L’accueil réservé à cette Fille du régiment est à la hauteur de la température qui règne au Grand Théâtre de Tours en ce dimanche de lendemain de canicule : torride !
Il faut dire que les ingrédients sont réunis pour un cocktail euphorisant : une œuvre pétillante, une production plutôt « traditionnelle » mais enlevée, une distribution équilibrée avec des chanteurs quasiment tous francophones et dont le format est parfaitement adapté à la taille de la salle, et une énergie scénique communicative.
Pour cette reprise de la production créée à Versailles en avril dernier, Jean-Romain Vesperini ne cherche en effet pas à révolutionner l’œuvre. Le dispositif scénique, reposant notamment sur des toiles peintes, est élégant et illustratif (on se demande tout de même ce que vient faire un temple grec au Tyrol !) et les costumes, signés Christian Lacroix, sont pimpants. La mise en scène, bien réglée et vivante, se permet juste d’insérer quelques chorégraphies qui se coulent parfaitement dans la partition. Tout cela fonctionne fort bien, avec comme seule réserve le traitement un peu trop « archétypal » de certains personnages (on y reviendra).
On ne peut que plussoyer aux louanges adressées par notre confrère à Jean-Francois Lapointe (Sulpice), déjà présent à Versailles : le galbe du phrasé, le moelleux du timbre, et la tendresse du personnage sont tout simplement confondants.
Le couple d’amoureux est ici renouvelé, charme par sa tendresse et sa fraicheur. Florie Valiquette propose un portrait très convaincant de Marie : sachant être bravache avec ses pairs (mais sans le caractère « cartoonesque » tendance Fifi Brin d’acier que lui insufflaient Laurent Pelly et Natalie Dessay), elle n’en oublie pas les aspects plus mélancoliques et touchants de la jeune fille (« Il faut partir »). Tout juste regrettera-t-on un peu trop de retenue dans les passages les plus pyrotechniques (« Salut à la France »). On sent Phillipe Talbot (Tonio) plus à son aise dans la douceur de « Pour me rapprocher de Marie » que dans l’héroïsme de son grand tube « Ah mes amis quel jour de fête » (dans lequel il ose d’ailleurs une variation inhabituelle). On comprend aisément comment cette voix claire au timbre chaleureux fait fondre le cœur de Marie, par les demi-teintes caressantes dont le ténor sait avantageusement parsemer son chant.
Le burlesque n’est jamais bien loin dans La Fille du régiment, notamment avec l’hilarante Duchesse de Crakentorp de Doris Lamprecht, qui surjoue avec gourmandise de ses origines teutonnes. Entre coups de fouets bien sentis et caresses inattendues (un duo roucoulant avec l’Hortensius haut en couleur de Jean-Gabriel Saint-Martin), voilà la salle qui rit à gorge déployée. Nous avouerons pourtant avoir été moins sensible au traitement similaire appliqué à la Marquise de Berkenfield (Éléonore Pancrazi). On ne peut que se réjouir d’entendre une chanteuse en pleine possession de ses moyens dans ce rôle souvent dévolu à des mezzo plus toutes jeunes. La chanteuse s’en donne d’ailleurs à cœur joie, ajoutant un bout de Carmen par-ci et de La Grande-duchesse de Gerolstein par-là. Cependant, choix du metteur en scène ou de la chanteuse, le personnage hystérique et caricatural qui nous est proposé nous a semblé hors de propos : too much, cette marquise agace et n’émeut jamais.
La direction d’Adrien Perruchon, bien nuancée, sait rendre justice, à la tête de l’Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours, aux différentes atmosphères de la partition. Tout juste rêverait-on parfois d’un peu plus de folie, notamment dans le « Salut à la France ».


