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	<title>Anas SEGUIN - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Anas SEGUIN - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>GOUNOD, Faust &#8211; Versailles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-faust-versailles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Mar 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quelques semaines après Tours, c&#8217;est Versailles qui accueille la production du Faust de Gounod mise en scène par Jean-Claude Berutti, qui n&#8217;avait que modérément convaincu notre collègue Pierre Venissac. Il est vrai que ce spectacle portant son classicisme proverbial en étendard paraît, dans le monde de l&#8217;opéra actuel, plus qu&#8217;anachronique : irréel. Les rideaux de tulle &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quelques semaines<a href="http://google.com/search?q=faust+tours+forumopera&amp;oq=faust+tours+forumopera&amp;gs_lcrp=EgZjaHJvbWUyBggAEEUYOTIKCAEQABiABBiiBDIHCAIQABjvBTIKCAMQABiiBBiJBTIHCAQQABjvBdIBCDM1ODNqMGo0qAIAsAIB&amp;sourceid=chrome&amp;ie=UTF-8"> après Tours</a>, c&rsquo;est Versailles qui accueille la production du <em>Faust </em>de Gounod mise en scène par<strong> Jean-Claude Berutti</strong>, qui n&rsquo;avait que modérément convaincu notre collègue Pierre Venissac. Il est vrai que ce spectacle portant son classicisme proverbial en étendard paraît, dans le monde de l&rsquo;opéra actuel, plus qu&rsquo;anachronique : irréel. Les rideaux de tulle qui restent baissés plusieurs scènes durant, faisant écran entre la salle et le plateau, rendent cette impression plus forte encore. Ce n&rsquo;est pas d&rsquo;une mise en scène d&rsquo;opéra qu&rsquo;il s&rsquo;agit, plutôt de la représentation d&rsquo;une mise en scène d&rsquo;opéra, telle qu&rsquo;on en voit dans des films, lorsque les protagonistes sortent au théâtre et que, le film n&rsquo;étant déjà pas le réel, il importe que le spectacle auquel les personnages du film vont assister se caractérise par un surcroît d&rsquo;artificialité et de carton-pâte. Le faux fait, ici, plus faux que d&rsquo;habitude, les toiles peintes veulent avant tout ressembler à des toiles peintes, de même que les perruques, les barbes, les robes à volants et les culottes bouffantes. Dans cette œuvre de la méprise et du faux-semblant qu&rsquo;est <em>Faust </em>(et en premier lieu celui de Goethe), montrer à quel point tout n&rsquo;est qu&rsquo;illusion pouvait certes avoir du sens. Mais il eût fallu pour cela que la direction d&rsquo;acteur fût plus inventive et plus folle, que l&rsquo;odeur du rideau pourpre emplît toute la salle. Pourtant, aucune théâtralité surjouée ici, guère d&rsquo;ironie, et pas plus de fantaisie. La sobriété de la direction d&rsquo;acteurs nous laisse le loisir d&rsquo;admirer les mouvements bien articulés de ces panneaux de bois peints, dont les demi-tours permettent de figurer les différents lieux de l&rsquo;action – mais restent  impuissants à nous révéler les secrets des personnages. Dans le cadre de l&rsquo;Opéra Royal de Versailles, un décor à lui tout seul, cela ressemble à un hommage au théâtre de tréteaux ; mais fallait-il pour autant renoncer à montrer sur scène autre chose qu&rsquo;un livre d&rsquo;images ?</p>
<p>Le drame, heureusement, se joue ailleurs, et notamment dans la fosse. <strong>Laurent Campellone</strong> souligne et exalte les contrastes de la partition, insuffle des tempi contrastés mais veille à des transitions toujours fluides, et construit savamment l&rsquo;impressionnant climax de la scène finale. Il peut compter sur l&rsquo;Orchestre de l&rsquo;Opéra Royal et son instrumentarium d&rsquo;époque, qui offre à cette lecture vive un habit sans couture – on regretterait, pour un peu, que de tels musiciens ne jouent pas l&rsquo;édition critique mise au point par Paul Prévost.</p>
<p>Le plateau est à l&rsquo;avenant, avec en premier lieu le Faust de<strong> Julien Behr</strong>, jeune homme fougueux qui offre, dans la parenthèse enchantée de « Salut, demeure chaste et pure », une leçon de legato et de musicalité. <strong>Vannina Santoni</strong> a probablement trouvé en Marguerite son meilleur rôle, qui convient autant aux moirures de son timbre qu&rsquo;à l&rsquo;éclat de son aigu et qu&rsquo;à la sincérité d&rsquo;une présence scénique qui sait même rendre naturel et simple le si scabreux Air des bijoux. Il y a eu des Méphistophélès à la stature vocale plus imposante que <strong>Luigi De Donato</strong> ; mais ce diable narquois et jovial, bien humain au fond dans ses crimes, et suprêmement chanté, est un formidable portrait, comme d&rsquo;ailleurs le Valentin au timbre de bronze et à la noble stature d&rsquo;<strong>Anas Seguin</strong>, auquel il ne manque qu&rsquo;un soupçon de legato. <strong>Eléonore Pancrazi</strong> est presque un luxe en Siebel, tout comme <strong>Julie Pasturaud</strong> en Marthe et<strong> Jean-Gabriel Saint-Martin</strong> en Wagner. Autour d&rsquo;eux, les choristes brillent de mille feux et reçoivent leur part d&rsquo;ovations d&rsquo;un public frémissant d&rsquo;enthousiasme : le frisson du théâtre a passé !</p>
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		<title>GOUNOD, Faust &#8211; Tours</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-faust-tours/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Venissac]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Mar 2026 05:08:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Marguerite qui tricote en robe bleue dans sa maisonnette, Faust âgé avec des postiches aussi vraisemblables que ceux d’un Père Noël de supermarché, Siebel avec une moustache dessinée au crayon, pas un bijou qui ne manque à la cassette… est-ce un retour au siècle dernier auquel on assiste à l’Opéra de Tours, pour cette nouvelle &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Marguerite qui tricote en robe bleue dans sa maisonnette, Faust âgé avec des postiches aussi vraisemblables que ceux d’un Père Noël de supermarché, Siebel avec une moustache dessinée au crayon, pas un bijou qui ne manque à la cassette… est-ce un retour au siècle dernier auquel on assiste à l’Opéra de Tours, pour cette nouvelle production de Faust ? Oui et non, car la mise en scène de <strong>Jean-Claude Berutti</strong> est consciente de l’héritage qu’elle convoque, et assume dès l’ouverture du rideau son artificialité. Parmi les décors peints de <strong>Rudy Sabounghi</strong>, qui confèrent presque un aspect bande dessinée au spectacle, les techniciens s’affairent, en tenue de travail, tout comme ils seront visibles tout au long de la soirée. Le procédé a déjà été vu maintes fois, mais il permet de maintenir une forme de seconde degré. Les décors valsent avec les artistes des chœurs dans le premier acte, les tournesols que cueille Siebel sont d’une littéralité assez amusante, les ampoules de couleurs qui bordent les décors feront guise de lumière des enfers dans la scène de l’église… Berutti explique dans sa note de programme rechercher l’esprit d’une ballade médiévale, en privilégiant une succession de scènes de tonalités très différentes. Il y parvient la plupart du temps, et l’aspect médiéval se retrouve également dans les choix esthétiques, qui rappellent par moments le théâtre de tréteaux. Simplement, toute l’œuvre de Gounod ne se prête pas à ces ruptures de tons, et les deuxième et troisième actes, moins propices à la distanciation, restent finalement au stade de la représentation traditionnelle. Cette production, qui sera reprise à l’Opéra Royal de Versailles, vaut cependant par un plateau toujours en mouvement, et une lisibilité très appréciable. Saluons les ateliers de l’Opéra de Tours qui en ont réalisé les costumes et les décors, notamment pour l’extravagant costume de Méphisto, et pour ces belles marionnettes de la nuit de Walpurgis.</p>
<p>La cohérence du spectacle est largement assurée par la fosse. <strong>Laurent Campellone</strong>, directeur artistique de l’Opéra, signe une version très aboutie de l’ouvrage : dès l’ouverture, il y a quelque chose d’assez latin dans ce qu’il obtient de l’orchestre, toujours chaleureux et engagé. Les tempi, assez vifs, surprennent parfois (la scène de l’église) mais permettent justement de tirer de l’ouvrage hors de la grandiloquence académique à laquelle il peut être condamné. Trouvant le juste équilibre entre lyrisme et précision, riche en contrastes, sa direction est l’une des clés de la réussite de la soirée. L’Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours s’y montre d’ailleurs en très grande forme, que ce soit dans le son d’ensemble ou dans les soli des vents. Dommage qu’on entende à plusieurs reprises des approximations difficiles à expliquer de la part des cordes.</p>
<p>Comme souvent à Tours, la distribution fait honneur au chant français. Les seconds rôles en particulier brillent ainsi tous par leur intelligibilité, leur phrasé, et leur qualité instrumentale. On est frustré que la Chanson du Rat soit interrompue quand elle est chantée par <strong>Jean-Gabriel Saint-Martin</strong> (Wagner), tandis que <strong>Julie Pasturaud</strong>, spécialiste des rôles de caractère, fait de sa Dame Marthe une duègne très amusante. Le mezzo clair d’<strong>Éléonore Pancrazi</strong>, qui mériterait un peu mieux que cette caractérisation scénique pour Siébel, emporte tous les suffrages avec son deuxième air, modèle de beau chant et de douceur. Surtout, on aime beaucoup le Valentin d’<strong>Anas Seguin</strong>, vu en Wagner il n’y pas si longtemps. L’élégance de la diction, l’extension dans l’aigu, la justesse scénique, font de ses scènes des moments-clés de la représentation. Le public ne s’y trompe d’ailleurs pas au moment des saluts.</p>
<figure id="attachment_209463" aria-describedby="caption-attachment-209463" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-large wp-image-209463" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/FG67HD©MariePetry-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-209463" class="wp-caption-text">©️Marie Pétry</figcaption></figure>
<p>Le seul non-francophone du plateau, <strong>Luigi De Donato</strong>, est un choix de casting intéressant en Méphisto, assez atypique. Pour un rôle où on est habitué à y entendre des grandes voix peu mobiles, son CV de baroqueux a de quoi surprendre. La voix n’a effectivement pas la largeur habituelle, mais le chanteur est excellent, et ce qui pourrait être un défaut ailleurs se révèle un atout pour l’acoustique du Grand Théâtre. Sans chercher à contrefaire son instrument, il se montre très imaginatif en sons nasaux, en nuances, choses peu courantes dans ce rôle, et qui aident à caractériser un diable ironique, mais aussi étrangement séduisant. Un exemple d’intelligence interprétative. Le Faust de <strong>Thomas Bettinger</strong> se montre d’abord moins créatif, et surtout moins nuancé, mais va en s’améliorant au cours de la soirée. Le chanteur a une vaillance très appréciable, et un timbre assez dense, qui convient parfaitement au rôle. Les représentations qui restent devraient le voir plus à l’aise en première partie, car on entend bien dans les derniers actes la finesse et le soin au texte dont il est capable. La Marguerite de <strong>Vannina Santon</strong>i est bien connue depuis l’an dernier, mais elle apparaît particulièrement remarquable ce soir. L’air des bijoux est évidemment accueilli par un triomphe, mais son interprétation est loin de se résumer à ces moments de bravoure. Si l’on est très sensible au charme de ce léger vibrato, si tout paraît évident pour cette voix, c’est surtout l’ultra sensibilité de la musicienne qui emporte la mise. L’investissement permanent, la délicatesse du phrasé, composent un personnage juste et lumineux, en décalage avec l’univers outré de cette production.</p>
<figure id="attachment_209470" aria-describedby="caption-attachment-209470" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-large wp-image-209470" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/FG51HD©MariePetry-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-209470" class="wp-caption-text">©️Marie Pétry</figcaption></figure>
<p>Coproduction avec l’Opéra Royal de Versailles oblige, la scène est partagée avec les danseurs de l’Académie de danse baroque de l’Opéra Royal. Dans une chorégraphie classique mais efficace de <strong>Reveriano Camil</strong>, ils apportent notamment à la Nuit de Walpurgis une énergie bienvenue. Enfin, les Chœurs de l’Opéra de Tours et de l’Opéra Royal se montrent tout à fait bien chantants et dynamiques scéniquement, malgré quelques décalages avec l’orchestre en première partie.<br />
Sans créer la surprise, cette production tient ses promesses d’un spectacle divertissant, de grande qualité musicale, faisant honneur aux forces de l’Opéra de Tours. Une distribution homogène, habilement choisie, et une œuvre toujours aussi chère au cœur du public français expliquent le succès mérité de la soirée aux saluts.</p>
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		<item>
		<title>MOZART, Don Giovanni &#8211; Compiègne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-compiegne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Sacré « chef-d’œuvre des chefs-d’œuvre » par France Musique dans les années 1960, Don Giovanni n’a rien perdu de son attrait, mais se trouve aujourd’hui confronté à toute une fraction de la population qui à juste titre n’admet plus le libertinage non consenti. L’œuvre de Mozart et Da Ponte n’est pas directement construite sur ce principe, mais &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Sacré « chef-d’œuvre des chefs-d’œuvre » par France Musique dans les années 1960, <em>Don Giovanni</em> n’a rien perdu de son attrait, mais se trouve aujourd’hui confronté à toute une fraction de la population qui à juste titre n’admet plus le libertinage non consenti. L’œuvre de Mozart et Da Ponte n’est pas directement construite sur ce principe, mais peut s’y conformer, comme le montre la production mise en scène par <strong>Jean-Yves Ruf</strong>, qui tourne en France depuis un an.</p>
<p>Accueillie avec grand enthousiasme (voir les comptes rendus de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-paris-athenee/">Clément Taillia de novembre 2024</a> et celui de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-paris-athenee-2/">Christian Peter d’octobre 2025</a>), elle se plie maintenant à quelques variantes de distribution présentes ce soir au Théâtre Impérial de Compiègne. Le principe reste le même : l’orchestre occupe quasiment toute la scène, et les chanteurs se déplacent entre les musiciens jusqu’à l’avant-scène où ils trouvent un plus grand espace de liberté, et une passerelle en fond de scène à laquelle ils accèdent par un petit escalier. Quelques rideaux variés montent et descendent, bref tournée oblige, c’est du léger, pas de danse villageoise, par de banquet, pas de statue du Commandeur, tout repose sur les protagonistes.</p>
<p>Deux d’entre eux sont de fait véritablement exceptionnels. D’abord l’orchestre Le Concert de la Loge et son chef, <strong>Julien Chauvin</strong>, qui le dirige du violon. Dès le départ, le ton est donné, le noir se fait brutalement et l’orchestre démarre au quart de tour, prenant les spectateurs par surprise. Le rythme effréné ne faiblira pas un instant, entraînant Don Giovanni dans une irrésistible course à l’abîme. Car, période oblige, le chef « ne tente pas d’excuser Don Giovanni » et au contraire veut le rendre « moins puissant, plus pathétique ».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="1010" height="600" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Giovanni-13-11-24-Simon-Gosselin-1-52-corr-IN-TEXT.jpg" alt="" class="wp-image-204522"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Margaux Poguet (Donna Elvira) et Adrien Fournaison (Leporello) © Photos Arcal / Simon Gosselin</sup></figcaption></figure>


<p>Autre élément central de la représentation, le Leporello d’<strong>Adrien Fournaison</strong>. On est loin des grands titulaires du passé, de Giuseppe Taddei à Gabriel Bacquier en fin de carrière, qui jouaient plus les Sancho Panza. Ici, Leporello, affublé d’un drôle de pantalon trop court, est léger, virevoltant, menant le jeu, c’est un véritable personnage de premier plan mais en même temps sans exagérations, d’une grande sobriété. Son air du catalogue est notamment un régal, et la manière dont il pointe devant Donna Elvira le nombre des conquêtes de son patron, avec tour à tour délice, respect, surprise feinte et amusement n’est peut-être pas du « politiquement correct », mais constitue un délice théâtral. La voix est ample et chaude, l’articulation parfaite, bref, l’un des grands titulaires actuels du rôle.</p>
<p>Aux dires de Jean-Yves Ruf, qui lui non plus ne cherche en rien à l’excuser, Don Giovanni n’est « ni un héros ni une crapule ». Interprété ce soir par <strong>Anas Séguin</strong>, plus « loubard des banlieues » que grand seigneur (Cesare Siepi, Gérard Souzay, Gabriel Bacquier, Ruggero Raimondi), il n’est pas sans faire penser au <a href="https://www.youtube.com/watch?v=vMXU5pjhPTM"><em>Don Giovanni</em> de Peter Sellars</a>, à la différence près que celui-ci était doublé d’un « frère » Leporello, dans une production qui marqua à la fin des années 1980 un des grands tournants de la mise en scène d’opéra. Ce soir, Anas Séguin paraît surtout prendre ses marques, et continuer à creuser les facettes du personnage, devant des choix non encore fermement tranchés. La voix est bien adaptée au rôle, il lui reste simplement à assumer une présence scénique plus affirmée.</p>
<p>On retiendra du reste de la distribution une grande unité musicale et de jeu scénique d’un grand naturel. <strong>Michèle Bréant</strong> est une Zerline toute de finesse et de légèreté vocale, <strong>Abel Zamora</strong> un Don Ottavio à la belle ligne mélodique, <strong>Mathieu Gourlet</strong> un Masetto sonore bien dans la tradition, et <strong>Nathanaël Tavernier</strong> un Commandeur d’excellente facture. <strong>Chantal Santon Jeffery</strong> est une Donna Anna torturée mais très musicale, et <strong>Margaux Poguet</strong> une Donna Elvira parfois un peu outrée, et qui arrive fatiguée à son dernier air.</p>
<p>Pour autant, quelques autres bémols viennent un peu affaiblir l’enthousiasme né des partis pris scéniques et musicaux. La faiblesse de l’éclairage à l’avant-scène, contrairement à la passerelle, fait qu’on ne découvre vraiment les chanteurs qu’au moment des saluts. L’absence de chœurs un peu plus nourris, remplacés par quatre excellents solistes, se fait sentir (noce de Zerline), tandis que d’autres ensembles, comme le « Sola, sola in buio loco » peinent un peu à rester structurés.<br />Jouer une seule fois en un lieu que l’on découvre n’est pas un exercice sans risques. Il n’en reste pas moins que cette course à la vie, course à la mort, ne laisse personne indifférent, après une magnifique scène finale qui glace comme il se doit, malgré les feux de l’enfer, entrainant une longue ovation.</p>
<p><em>Prochaines représentations à Massy (13, 14 et 16 décembre), Tourcoing (17 et 18 janvier 2026), Foix (10 avril), Perpignan (12 avril) et Clermont-Ferrand (25 et 26 avril).</em></p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-compiegne/">MOZART, Don Giovanni &#8211; Compiègne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>GOUNOD, Faust (Version de 1859) &#8211; Lille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-faust-version-de-1859-lille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 07 May 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Beaucoup d’œuvres du grand répertoire ont connu plusieurs versions, élaborées au gré de leur succès, des reprises successives, des exigences (ou des limites) des chanteurs, des remords de leur compositeur ou des contraintes de modes. Les puristes l’oublient en général, lorsqu’ils s’effraient de ne pas retrouver à la scène la version qu’ils se sont imposée &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Beaucoup d’œuvres du grand répertoire ont connu plusieurs versions, élaborées au gré de leur succès, des reprises successives, des exigences (ou des limites) des chanteurs, des remords de leur compositeur ou des contraintes de modes. Les puristes l’oublient en général, lorsqu’ils s’effraient de ne pas retrouver à la scène la version qu’ils se sont imposée à eux même par la pratique trop assidue d’une version unique au disque. Réjouissons-nous qu’une version largement oubliée de <em>Faust</em>, mais parfaitement légitime, c’est celle de la création de l’œuvre, vienne bousculer un peu nos habitudes d’écoute et apporter une lumière nouvelle sur une œuvre décidément bien riche.</p>
<p>A l’origine de ce travail d’archéologie musicologique figure une étude du Palazzetto Bru-Zane, le centre vénitien, et une publication des éditions Bärenreiter visant à retrouver la version initiale de l’œuvre, telle qu’elle fut créée au Théâtre Lyrique à Paris le 19 mars 1859.</p>
<p>Première surprise, pour qui ne s’est jamais penché sur ces questions, <em>Faust</em> se présente sous la forme d’un opéra-comique, avec des dialogues parlés en lieu et place des récitatifs avec lesquels l’œuvre a connu ensuite la postérité. L’idée un peu figée qu’il existerait deux catégories hermétiques dans le genre opéra, le grand-opéra et l’opéra-comique, l’une un peu moins noble que l’autre, plus proche du théâtre parlé, traitant de sujets plus futiles, se trouve ici remise en cause. On rappellera que le même chemin d’un genre à l’autre fut parcouru aussi par <em>Carmen</em> lorsque l’œuvre fut touchée par une popularité accrue. Sous cette forme, <em>Faust</em> se découpe en un prologue et quatre actes, au lieu de la forme traditionnelle en cinq actes que Gounod adoptera pour lui par la suite.</p>
<p>Certaines parties particulièrement populaires de l’œuvre ne figurent donc pas dans cette version : l’air initial de Valentin « Avant de quitter ces lieux » ajouté plus tard et que Gounod refusa toujours d’intégrer dans la partition finale, ou le célébrissime air du <em>Veau d’or</em>, ajout postérieur également. On n’y retrouve pas non plus le chœur emblématique « Gloire immortelle de nos aïeux », autre page pourtant considérée aujourd’hui comme incontournable. Beaucoup d’autres détails diffèrent également, parfois riches de sens pour qui veut analyser la partition par le menu. Au total, la version présentée ici est particulièrement cohérente, resserrée, pleine d’humour en tout cas dans sa première partie (c’est une autre découverte), dramatiquement très bien construite et aussi délicieusement datée – il faut en prendre son parti.</p>
<p>C’est ce que fait, avec un courage assumé, la mise en scène de <strong>Denis Podalydès</strong>, en grand amoureux du XIXe siècle, sans chercher à gommer les éléments les plus obsolètes, comme la très grande place de la religion, la position soumise des femmes ou la glorification de la guerre. Abordant le texte sans idée préconçue, il recherche la vérité de l’œuvre – ou plutôt une vérité de l’œuvre –  dans l’œuvre elle-même, sans puiser dans l’idéologie d’aujourd’hui pour juger celle d’hier. Cette démarche-là est assez rafraîchissante, instructive, et laisse le spectateur tirer lui-même des faits exposés les conclusions qui lui conviennent, sans se laisser dicter sa pensée. En grands professionnels du théâtre qu’il sont, Denis Podalydès à la mise en scène et <strong>Eric Ruff</strong> à la scénographie se mettent au service du texte pour en dévoiler un des sens profond, le combat intérieur entre sensualité et spiritualité, cette dernière largement aspergée d’eau bénite et penchant ici dangereusement vers la bondieuserie.</p>
<p>Au fil de la narration, chaque personnage est travaillé, caractérisé au départ des éléments du livret, ce qui aboutit à une très grande lisibilité du parcours dramatique et une forte cohérence du propos.</p>
<p>Le même travail de lisibilité et d’analyse a aussi été mené dans la fosse, où <strong>Louis Langrée</strong>, entraînant ses troupes avec compétence, rigueur et passion, rend perceptibles les différents plans sonores, souligne les rappels thématiques, déploie la ligne mélodique et révèle ainsi la puissance lyrique de la partition de Gounod et ses immenses qualités orchestrales dont il révèle la limpidité.</p>
<p>Il est aidé par une distribution de grande qualité, et largement dominée par <strong>Julien Dran</strong> dans le rôle titre. Rarement on aura entendu un Faust aussi énergique, débordant d’ardeur juvénile et de séduction spontanée. La voix est à la fois puissante et souple, parfaitement timbrée, avec des aigus d’une déconcertante facilité et d’une brillance remarquable, emportant tous les suffrages. La diction française est impeccable, on comprend chaque mot, les voyelles ne sont pas dénaturées et le discours chanté semble aussi naturel que les dialogues. Le Méphistophélès de <strong>Jérôme Boutillier</strong> déborde lui aussi d’énergie et de malice, sans noirceur excessive dans la définition du personnage mais avec beaucoup de caractère dans la voix et une grande aisance scénique. Un peu moins satisfaisante, <strong>Vannina Santoni</strong> dans le rôle de Margueritte n’était pas au meilleur de sa forme vocale. Telle qu’entendue lundi la voix manque de velouté, le timbre parait un peu métallique et les aigus sont poussés presque jusqu’au cri ; c’est parfois efficace, mais pas toujours agréable.</p>
<p>Privé de son air le plus célèbre, <strong>Lionel Lhote</strong> livre néanmoins une très belle prestation en Valentin, même si le rôle, dans cette version-ci, semble un peu affadi. Sa voix puissante, idéale pour les chansons à boire ou les fanfaronnades militaires, trouve ici un emploi très adéquat. Son complice <strong>Anas Séguin</strong> fait une intervention parfaite dans le petit rôle de Wagner. La voix est très chaude, le timbre riche est plein de couleurs et la diction impeccable. Dans le rôle de Siebel, <strong>Juliette Mey</strong> de démérite pas, la voix est agréable et bien timbrée, mais la prestation manque un peu de caractère et de personnalité – le rôle n&rsquo;est pas facile à défendre. Enfin <strong>Marie Lenormand</strong> donne beaucoup de relief au rôle un peu ingrat de Dame Marthe, poussé ici jusqu’à la caricature.</p>
<p>Les chœurs aussi sont excellents, précis et disciplinés, et très bien mis en valeur par la mise en scène, c’est assez rare pour être souligné.</p>
<p>Les spectateurs lors de la première saluèrent de longs applaudissements cette grande réussite à la fois lyrique et théâtrale. Une belle promesse pour l’Opéra-Comique de Paris, où le spectacle sera repris dès le 21 juin prochain.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-faust-version-de-1859-lille/">GOUNOD, Faust (Version de 1859) &#8211; Lille</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>CAMPRA, Le Carnaval de Venise &#8211; Rennes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/campra-le-carnaval-de-venise-rennes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Mar 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après une brillante incursion dans la création contemporaine avec Les ailes du Désir d&#8217;Othman Louati, la Co[opéra]tive reprend en apparence des chemins plus balisés avec une œuvre d&#8217;André Campra. Plus balisé ? Voire&#8230; Car son Carnaval de Venise est ici repris pour la première fois, un demi-siècle après sa redécouverte au Festival d’Aix-en-Provence. Après Compiègne, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après une brillante incursion dans la création contemporaine avec <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/louati-les-ailes-du-desir-rennes/">Les ailes du Désir</a> </em>d&rsquo;Othman Louati, la Co[opéra]tive reprend en apparence des chemins plus balisés avec une œuvre d&rsquo;André Campra. Plus balisé ? Voire&#8230; Car son <em>Carnaval de Venise</em> est ici repris pour la première fois, un demi-siècle après sa redécouverte au Festival d’Aix-en-Provence.</p>
<p>Après Compiègne, Grenoble, Sénart, Tourcoing, Châteauroux, Brest, c&rsquo;est au tour de la maison rennaise d&rsquo;accueillir le spectacle pour quatre soirées étourdissantes où la fantaisie le dispute à la poésie. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/campra-le-carnaval-de-venise-besancon/">Clément Mariage</a> a fort bien relaté l&rsquo;intrigue légère du quatuor amoureux et infidèle tout comme les enjeux franco-italiens du livret dans son compte-rendu franc-comtois.</p>
<p><strong>Coco Petitpierre </strong>et<strong> Yvan Clédat</strong> sont en charge de tout l&rsquo;aspect visuel du spectacle et font merveille. Ils donnent corps à l&rsquo;espace imaginaire du carnaval avec des éléments de bois modulables qui se muent alternativement en arène, en ponts vénitiens ou en labyrinthe comme ceux des villas de Vicence. Se dessine ainsi une carte du Tendre qui dit bien les errements et les intermittences du cœur.</p>
<p>D&rsquo;abord clin d&rsquo;œil à la topographie vénitienne, l’espace prend une dimension plus cosmique lorsque des balles de jonglage surdimensionnées envahissent le plateau. Référence au temps du carnaval qui culbute les lois communes, référence aussi aux caprices de Fortune dont la roue fait chavirer les certitudes. Voilà donc la musique des sphères qui évoluent au-dessus des humains dans une orbite délicieusement absurde. De manière toute aussi saugrenue, des glands de passementeries passent par les mêmes fourches caudines du gigantisme pour se faire arbres derrière lesquels se dissimuler. Tout ce fantasque se double d&rsquo;un travail des matières particulièrement soigné qui réjouit l&rsquo;œil. Les costumes reprennent tout naturellement ceux de la commedia dell&rsquo;arte. Les cinq danseurs, grimés en Polichinelle, semblent tout droit sortis de la fresque de Tiepolo au Ca Rezzonico, Arlequins et Colombines envahissent la scène.</p>
<p>La sensualité des velours et des satins dont ils sont revêtus répond à celle de l’<strong>Ensemble Il Caravaggio</strong> qui joue des couleurs, des timbres, avec une maestria consommée. A sa tête,<a href="https://www.forumopera.com/camille-delaforge-jaime-construire-des-projets-sur-des-annees-on-decouvre-une-oeuvre-et-tout-de-suite-on-a-quelque-chose-a-dire/"><strong> Camille Delaforge</strong></a> met beaucoup de fraîcheur et de joie dans sa direction enlevée. Avec une remarquable intelligence, une belle sensibilité, elle nuance, texture, les pupitres composant tour à tour un tapis âpre ou soyeux selon le caractère de chaque pièce.<br>La partition fait la part belle au chœur impeccable d&rsquo;où émergent régulièrement sept des huit membres du <strong>studio d&rsquo;Il Caravaggio</strong>. Cette première promotion a été recrutée pour deux ans afin de se professionnaliser. Parmi ces jeunes artistes talentueux, notons les prestations particulièrement réussies d&rsquo;<strong>Apolline Raï-Westphall</strong>, pétillante Minerve, de <strong>Clarisse Dalles</strong> en Fortune survitaminée ou encore de <strong>Jordan Mouaissia</strong> tout en délicatesse.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/CHOIX-1-Rodolphe-Leonore--1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-181679"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© DR</sup></figcaption></figure>


<p>La direction d&rsquo;acteur de Clédat &amp; Petitpierre pourrait être plus affûtée, la parodie de la gestique baroque enferme certains personnages dans une caricature un peu extérieure, en particulier dans la première partie du spectacle. La jubilation vient surtout lorsque les polichinelles dérèglent la mécanique bien huilée de la comédie sentimentale, échos pertinent aux cabrioles du livret qui concluent l&rsquo;œuvre par un <em>Orphée aux Enfers</em> en italien assez loufoque.<br />Déjà parfaitement convaincant en Rodolphe en début de soirée, <strong>Guilhem Worms</strong> nous régale en Pluton, tout de flammes fumantes vêtu. La basse y brille d&rsquo;un or sombre et minéral. Les vocalises sont tranchantes, le focus précis.<br /><strong>David Tricou</strong>, en tenue d&rsquo;Eve, campe un Orphée fort drôle et impeccable vocalement.<br /><strong>Anna Rheinold</strong>, pour sa part, est plus à l&rsquo;aise en Léonore qu&rsquo;en Eurydice, où son medium manque un peu de brillant. La justesse semble également en question.<br />Elle partage toutefois avec <strong>Victoire Bunel</strong> – sa rivale dans la première partie du spectacle – un soprano riche et bigarré, de belles qualités d&rsquo;expressivité, de charme et de vivacité. Le Léandre d&rsquo;<strong>Anas Séguin</strong>, le séducteur que se disputent ces dames, porte beau en dépit d&rsquo;un grain un peu rugueux.</p>
<p>L&rsquo;ensemble de plateau jouit d&rsquo;une parfaite maîtrise stylistique y compris un art consommé de la déclamation pour une soirée réjouissante, fidèle tant à l&rsquo;esprit français qu&rsquo;à la veine italienne et carnavalesque. Une création à découvrir les 22 et 23 mars à Rennes, le 27 et le 28 mars à Quimper et enfin le 5 et le 6 avril à Angers-Nantes Opera.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/campra-le-carnaval-de-venise-rennes/">CAMPRA, Le Carnaval de Venise &#8211; Rennes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>GALUPPI, L&#8217;Uomo femina &#8211; Versailles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/galuppi-luomo-femina-versailles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 16 Dec 2024 05:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Etrange idée que d’avoir choisi de ressusciter cet Uomo Femina, autant pour soutenir un discours féministe que pour redorer le blason de Galuppi. A ce second effet, avouons que la démarche est même contre-productive : à l’exception de ritournelles savantes et prometteuses, l’écriture vocale est ici très générique. Peut-être que les créateurs en 1762 n’étaient pas &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Etrange idée que d’avoir choisi de ressusciter cet <em>Uomo Femina</em>, autant pour soutenir un discours féministe que pour redorer le blason de Galuppi. A ce second effet, avouons que la démarche est même contre-productive : à l’exception de ritournelles savantes et prometteuses, l’écriture vocale est ici très générique. Peut-être que les créateurs en 1762 n’étaient pas des chanteurs aux gosiers extraordinaires, et que le maestro ne faisait ici que tenter de reproduire le succès de ses successifs <em>Mondo della luna </em>et<em> Mondo alla roversa</em>, bâtis autour de la même idée d’un monde gouverné par les femmes. Pour le premier, ne comptons pas sur une action mollassonne (soporifique acte I) se contentant de filer un concept initial, pas si original à l’époque, plusieurs opéras tant <em>seria</em> (<em>Deidamia</em>, <em>Partenope</em>, les <em>Amazones</em>…) que <em>buffa</em> (<em>La Serva padrona</em>, 29 ans auparavant !) incluaient déjà des femmes fortes dominant ou faisant jeu égal avec les hommes. Certes le texte de certains airs n’est pas dépourvu de qualités littéraires, et l’on entend que le librettiste cherche à dénoncer la condition féminine asservie de son époque. D’où un <em>lieto fine</em> sombre et ironique (le meilleur passage de l’œuvre musicalement) incluant un aparté du chœur signalant que l’auteur désapprouve ce rétablissement de la domination masculine. Que l’on puisse s’étonner en 2024 de la « modernité » d’un tel propos traduit une toujours grande ignorance de la culture théâtrale du XVIIIe siècle. A notre humble avis, c’est un propos qui a horriblement mal vieilli : un profond malaise nous envahit au gré du déroulement d’une farce que l’on qualifierait aujourd’hui de transphobe et irreprésentable, à tout le moins sans une distance critique que la production de ce soir semble se refuser à prendre.</p>
<p>Deux naufragés (Roberto et Giannino) sont sauvés par deux guerrières (Ramira et Cassandra) sur une île dirigée par les femmes, lesquelles collectionnent toutes les vertus et traits traditionnellement apanage des hommes. Inversement, les hommes sont intégralement féminisés : emprisonnés, occupés seulement de leur apparence, hystériques et, c’est là tout le problème, travestis et désignés comme les « méchants ». Car Gelsomino, le favori de la reine Cretidea, et ses deux acolytes en jupe, battent et tentent d’empoisonner les deux naufragés. On assiste donc, médusés, à la fin du deuxième acte à l’image d’un homme viril (le primo uomo, Roberto) qui bat un travesti au sol. Et l’on ne s’arrête pas là, puisque ce même Roberto déverse ensuite toute sa haine de ces hommes dégénérés « qui inspirent le dégout » (nous n’avons pas le texte sous les yeux et citons de mémoire les surtitres) avant de les condamner à être tondus, démaquillés, salis, habillés de frusques et à faire un an de travaux forcés pour leur apprendre les « bonnes habitudes ». Autant dire les remettre sur le droit chemin de la virilité. On prend donc conscience de toutes les limites du « féminisme » de l’auteur qui ne conçoit la femme égale de l’homme que puissante et méprise ceux ou celles qui n’adhéreraient pas à cette conception. Jamais les femmes viriles ne sont moquées. Le patriarcat pour tous. Difficile de faire mieux en termes de « masculinité toxique ».</p>
<p>Le problème ne vient pas que du livret, mais aussi de la mise en scène qui ne prend pas parti face à ce drame choquant. Bien malin qui reconnaitra la personnalité d’<strong>Agnès Jaoui</strong> dans cette spectacle très littéral : décors élégants, direction d’acteurs stéréotypée et costumes tantôts flamboyants, tantôt gênants (le travestissement grotesque de Giannino, le sac à main de Gelsomino) ne rattrapent pas une pièce qui piétine et ne posent aucun jugement sur l’attitude de Roberto. Aurait-on osé représenter ainsi une femme captive, seule au sol, battue par un homme (aussi criminelle soit-elle), sans aucune gêne ? L’aparté du final a bon dos pour laisser le spectateur désavouer ce qu’il veut de ce qu’il a vu. Embarrassée ou intimidée par la recréation d’un ouvrage oublié, la metteuse en scène brille par son effacement.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MIR4012-Uomo-Femina_c-Mirco-Magliocca-Opera-de-Dijon-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-179342"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Mirco Magliocca &#8211; Opéra de Dijon</sup></figcaption></figure>


<p>Le plateau vocal n’est que peu inspiré : ayant peu à chanter à la hauteur de leur moyens et refusant d’orner leur partie, ils en sont régulièrement réduits à des effets expressifs non musicaux (des cris surtout) qui ont bien sûr leur place à l’<em>opera buffa</em>. Ils ne suffisent cependant pas à conserver une attention qui aurait besoin de davantage d’hameçons dramatiques ou mélodiques. <strong>Eva Zaïcik</strong> est une reine trop timorée et enfermée derrière une mine patibulaire peu crédible, bien facile à soumettre. <strong>François Rougier</strong>, malgré son accoutrement, a pourtant du comique à revendre et une voix saine. <strong>Lucile Richardot</strong> s’impose immédiatement grâce à sa voix si singulière et parfaitement posée, elle tourne hélas en rond autour d’une Ramira monolithique et terne qui ne se délivre que grâce à la cadence de son dernier air. <strong>Victoire Bunel</strong> parcourt un bel ambitus avec une audace maitrisée dans ses airs inspirés du seria (fureur, suicide). <strong>Anas</strong> <strong>Séguin</strong> use de son beau baryton avec intelligence au service des excès de son personnage (très emporté air de panique au II) et a le mérite de ne pas abuser des effets bouffe. <strong>Victor Sicard</strong> est celui qui resplendit le plus (superbe « Roberto, dove sei ? » : projection souveraine, contrastes de volume, timbre chaud), et on sent qu’il tente d’injecter de la vilénie dans son jeu au troisième acte, sans trouver de relai sur scène.</p>
<p><strong>Vincent Dumestre</strong> et son Poème harmonique font honneur à une partition à l’intérêt très intermittent : les violons vifs et précis notamment, les hautbois souvent exposés et la mandoline concertante, tout comme la basse continue très fournie et les cors. Quel dommage que toutes ces ressources n’aient pas été employées à redonner vie à un opéra majeur du maestro de Burano !</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/galuppi-luomo-femina-versailles/">GALUPPI, L&rsquo;Uomo femina &#8211; Versailles</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Les Nuits d’été de Corte le 7 août, en hommage à Jodie Devos, pour la lutte contre le cancer</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/les-nuits-dete-de-corte-le-7-aout-en-hommage-a-jodie-devos-pour-la-lutte-contre-le-cancer/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Jul 2024 10:46:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Une nouvelle édition spéciale des Nuits d’été de Corté, en Corse, réunira le mercredi 7 août à 20h la mezzo-soprano Eléonore Pancrazi, coordinatrice de la soirée, autour de trois amis et invités : la soprano Vannina Santoni, le ténor Valentin Thill et le baryton Anas Seguin. Outre Puccini, incontournable en cette année anniversaire, le programme comprendra &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Une nouvelle édition spéciale des Nuits d’été de Corté, en Corse, réunira le mercredi 7 août à 20h la mezzo-soprano <strong>Eléonore Pancrazi</strong>, coordinatrice de la soirée, autour de trois amis et invités : la soprano <strong>Vannina Santoni</strong>, le ténor <strong>Valentin Thill</strong> et le baryton <strong>Anas Seguin</strong>. Outre Puccini, incontournable en cette année anniversaire, le programme comprendra des extraits de <em>Carmen</em>, qu’Eléonore Pancrazi ajoutera à son répertoire en janvier prochain à Versailles (avec justement Vannina Santoni en Micaëla). Comme en 2023, l’intégralité de la recette sera reversée à la Marie Do, une association qui aide à la lutte contre le cancer. Ce concert est aussi organisé en hommage à Jodie Devos, invitée l’an passé à Corte et proche amie d’Eléonore Pancrazi. Plus d’informations via <a href="https://www.helloasso.com/associations/association-la-marie-do/evenements/concert-eleonore-pancrazi-7-aout-2024">ce lien</a>.</p>
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		<item>
		<title>LULLY, Armide &#8211; Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lully-armide-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 Jun 2024 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après l&#8217;Armide de Gluck monté en 2022, c&#8217;est au tour de l&#8217;Armide de Lully, sur le même livret de Quinault, avec un orchestre, certains chanteurs et une équipe technique quasi identiques, d&#8217;être donné à l&#8217;Opéra Comique. Louis Langrée, directeur de la salle Favart monte d&#8217;abord sur scène pour dédier cette première à la soprano belge &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après l&rsquo;<em>Armide</em> de Gluck monté en 2022, c&rsquo;est au tour de l&rsquo;<em>Armide</em> de Lully, sur le même livret de Quinault, avec un orchestre, certains chanteurs et une équipe technique quasi identiques, d&rsquo;être donné à l&rsquo;Opéra Comique. Louis Langrée, directeur de la salle Favart monte d&rsquo;abord sur scène pour dédier cette première à la soprano belge <strong>Jodie Devos</strong>, habituée des lieux et tragiquement disparue ce week-end. Place ensuite aux <strong>Talens Lyriques</strong> de <strong>Christophe Rousset</strong>, qui dirige du clavecin en tête bêche avec celui de <strong>Korneel Bernolet</strong>, tous deux assurant le continuo avec la viole d’Isabelle Saint-Yves, les luths et guitares de <strong>Karl Nyhlin</strong> et <strong>Israêl Golani</strong>. Déception de taille : l&rsquo;orchestre de cordes et bois ne comprend aucun cuivre ni percussions, empêchant cette production de toute possibilité de nous enchanter avec l&rsquo;éclat sonore attendu d&rsquo;une pastorale bucolique et héroïque louisquatorzienne. Et ce n&rsquo;est pas la mise en scène désespérément plate, présentant les poncifs d&rsquo;une banale modernisation (loin des splendeurs de l&rsquo;opéra à machines) qui peut restaurer les sortilèges d&rsquo;une partition exaltant les riches sentiments de la magicienne Armide, tenant prisonnier dans ses rets le chevalier Renaud.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2-Armide-DR-S.-Brion-1024x683.png" alt="" class="wp-image-166247"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© S. Brion</sup></figcaption></figure>


<p>L&rsquo;idée du chef et de la metteuse en scène <strong>Lilo Baur</strong> a aussi été de reprendre certains éléments du décor de l&rsquo;<em>Armide</em> de 2022 et le résultat n&rsquo;est guère enchanteur. Le palais du premier acte se réduit à un grand rideau doré qui tombe des cintres sur un proscénium noir miroitant, et le jardin enchanté du deuxième (une verte campagne précise le livret) doit se contenter d&rsquo;un très bel arbre central, dont le tronc ouvre un passage vers l&rsquo;enfer, et sur lequel la magicienne Armide, le chœur et divers personnages grimperont pour chanter durant les différents actes. Les costumes ne sortent pas davantage des ornières du poncif. N&rsquo;a-t-on pas déjà vu mille fois ailleurs ces longs manteaux militaires, ces bottes façon motocyclistes, ces vestes de cuir et autres détails du même tonneau ? Ces lampes de poche qui sculptent chaque visage des chanteurs du chœur ? Déjà vues aussi. Le spectacle sera presque continument plongé dans les ténèbres, qu&rsquo;on comprend métaphoriser celles de l&rsquo;âme de la magicienne, d&rsquo;abord guerrière vengeresse puis amoureuse transie, le climat sombre d&rsquo;un conflit intérieur selon la metteuse en scène suisse. Les lumières changeantes et enfin atmosphériques de <strong>Laurent Castaingt</strong> dans les trois derniers actes sont très belles. Disons-le nettement, l&rsquo;impression d&rsquo;ennui ne nous quittera pourtant que de loin en loin, grâce en soit rendue aux chanteurs et au chœur <strong>Les Eléments</strong>, magnifique de couleurs franches, d&rsquo;une précision et d&rsquo;une diction parfaites, bien préparé par <strong>Joël Suhubiette</strong>.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/3-Armide-DR-S.-Brion-1024x683.png" alt="" class="wp-image-166250"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© S. Brion</sup></figcaption></figure>


<p>Car l&rsquo;ennui nous a saisi hélas dès le Prologue à la gloire de Louis XIV, malgré tout le talent de <strong>Florie Valiquette</strong> (Gloire) et <strong>Apolline Raï-Westphal</strong> (Sagesse) et celui des <strong>Eléments</strong>, le ballet étant quasi supprimé ici. Et force sera de constater que les choix chorégraphiques sont de toute façon patauds ou franchement hideux, les effets attendus inopérants là nous aurions dû voir les manifestations et mouvements des eaux, des rochers et autres esprits. Les six danseurs et danseuses rampent, se frôlent ou s&rsquo;escaladent, faute d&rsquo;avoir grand chose à exprimer. Exit la grâce attendue du ballet, pourtant un des acteurs majeurs de l&rsquo;opéra français du Grand Siècle. La direction de <strong>Christophe Rousset</strong> n&rsquo;arrange rien. La monotonie s&rsquo;invite souvent, si ce n&rsquo;est une certaine roideur de l&rsquo;interprétation, qui impose trop de longues plages monochromes en mal de contrastes (de même que les récitatifs malgré l&rsquo;engagement des chanteurs). Certes le chef des <strong>Talens Lyriques</strong> ne peut rivaliser avec un William Christie ou un Jordi Savall, pour ne citer qu&rsquo;eux, et décidément son choix d&rsquo;un orchestre à l&rsquo;instrumentarium réduit ne paraît guère probant. Même la passacaille de l&rsquo;acte V déçoit quelque peu, malgré la belle interprétation d&rsquo;<strong>Abel Zamora</strong> en Amant fortuné. Où est la brillance, l’éclat lullyste, la majesté orgueilleuse des pages héroïques ?</p>
<p>Un peu rugueuse au début, la sonorité se fait plus ronde au fur et à mesure que les instruments anciens s&rsquo;adaptent au lieu, et parfois l&rsquo;accompagnement des quelques superbes airs qui émaillent cette tragédie lyrique laisse enfin l&rsquo;émotion et le sens du drame surgir de la fosse. Le Renaud de <strong>Cyrille Dubois</strong> est admirable. Le timbre opulent, l&rsquo;élégance, les riches inflexions de la ligne, la maîtrise du port de voix et l&rsquo;expressivité sont uniques. Un rêve de déclamation française qu&rsquo;on retrouve aussi chez certains de ses camarades (l’Hidraot d&rsquo;<strong>Edwin Crossley-Mercer </strong>par exemple). Mais le personnage de Renaud n&rsquo;apparaît que peu. Le rôle premier d »Armide par <strong>Ambroisine Bré</strong> ne semble pas toujours tout à fait maîtrisé. L&rsquo;articulation semble parfois entravée et les aigus pas toujours aisés, même si la jeune mezzo offre de beaux moments. La faute sans doute à une large variété de sentiments à traverser et à la difficulté de l&rsquo;écriture vocale. Dans une distribution homogène d&rsquo;excellents seconds rôles, dont <strong>Enguerrand de Hys</strong> et <strong>Lysandre</strong> <strong>Châlon</strong>, on retiendra enfin la performance notable d&rsquo;<strong>Anas Seguin</strong> dans le rôle de la Haine.&nbsp;</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lully-armide-paris/">LULLY, Armide &#8211; Paris</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MESSIAEN, Saint-François d&#8217;Assise &#8211; Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/messiaen-saint-francois-dassise-geneve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 14 Apr 2024 04:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est un défi : comment faire un spectacle d’un poème musical dont le thème est «&#160;le cheminement de la grâce divine dans l’âme de l’un des plus grands saints&#160;» (la phrase est d’Olivier Messiaen). Autre défi, celui de la démesure : 119 musiciens requis, 150 choristes (ici un peu plus de 90 si nos comptes &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un défi : comment faire un spectacle d’un poème musical dont le thème est «&nbsp;le cheminement de la grâce divine dans l’âme de l’un des plus grands saints&nbsp;» (la phrase est d’Olivier Messiaen). <br>Autre défi, celui de la démesure : 119 musiciens requis, 150 choristes (ici un peu plus de 90 si nos comptes sont justes) et 4h15 de durée ! <br>Pour ne rien dire des huit années que Messiaen consacra à son écriture, « jour et nuit », dit-il.</p>
<p>C’est un voyage, <a href="https://www.forumopera.com/podcast/jonathan-nott-dirige-a-geneve-le-st-francois-de-messiaen/">nous disait récemment <strong>Jonathan Nott</strong></a>. Au sortir de ces 4h15, on dirait aussi que c’est une expérience, un happening, un moment de vie, avec ses hauts et ses bas, ses instants d’abandon, d’émerveillement, d’acquiescement, de grâce (mais oui !), de suspens et (oserons-nous le dire ?) ici ou là de langueur ou d’impatience…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="806" height="418" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/c-Ullstein-Bild.jpg" alt="" class="wp-image-160173"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Jonathan Nott © Ullstein Bild</sub></figcaption></figure>


<p>Jonathan Nott nous racontait aussi (et il le dit encore dans le programme de salle) que, confiné pendant le Covid, il avait décidé un jour d’écouter d’un bout à l’autre une des versions enregistrées (donc forcément avec José Van Dam). Au bout d’une demie-heure, il avait regardé sa montre en se demandant s’il allait tenir le coup, une heure plus tard même chose (en pire) et qu’au bout de trois heures, à la réapparition de l’Ange chantant «&nbsp;François&nbsp;», il avait fondu en larmes : «&nbsp;Que cet ange soit dans notre tête, ou qu’il soit l’incarnation de ce que en quoi nous croyons tous, c’est extraordinairement émouvant. On trouve là le pardon, le cheminement, tout ce qui fait le propre du voyage humain. »</p>
<p>Manière de dire aussi l’effet hypnotique de cette expérience temporelle, de l’étirement démesuré des séquences, de la répétition des cellules musicales, du pullulement sonore de percussions en délire, de cette volière musicale inépuisable, du sentiment de plénitude où l’univers sonore de Messiaen plonge l’auditeur, grâce auquel on peut passer outre à un texte à la poésie parfois scolaire, à la piété parfois fastidieuse…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023-24_GTG_St-Francois_G_20240408_CaroleParodi_HD-8653-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-160252"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Robin Adams © GTG &#8211; Carole Parodi</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Un poème d’images</strong></h4>
<p>À Genève, l’émerveillement vient aussi d’un poème d’images, d’une beauté fascinante.</p>
<p>Il y a d’abord cet effet superbe de l’orchestre au fond de la scène, derrière un tulle, dans la pénombre, de Jonathan Nott que l’on distingue diriger, du chœur derrière l’orchestre, alignement de visages lointains.</p>
<p>Conséquence de ce placement inhabituel (la fosse d’orchestre eût été trop exiguë), le son est lui aussi voilé par un tulle… Un peu estompé, fondu, paradoxalement discret. On sera parfois frustré de <em>tutti</em> bien sonores, en manque d’éclats, de rutilance… Il y en aura aussi, notamment à la fin. Mais cet inconvénient est léger, comparé au sentiment d’intimité, de proximité, de retenue (franciscaine ?), de confidence, que suscite le dispositif sonore et scénique.<br>Ajoutons à cela une direction orchestrale recherchant la transparence de la matière sonore, outre un respect scrupuleux des innombrables et minutieuses indications métronomiques de la partition.</p>
<p>La grande réussite est d’avoir confié la réalisation visuelle au plasticien <strong>Adel Abdessemed</strong>. Qui superpose son monde d’images à l’imaginaire sonore de Messiaen.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023-24_GTG_St-Francois_GP_20240327_CaroleParodi_HD-6540-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-160174"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© GTG &#8211; Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Fourbi d’aujourd’hui</strong></h4>
<p>Ses moines sont des poèmes visuels ambulants. Saint François s’enveloppe d’un cocon de tissus évoquant les burnous rayés marocains et, tel un SDF, ne se sépare jamais de deux cabas, un bleu et un rouge, contenant un probable nécessaire de survie. Les autres moines portent des manières de houppelandes, amples manteaux où scintillent dans les projecteurs on ne sait quels objets de récupération, cartes mémoires, cd miroitant, bidules électroniques, tout un fourbi d’aujourd’hui qu’on devine plus qu’on ne le distingue.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023-24_GTG_St-Francois_GP_20240327_CaroleParodi_HD-6544-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-160175"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Kartal Karagedik © GTG-Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>On est très loin de l’imagerie franciscaine nourrie de Giotto et de Fra Angelico que Messiaen détaillait dans ses foisonnantes didascalies. Pas de robes de bure. Tel autre moine est surchargé de coussins, un autre de sacs de jute tel un porte-faix, un troisième enveloppé d’une tenue dorée qui tient de la couverture de survie ou du scaphandre anti-radiations… Tous semblent, comme des bernard-l’ermite, inséparables de ces défroques, métaphores des fardeaux de leur vie, de leur passé. Et que dire du lépreux, qui apparaît dans un vaste manteau surchargé de sacs plastique, suggérant les pustules qui le font souffrir, comme notre pollution fait souffrir la planète, et arpente la scène surmonté d’ampoules électriques qui le signalent comme dangereux, à la manière des balisages de chantiers.</p>
<h4><strong>Rescapés, survivants, migrants ?</strong></h4>
<p>Tous ont un peu l’air de rescapés d’une catastrophe, de survivants réfugiés là, peut-être de migrants s’abritant dans ce monastère suggéré par quelques panneaux blancs dans le tableau de l’ange voyageur et qu’ils balaient à grands coups de balais de paille, toujours surchargés ou protégés de leurs carapaces-coquilles emblématiques.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="644" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023-24_GTG_St-Francois_G_20240408_CaroleParodi_HD-8710-1024x644.jpg" alt="" class="wp-image-160253"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© GTG-Carole Parodi</sup></figcaption></figure>


<p>Messiaen voulait que son ange ressemblât en tout point à celui de l’Annonciation au couvent San Marco de Florence. Ici l’ange porte une longue robe blanche évoquant une statue grecque (l’Aurige) ou les drapés <em>couture</em> de Grès, mais, concession, elle manipule de petites ailes de carton, que parfois elle croise sur sa poitrine (l’effet est joli) et dont la bigarrure aurait comblé le vieux compositeur.</p>
<h4><strong>De fascinants tableaux</strong></h4>
<p>Un compositeur qui sous-titre son opéra «&nbsp;scènes franciscaines&nbsp;».<br>Adel Abdessemed parle, lui, de «&nbsp;tableaux&nbsp;» qu’il compose, à partir d’éléments qui font partie de son vocabulaire personnel.<br>Ainsi les trois objets en bois tressé qu’on voit dans la première scène (un grand vase, un cube, une sphère) renvoient-ils à une de ses techniques fréquentes (il a tressé des crucifiés en fil barbelé qui ont été exposés à Colmar à côté du retable de Matthias Grünewald). <br>Dans la seconde scène on verra une femme nue portant un nouveau-né traverser la scène de jardin à cour et une manière de gros ballon gonflable représentant la Terre se vider lentement de son air pour devenir une vague forme flasque.<br>Dans la troisième scène (le Lépreux), l’ange se juchera sur une énorme citerne en plastique bleu parmi des caddies de super-marché. Ensuite apparaîtra une scène de hammam (quelques figurantes parmi des fumerolles avec, au fond, une vidéo filmée au hammam de la Mosquée de Paris, manière de faire surgir le monde féminin dans un opéra d’où il est absent). On pense aux femmes d’Alger de Delacroix.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023-24_GTG_St-Francois_PG_20240406_CaroleParodi_HD-7764-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-160263"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© GTG &#8211; Carole Parodi</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Aimer qui l’on n’aime pas</strong></h4>
<p>Cette évocation apparaît juste après le baiser au lépreux et, dit Adel Abdessemed, «&nbsp;la promesse du paradis que ce baiser permet, je la trouve dans ce lieu qui est pour moi celui de l’innocence de la chair, ce que j&rsquo;ai vécu aussi quand j&rsquo;étais enfant, avant que le rigorisme de la religion ne me dise, comme à tous les enfants de mon Algérie natale, que la chair, celle des femmes en tout cas, c&rsquo;était le mal.&nbsp;» <br>Images très belles, celle du baiser au lépreux, l’accolade de ces deux hommes dans leurs coquilles de tissu, et celle du fil de laine qui continue à les relier quand ils se séparent. Puissance d’<strong>Aleš Briscein</strong> qui de sa voix parfois rugueuse crie la détresse du lépreux. <br>Une scène comme suspendue, hors du temps. Introduit par le babillage ténu au piccolo de la fauvette Gerygone, l’Ange apparaît. Avec la voix d’une clarté séraphique de <strong>Claire de Sévigné</strong> dans de longues phrases suspendues, dont elle maîtrise le tempo lentissime, chantant «&nbsp;Il est Amour, Il est plus grand de ton cœur&nbsp;».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023-24_GTG_St-Francois_PG_20240406_CaroleParodi_HD-7736-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-160262"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Le baiser au lépreux © GTG &#8211; Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>À chacune de ses apparitions, Claire de Sévigné sera, vocalement et dans ses mouvements, l’incarnation même de la grâce et de la Grâce. <br />Dernière image de cette séquence essentielle (il s’agit de fraterniser avec celui qu’on croit détester ou mépriser) : l’ange appuyé songeur sur son échelle (allusion aux angelots de Raphaël ?).</p>
<h4><strong>Universalisme</strong></h4>
<p>L’essentiel de l’imagerie, des associations d’idées, de la poésie du plasticien passera par le truchement de deux écrans LED de forme ronde descendant des cintres. Les premières images seront une étoile de David (pour rappeler les sources du christianisme) puis un dessin représentant la montée au calvaire, avant une étoile arabo-islamique à huit branches (figuration du ciel), manière de détacher l’opéra de Messiaen de son catholicisme originel, pour le faire glisser vers une spiritualité universaliste. Abdessemed confessant que sa seule religion est la laïcité… <br />On y verra apparaître d’étranges fourmillements rouges évoquant peut-être des globules de sang, puis une sphère tour à tour verte, rouge et bleue suggérant le soleil et les éruptions à sa surface. On y verra aussi deux robots très laids piétiner on ne sait quoi dans une cuve (du raisin ? des olives ?). Image énigmatique qui fait peut-être allusion aux créations dangereuses de l&rsquo;homme, la cybernétique, l’intelligence artificielle, etc.<br />Ces projections développant un discours parallèle à l’action, à vrai dire très statique, qui se déroule en dessous d’elles dans les très belles lumières du vétéran <strong>Jean Kalman</strong> (assisté de <strong>Simon Trottet</strong>).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023-24_GTG_St-Francois_G_20240408_CaroleParodi_HD-9044-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-160256"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Claire de Sévigné © GTG &#8211; Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Comme sur un parvis moyenâgeux</strong></h4>
<p>C’est en somme une manière de mystère, au sens médiéval du mot, qui se déroule ici, un peu à l’image des représentations sacrées qu&rsquo;on jouait sur le parvis des églises. On y traverse des forêts de symboles et, après tout, cette œuvre de Messiaen n’est pas moins buissonnante. Autobiographique à sa manière, peuplée de références connues de l’auteur seul : « Seigneur, musique et poésie m’ont conduit vers toi », dit Saint François (ou Messiaen).</p>
<p>Élément essentiel du cérémonial, de ce rituel, la parole de Saint François, constamment intelligible. On s’incline devant la performance du formidable <strong>Robin Adams</strong> : le rôle est écrasant, Saint François est présent dans sept scènes sur huit, c’est donc aussi (pour quatre représentations !) une performance de mémoire bien sûr. Mais surtout, le baryton anglais, familier de rôles comme Macbeth, Wozzeck, Onéguine ou Alberich, et qui a chanté aussi György Ligeti (<em>Le Grand Macabre</em>) ou George Benjamin (<em>Written on Skin</em>), impose ici, pieds nus et entortillé dans ses couvertures, un personnage impressionnant d’évidence, de simplicité, d’intériorité. Toujours accompagné par son thème aux cordes, thème obsédant qui reviendra on ne sait combien de fois, dans toutes sortes de variations.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023-24_GTG_St-Francois_G_20240408_CaroleParodi_HD-8741-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-160254"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© GTG &#8211; Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>La sainteté par l’exemple</strong></h4>
<p>La voix est moins profonde que celle de José Van Dam auquel on pense inévitablement, mais comme lui il s’appuie sur une diction souveraine. À la beauté du timbre, des phrasés, des couleurs vocales, s’ajoute une manière de noblesse, de sainteté par l’exemple. De grandeur naturelle.<br>De proximité aussi : grâce au dispositif scénique qu’on a décrit, pas besoin de forcer pour que la voix passe. D’autant que Messiaen, soucieux du message qu’il veut transmettre, laisse souvent la voix à découvert dans une sorte d’<em>arioso</em> continu, l’orchestre venant ponctuer la fin des groupes de mots ou de phrases. Et l’on entend parfaitement la poésie du texte, parfois d’une candeur presque maladroite, mais parfois inspiré (le «&nbsp;papillon parfumé !&nbsp;»), parfois aussi d’une aridité théologique intimidante… Pas facile de faire passer des phrases comme «&nbsp;De la croix, de la tribulation, de l’affliction, nous pouvons nous glorifier, car cela nous appartient&nbsp;»…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023-24_GTG_St-Francois_G_20240408_CaroleParodi_HD-8955-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-160255" width="913" height="608"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© GTG &#8211; Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Le deuxième acte est le plus long. Le tableau de l’Ange voyageur (le seul d’où François est absent physiquement mais une fresque le représente sous l’inscription EXIL en lettres lumineuses) commence par un concert d’oiseaux (le Philémon de l’Ile aux Pins, la Rousserolle effarvatte…) tandis que les moines balaient la salle et que l’Ange danse au milieu d’eux (la grâce en mouvement sur fond de piccolo, après que ses coups à la porte auront déclenché un tintamarre de grosse caisse qui fait sursauter). <br>Le décor évoque le couvent de la Verna et on y entend à nouveau Frère Léon chanter «&nbsp;J’ai peur sur la route&nbsp;». C’était déjà les premiers mots de l’opéra). Léon, c’est l’impressionnant, physiquement et vocalement, <strong>Kartal Karagedik</strong>, puissant baryton qui sait alléger sa grande voix pour dire les longues phrases sinueuses que lui attribue Messiaen. Frère Massée, c’est le ténor lyrique <strong>Jason</strong> <strong>Bridges</strong>, voix claire toute de lumière, tandis que Frère Élie, introduit par des accords évoquant le dragon de <em>Siegfried</em>, aura la seule touche d’humour de la partition (<strong>Omar Mancini</strong>, ténor léger ici en ténor de caractère) : Élie est de mauvais poil et ne veut pas être dérangé, même par un ange… d’autant que l’Ange lui demande ce qu’il pense de la Prédestination. À cette question compliquée, c’est Frère Bernard qui répondra, occasion d’entendre le legato et la superbe voix de basse (qu’il sait alléger) de <strong>William Meinert</strong>. <br>Les deux derniers moines, Sylvestre (<strong>Joé Bertili</strong>) et Ruffin (<strong>Anas Séguin</strong>), sont moins mis en avant par la partition, et c&rsquo;est surtout dans les ensembles qu&rsquo;on les entendra, notamment dans le dernier tableau, celui des adieux de François à la vie.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023-24_GTG_St-Francois_G_20240408_CaroleParodi_HD-9143-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-160257"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Robin Adams © GTG &#8211; Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>La musique de l’invisible</strong></h4>
<p>Un énorme oiseau blanc, une colombe (la « colombe poignardée » d’Apollinaire ?) domine le tableau de l’Ange musicien, essentiel évidemment pour Messiaen. Introduit par le faucon Crécerelle (ponctuations des bois dans une alchimie sonore acidulée), l’Ange reviendra, escorté d’énormes accords soutenus par le chœur et son message (« les secrets de la Gloire ») sera traduit par sa viole d’amour, en l’occurrence ici une onde Martenot, appuyée sur le chœur à bouche fermée pianissimo. Une sublime mélodie qu’hélas à notre sens on entendra trop peu : il se dit que l’orchestre bénéficie d’une légère sonorisation, extrêmement discrète, on aimerait que cette « musique de l’invisible » soit un peu soutenue par un micro charitable.</p>
<h4><strong>Le terrible prêche</strong></h4>
<p>Le prêche aux oiseaux est évidemment une manière de pierre d’achoppement. Quarante-quatre minutes de volière musicale, illustrée par l’image sur l’écran de gauche d’un pigeon en gros plan, posé sur un barreau et nous fixant interminablement, et du côté droit, dans un montage très rapide, par une flopée de volatiles de tous modèles et de toutes couleurs. <br>On y entendra, parmi cent autres, la Capinera, la fauvette à tête noire (trente mesures virevoltantes des piccolos, flûtes, hautbois s’entremêlant au thème de St François aux cordes). On y entendra aussi des oiseaux que Messiaen était allé spécialement entendre en Nouvelle-Calédonie. «&nbsp;Je n’ai jamais entendu ces oiseaux dans notre Ombrie&nbsp;», objectera justement Frère Massée.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023-24_GTG_St-Francois_G_20240408_CaroleParodi_HD-9480-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-160260"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>L&rsquo;envol de François © GTG &#8211; Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Par sa longueur, son tempo général très lent (même si des chants d’oiseaux au rythme plus rapide la ponctuent -et parfois <em>ad libitum</em> du point de vue de la mesure), par la lente psalmodie du prêche, cette séquence est, dirons-nous, aussi exigeante pour l’auditeur que pour les interprètes… On admire les majestueux phrasés et les demi-teintes de Robin Adams et la concentration des musiciens (même si l’alternance systématique d’une phrase chantée avec une ponctuation aviaire engendre une certaine torpeur…) <br>Dans cette partition dont Jonathan Nott dit combien elle s’inscrit dans une ligne française (Debussy en arrière-plan et Ravel pour l’orchestration), l’<strong>Orchestre de la Suisse Romande</strong> est d’une virtuosité éblouissante (mention particulière aux vents et au pupitre de percussion, xylophone et marimba au premier rang !)</p>
<p>Mais l’image est belle de St François montant au ciel, suspendu à des haubans que ses frères sont venus attacher, image évidemment inspirée de toutes les transfigurations de l’histoire de la peinture.</p>
<h4><strong>Une cruauté qui fait du bien</strong></h4>
<p>Le tableau des Stigmates introduira d’autres couleurs. Sans doute est-ce le plus frappant. Le plus dramatique. Le plus fort. <br>D’âpres harmonies, blafardes, angoissantes, verdâtres. Des timbres malaisants. Un climat vaguement sériel. Des sons d’outre-tombe aux ondes Martenot. Le thème de St François semble se dissoudre dans les dissonances.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023-24_GTG_St-Francois_G_20240408_CaroleParodi_HD-9510-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-160261"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© GTG &#8211; Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Le décor monumental d’un église occupe le plateau et cache complètement l’orchestre. François se terre dans le recoin des murailles, tandis que le chœur sous les coups de boutoir de la grosse caisse et les clameurs des trombones psalmodie «&nbsp;Il te faut souffrir dans ton corps les cinq plaies de mon Corps en Croix&nbsp;».<br>Après le lénifiant prêche, cette noirceur sinistre fait du bien… Et cette pâte sonore violente, drue, ces fortissimos, ces accords brutaux.<br>Le <strong>Chœur du GTG</strong> et le <strong>Motet de Genève</strong> y sont d’une puissance implacable, répondant au désespoir grandiose de Robin Adams (« Ô faiblesse, ô mon corps indigne ! »)<br>Sans doute la séquence la plus contemporaine. La plus parlante aujourd’hui.</p>
<h4><strong>À la fin, la Joie</strong></h4>
<p>Le dernier tableau commence lui aussi par des accords térébrants. La mort est là qui frappe à la porte. St François est étendu sur son lit de mort. Dépouillement final. La scène est vide. Au fond, la simple beauté de l’orchestre qu’on devine derrière le tulle noir.<br>Séquence de l’adieu aux oiseaux, aux disciples, détresse psalmodiée des frères. Aux coups de boutoir terrassants du «&nbsp;thème de Solennité&nbsp;», succédera la louange de la Mort corporelle, «&nbsp;Loué sois-tu, mon Seigneur pour sœur Mort…&nbsp;»<br>Un tuba imite un chien hurlant à la mort dans le lointain.<br>Le thème de François revient, semble se démantibuler. <br>Après une ultime intervention, miraculeusement transparente, de l’Ange de Claire de Sévigné, François mourra en prononçant le mot <em>Vérité</em> sur un accord de neuvième, laissant une impression d’ouverture ou d’attente.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023-24_GTG_St-Francois_PG_20240406_CaroleParodi_HD-8572-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-160264"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Robin Adams et Claire de Sévigné © GTG &#8211; Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Après qu’il aura été enveloppé d’un suaire par les frères, et qu’il aura disparu dans les tréfonds de la scène, on verra -effet saisissant- le chœur descendre de sa lointaine estrade et s’approcher du bord au plateau, sur fond de xylophones et marimba en fusion.</p>
<p>Foule éclairée par l’arrière, en vêtements contemporains, silhouettes de toutes générations. Pour un chœur final monumental, un point d’orgue se prolongeant à l’infini. Fin glorieuse sur le mot <em>Joie</em> et en <em>ut</em> majeur !</p>
<p>Triomphe de la part du public, à la fois abasourdi, comblé… et épuisé ! Pas autant que les magnifiques interprètes sans doute…</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/messiaen-saint-francois-dassise-geneve/">MESSIAEN, Saint-François d&rsquo;Assise &#8211; Genève</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Haendel magicien &#8211; Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-magicien-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 Nov 2023 04:55:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis 1996, année de sa création, le Palais Royal s’attache à renouveler l’expérience du concert classique en privilégiant ces deux mamelles de la transmission que sont pédagogie et proximité. Pour preuve, une saison 2023-24 pensée comme les précédentes à l’intention de tous les publics, dans des lieux aussi divers que des écoles, des églises (Requiem &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis 1996, année de sa création, le Palais Royal s’attache à renouveler l’expérience du concert classique en privilégiant ces deux mamelles de la transmission que sont pédagogie et proximité. Pour preuve, une <a href="https://le-palaisroyal.com/programmes-musicaux/">saison 2023-24</a> pensée comme les précédentes à l’intention de tous les publics, dans des lieux aussi divers que des écoles, des églises (<em>Requiem</em> de Fauré du 15 au 22 décembre 2023 à Paris), des salles parisiennes (« Paris &#8211; 1850 » à Gaveau le 6 fevrier 2024) ou, ce jeudi 16 novembre, le grand salon de l’Interallié – dernière date d’un spectacle intitulé « Haendel magicien ».</p>
<p>La soirée exclusive dans son concept reste ouverte dans son approche. Pédagogique donc mais non bavarde. Pour dresser en introduction un bref portrait de Haendel, Jean-Philippe Sarcos se laisse guider par sa passion, contagieuse car sincère. Et le chef d’orchestre de rappeler la réponse de Haendel à un des premiers auditeurs du<em> Messie</em> qui le félicitait pour ce « divertissement » : « Milord, je serais désolé si je n’avais fait que les divertir. Mon désir est de les rendre meilleurs ».</p>
<p>« Haendel magicien » ne se prévaut pas d’ambitions aussi élevées mais rappelle en un peu plus d’une heure la variété d’inspiration du compositeur, dans l’élégie la plus éthérée comme dans l’action théâtrale la plus incarnée, avec un sens du rythme et de la mélodie qui vaut à quelques-unes de ses partitions une place au hit-parade de la musique classique. Certaines d’entre elles ont été insérées dans le programme, imaginé par Jean-Philippe Sarcos non comme un pot-pourri mais comme une introspection de la relation amoureuse. Une femme, un homme, elle et lui, s’attirent et se repoussent au gré d’airs et de duos entre lesquels des pages instrumentales aménagent une nécessaire respiration.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Haendel4.jpeg" alt="" class="wp-image-150898" width="912" height="608"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Laurent Prost</sup></figcaption></figure>


<p>Par l’usage d’accessoires, par le travail sur le mouvement et les changements de costume, la mise en espace de <strong>Tami Troman</strong> évite la laborieuse succession de numéros. Dans un salon privé d’estrade, il est cependant recommandé de se placer aux premiers rang si l&rsquo;on veut apprécier le jeu scénique des deux chanteurs.</p>
<p>A défaut, subsiste la musique dont l’acoustique, pour le coup favorable, respecte l’équilibre, faisant valoir la précision instrumentale, sans aucune de ces verdeurs baroques qui irritent parfois le tympan, et la solidité des voix suffisamment aguerries pour surmonter l’extrême virtuosité de certaines arias.</p>
<p>Elle, c’est <strong>Charlotte Mercier</strong>, mezzo-soprano rompue au répertoire léger, connue des familiers de la Compagnie Fortunio, hissée au rang de tragédienne par la musique de Haendel dont elle assume sur une longueur confortable la douleur autant que la fureur, la pudeur blessée de « Penna tiranna » autant que l’agitation hoquetée de « Dopo notte ».</p>
<p>Lui, c’est <strong>Anas Seguin</strong>, baryton dont certaines notes laissent deviner la basse qui sommeille en lui, voix projetée en quête de relief, véloce à l’égale de sa partenaire, certes cueilli à froid par un « Ombra mai fu » étiré jusqu’au sublime par tant de grands interprètes qu’il lui est impossible d’en renouveler le propos, mais véritable <em>showman </em>dans « Tu sei il cor di questo core » empoigné avec une énergie féroce. Ces deux-là ont de la présence à revendre ; leur confrontation fait des étincelles.</p>
<p>L’amour de Jean-Philippe Sarcos pour la musique de Haendel, déclaré en préambule, s’exprime par la pulsation imprimée à chaque numéro, à la manière dont deux danseurs accordent naturellement leurs pas. Si cette métaphore chorégraphique vient à l’esprit, c’est parce que la direction d’orchestre semble puiser son inspiration dans la dynamique ondoyante des partitions, à l’instar de la marche de <em>Rinaldo</em>, si vivace qu’entraîné par le mouvement, on se surprend à taper en rythme le sol du pied.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-magicien-paris/">Haendel magicien &#8211; Paris</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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