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GOUNOD, Faust – Tours

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Spectacle
7 mars 2026
Comme un parfum d’antan

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Opéra en cinq actes, livret de Jules Carré et Michel Barbier
Créé au Théâtre Lyrique le 19 mars 1859

Détails

Mise en scène
Jean-Claude Berutti
Chorégraphe et assistant mise en scène
Reveriano Camil
Création costumes
Françoise Raybaud
Création décors
Rudy Sabounghi

Faust
Thomas Bettinger
Marguerite
Vannina Santoni
Méphisto
Luigi De Donato
Siébel
Éléonore Pancrazi
Valentin
Anas Seguin
Marthe
Julie Pasturaud
Wagner
Jean-Gabriel Saint-Martin

Chef de chant
Martin Surot

Académie de danse baroque de l’Opéra Royal

Chœur de l’Opéra de Tours
Chœur de l’Opéra Royal
Chef de chœur
David Jackson

Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours
Direction musicale
Laurent Campellone

Tours, Grand-Théâtre, mercredi 4 mars 2026, 20h
Nouvelle coproduction avec l’Opéra-Château Royal de Versailles

 

Marguerite qui tricote en robe bleue dans sa maisonnette, Faust âgé avec des postiches aussi vraisemblables que ceux d’un Père Noël de supermarché, Siebel avec une moustache dessinée au crayon, pas un bijou qui ne manque à la cassette… est-ce un retour au siècle dernier auquel on assiste à l’Opéra de Tours, pour cette nouvelle production de Faust ? Oui et non, car la mise en scène de Jean-Claude Berutti est consciente de l’héritage qu’elle convoque, et assume dès l’ouverture du rideau son artificialité. Parmi les décors peints de Rudy Sabounghi, qui confèrent presque un aspect bande dessinée au spectacle, les techniciens s’affairent, en tenue de travail, tout comme ils seront visibles tout au long de la soirée. Le procédé a déjà été vu maintes fois, mais il permet de maintenir une forme de seconde degré. Les décors valsent avec les artistes des chœurs dans le premier acte, les tournesols que cueille Siebel sont d’une littéralité assez amusante, les ampoules de couleurs qui bordent les décors feront guise de lumière des enfers dans la scène de l’église… Berutti explique dans sa note de programme rechercher l’esprit d’une ballade médiévale, en privilégiant une succession de scènes de tonalités très différentes. Il y parvient la plupart du temps, et l’aspect médiéval se retrouve également dans les choix esthétiques, qui rappellent par moments le théâtre de tréteaux. Simplement, toute l’œuvre de Gounod ne se prête pas à ces ruptures de tons, et les deuxième et troisième actes, moins propices à la distanciation, restent finalement au stade de la représentation traditionnelle. Cette production, qui sera reprise à l’Opéra Royal de Versailles, vaut cependant par un plateau toujours en mouvement, et une lisibilité très appréciable. Saluons les ateliers de l’Opéra de Tours qui en ont réalisé les costumes et les décors, notamment pour l’extravagant costume de Méphisto, et pour ces belles marionnettes de la nuit de Walpurgis.

La cohérence du spectacle est largement assurée par la fosse. Laurent Campellone, directeur artistique de l’Opéra, signe une version très aboutie de l’ouvrage : dès l’ouverture, il y a quelque chose d’assez latin dans ce qu’il obtient de l’orchestre, toujours chaleureux et engagé. Les tempi, assez vifs, surprennent parfois (la scène de l’église) mais permettent justement de tirer de l’ouvrage hors de la grandiloquence académique à laquelle il peut être condamné. Trouvant le juste équilibre entre lyrisme et précision, riche en contrastes, sa direction est l’une des clés de la réussite de la soirée. L’Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours s’y montre d’ailleurs en très grande forme, que ce soit dans le son d’ensemble ou dans les soli des vents. Dommage qu’on entende à plusieurs reprises des approximations difficiles à expliquer de la part des cordes.

Comme souvent à Tours, la distribution fait honneur au chant français. Les seconds rôles en particulier brillent ainsi tous par leur intelligibilité, leur phrasé, et leur qualité instrumentale. On est frustré que la Chanson du Rat soit interrompue quand elle est chantée par Jean-Gabriel Saint-Martin (Wagner), tandis que Julie Pasturaud, spécialiste des rôles de caractère, fait de sa Dame Marthe une duègne très amusante. Le mezzo clair d’Éléonore Pancrazi, qui mériterait un peu mieux que cette caractérisation scénique pour Siébel, emporte tous les suffrages avec son deuxième air, modèle de beau chant et de douceur. Surtout, on aime beaucoup le Valentin d’Anas Seguin, vu en Wagner il n’y pas si longtemps. L’élégance de la diction, l’extension dans l’aigu, la justesse scénique, font de ses scènes des moments-clés de la représentation. Le public ne s’y trompe d’ailleurs pas au moment des saluts.

©️Marie Pétry

Le seul non-francophone du plateau, Luigi De Donato, est un choix de casting intéressant en Méphisto, assez atypique. Pour un rôle où on est habitué à y entendre des grandes voix peu mobiles, son CV de baroqueux a de quoi surprendre. La voix n’a effectivement pas la largeur habituelle, mais le chanteur est excellent, et ce qui pourrait être un défaut ailleurs se révèle un atout pour l’acoustique du Grand Théâtre. Sans chercher à contrefaire son instrument, il se montre très imaginatif en sons nasaux, en nuances, choses peu courantes dans ce rôle, et qui aident à caractériser un diable ironique, mais aussi étrangement séduisant. Un exemple d’intelligence interprétative. Le Faust de Thomas Bettinger se montre d’abord moins créatif, et surtout moins nuancé, mais va en s’améliorant au cours de la soirée. Le chanteur a une vaillance très appréciable, et un timbre assez dense, qui convient parfaitement au rôle. Les représentations qui restent devraient le voir plus à l’aise en première partie, car on entend bien dans les derniers actes la finesse et le soin au texte dont il est capable. La Marguerite de Vannina Santoni est bien connue depuis l’an dernier, mais elle apparaît particulièrement remarquable ce soir. L’air des bijoux est évidemment accueilli par un triomphe, mais son interprétation est loin de se résumer à ces moments de bravoure. Si l’on est très sensible au charme de ce léger vibrato, si tout paraît évident pour cette voix, c’est surtout l’ultra sensibilité de la musicienne qui emporte la mise. L’investissement permanent, la délicatesse du phrasé, composent un personnage juste et lumineux, en décalage avec l’univers outré de cette production.

©️Marie Pétry

Coproduction avec l’Opéra Royal de Versailles oblige, la scène est partagée avec les danseurs de l’Académie de danse baroque de l’Opéra Royal. Dans une chorégraphie classique mais efficace de Reveriano Camil, ils apportent notamment à la Nuit de Walpurgis une énergie bienvenue. Enfin, les Chœurs de l’Opéra de Tours et de l’Opéra Royal se montrent tout à fait bien chantants et dynamiques scéniquement, malgré quelques décalages avec l’orchestre en première partie.
Sans créer la surprise, cette production tient ses promesses d’un spectacle divertissant, de grande qualité musicale, faisant honneur aux forces de l’Opéra de Tours. Une distribution homogène, habilement choisie, et une œuvre toujours aussi chère au cœur du public français expliquent le succès mérité de la soirée aux saluts.

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❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
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❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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Créé au Théâtre Lyrique le 19 mars 1859

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Mise en scène
Jean-Claude Berutti
Chorégraphe et assistant mise en scène
Reveriano Camil
Création costumes
Françoise Raybaud
Création décors
Rudy Sabounghi

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Marguerite
Vannina Santoni
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Julie Pasturaud
Wagner
Jean-Gabriel Saint-Martin

Chef de chant
Martin Surot

Académie de danse baroque de l’Opéra Royal

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