réception, dont le pignon végétalisé sera entouré de pommiers en pots, au dernier acte. Les éclairages appropriés mettent en valeur les différentes scènes et les protagonistes, ménageant de beaux tableaux. Les costumes, contemporains, sont bien dessinés, malgré leur relative banalité, en dehors des tenues de la Comtesse et  de Marcelline.</p>
<p>Le propos de <strong>Laurent Delvert</strong>, mettre en avant les « germes prérévolutionnaires, féministes », ne conduit à aucune outrance : le livret est suffisamment explicite, heureusement… La direction d’acteurs, soignée, demeure cependant conventionnelle, et c’est le tempérament et l’expérience dramatique de chacun qui semblent donner ce supplément d’âme attendu. Le parti pris d’animer les scènes par des mouvements des personnages muets, anticipant leur apparition, ou confortant leur caractère, est bienvenu, quitte à distraire parfois des airs et ensembles. L’idée de consommer des pommes, ou de les cueillir, est originale, pertinente, et accompagne l’action : le clin d’œil final, chargé d’humour, donne tout son sens à la comédie. En effet, durant le grand ensemble, dans des ouvertures ménagées au haut du mur végétalisé, apparaissent les bustes dénudés d’Adam et d’Eve, le premier offrant la pomme à la seconde…</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/2_c_eric_viou.jpg?itok=imxihK0U" title="Figaro (Jean-Gabriel Saint-Martin) et Suzanne (Norma Naoun) © Eric Viou" width="468" /><br />
	Figaro (Jean-Gabriel Saint-Martin) et Suzanne (Norma Nahoun) © Eric Viou</p>
<p>L’ouverture confirme les qualités de l’orchestre et de son chef, <strong>Giuseppe Grazioli</strong> : animée, claire, nuancée, toujours ça avance, anticipant le rythme de l’ouvrage. Mais, s’il cisèle les phrases, assemblant les timbres jusqu’à la fusion (la belle cavatine de Barberine, <strong>Paola Leoci</strong>), bien des numéros demeurent inaboutis, entre fièvre et brouillard, privés de précision, de clarté incisive, de lumière. L’esprit, l’humour, le caractère bouffe semblent estompés. Ainsi, l’exquise légèreté de la marche prénuptiale est-elle ici simplement prosaïque. La disposition des musiciens en fosse, l’importance des cordes, le fait que c&rsquo;était la première, ont certainement joué en leur défaveur. A noter la conduite des ensembles, dont l’équilibre, la précision, le soutien et les phrasés sont remarquables. Notons la contribution réjouissante du pianoforte de <strong>Florent Caroubi</strong>, qui inscrit les récitatifs secco dans une vie où la fantaisie le dispute à l’animation. Puisse son jeu inspirer l’orchestre !</p>
<p>Toutes les voix, bien qu’inégales, sont saines et franches. Si l’engagement de chacun est assuré, on attendait davantage de contrastes, une palette expressive plus large, du bouffe au pathétique. Plusieurs mettront quelque temps à développer la plénitude de leurs moyens. Ce n’est pas le cas de <strong>Norma Nahoun</strong>, qui domine la distribution, nous valant une Suzanne d&rsquo;exception. Son chant comme son jeu dramatique emportent l’adhésion. Son ultime air (<em>Deh vieni</em>) est un régal, aux graves colorés comme aux aigus lumineux. Aussi comédienne que musicienne, c&rsquo;est un plaisir constant que de l&rsquo;écouter. Jamais ne démérite son Figaro – <strong>Jean-Gabriel Saint-Martin</strong> – malgré un <em>Se vuol ballare</em> dépourvu de tonicité et de projection. L’abattage viendra ensuite. Le <em>Non più andrai</em> est desservi par un accompagnement que l’on attendait plus vigoureux, martial. Les récitatifs, bien articulés, souples, n’appellent que des éloges, comme son <em>Aprite</em>, au dernier acte.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="311" src="/sites/default/files/styles/large/public/_dsc4012_c_opera_de_saint-etienne_-_cyrille_cauvet.jpg?itok=Gly8p5sZ" title="La Comtesse (Charlotte Despaux) en son salon © Opéra de Saint-Etienne, Cyrille Cauvet" width="468" /><br />
	La Comtesse (Charlotte Despaux) en son salon © Opéra de Saint-Etienne, Cyrille Cauvet</p>
<p>La Comtesse, <strong>Charlotte Despaux</strong>, nous paraît bien quelconque dans son <em>Porgi amor</em>, l’émotion n’est pas là, ni la noblesse. Malgré une certaine instabilité, la voix est riche, soutenue, c’est beau, mais on n’y croit pas. Au fil des scènes, elle gagnera en assurance. Le <em>Dove sono </em>sera davantage maîtrisé, malgré un orchestre terne. <strong>Alessio Arduini</strong>, qui chante le Comte, ne manque ni d’élégance, ni de séduction. L’autorité vocale incertaine du début s’oublie tant la présence scénique et le jeu sont convaincants. Aux derniers actes, en pleine possession de ses moyens, vocaux comme dramatiques, ses récitatifs et sa participation aux ensembles seront remarquables. Le Chérubin d’<strong>Eléonore Gagey</strong>, grande asperge poussée trop vite, est savoureux. La souplesse de la conduite, la légèreté, la fraîcheur passionnée sont servies avec de belles couleurs, et ce dès le <em>Non so più</em>. Son duo avec la Comtesse, <em>Presto aprite</em>, est splendide. Bravo ! <strong>Vincent Le Texier</strong> surprend par ses premières interventions. Pourquoi simuler un vieillissement prématuré de Bartolo dans <em>La vendetta</em>, frisant le chevrotement, dépourvu d’insinuation ? Heureusement, notre baryton-basse retrouvera vite son émission, toujours servie par un jeu consommé. La Marcelline de <strong>Marie Lenormand</strong> paraît un peu en retrait dans son duetto avec Suzanne, mais nous vaudra un bel aria (<em>Il capro e la capretta</em>). <strong>Ronan Nédélec</strong> (Antonio), bien que privé d’air, est une des meilleures voix de la soirée, solide, expressive et conduite avec art. Basilio (<strong>Carl Ghazarossian</strong>), Don Curzio (<strong>Antonio Mandrillo</strong>) sont honorablement défendus. Les ensembles, particulièrement le septuor du II et le riche finale du IV, produits d’une mécanique théâtrale bien huilée, sont équilibrés, précis, animés, mais statiques. Le chœur se montre exemplaire à chacune de ses interventions. Ses deux paysannes solistes en remontreraient à beaucoup.</p>
<p>Le public avait le plus souvent retenu ses applaudissements après les airs les plus connus : ses longues ovations lors des saluts attestent son bonheur. La réussite est appréciée et nous ne doutons pas qu’à la faveur des soirées à venir, les quelques réserves disparaissent. *</p>
<p>* Dernière représentation le jeudi 10 novembre à 20h</p>
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