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	<title>Dominic SEDGWICK - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Mon, 08 Jun 2026 06:00:32 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Dominic SEDGWICK - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>CAVALLI, La Calisto</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/la-calisto-de-cavalli/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Rouvière]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Jun 2026 03:45:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Jusqu’où peut-on adapter un ouvrage sans qu’il perde son identité ? La question se pose pour n’importe quel opéra composé avant, disons, 1840, mais plus crucialement encore pour ceux du XVIIe siècle. Plus spécifiquement encore pour cette délicieuse Calisto (1651), dont on sait qu’elle fut créée dans un théâtre de 400 places, par une troupe &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Jusqu’où peut-on adapter un ouvrage sans qu’il perde son identité ? La question se pose pour n’importe quel opéra composé avant, disons, 1840, mais plus crucialement encore pour ceux du XVIIe siècle. Plus spécifiquement encore pour cette délicieuse<em> Calist</em>o (1651), dont on sait qu’elle fut créée dans un théâtre de 400 places, par une troupe majoritairement féminine et une demi-douzaine d’instrumentistes (le continuo et deux violons). Doit-on dès lors en priver le public de nos vastes architectures modernes ? Le « respect » des sources, la philologie, la nostalgie du passé doivent-ils l’emporter sur le désir de faire vivre cette musique ? Non, évidemment. Encore doit-on admettre que les circonstances de la création ont grandement influé sur l’esthétique, les composantes et la tonalité de la partition. Et que l’interpréter dans une salle de semi plein air trois fois plus grande que celle d’origine, avec cinq fois plus de musiciens, risque de porter atteinte à son rythme comme à son esprit.</p>
<p>Passons rapidement sur le problème du diapason (trop bas) et celui de l’instrumentation : les trois précédentes versions discographiques de <em>La Calisto</em> l’ont toutes étoffée – seule la plus modeste, celle de Moretti (Stradivarius, 1988) respectant, à peu près, sa trace écrite. Fallait-il pour autant napper d’un tapis de cordes des pages entières d’arioso (le prologue se voit presque entièrement « orchestré »), empâter davantage les lignes d’inutiles percussions, recourir à des instruments (sacqueboutes, basson, consort de violes) aux couleurs peu italiennes, multiplier les ritournelles, <em>sinfonie</em> et passacailles, au risque d’engourdir l’action ? Pas sûr. On nous objectera que Leppard (Decca, 1972) et Jacobs (HM, 1994) prenaient de semblables libertés, nullement disqualifiantes en elles-mêmes. Du moins le premier avait-il l’excuse d’agir en pionnier et le second bénéficiait-il d’une solide familiarité avec le répertoire vénitien. On n’en dira pas autant de <strong>Sébastien Daucé</strong>, dont nous avons toujours admiré le travail dans les pages sacrées, surtout françaises, mais dont les affinités avec le théâtre semblent moins évidentes.</p>
<p>Quelques exemples. Daucé reprend à son compte deux initiatives de ses prédécesseurs : celle de confier le rôle de Linfea, écrit pour une jeune soprano, à un ténor travesti, sur le modèle des vieilles nourrices montéverdiennes (Hugues Cuénod en faisait un impayable show) ; et celle de faire chanter Giove en <em>falsetto</em> lorsqu’il est grimé en Diane (Cavalli attribuait ces pages à l’interprète de la déesse). Or, ce qui fonctionnait précédemment tombe ici à plat : le<em> falsetto</em> piteux d’<strong>Alex Rosen</strong> (par ailleurs Jupiter on ne peut plus viril) se montre incapable de rendre justice à ses duos avec Calisto. Quant au ténor racé de <strong>Zachary Wilder</strong>, il n’évoque en rien la voix d’une vieille femme, et la <em>vis comica</em> n’étant pas sa qualité première (ses scènes avec le petit satyre sont sinistres), cette transposition perd tout intérêt.</p>
<p>Il y a plus grave : le luxe des moyens employés pousse Daucé à une lecture empesée, peu contrastée, impose une interprétation très <em>legato</em> des airs (« Piante ombrose » ; « Moglie mie ») et aseptise le mouvement théâtral (affrontements mous de Calisto avec Diane et Junon ; étreintes excessivement sucrées de Diane et Endymion). Tout est trop chanté, trop peu joué. Si l’on pouvait reprocher à Jacobs de tirer l’ouvrage vers l’<em>opera buffa</em>, on ne peut que faire à Daucé le grief inverse.</p>
<p>Les chanteurs souffrent peu de ce parti-pris exagérément lyrique : <strong>Lauranne Oliva</strong> incarne une Calisto ardente, rebelle, au riche médium, à l’italien savoureux ; <strong>Paul-Antoine Bénos-Djian</strong>, en dépit de quelques ports de voix plaintifs, dote Endymion d’une trouble sensualité ; <strong>David Portillo</strong> enlève avec panache ses redoutables rôles de <em>contraltino</em> (superbe lamento de Pan) ; <strong>Théo Imart</strong> campe un Satyre juvénile et piquant ; <strong>Anna Bonitatibus</strong>, malgré une (très) relative usure, est une impériale Junon ; <strong>Giuseppina Bridelli</strong> (à l’émission trop pharyngée) une fière Diane et <strong>Dominic Sedgwick</strong> un Mercure de luxe.</p>
<p>Mais ces splendeurs sonores (non plus que la captation sur le vif) n’empêchent pas qu’au disque on ne s’ennuie un peu : il est probable qu’un DVD aurait mieux servi cette production…</p>
<pre>Cet enregistrement est le reflet sonore d'un spectacle mis en scène par Jetske Mijnssen, créé à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cavalli-la-calisto-aix-en-provence/">Aix-en-Provence</a>, puis donné à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cavalli-la-calisto-rennes/">Rennes</a>, à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cavalli-la-calisto-nantes/">Nantes</a>, à Paris au TCE et à Caen, avant d'être repris à Luxembourg et Avignon à l'automne 2027 (NDLR)</pre>
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		<title>CAVALLI, La Calisto – Nantes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cavalli-la-calisto-nantes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 Nov 2025 06:38:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La Calisto de Cavalli a longtemps eu la réputation d’être une rareté, alors qu’elle a pourtant joui de nombreuses programmations si l’on se penche d’un peu plus près sur ce chef-d’œuvre du xviie siècle, comme l’a fait l’Avant-Scène Opéra. C’est évidemment la version de Jacobs et Wernicke qui s’est installée dans les mémoires, mais celle &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>La Calisto </em>de Cavalli a longtemps eu la réputation d’être une rareté, alors qu’elle a pourtant joui de nombreuses programmations si l’on se penche d’un peu plus près sur ce chef-d’œuvre du xvii<sup>e</sup> siècle, comme l’a fait l’<a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/une-calisto-peut-en-cacher-une-autre/">Avant-Scène Opéra</a>. C’est évidemment la version de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/madeleine-coquine/">Jacobs et Wernicke</a> qui s’est installée dans les mémoires, mais celle qui est en train de faire le tour des salles cette triennale est en passe de devenir un classique et de contribuer à faire largement connaître l’un des opéras les plus érotiques qui soient. Créée à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cavalli-la-calisto-aix-en-provence/">Aix</a> au cours de l’été 2025, cette nouvelle production de <strong>Jetske Mijnssen</strong> a été immédiatement très admirée au festival tout comme elle l’a été à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cavalli-la-calisto-rennes/">Rennes</a> le mois dernier. Le succès est également au rendez-vous à Nantes (pour deux dates seulement, coupes budgétaires obligent) et l’on peut déjà présager un égal enthousiasme dans les prochains lieux : Angers, le TCE, Caen, Luxembourg et Avignon. On ne peut que saluer la réussite de cette impressionnante co-production dotée d’une bien belle distribution et d’une mise en scène intelligente et fascinante.</p>
<p>En effet, Jetske Mijnssen a choisi d’oublier le merveilleux et les effets spéciaux des machineries de scène nécessaires pour remplir les premiers théâtres payants vénitiens en plein milieu du xvii<sup>e</sup> siècle. Elle ne se gargarise pas davantage de l’ambiance grivoise et des ressorts comiques de l’œuvre, mais préfère transposer l’intrigue dans un xviii<sup>e</sup> siècle qui évoque fort judicieusement les <em>Liaisons dangereuses</em> de Choderlos de Laclos et les jeux pervers de conquêtes amoureuses destructrices ainsi que de relations de pouvoir. Les costumes sont l’élégance même et le décor consiste en une salle qui n’est pas sans évoquer le langage raffiné d’un Giorgio Strehler. Le rococo est ici épuré à l’extrême, les boiseries xviii<sup>e</sup> siècle richement décorées se faisant sages lambris cérusés, sublimés par un dispositif scénique ingénieux, sous forme de rotonde tournante, qui cèle ou découvre les protagonistes. Mais la transposition ne s’arrête pas au Siècle des Lumières : le propos rappelle les heures sombres du xx<sup>e</sup> siècle au moment de l’épuration de la Libération et le meurtre de Jupiter par Calisto (vraie liberté par rapport à l’histoire) rend le propos ultra contemporain. Une scène en particulier est spécifiquement cruelle, d’un sadisme froid au possible, celle de la punition de la ravissante nymphe Calisto par Junon (qui préfère s’en prendre à la belle plutôt que de se venger directement de son époux volage). Au lieu de se voir métamorphoser en ourse, Calisto se fait tondre méthodiquement et froidement. Voilà de quoi éclairer sous un jour résolument moderne Ovide et donner à ce <em>dramma per musica</em> une résonance actuelle qui devrait toucher et interroger tout un chacun.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/La-Calisto-©-Monika-Rittershaus-12-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-204152"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>Le plateau vocal est lui aussi de toute beauté : <strong>Lauranne Oliva</strong> est une Calisto ravissante qui dégage un charme irrésistible. Sa voix est idéalement timbrée, souple et nuancée. Ses émois tout comme ses désillusions nous vont droit au cœur. <strong>Alex Rosen</strong> est un superbe Jupiter/Diane, scéniquement très à l’aise en aristocrate à la Valmont mâtiné de Don Giovanni, convaincant dans tous les registres, y compris quand il utilise sa voix de fausset pour incarner Diane, à l’effet comique garanti. Tout aussi impériale, <strong>Giuseppina Bridelli</strong> sait rendre perceptibles les contradictions de son personnage : la chaste Diane qui, en réalité, est l’esclave de pulsions sexuelles totalement débridées. Tous les personnages de cette histoire sont d’ailleurs obsédés par le désir amoureux, bien souvent physique et sans issue. La direction d’acteurs fine et maîtrisée leur permet à tous d’en exposer clairement tous les aspects, entre flamme hypocrite et lubricité déchaînée, y compris dans les chorégraphies impayables de <strong>Dustin Klein</strong> qu’ils exécutent eux-mêmes avec brio. Seule Junon est véritablement frustrée et refroidie, quoique brûlante de jalousie vengeresse, ce qu’<strong>Anna Bonitatibus</strong> réussit à rendre avec grand art, de son bel instrument aux couleurs ambrées dont les éclats se font puissance déferlante ou douce plainte tout juste audible. D’abord houspillé puis triomphant, l’Endymion de <strong>Rémy Bres-Feuillet</strong> est tout de virtuosité et d’ornementations délicieuses à l’oreille. Le Mercure de <strong>Dominic Sedgwick</strong> n’est pas en reste, en parfait acolyte de Jupiter. Petit accroc à la distribution, <strong>Zachary Wilder</strong>, souffrant, se contentera de mimer son rôle sur scène, caché derrière un masque, tandis que <strong>Clément Debieuvre</strong> le remplace, au pied levé, vaillamment et efficacement dans la fosse. Les trois Furies complètent efficacement la distribution qui excelle dans le <em>parlar cantando</em> d’un grand naturel de déclamation tout comme dans les ensembles et dans les airs de bravoure.</p>
<p>La partition originale, prévue pour six musiciens, est efficacement arrangée par <strong>Sébastien Daucé</strong> pour son <strong>Ensemble Correspondances</strong> d’une quarantaine de musiciens. Le théâtre de Nantes leur propose un écrin idéal et l’on goûte les couleurs et la richesse de cet orchestre, dont on remarque avec bonheur le percussionniste, particulièrement virtuose ce soir. Un bien beau spectacle.</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="[ LA CALISTO ] ENTRETIEN AVEC LE DIRECTEUR MUSICAL SÉBASTIEN DAUCÉ" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/Gpayb8nT1tE?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
</div></figure>
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		<title>CAVALLI, La Calisto &#8211; Rennes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cavalli-la-calisto-rennes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Oct 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après une création remarquée cet été, en plein air, au Théâtre de l’Archevêché dans le cadre du Festival d’Aix-en-Provence, La Calisto entame à l&#8217;Opéra de Rennes – producteur délégué – une longue tournée en salle qui la mènera aux quatre coins de l&#8217;hexagone jusque fin 2027. Le rideau se lève sur un Prologue détourné : Les &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après une création remarquée cet été, en plein air, au Théâtre de l’Archevêché dans le cadre du<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cavalli-la-calisto-aix-en-provence"> Festival d’Aix-en-Provence</a>, <em>La Calisto</em> entame à l&rsquo;Opéra de Rennes – producteur délégué – une longue tournée en salle qui la mènera aux quatre coins de l&rsquo;hexagone jusque fin 2027.</p>
<p>Le rideau se lève sur un Prologue détourné : Les funérailles auxquelles nous assistons sont-elles celles de Calisto qui se voit promettre l&rsquo;éternité comme semble l&rsquo;indiquer le texte ? Que nenni, découvrirons-nous trois heures plus tard, il s&rsquo;agit de celles de Jupiter – décidément rien moins que divin puisque Calisto vient de l&rsquo;assassiner. Voilà qui tord assez brutalement le mythe et confirme les turpitudes fort humaines auxquelles sont confrontés les Dieux de l&rsquo;Olympe.</p>
<p>Ce choix dramaturgique questionne un peu inutilement le spectateur, alors que tout au long de la soirée, le cadre de l&rsquo;action respecte scrupuleusement la reconstitution historique : les lambris cérusés de <strong>Julia Katharina Berndt</strong> dévoilent alternativement toutes les pièces d&rsquo;une demeure aristocratique grâce à une tournette centrale du meilleur effet. Plus élégants encore, les costumes crées par <strong>Hannah</strong> <strong>Clark</strong> sont tout simplement éblouissants, déclinant des soies pastel d&rsquo;un suprême raffinement.<br />
Ceci dit, là encore, choix incongru, nous ne sommes pas en 1651 mais plus d&rsquo;un siècle plus tard dans un contexte totalement XVIIIe. Celui-ci convoque immédiatement les univers d&rsquo;un Mozart ou d&rsquo;un Choderlos de Laclos.</p>
<p>Il faut dire que les tribulations de Calisto ou d&rsquo;Endymion résonnent nettement des thèmes des <em>Liaisons Dangereuses</em> : les Grands s&rsquo;ennuient et se distraient entre cruauté et égoïsme, au détriment d&rsquo;êtres naïfs ou purs qu&rsquo;ils broient négligemment. Poignardant son subordonneur, Calisto, refuse de n&rsquo;être qu&rsquo;une Volanges ou une Tourvel avant l&rsquo;heure.<br />
Cette modernité projetée sur le mythe irrigue tous les choix de <strong>Jetske Mijnssen</strong> qui insuffle au livret une grande contemporanéité dans les thèmes abordés – harcèlement, consentement, fluidité des genres et des pratiques sexuelles … -.</p>
<p>Une fois acceptées, ces distorsions ne nuisent en rien au bonheur du spectateur. Car Si l’œil est charmé, l&rsquo;oreille l&rsquo;est plus encore par la remarquable qualité du plateau vocal. De <strong>Dominic Sedgwick</strong>, Mercure à la voix pleine à <strong>Théo Imart</strong> au timbre tout aussi séduisant en passant par le Pan si convaincant de <strong>Bastien Rimondi</strong>, le touchant Endymion de <strong>Paul-Antoine Bénos-Djian</strong> ou la délicieuse Lymphée travestie de <strong>Zachary Wilder</strong>, sans oublier la Diane de haut vol de <strong>Giuseppina Bridelli</strong>, tous les rôles sont à la fête.<br />
Excellents comédiens, nourris par une direction d&rsquo;acteurs acérée, particulièrement variée, les chanteurs font montre d&rsquo;autant d&rsquo;élégance que de naturel, d&rsquo;une réjouissante intelligence dans le style comme dans l&rsquo;interprétation.</p>
<p>Dominant les autres artistes de son imposante stature, <strong>Milan Siljanov</strong> n&rsquo;a pas à forcer son naturel et l&rsquo;autorité naturelle de sa voix pour incarner Jupiter. Il est d&rsquo;autant plus à contre-emploi en Diane travestie, cabotinant avec une jubilation communicative en voix de fausset.</p>
<p>Jouisseur cynique, comme Valmont, il rend d&rsquo;autant plus touchante la merveilleuse Calisto de <strong>Lauranne Oliva</strong> qui profite de la somptuosité du timbre, de la richesse de la voix de poitrine, de l&rsquo;aisance des vocalises et d&rsquo;une incarnation sensible pour des extases sensuelles pleines de fraîcheur et des <em>Lamenti</em> bouleversants. La scène où les esprits sylvestres, aux ordres de Junon, lui imposent l&rsquo;humiliation d&rsquo;une tonsure est proprement saisissante.<br />
<strong>Anna Bonitatibus</strong> y foudroie tout autant en épouse bafouée dans un air somptueux qui murmure sans jamais détimbrer, éructe sans jamais se départir d&rsquo;un art idéalement maîtrisé.</p>
<p>Soutien sans faille de cette équipe de choc depuis la fosse, <strong>Sébastien Daucé</strong> retrouve avec une joie manifeste <strong>l&rsquo;Ensemble</strong> <strong>Correspondances</strong>. La complicité des musiciens est évidente dès l&rsquo;ouverture avec ce son rond qui se nuance d&rsquo;infinies couleurs tout au long de la soirée. La belle énergie de l&rsquo;orchestre souligne l&rsquo;acuité du travail rythmique et l&rsquo;art des atmosphères.</p>
<p>Faussement classique, superbement interprétée,<em> la Calisto</em> ne saurait dévier de son orbite glorieuse : à Angers-Nantes Opera les 22, 23 et 30 novembre prochains, au Théâtre des Champs Elysées du 4 au 6 mai 2026, au Théâtre de Caen les 20 et 21 mai 2026, aux Théâtres de la Ville de Luxembourg en octobre 2027 avant d&rsquo;achever sa course à l&rsquo;Opéra Grand Avignon les 13 et 14 novembre 2027.</p>
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		<item>
		<title>CAVALLI, La Calisto &#8211; Aix-en-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cavalli-la-calisto-aix-en-provence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 18 Jul 2025 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le Festival d’Art lyrique d’Aix-en-Provence donne l’occasion au lyricomane attentif aux mises en scène (c’est bien le jeu à Aix !) d’assister deux soirs de suite à deux transpositions des œuvres au programme. Une qui laisse sur sa faim (le Don Giovanni de Robert Icke) et l’autre pleinement réussie, celle que propose Jetzke Mijssen de La &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le Festival d’Art lyrique d’Aix-en-Provence donne l’occasion au lyricomane attentif aux mises en scène (c’est bien le jeu à Aix !) d’assister deux soirs de suite à deux transpositions des œuvres au programme. Une qui laisse sur sa faim (le <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-aix-en-provence/">Don Giovanni</a></em> de Robert Icke) et l’autre pleinement réussie, celle que propose <strong>Jetzke Mijssen</strong> de <em>La Calisto</em>, troisième opéra de Francesco Cavalli admis à la programmation à Aix (après <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/helene-et-les-garcons/">Elena</a></em> en 2013 et <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/erismena-aix-en-provence-nouveau-miracle-dalarcon/">Erismena</a></em> en 2017).<br />
Dans l’écrin incomparable d’un théâtre de l’Archevêché aéré d’une brise rafraichissante sans être dérangeante, nous voilà spectateurs d’une histoire de cœur savamment transportée dans le XVIIIe siècle aristocratique. Jetzke Mijssen prend le parti de « dé-diviniser » les personnages (la source littéraire étant le livre II des <em>Métamorphoses</em> d’Ovide), et d’en faire les protagonistes humains, trop humains, d’un quasi-vaudeville qui va mal tourner et où toutes les conventions de la « bonne société » sont respectées. Ainsi aurons-nous droit à un décor astucieux (avec une scène circulaire tournante en son milieu) figurant un magnifique salon lambrissé avec son cortège de domestiques, des costumes (signés <strong>Hannah Clark</strong>) du meilleur goût rappelant les plus belles heures des salons chics, des danses de salon (réalisées par les chanteurs eux-mêmes) sur des musiques additionnelles de Cavalli mais aussi de Giacomo Arrigoni, Carlo Farina entre autres.<br />
Toutes les conditions sont donc réunies pour que le spectateur soit emporté par cette histoire qui convoque nombre de thématiques contemporaines dont Mijssen s’empare avec gourmandise : le consentement, le mouvement #MeToo, le victim-blaming, le harcèlement sexiste et sexuel, le culte de la chasteté, les nuances de l’amour, la fluidité des genres, ou encore l’amour lesbien. Autant de sujets que Cavalli et son librettiste Giovanni Faustini ne pouvaient évoquer en 1651, même dans une ambiance vénitienne très permissive, que sous le couvert de l’allégorie et de la fine allusion. Ici, l’allégorie, traditionnellement mise en scène dans le prologue, est  astucieusement contournée : lorsque le rideau se lève, la Nature, l’Eternité et le Destin prennent corps en Pan, Junon et Satyre : ils entourent le cercueil noir de Calisto et prédisent à celle-ci l’immortalité…dans leurs mémoires.<br />
Le premier acte nous renvoie au début de l’histoire et à ses développements : Jupiter accompagné de son fils Mercure est illuminé par la beauté de Calisto, la chaste nymphe compagne de chasse de Diane. Pour la séduire, il va prendre les traits de Diane, qui a conquis le cœur de Calisto. Mais lorsque Calisto, une fois séduite dans l’obscurité d’une grotte par Jupiter/Diane reverra la vraie Diane, celle-ci ne comprendra pas les avances délibérées de sa nymphe et en prendra ombrage. Ajoutons une Junon furieuse de la nouvelle infidélité de son époux Jupiter et qui, au lieu de lui en tenir rigueur, se vengera sur l’objet de sa flamme (Calisto donc), n’oublions pas quelques amourettes secondaires (le berger Endymion aime Diane et en est aimé secrètement, Pan est l’amoureux éconduit de Diane et tente de la reconquérir) et nous aurons tous les ingrédients d’un jeu amoureux qui va mal finir. Dans le livret original, Junon, pour se venger de Calisto, finit par la transformer en ourse et Jupiter, saisi de remords, décide de la changer en constellation (la Grande Ourse). Mijssen opère une ultime pirouette pour rendre la conclusion crédible : Calisto fait semblant de céder aux charmes de Jupiter – alors que son amour la porte décidément vers Diane – et finit par trucider celui qui a abusé d’elle. Bien vu l’artiste.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/La-Calisto-—-Festival-dAix-en-Provence-2025-©-Monika-Rittershaus_10-1294x600.jpg" alt="" width="624" height="289" />
© Monika Rittershaus</pre>
<p><strong>Sébastien Daucé</strong>, le directeur musical de l’Ensemble Correspondances a opéré un imposant travail éditorial pour adapter une partition prévue à l’origine pour… six musiciens et être donnée dans un théâtre (San Cassiano à Venise) avec une jauge d’une centaine de spectateurs. Ce soir, ce sont une quarantaine de musiciens qui œuvrent à proposer une version sans doute unique puisque délibérément adaptée aux lieux et au contexte. Le chef est astucieusement positionné au milieu des musiciens, quasiment en bordure de scène, ce qui permet une connivence de tous les instants entre chef et chanteurs.<br />
La distribution est sans défaut. Le rôle-titre est tenu par <strong>Lauranne Oliva</strong>, premier prix de <a href="https://www.forumopera.com/breve/lauranne-oliva-premier-prix-de-paris-opera-competition-2023/">Paris Opéra compétition en 2023</a>, qui figure une parfaite nymphe innocente. La pureté, la clarté et la douceur de la voix, toujours bien posée et capable de belles nuances, marqueront à coup sûr cette représentation. Jupiter est également remarquablement distribué : il fallait à la fois l’autorité d’une basse figurant un dieu/père/amant et la capacité de travestir la voix, lorsque Jupiter devient Diane. <strong>Alex Rosen</strong> se joue de ces nombreuses transpositions de registre, en utilisant la voix de tête (certes bien moins séduisante que la voix de poitrine) et en étant capable de changer fréquemment de registre, parfois dans la même phrase, ce qui n’a pas manqué d’ajouter un bel effet comique. La Diane de <strong>Giuseppina Bridelli</strong> sait rendre la complexité du personnage. Le soprano est souple, le timbre envoûtant. Mention spéciale pour <strong>Anna Bonitatibus</strong>, Junon presque démoniaque et qui nous sert un « Racconsolata e paga » au III, d’une rare intensité dramatique. L’Endymion de <strong>Paul-Antoine Bénos-Djian</strong> est torturé à souhait, son haute-contre porte et s’emporte à souhait. Distribution sans défaut disions-nous, très bien complétée par <strong>Zachary Wilder</strong> en Linfea, <strong>David Portillo</strong> (Pan), <strong>Dominic Sedgwick</strong> (un Mercure qu’on adore détester), <strong>Théo Imart</strong> (Satyre) et le Sylvain de <strong>José Coca Losa</strong>.</p>
<p>Cette production sera donnée dès le mois d’octobre 2025 à Rennes, puis à ANO en novembre, ainsi que Caen et le Théâtre des Champs-Elysées en mai 2026.</p>
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		<title>PUCCINI, La Bohême &#8211; Montpellier</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-la-boheme-montpellier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 May 2024 05:30:20 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La Bohême, c’est une société, un temps, une atmosphère autant qu’un drame sentimental. Quelles que soient les productions, elle attirera les foules sans discontinuer, et c’est bien le cas ce soir où le Corum a été pris d’assaut par une foule impatiente (1). Entre l’évocation du Paris de Louis-Philippe, et de Mürger (Turin, 2023), de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>La Bohême</em>, c’est une société, un temps, une atmosphère autant qu’un drame sentimental. Quelles que soient les productions, elle attirera les foules sans discontinuer, et c’est bien le cas ce soir où le Corum a été pris d’assaut par une foule impatiente (1). Entre l’évocation du Paris de Louis-Philippe, et de Mürger (Turin, 2023), de l’Occupation (Glyndebourne, 2022), de 1968 (Baden-Baden, 2018), du <em>Voyage dans la lune</em>, de Claus Guth (Paris Bastille, 2018), pourquoi pas le milieu des années trente ? La réalisation d’<strong>Orpha Phelan</strong> et de son équipe, donnée à Dublin en novembre 2023, avait suivi un enregistrement (DVD, Naxos, dans une démarche différente). La mise en scène de ce soir est renouvelée par rapport à cette première approche. Le déplacement de l’intrigue un siècle après Louis-Philippe n’ajoute ni ne retranche rien. Certes, il autorise Musetta à emprunter à Mistinguett (ou Marlène Dietrich), et quelques références (2), mais accuse aussi certains anachronismes (ainsi, les tenues des musiciens du défilé, datées de l’Empire) malgré le souci du détail (les jouets proposés par Parpignol).</p>
<p>Si le cadre scénique de Dublin se prêtait idéalement à cette production, il n’en va pas exactement de même de celui du Corum, particulièrement large : un resserrement semblait s’imposer pour les scènes intimes (la mansarde du I et du III). A l’inverse, le café Momus et la vie du Boulevard acquièrent ici une dimension spectaculaire, qui en fait une réussite rare, d’autant que son animation, le jeu de chacun sont un bonheur. Le décor, astucieusement articulé, use, entre autres, de la rotation d’un long élément côté jardin, qui donne de la profondeur au II. L’apparition du cabaret et la barrière d’Enfer au III sont bienvenus, mais le vaste espace où le brasero réchauffe les douaniers paraît difficile à animer. Les éclairages sont pertinents, expressifs, aux couleurs vives, et les tenues soignées, variées à souhait. Cependant, on attendait des costumes élimés, des fripes pour notre quatuor d’artistes dans le besoin. Las, certains sont tirés à quatre épingles, d’une élégance raffinée, qui s’accorde mal à leur condition.</p>
<p>Malgré ces réserves, somme toute secondaires, on est empoigné par cette lecture. D’abord par un orchestre flamboyant, en grande formation, conduit avec maestria par <strong>Roderick Cox</strong>, qui prendra officiellement les rênes de la formation en septembre. Les pages purement orchestrales sont admirables. Ce dernier sert la partition avec un engagement constant : sans jamais tomber dans un sentimentalisme de mauvais goût, la richesse de l’orchestration, les subtils dosages, l’équilibre constant entre la scène et la fosse nous ravissent. La dynamique, la souplesse comme la clarté sont évidents. Chantant lui-même tous les rôles, son attention de tous les instants aux chanteurs en fait un chef de théâtre prometteur. Le tissu instrumental soyeux, chatoyant, souple et raffiné (3) est à porter tout autant au crédit de l’Orchestre national Montpellier Occitanie.</p>
<p>La distribution, fondée pour l’essentiel sur des chanteurs familiers de leur emploi, est exempte de routine. L’engagement vocal et scénique de chacun est manifeste même si on perçoit un certain trouble lié à l’espace dans les scènes de proximité. <strong>Adriana Ferfecka </strong>nous vaut une Mimi plus que crédible, remarquable. Encore peu connue en France, elle conduit une brillante carrière internationale et sa performance atteste toutes ses qualités. Une présence physique et vocale : Réservée, puis déchirée et poignante, son humanité est attachante, servie par une voix sûre, ample et chaleureuse. L’élégance du phrasé est manifeste dès son « Mi chiamano Mimi ». Le « Donde lieta » résigné, est chargé d’une émotion juste, vraie.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MG1_4162_redimensionner-1294x600.jpg" />© Marc Ginot</pre>
<p>Le couple central irradie de jeunesse. Rodolfo, ici <strong>Long Long</strong>, est ardent, sobre et juste. La voix est solide, aux aigus épanouis, et sa tendresse nous émeut au même point que celle de Mimi. Leur duo « O soave fanciulla » respire le bonheur partagé, l’amour. Si Musetta a la voix un peu dure au début, <strong>Julia Muzychenko</strong> trouvera la souplesse et le mordant au fil des scènes. Sa valse, où elle s’efforce de capter l’attention de Marcello (« Quando me’n vo’ soletta per la via »), est délicieuse. <strong>Mikołaj Trąbka</strong> endosse les habits du peintre, Marcello, pour la première fois, semble-t-il. Baryton généreux, de caractère, son beau duo, nostalgique, empreint de tendresse avec Rodolfo (au dernier acte) est une réussite. Schaunard, le musicien, est confié à<strong> Dominic Sedgwick</strong>, brillant baryton. <strong>Dongho Kim </strong>est Colline, basse chaleureuse, sonore et inspirée, pour notre philosophe, jamais emphatique. Son air du IV « Vecchia zimara » a l’émotion attendue.  L’épisode bouffon et les chorégraphies du sympathique quatuor de bohêmes, équilibré, complice et animé, sont un moment de réjouissance, dont la réalisation, la verve et la direction d‘acteur sont exemplaires, avant que le drame se dénoue. Auparavant, pour couronner le troisième acte, le quatuor des deux couples nous a valu un « Addio dolce…» poétique, frais comme désabusé (Musetta et Marcello). <strong>Yannis François </strong>nous laisse quelque peu sur notre faim. La voix, familière du répertoire baroque, manque ce soir d’ampleur, particulièrement pour Alcindoro, dont le jeu est terne. Les rôles secondaires (Parpignol, <strong>Hyoungsub Kim</strong>; le sergent, <strong>Jean-Philippe Elleouët</strong>; le douanier, Laurent Sérou) sont honorablement défendus.</p>
<p>Les chœurs, à commencer par les enfants d’Opéra Junior, préparés par <strong>Noëlle Thibon</strong>, se montrent remarquables de présence scénique et vocale. Le second acte leur doit beaucoup dans son animation, aussi débridée et joyeuse que musicalement exigeante et aboutie. Un grand bravo à eux et à <strong>Noëlle Gény</strong>.</p>
<p>A mi-chemin entre la production traditionnelle ou routinière et le show, servant humblement le livret, mais avec une ambition artistique patente, voici un grand spectacle populaire. Pour les familiers de l’ouvrage, peut-être une impression de déjà vu, puisque respectueux de l’esprit et de la lettre. Servie par des voix remarquables et des interprètes engagés, cette réalisation apporte un souffle de renouveau, notamment en direction du plus large public. On n’est pas là pour s’apitoyer, ou pour cultiver la nostalgie d’une vie de Bohême cuisinée à toutes les sauces, mais pour vibrer à une histoire d’amour, tragiquement banale. Et le contrat est rempli.</p>
<pre>(1) La production, qui affiche complet pour toutes les représentations, a fait l’objet d’une captation vidéo en vue de sa retransmission (le 2 juin, place Royale à Montpellier). La présence discrète de micros-oreillettes pour chacun des chanteurs visait à assurer la qualité de la restitution, et non l’amplification dont ils n’avaient nullement besoin. 
(2) même si les références sont très postérieures, les ballons rouges que distribue Parpignol, clin d’œil bienvenu au court métrage d’Albert Lamorisse (1956), comme à la <em>petite fille au ballon</em>, de Bansky, autorisent de beaux tableaux. 
(3) A signaler que le placement en salle (l’auteur se trouvait à l’avant-scène) modifie singulièrement la perception.</pre>
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		<title>WAGNER, Tristan und Isolde — Aix-en-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/tristan-und-isolde-aix-en-provence-madame-bovary-cest-elle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 17 Jul 2021 01:09:54 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Wagner lisait-il Flaubert lorsqu’il composa Tristan et Isolde ? Simon Stone au Grand Théâtre de Provence le suggère. Telle Madame Bovary, Isolde échappée de ses landes celtiques s’efforce de conjurer la médiocrité d’une vie bourgeoise. Tristan est un mari volage qu’elle aimerait asservir. Fantasme et réalité s’entremêlent dans des décors contemporains – loft, open space, métro. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Wagner lisait-il Flaubert lorsqu’il composa <em>Tristan et Isolde</em> ? <strong>Simon Stone</strong> au Grand Théâtre de Provence le suggère. Telle Madame Bovary, Isolde échappée de ses landes celtiques s’efforce de conjurer la médiocrité d’une vie bourgeoise. Tristan est un mari volage qu’elle aimerait asservir. Fantasme et réalité s’entremêlent dans des décors contemporains – loft, <em>open space</em>, métro. Il faut parcourir le programme si l’on veut valider certaines hypothèses. Melot serait donc le fils d’une première union avec Marke, enfant que la séparation de ses parents conduira à tuer le beau-père. Œdipe affleure. Le mythe vacille mais ne rompt pas. Une fois encore, il faut une explication de texte préalable pour déchiffrer une mise en scène sinon confuse. Est-ce ainsi que l’on veut rendre l’opéra accessible ?</p>
<p>L’histoire retiendra en ricanant la<em> Liebestod</em> ligne 11, entre les stations Hôtel de Ville et Châtelet, comme elle se plait régulièrement à ressasser la transposition de <em>La Bohème</em> dans l’espace. Déjà des calembours circulent à l’entracte. Tristan et Isolde qui ne meurent pas à la fin de l’opéra, ce n’est pas si courant. Tout n’est pas pourtant pas à jeter dans cette approche iconoclaste, ne serait-ce que sur le seul plan esthétique : la perspective des décors, la poésie du quotidien, le contraste saisissant entre les banalités de la vie courante et l’intensité des sentiments&#8230;</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/tris0.jpg?itok=_9Gcme-6" title=" © Jean-Louis Fernandez" width="468" /><br />
	 © Jean-Louis Fernandez</p>
<p>Peu importe en fait les circonvolutions intellectuelles nécessaires pour recoller les morceaux d’un livret dépiécé lorsque le pouvoir de la musique s’impose, au-delà de sa représentation.</p>
<p>De retour à Aix-en-Provence, après une Tétralogie qui motiva l’édification du Grand Théâtre, <strong>Sir Simon Rattle</strong> retrouve le London Symphony Orchestra dont aucun des musiciens n’avait encore joué l’intégralité de l’opéra. Le chef d’orchestre avoue lui-même la relation névrotique qu’il entretient avec la partition : « Il ne serait pas exagéré de dire que, si je dirigeais consécutivement deux exécutions de <em>Tristan et Isolde</em>, je pourrais en devenir fou ». C’est, au-delà de l’endurance, cet engagement jusqu’au-boutiste que l’on éprouve face à la densité sonore d’une direction concentrée, équilibrée dont la véhémence ne s’exerce jamais au détriment des chanteurs.</p>
<p>Et quels chanteurs ! Des piliers du chant wagnérien, inoxydables, immarcescibles, imputrescibles. A-t-on jamais entendu Marke monologuer avec une telle humanité ? A-t-on jamais éprouvé avec une telle vérité les blessures d’une âme trahie ? <strong>Franz-Joseph Selig</strong> se pose en référence. Toute interprétation sera désormais mesurée à l’aune de cette voix d’airain dont la solidité raconte la fragilité.</p>
<p>A-t-on jamais observé Tristan agoniser avec aussi peu de concession, d’un timbre dont le métal n’est jamais corrompu, quelle que soient les exigences de l’écriture ? <strong>Stuart Skelton</strong> n’est pas un de ces bucherons qui abattent en ahanant les forêts wagnériennes. Derrière l’athlète, se devine le <em>Liedersänger</em> qui refuse de dissocier la note du mot.</p>
<p>A-t-on jamais vu une <em>Liebestod </em>s’épancher avec une telle évidence ; a-t-on jamais ressenti l’impression lustrale d’un flot longtemps contenu qui enfin se libère ? <strong>Nina Stemme</strong> ne cherche pas à économiser des moyens dont l’intégrité laisse pantois. Les imprécations du premier acte cinglent ; l’aigu transperce, non flèche mais javelot, droit, long, large ; la voix résiste à tous les coups de boutoir d’une partition inhumaine avec, comme ses partenaires, une capacité à parcourir l’échelle des décibels, du cri jusqu’au murmure – relatif étant donné la charge orchestrale.</p>
<p>En un cercle vertueux qui veut que les meilleurs suscitent le meilleur, les autres interprètes se hissent à un même niveau d’excellence : <strong>Jamie Barton</strong>, Brangäne inflexible dont les appels du 2<sup>e</sup> acte hantent encore la mémoire une fois le rideau tombé ; <strong>Josef Wagner, </strong>Kurwenal héroïque, vaillant, noble à l’égal de son maître ; <strong>Dominic Sedgwick</strong> qui n’a pas besoin du surcroit d’attention accordé à Melot par la mise en scène pour faire valoir l’éclat de son baryton ; jusqu’à <strong>Yvan Thirion</strong>, ancien artiste de l’Académie d’Aix-en-Provence, dont les interventions <em>a cappella</em> du pilote se posent en modèle de phrasé et de musicalité.</p>
<p>Le public de la première a, paraît-il, applaudi l’équipe musicale mais accueilli par une salve de huées le metteur en scène au tomber de rideau. Simon Stone absent lors des saluts, c’est debout que la salle ovationne l’ensemble des interprètes.</p>
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