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	<title>Irina SHERAZADISHVILI - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Tue, 29 Sep 2026 15:04:07 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Irina SHERAZADISHVILI - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>VERDI, Macbeth &#8211; Rouen</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-macbeth-rouen/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Brunetto]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Sep 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est un triomphe mérité qui accueille la fin de ce Macbeth à Rouen, qui nous plonge en apnée dans les noirceurs de l’âme humaine. L’un des artisans de cette réussite est sans conteste Pierre Dumoussaud, qui, à la tête d’un Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen très en verve, prend le drame à bras-le-corps dès l’ouverture. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un triomphe mérité qui accueille la fin de ce <em>Macbeth</em> à Rouen, qui nous plonge en apnée dans les noirceurs de l’âme humaine.</p>
<p>L’un des artisans de cette réussite est sans conteste <strong>Pierre Dumoussaud</strong>, qui, à la tête d’un Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen très en verve, prend le drame à bras-le-corps dès l’ouverture. Les tempi sont vifs, mais sans que cela sonne précipité, et le chef n’hésite pas à mettre en exergue certaines dissonances ou à faire sonner l’orchestre (et les cuivres en particulier) à des fins dramatiques. La tension est ainsi maintenue sans temps mort jusqu’au dénouement. On applaudit également les chœurs réunis d’Accentus / Opéra Orchestre Normandie Rouen et de l’Opéra de Bordeaux (qui accueillera cette production avec une distribution totalement renouvelée en avril prochain), admirablement préparés, précis et d’une belle homogénéité (une gageure pour des chanteurs qui ne chantent pas ensemble toute l’année). À titre d’exemple, le chœur de sorcières à l’acte 1 est pris à une vitesse folle sans que cela n’entraîne ni décalage ni perte de clarté. Les passages héroïques (chœurs des réfugiés écossais) ne manquent, eux, ni de souffle ni d’ampleur.</p>
<p>Le couple diabolique nous vient de l’est, Russie pour lui, Ukraine pour elle, et est d’une belle complémentarité. <strong>Aleksei Isaev</strong> est un Macbeth d’une grande intelligence interprétative. Si la projection peut parfois se perdre à force de nuances, le chanteur épouse toutes les facettes du personnage, de la pleutrerie à la folie sanguinaire. La scène des sorcières à l’acte 3 ou sa scène finale sont d’une grande force expressive. Mais ce qui donne une couleur si particulière à ce Macbeth est ce timbre singulier, feutré, comme éteint. Même dans ses éclats (et le chanteur a de la puissance à revendre), il n’y a jamais de brillance, que du clair-obscur. Quel contraste avec la Lady Macbeth acérée et terrifiante de <strong>Ekaterina Sannikova</strong> ! La mise en scène ne laisse d’ailleurs aucun doute sur son caractère infernal : elle sort littéralement des flammes d’une cheminée lors de la lecture de la lettre. La voix n’est pas immense, mais la projection est souveraine. La chanteuse possède par ailleurs le bagage belcantiste nécessaire pour se sortir des chausse-trappes du brindisi et un ambitus large qui l’emmène sans problème au ré bémol de la scène de somnambulisme. Certes, l’émission n’est pas toujours homogène, avec des sons parfois droits, parfois vibrés, et n’est pas exempte de raucités. Qu’importe, le timbre a l’astringence idoine et la soprano possède la folie et le feu de jais qui nourrissent et brûlent la criminelle.</p>
<p>Les autres interprètes se hissent au même niveau. <strong>Peixin Chen</strong> a le bronze et la profondeur idoines des Banco de haute volée. On connaît maintenant les défauts et les qualités de <strong>Matteo Roma</strong> (Macduff). Une tendance à forcer et quelques sanglots inutiles ne viennent cependant pas obérer la beauté du timbre, qui s’exprime magnifiquement dans les <em>mezza voce</em>. Ses duos avec <strong>Néstor Galván</strong> (Malcom), aux aigus percutants, sont très réussis.</p>
<p>Aucun rôle secondaire n’est négligé : la suivante (<strong>Irina Sherazadishvili</strong>) et le docteur (<strong>Lysandre Châlon</strong>, qui cumule également les rôles de héraut et de domestique ainsi que celui de l’une des apparitions) ont un relief inhabituel, et les jeunes interprètes des autres apparitions (<strong>Soren Fernandez</strong> et <strong>Adèle Laborde</strong>) font preuve d’un bel aplomb.</p>
<p>Reste la mise en scène signée <strong>Ambre Kahan</strong>, inégale.</p>
<p>On goûte la lisibilité générale de l’action scénique : pas de réinvention ici, juste une lecture plutôt fidèle. On apprécie également quelques belles trouvailles de mise en scène. Ainsi, la détresse et la folie de Macbeth lors du banquet s’illustrent physiquement, l’interprète s’enfonçant dans le sol comme pris au piège de sables mouvants. De même, les transitions scéniques sont plutôt habiles et fluides : le voile blanc qui sert de cocon à Lady Macbeth dans son « La Luce langue », puis qui permet aux assassins de Banco de se tapir dans l’ombre, n’est autre qu&rsquo;un pan de la longue nappe blanche couvrant la table qui descend des cintres lors de la scène du banquet.</p>
<p>Le dispositif scénique nous a semblé plus réussi aux deux premiers actes, avec sa cheminée monumentale tapissée de crânes, qui rend bien l’ambiance délétère, et ses chambres en arrière-plan, qui laissent voir ce qui est habituellement caché : on assiste ainsi à la toilette (intégrale) du roi avant qu’il ne soit assassiné par Macbeth. Ici, rien n’est caché : le meurtre et le sang sont visibles du spectateur. Il est d’autant plus étonnant que la mort de Macbeth se déroule, elle, hors scène (on aura tout de même droit à sa tête sanguinolente portée en trophée). Les décors des actes suivants, avec leurs monolithes qui s’éclairent de symboles ésotériques, offrent moins de surprises. Les éclairages soignés et variés signés <strong>Zélie Champeau</strong> (le rouge des sorcières, la vision de la silhouette de Lady Macbeth en contre-jour) participent à l’ambiance oppressante.</p>
<p>On mettra en revanche définitivement au débit de la mise en scène une première scène illisible, noyée dans des éclairages incertains derrière un voile d’avant-scène. On versera dans le même bain le passage du cheval (Gotama, cité dans le programme) pendant l’ouverture, bruyant et inutile. Par ailleurs, les scènes de foule restent souvent très statiques, à l’image de la scène des sorcières à l’acte 3, créatures dont le visage est remplacé par un miroir, qui traîne un peu en longueur, à peine animée par la chorégraphie heurtée de la danseuse. Pas de quoi expliquer cependant les quelques huées entendues aux saluts.</p>
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		<item>
		<title>PUCCINI, Madama Butterfly &#8211; Toulon (Châteauvallon)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-madama-butterfly-toulon-chateauvallon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Jun 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Si les théâtres de plein air sont nombreux à servir d’écrins à l’opéra, celui de Châteauvallon paraît unique. Malgré la pénible ascension pour y accéder (1), malgré l’inconfort de ses gradins, d’où l’écoute et la vue sont exceptionnelles, malgré le bref concert des cigales au début de l’ouvrage, tout est réuni pour un moment de &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Si les théâtres de plein air sont nombreux à servir d’écrins à l’opéra, celui de Châteauvallon paraît unique. Malgré la pénible ascension pour y accéder (1), malgré l’inconfort de ses gradins, d’où l’écoute et la vue sont exceptionnelles, malgré le bref concert des cigales au début de l’ouvrage, tout est réuni pour un moment de partage avec les artistes : la proximité, l’acoustique aussi. L’absence de mur de fond ne sera jamais un handicap. Mieux, l’odorante pinède autorisera des lumières et de discrètes projections qui participeront idéalement au drame. Ainsi, le disque lunaire, en harmonie avec le décor dépouillé, sera doublé de l’apparition de la « vraie » lune, en arrière-plan. A cet égard, le duo extasié de la fin du premier acte, porté par des voix et un orchestre splendides, comme le nocturne final du II, trouvent dans ce cadre une dimension extraordinaire.</p>
<p>Le destin inexorable de la jeune geisha, de la joie innocente à son abandon par son acquéreur-séducteur dénué de scrupules, à sa détresse qui la conduira au suicide est connu. La mise en scène de <strong>Florent Siaud</strong>, d’une profonde intelligence dramatique et musicale, dépourvue de surcharge, fouille les âmes et les corps et nous vaut moins un Japon de convenance, fantasmé par l’Occident, que l’essence de l’âme du pays du Soleil levant, que méconnaît et dédaigne, sinon méprise, le conquérant vaniteux et égoïste.<br />
Son esthétique minimaliste traduit la spiritualité, la fragilité, l’absence, sur un plateau dépouillé, en gradins clairs, perle, au moyen d’un efficace dispositif, mobile. L’abstraction esthétique d’une forêt de tiges blanches, assortie d’un cercle, permettra de renouveler le cadre, intime comme large, et focalisera l’attention sur les acteurs du drame. Au II, l’attente et le naufrage annoncé des espoirs de Cio-Cio-San seront sobrement illustrés par quelques carcasses de bateaux en arrière-plan, et la présence visuelle de l’eau.<br />
Les costumes de <strong>Philippe Miesch</strong> (2) parfaitement assortis, jamais ostentatoires, mais surtout la direction d’acteurs, la gestique sont exemplaires de vérité. Les lumières de <strong>Nicolas Descôteaux </strong>et le traitement efficace et discret de la vidéo d’<strong>Éric Maniengui </strong>servent idéalement le projet<strong>. </strong>Le régal visuel sera constant.</p>
<pre><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2026-06-23-Pre-generale-Madama-Butterfly-%C2%A9Kevin-Bouffard-082-2-1294x600.jpg?v=1782658261" alt="image-1" />Sunyoung Seo (Cio-Cio-San) et Edgaras Montvidas (Pinkerton), acte I @ Kévin Bouffard</pre>
<p>&nbsp;</p>
<p>La distribution, internationale, comprend deux chanteurs français, qui ne déméritent jamais. Les quatre grands rôles sont confiés à des artistes l’ayant pleinement intégré. De surcroît, chacun d’entre eux confère une réelle dimension humaine, nuancée à souhait, qui rend chaque personnage attachant, y compris l’ignoble Pinkerton. Signalons aussi la qualité constante de la diction, qui donne son juste poids à chaque mot.</p>
<p>Les deux premiers protagonistes sont familiers de l’ouvrage (ils l’ont interprété ensemble à Nancy en 2019). La Cio-Cio-San du début n’a pas toujours la juvénilité attendue, comme si quelques scories de Tosca encombraient ponctuellement l’expression. Mais, dès sa grande scène avec Pinkerton, cette réserve sera oubliée pour que <strong>Sunyoung Seo </strong>s’identifie pleinement à son héroïne, ingénue, candide, pudique et digne, victime consentante, aveuglée par son amour. Attendu, le seul véritable grand air de l’opéra, le « Un bel di vedremo », moment fort, avant la grande scène avec Sharpless, ne fait pas oublier que tout est admirable, émouvant. La plénitude du chant, son modelé, ses accents ne se démentiront jamais, au service de l’expression la plus juste, servie par des moyens superlatifs. Leur ampleur impressionne, des aigus rayonnants, exaltés ou sur le souffle, la douceur comme la violence sont bien là pour un des rôles les plus exigeants du répertoire. La simplicité naturelle par laquelle elle exprime sa détresse (« Che tua madre dovrà prederti… ») dans un registre médian et grave, somptueux, en est une des facettes, contrastant avec la violence de sa réaction à l’endroit de Goro, alors qu’elle prémédite son suicide, avant que son fol espoir renaisse à la faveur de l’annonce de l’arrivée du navire portant Pinkerton. La tendresse douloureuse de <em>« Dormi, amor mio »</em>, tout nous bouleverse.  Une des plus grandes Cio-Cio-San que nous ayons écoutées.</p>
<p>Le Pinkerton, dépourvu de scrupules, jouisseur, immature d’<strong>Edgaras Montvidas </strong>est juste, servi par une voix sûre. Les aigus sont lumineux, aisés, un vrai ténor, fin musicien et excellent acteur. Le vaniteux conquérant<em>, </em>fringant<em> (</em>« Dunque al mondo »<em>) </em>évoquant peu après son « vrai » mariage aux États-Unis de façon odieuse, est détestable. Chanté avec finesse et retenue, le « Addio, fiorito asil », où il avoue sa lâcheté permet de nuancer la personnalité, sans pour autant rendre le personnage attachant.</p>
<p><strong>Irina Sherazadishvili</strong> est une authentique révélation en Suzuki. Son beau mezzo, chaud et sonore, le plus souvent associé à Cio-Cio-San, ne nous émeut pas moins, durant tout l’ouvrage, avec un duo des fleurs exceptionnel et un dernier acte bouleversant. A suivre. Nous découvrons avec bonheur en <strong>Csaba Kotlár </strong>un Sharpless humain, d’une distinction de diplomate aguerri, clairvoyant, attentionné. Comme le souligne le livret, l’aîné de Pinkerton n’aurait-il pu paraître plus âgé ? Ce sera l’unique et faible réserve, car le consul est proche de l’idéal, dramatiquement comme vocalement. La voix, sûre, égale, bien timbrée, la ligne de chant admirable, lui vaudront des ovations appuyées, pleinement méritées, lors des saluts.</p>
<p><strong>Yoann Le Lan </strong>s‘empare du rôle de l’entremetteur avec bonheur. Son Goro fait son métier, sans scrupules.  Du commerce, pas de trahison (3) . Les moyens sont là, vocaux comme scéniques. Notre ténor a l’assurance, la projection, le timbre et le jeu pour lui donner une vie réelle. Le bonze imprécateur, conscient de l’impasse dans laquelle se fourvoie sa nièce, est confié à <strong>Matthieu Toulouse</strong>. La rondeur, la projection, les graves sonores sont au rendez-vous. Le baryton puccinien<strong> Jiwon Song</strong>, ancien lauréat du Concours de Clermont-Ferrand, fait preuve d’une aisance vocale et d’une sûreté de jeu indéniable pour incarner le Prince Yamadori. Kate Pinkerton, confiée à <strong>Kaarin Cecilia Phelps, </strong>est juste, étrangère digne et sensible, et ses quelques répliques nous font regretter de ne pas l’entendre davantage. Les petits rôles, dont les quatre confiés à des chanteurs du chœur ne déparent jamais une distribution de haut vol. Le <strong>chœur de l’Opéra de Toulon</strong>, préparé avec soin, nous réjouit, dans ses interventions ponctuelles comme dans le chœur nocturne, à bouches fermées, qui suspend l’attente du deuxième acte. Nul ne peut rester insensible à une traduction vocale et dramatique aussi admirable.</p>
<p>Puccini a tiré la leçon de Wagner et de Debussy : l’orchestre est au cœur du drame, exprimant l’indicible, les mouvements du cœur, la joie, le rêve, les tensions comme la plénitude, jusqu’à l’horreur. La direction de <strong>Victorien Vanoosten</strong>, intense et raffinée, lui rend sa fonction essentielle, où le chant et l’orchestre se nourrissent mutuellement, entrent en symbiose. Peu de formations excellent à ce point. Ductile, coloré, articulé et précis, il restitue les phrasés et les progressions avec un goût très sûr, sans la moindre boursouflure. Magistral est le traitement du temps, des tensions, de l’urgence, de l’étirement infini de l’attente sereine, fébrile ou tragique (4). L’intelligence, la cohérence de la lecture, tout concourt à confirmer l’exemplarité de la réalisation, loin des clichés, une authentique Passion (5). Puisse-t-elle connaître la plus large diffusion.</p>
<pre>1. Ce soir, pour l’authentique Passion dont nous avons été témoins, l’ascension, sous un soleil de plomb, de la colline constituait un chemin de croix.
2. qui signe également la scénographie.
3. Malgré les cent yens pour lesquels il vend Cio-Cio-San, il n’est pas Judas.
4. La fugue du prélude, bien qu’étrangère au contexte oriental, invite à être écoutée comme l’introduction d’une Passion, dans sa dimension humaine et spirituelle.
5. Alors que sa résolution est prise, Cio-Cio-San ne chante-t-elle pas <em>Tutto è compiuto ormai </em>(Tout est accompli maintenant) ?</pre>
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		<item>
		<title>VERDI, Otello &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-otello-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 15 Apr 2026 05:44:20 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Au théâtre du Capitole de Toulouse, pour Otello, la fièvre gagne. D’abord la fièvre que l’on sait particulière un soir de première ; et puis celle d’un pari osé : offrir en même temps à Michael Fabiano et Adriana Gonzalez leurs prises de rôles d’Otello et Desdemona. C’est en effet Toulouse qui a en premier &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au théâtre du Capitole de Toulouse, pour <em>Otello</em>, la fièvre gagne. D’abord la fièvre que l’on sait particulière un soir de première ; et puis celle d’un pari osé : offrir en même temps à <strong>Michael Fabiano</strong> et <strong>Adriana Gonzalez</strong> leurs prises de rôles d’Otello et Desdemona. C’est en effet Toulouse qui a en premier proposé ce rôle à la soprano franco-guatémaltèque, qu’elle a pu initier <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-otello-strasbourg-en-cours/">à Strasbourg.</a><br />
Mais surtout il y a cette fièvre ardente, maligne, qui prend possession d’Otello, et qui sera le fil conducteur de la tragédie. Cette fièvre qui gagne petit à petit, au fur et à mesure que le venin instillé par Iago fait son effet.<br />
Cet <em>Otello</em>, que <strong>Nicolas Joël</strong> avait proposé in loco en 2001 (fort bien repris ce soir par <strong>Emilie Delbée</strong>) n’a en rien perdu de sa beauté à la fois percutante et simple (des décors efficaces, des costumes d’époques impeccables), parfois lapidaire aussi comme ce dernier acte où la scène est étonnamment envahie par un lit king size. Cet Otello c’est d’abord un personnage entièrement reconstruit pour et sans doute aussi par Michael Fabiano. Avant d’évoquer le chanteur, parlons de l’incarnation du personnage qu’il propose. Elle est passionnante en ce qu’elle semble nous montrer un homme revisité, actualisé, comme mis à jour et capable, au-delà du temps, de nous interroger sur sa psyché. Il est inhabituellement complexe cet Otello et n’est à coup sûr pas fait de bois brut. Il n’est pas le soldat revenu de la guerre, en quête du repos du guerrier et qui tombe dans le piège de la jalousie à la première escarmouche. Ce beau jeune homme fringant, à la stature d’athlète sans en faire trop, c’est un trentenaire amoureux. Amoureux fou et fougueux. Ses baisers sont sensuels, son duo d’amour est enfiévré, déjà, (au dernier acte il embrassera plusieurs fois Desdemona endormie sur son lit, avant de la tuer) et il ne se laisse certainement pas embrigader par Iago sans y réfléchir à deux fois ; on le voit d’ailleurs souvent tourner en rond, se prenant la tête, plongé dans ses réflexions, en quête de compréhension avant de céder, bien sûr, à la fièvre qui s’empare de lui, et comment pourrait-il en être autrement ?<br />
Avec les premiers soupçons apparaissent les premiers symptômes de cette fièvre ; un tremblement de la main droite, léger tout d’abord puis bien vite envahissant. Et puis, au III, la fièvre qui monte et nécessite le fameux mouchoir pour éponger le front, la fièvre qui monte encore et qui conduit Iago à couvrir d’un manteau un Otello plus fébrile que jamais. Ensuite, plus rien n’arrêtera la machine infernale qui s’est emparée de l’esprit définitivement enfiévré de l’homme trompé, trompé non par sa femme mais par son plus proche affidé. Qu’elle est pertinente cette vision du personnage d’Otello, qui montre comment un mécanisme de féminicide peut se mettre irréversiblement en marche.<br />
Michael Fabiano pose, pour son premier <em>Otello</em>, de magnifiques jalons. Si certains pouvaient s’interroger sur la pertinence de cette prise de rôle, cette représentation aura fourni quelques éléments de réponse intéressants. Oui, Fabiano (qui a déjà chanté Cassio) a la voix pour Otello, c’est incontestable. Il en possède la force, la virilité, portées par un timbre clair du plus bel effet. Sans doute faudra-t-il encore se pencher sur les notes les plus aigües (certaines sont inatteignables ce soir) et mesurer leur puissance (dans le duo du I), mais lui qui a étrenné ce rôle qu’il portera cet été au Théâtre Colon de Buenos Aires, puis au Met la saison prochaine, peut être pleinement rassuré.<br />
Et que dire d’Adriana  Gonzalez ? Sa Desdemona est stupéfiante de technique. Dès le duo du premier acte elle multiplie les aigus filés et offre un dernier acte qui restera dans les mémoires. La Chanson du Saule trouve une vigueur et des nuances jusque-là inconnues, l<em>’Ave maria</em> vous fait trembler par tous les membres, son « Emilia addio » est foudroyant et la scène de mort (Otello ne l’étouffe pas sous un oreiller mais sous sa robe de mariée) nous emporte définitivement. Adriana Gonzalez possède à la fois le lyrique et le dramatique nécessaire à la parfaite incarnation de Desdemona.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC_7902-1294x600.jpg" />© Mirco Magliocca</pre>
<p><strong>Nikoloz Lagvilava</strong> a bien failli emporter tous les suffrages au baisser de rideau. Il faut dire que son Iago nous entraîne au plus profond des entrailles du mal, et le pire c’est qu’on en redemande… Il a tout pour se faire détester, c’est le démon fait homme, la vermine sur terre (il passe d’ailleurs beaucoup de temps à genoux sur scène). Son <em>Credo</em> du II est un modèle de diablerie.<br />
Cassio est joliment incarné par <strong>Julien Dran</strong> dont le timbre clair contraste avec ceux, bien plus complexes, de ses partenaires. <strong>Irina Sherazadishviki</strong> campe une Emilia bien décidée à ne pas se laisser abuser par son époux. On connaît l’énergie qu’elle met dans ses interventions ; celle de la toute fin du IV est particulièrement efficace. <strong>Jean-Fernand Setti</strong> (Lodovico), <strong>Andrés Sulbarán</strong> (Roderigo) et <strong>Zaza Gagua</strong> (Montano) complètent parfaitement la distribution.<br />
Mention toute particulière une fois de plus aux chœurs d’hommes et plus encore de femmes qui ont fait preuve, pour un soir de première, d’une maîtrise enviable. Et enfin à un Orchestre national du Capitole en grande forme, grâce à la lecture passionnante de <strong>Carlo Montanaro</strong> qui a mené des tempi souvent retenus, mais toujours réfléchis et préservé en permanence l’équilibre entre la fosse et la scène.</p>
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		<item>
		<title>DONIZETTI, Lucia di Lammermoor (distr. B) &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-lucia-di-lammermoor-distr-b-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Feb 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La seconde distribution de Lucia di Lammermoor, programmé au total huit fois au Théâtre du Capitole de Toulouse fait la part belle à la jeunesse. La distribution A avait vu se reconstituer le duo anthologique Pratt/Pati en Lucia/Edgardo. Lionel Lhote avait brillé en Enrico et Michele Pertusi en Raimondo. Ce sont ces quatre rôles qui &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La seconde distribution de <em>Lucia di Lammermoor</em>, programmé au total huit fois au Théâtre du Capitole de Toulouse fait la part belle à la jeunesse.<br />
<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-lucia-di-lammermoor-toulouse/">La distribution A</a> avait vu se reconstituer le duo anthologique Pratt/Pati en Lucia/Edgardo. Lionel Lhote avait brillé en Enrico et Michele Pertusi en Raimondo. Ce sont ces quatre rôles qui sont doublés, le reste de la distribution (un crâne <strong>Valentin Thill</strong> en Arturo, <strong>Fabien Hyon</strong> en Normanno et <strong>Irina Sherazadishvili</strong> en Alisa) étant inchangé.<br />
Nous avions déjà noté l’attention toute particulière du chef <strong>Fabrizio Maria Carminati</strong> à son plateau. C’est encore vrai ce soir et plus encore peut-être – les tempi pour les deux grandes scènes de Lucia sont très sensiblement ralentis, pour les besoins de la cause. A noter que cette fois-ci les deux parties de la scène de la folie se suivent immédiatement, ce qui contribue à densifier le drame.<br />
Le ténor norvégien <strong>Bror Magnus Tødenes</strong> a 33 ans. Il était <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/die-zauberflote-toulouse-un-conte-de-fees-du-xxie-siecle/">Tamino</a> ici même à Toulouse en 2021. Mais convenons qu’il y a un monde entre le jeune prince amoureux de Pamina et le ténébreux Ravenswood sur lequel le sort s’acharne. Pour que celui-ci soit pénétré de toute la rage amoureuse, de l’instinct presque bestial de vengeance, il faut confier à ce personnage une densité, une envie, mais aussi une noirceur certaine. La voix ce soir est certes dense dans le médium mais se perd dans des aigus parfois forcés et qui contraignent à détimbrer. Le jeu lui aussi manque d’engagement : on aurait envie de voir Edgardo amoureux et allant de l’avant, ici il ne fait que subir.<br />
<strong>Alessio Cacciamani</strong>, déjà vu en <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-il-barbiere-di-siviglia-marseille/">Basilio à Marseille</a> est une basse italienne prometteuse. Ce bassoniste de formation, venu sur le tard au chant, campe un Raimondo d’autorité ; la puissance n’est pas fulgurante mais son « Ah cedi, cedi » au II est franchement convaincant.<br />
Des saluts enthousiastes et bien mérités ponctuent la prestation du jeune baryton argentin <strong>Germán</strong> <strong>Enrique Alcántara</strong> en Enrico. En 2018 il avait été primé au <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/concours-musical-reine-elisabeth-de-belgique-2018-bruxelles-bozar-la-justice-de-salomon/">Concours Reine Elisabeth</a>.<br />
Voilà un chanteur qui n’oublie pas d’être aussi un acteur sur scène. Sa prestation est magnifique d’un bout à l’autre ; il se sort admirablement de son aria plus cabalette au premier acte et ajoute au rôle d’Enrico une noirceur qui va bien avec le personnage.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC_5253.jpg" />© Mirco Magliocca</pre>
<p>Enfin , il nous tardait de découvrir la Lucia de <strong>Giuliana Gianfaldoni</strong>, remarquée au <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/gala-verdien-parme/">gala verdien de Parme</a> en octobre dernier ainsi qu’en <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-falstaff-parme/">Nanetta</a>, toujours à Parme. Il s’agit d’une prise de rôle et celle-ci est réussie. La native de Tarente s’approche avec moult précautions de ce personnage mais elle a de toute évidence le bagage technique et vocal pour en venir à bout.<br />
Elle fait bien de s’en approcher avec prudence ; ses deux grandes scènes sont prises sur un tempo lent, ce qui lui permet de négocier l’ensemble des coloratures aussi justement que possible. Mais il y a surtout un timbre qui, dans les médiums et les graves nous rappellent Mirella Freni avec des harmoniques riches à souhait. Les aigus sont appliqués et justes, la puissance  très respectable.<br />
Une prise de rôle qui doit donner confiance à cette jeune chanteuse à qui on ne pourrait que trop recommander de ne pas brûler les étapes.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-lucia-di-lammermoor-distr-b-toulouse/">DONIZETTI, Lucia di Lammermoor (distr. B) &#8211; Toulouse</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>DONIZETTI, Lucia di Lammermoor &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-lucia-di-lammermoor-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Feb 2026 10:32:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Hommage à deux grands disparus ce soir à Toulouse, deux immenses figures qui ont laissé une empreinte durable au Capitole. D’abord José van Dam ; Christophe Ghristi, le directeur artistique du Théâtre National du Capitole de Toulouse prend brièvement la parole avant le spectacle alors que nous sommes le surlendemain de la mort de van &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Hommage à deux grands disparus ce soir à Toulouse, deux immenses figures qui ont laissé une empreinte durable au Capitole. D’abord <strong>José van Dam</strong> ; Christophe Ghristi, le directeur artistique du Théâtre National du Capitole de Toulouse prend brièvement la parole avant le spectacle alors que nous sommes le surlendemain de la mort de van Dam. Il rappelle que le baryton belge a été de bien des enregistrements des opéras français que nous devons à <strong>Michel Plasson</strong> à la tête de l’orchestre du Capitole et que sur cette scène, il a figuré, entre autres, Don Quichotte en 1992, le Hollandais en 1993 et Scarpia en 1994. Tout cela longtemps après avoir gagné le grand prix du Concours de Toulouse, c’était en 1961.<br />
L’autre hommage c’est cette reprise d’une <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/lucia-de-lammermoor-toulouse-reprise-robuste/">production de 1998</a> que nous devons à <strong>Nicolas Joel</strong>, du temps où il était à la tête de la maison (de 1990 à 2009). Production intemporelle, autant dire éternelle, avec une fidélité au texte qui va laisser aux protagonistes seuls le soin de dire le drame. Des changements de décors à chaque tableau, nous sommes bien dans la région des Lowlands écossais vers 1580, des costumes qui nous plongent eux aussi dans la fin du XVIe siècle, la reprise de la mise en scène par <strong>Stephen Taylor</strong> est fidèle, même si la conduite d’acteurs est minimaliste. A noter, sans doute la seule entorse – bienvenue – aux didascalies, le plateau entièrement vide qui accueille la première partie de la scène de la folie et qui plonge Lucia dans l’immensité de son trouble et de son errance.<br />
Même si l’on aime les transpositions lorsqu’elles sont pertinentes (et certaines  nous sont restées en mémoire comme celle d’Amélie Niermeyer à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/lucia-di-lamermoor-hambourg-lucia-cest-adele/">Hambourg en 2021</a>) , force est de constater que le <em>bel canto</em> se goûte fort bien quand tout s’aligne pour lui laisser la place. C’est le cas donc ce soir avec une représentation qui fait la part plus que belle au beau chant grâce entre autre à une distribution qu’on osera qualifier de superlative.<br />
Mais pour que le chant s’épanouisse et puisse se goûter, pour que donc tout concourt à lui laisser la première place (c’est cela finalement le <em>bel canto</em>, la préséance du chant), il faut aussi un orchestre au service. Comme souvent à Toulouse, chance est donnée à un nouveau chef de venir diriger une phalange qui n’en finit pas de séduire. <strong>Fabrizio Maria Carminati</strong> est, avec <em>Lucia</em>, dans sa pleine zone de confort. Premier chef invité au Teatro Giuseppe Verdi de Trieste, après l’avoir été à Marseille, il œuvre actuellement en tant que directeur artistique du Teatro Massimo Bellini de Catane et sa réputation de spécialiste du <em>bel canto</em> italien n’est plus à faire.<br />
Sa direction est large ce soir, souvent d’une immense amplitude, les tempi sont retenus, la puissance l’est aussi quand il faudra permettre aux aigus filés de Lucia de passer la rampe. Rarement nous aurons senti une telle attention, de tous les instants, à ce qui se passe sur scène. A peine aurait-on pu souhaiter un rythme un peu plus allant dans le duo des amants au I (« Sulla tomba ») ; plus allant, ou en fait plus passionné : on ressentait la retenue des chanteurs dans ce qui est pourtant l’unique moment extatique de l’œuvre. Pupitres impeccables, on ne va pas les citer tous mais il est difficile de passer les cors sous silence (depuis le premier accord du prélude parfaitement étouffé, jusqu’à la scène finale où ils meurent avec Edgardo), difficile aussi de ne pas évoquer le violoncelle solo dans cette même scène conclusive, la harpe pour l’entrée de Lucia au I et bien sûr la flûte, judicieusement placée à l’extrême gauche de la fosse pour permettre la synchronisation dans l&rsquo;ensemble réussie avec Lucia dans la scène de la folie. Chœurs d’hommes et de femmes en belle forme.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC_3932-1294x600.jpg" />© Mirco Magliocca</pre>
<p>Plateau vocal de tout premier plan dominé par une <strong>Jessica Pratt</strong> confondante d’assurance. Elle entre sans autre forme de procès dans le vif (« Regnava nel silenzio » et puis le terrible « Quando rapita in estasi ») d’une partition tordue de chausse-trappes. Place d’emblée des <em>pianissimi </em>tombés du ciel, alterne avec le <em>forte</em> jaillissant de nulle part et exhibe un médium chevillé au corps. Les fleurs qui lui sont lancées au baisser de rideau venaient des mille et un cœurs qu’elle a fait chavirer.<br />
Elle reconstitue ce soir le duo avec <strong>Pene Pati</strong> (ils l’avaient inauguré en 2022 à Naples). Le rôle d’Edgardo (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/pene-pati-mon-objectif-cest-de-toucher-lauditeur-emotionnellement/">même s’il  n’est pas le personnage auquel il s’identifierait volontiers</a>) lui permet de décliner toute la palette ensoleillée de sa voix. Un médium très large et fourni, des aigus plus assurés dans le <em>fortissimo </em>que dans le <em>piano</em>, mais surtout cette chaleur incandescente qui irradie jusqu’aux rangs du paradis. <strong>Lionel Lhote</strong> est un grand Enrico ; il est un personnage clé du premier acte et ne se loupe pas dans les difficultueux « Cruda, funesta smania » puis « La pietade in suo favore » qu’il maîtrise avec une crâne autorité. <strong>Michele Pertusi</strong> reçoit une ovation méritée du public : il campe un Raimondo finalement dévasté par le sort de Lucia et d’Edgardo. <strong>Valentin Thill</strong>, ancien élève de José van Dam, se sort bien de sa courte partition d’Arturo, <strong>Fabien Hyon</strong> est un Normanno démoniaque à souhait et <strong>Irina Sherazadishvili</strong> une Alisa qui tient toute sa place.<br />
Soirée dédicace digne des dédicataires.</p>
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		<title>HAENDEL, Giulio Cesare in Egitto &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-giulio-cesare-in-egitto-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Feb 2025 10:52:01 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Etonnamment, Giulio Cesare in Egitto manquait au répertoire de l’Opéra National du Capitole de Toulouse ; il vient d’y faire une entrée réussie grâce à une combinaison gagnante plateau-orchestre-mise en scène chaleureusement saluée au baisser de rideau. Le public toulousain n’a pas réservé à la co-production due à Damiano Michieletto le même sort que celui &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Etonnamment, <em>Giulio Cesare in Egitto</em> manquait au répertoire de l’Opéra National du Capitole de Toulouse ; il vient d’y faire une entrée réussie grâce à une combinaison gagnante plateau-orchestre-mise en scène chaleureusement saluée au baisser de rideau. Le public toulousain n’a pas réservé à la co-production due à <strong>Damiano Michieletto</strong> le même sort que celui du <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/?s=Giulio+cesare+michieletto">TCE en son temps</a> (2022), public parisien qui n’avait guère goûté la transposition du metteur en scène vénitien. Et pourtant, il ne sera certainement pas dit que tout, dans cette proposition, est limpide et nécessaire, mais la réflexion de Michieletto sur le personnage de Jules César demeure, tout au long de l’ouvrage, cohérente, intéressante, parfois même passionnante.<br />
Ici, César termine son parcours, la mort le hante, la mort le guette ; de fait, à peine deux ans après les évènements historiques narrés par le librettiste Niccolò Francesco Haym (nous sommes en -46), César sera assassiné. Or les Brutus sont déjà là, ils sont sur scène, en toge et armés de poignards pour qu’on ne s’y méprenne pas. Mais ce n’est pas tout, du début à la fin, c’est la mort qui rôde, c’est la mort la figure centrale, magnifiquement incarnée par le fantôme de Pompée. La mort c’est tout d’abord ce personnage mystérieux qui apparaît en fond de scène pendant l’ouverture, ce fond de scène qui figurera au long de l’ouvrage le royaume des Parques. L’homme est entravé de fils rouges, il vient de cet univers interlope, il reviendra, tentant d’attirer à lui César sans y parvenir encore. L’au-delà ce sont aussi les trois Parques, quasi omniprésentes et qui tirent ou coupent les fils rouge sang. Tantôt, elles se contentent d’être en fond de scène et accueillent Pompée, puis Achilla et Ptolémée lorsque ceux-ci sont tués, tantôt elles s’invitent dans la vie d’ici-bas et s’approchent des personnages. Tantôt encore, ce sont les personnages vivants qui s’aventurent dans leur jardin, signifiant ainsi la fragilité des existences.<br />
Et puis il y a Pompée, dont on apporte la tête, non pas sur un plateau comme l’exigerait le livret mais dans une boîte de bois laissant dégouliner le sang. Ce sang qui sent la mort va obnubiler les personnages les uns après les autres, et César en premier. Pompée, ou plutôt son fantôme – c’est l’une des belles trouvailles de Michieletto – va s’inviter les trois actes durant, se tournant vers les Parques pour peser dans la balance qui jauge les vies, vers le fils Sextus, qui ne rêve que de vengeance, vers l’épouse Cornélie qui pourrait bien céder aux avances de Ptolémée, prix à payer pour obtenir sa propre libération et celle de son fils.<br />
Tout cela est rendu par des décors signés <strong>Paolo Fantin</strong> qui, à trop vouloir ne pas représenter quelque époque que ce soit et universaliser le propos, ne représentent plus rien. Tout le premier acte se passe dans une pièce nue aux murs blancs, n’était le sombre royaume des Parques en fond de scène. La chambre de Lydie-Cléopâtre est un espace immense, vide, nu et noir, tout sauf propice aux épanchements. Nul doute qu’on aurait pu habiter davantage l’espace. Idée bienvenue en revanche de vêtir (les costumes sont signés <strong>Agostino Cavalca</strong>) les protagonistes sans les figer dans une époque.</p>
<pre style="text-align: center;"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MIR6440-Migliorato-NR2.jpg" alt="" width="607" height="341" />
© Mirco Magliocca</pre>
<p>Les Talens lyriques de <strong>Christophe Rousset</strong> sont dans leur élément dans ce Haendel virevoltant. Les cordes sont magnifiques de précision et d’élégance, les pupitres irréprochables (le cor obligé est soigné, le violon solo précis). C’est toutefois dans la conduite d’ensemble qu’il nous manque quelque chose, une conduite cohérente des <em>tempi</em> qu’on ne perçoit pas. Certes, on aura bien compris l’attention portée aux solistes et la nécessaire adaptation aux capacités de chacun sur scène ; ainsi le « Presti omai » est-il pris en retrait. Mais pourquoi alors hâter le pas dans le « Va tacito » du même César ? Il semble que Christophe Rousset laisse l’orchestre en retrait, nous privant d’un mordant, d’une <em>allegria</em> pourtant coutumière. Et enfin nous devrons nous passer des chœurs, pas de « Viva viva ! » en entrée.<br />
L’élaboration du casting n’a pas été une partie de plaisir. La contralto québécoise <strong>Rose Naggar-Tremblay </strong>devait être Cornelia. Toutefois, suite au retrait d’Elizabeth De Shong, initialement prévue, c’est elle qui reprend le rôle-titre sept jours avant le début des répétitions. Grâce lui soit rendue. En ce soir de première, tout n’est pas encore parfaitement calé, l’air d’entrée notamment se fait en mode économique. Mais la soirée va voir s’épanouir le chant et nous offrir un timbre d’une si belle élégance, un timbre de velours avec certains accents enivrants. Cléopâtre, sans doute le rôle le plus ardu de la pièce, est tenu par une <strong>Claudia Pavone</strong> tellement agile et à l’ambitus impressionnant ; il reste à parfaire la stabilité et, ici et là, la justesse. Mais quelle endurance et quel engagement ! Pour remplacer Rose Naggar-Tremblay glissant sur le rôle de César, c’est la mezzo géorgienne <strong>Irina Sherazadishvili</strong> qui reprend Cornélia. On ne perd pas au change, le mezzo est d’une chaleur incandescente et le jeu de scène percutant. Le Sextus de <strong>Key’mon Murrah</strong> remporte un triomphe mérité, qu’il doit à l’extraordinaire amplitude de la voix, capable d’habiter les graves et de franchir les plus hauts sommets, le tout avec ce qui ressemble à une insolente facilité. Nous retiendrons sans doute le plus beau moment musical de la soirée, le duo Sextus-Cornélie en clôture du I (« Son nata a lagrimar ») où les deux voix s’allient pour un moment d’éternité. Le contre-ténor américain, vainqueur en 2022 du 40e International Hans Gabor Belvedere Singing Competition à Jurmana (Lettonie) mérite qu’on le suive de près dans ses prochaines prises de rôles. Le Ptolémée de <strong>Nils Wanderer</strong> est un parfait salaud : monstre maniéré, efféminé, sans retenue, il est de ces anti-héros qu’on adore détester. Wanderer met une voix fortement projetée au service de ce jeu. Sachons gré au baryton barcelonais <strong>Joan Martín-Royo</strong> d’avoir remplacé au pied levé Edwan Fardini et d’avoir proposé un Achilla plus que crédible. <strong>William Shelton</strong> (Nireno) n’a qu’un <em>aria da capo</em> à chanter mais il s’en acquitte fort bien, de même que <strong>Adrien Fournaison</strong> est un Curio tout ce qu’il y a de crédible.</p>
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		<title>VERDI, Nabucco (Cast B) &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-cast-b-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 03 Oct 2024 06:13:41 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A l’opéra, les secondes distributions (ou cast B) tiennent parfois des pochettes surprises&#160;; avant de les ouvrir, on ignore ce qu’on va y trouver mais il peut bien arriver que le déballage révèle des moments inattendus et gratifiants. Nous retournons voir Nabucco, ouverture de saison spectaculaire au théâtre du Capitole à Toulouse, histoire de se &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">A l’opéra, les secondes distributions (ou cast B) tiennent parfois des pochettes surprises&nbsp;; avant de les ouvrir, on ignore ce qu’on va y trouver mais il peut bien arriver que le déballage révèle des moments inattendus et gratifiants.<br />
Nous retournons voir <em>Nabucco</em>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-toulouse/">ouverture de saison spectaculaire</a> au théâtre du Capitole à Toulouse, histoire de se laisser surprendre par des chanteurs que nous ne connaissons pas, histoire surtout d’accéder à la prise du rôle d’Abigaille que réalise <strong>Catherine Hunold</strong> durant cette série de représentations (où elle alterne avec Yolanda Auyanet). Christophe Ghristi, le directeur de l’Opéra national du Capitole avait programmé huit représentations, en a finalement ajouté une neuvième et a prévu pour les rôles éreintants de Nabucco, Zaccaria et Abigaille une double distribution.<br />
Cette soirée confirme tout le bien qu’il faut penser de la Fenena d’<strong>Irina</strong> <strong>Sherazadishvili</strong>, dont la voix résonne profondément, tout en sachant s’effiler délicieusement dans les aigus. Nous trouvons <strong>Jean-François Borras</strong> (Ismael) bien plus en forme que pour la première, et ce dès l’acte d’ouverture. Les rôles secondaires sont bien tenus par <strong>Blaise Malaba</strong> (le Grand Prêtre), <strong>Cristina Giannelli</strong> (Anna) et <strong>Emmanuel Hassler</strong> (Abdallo). Le chœur semblait moins appliqué dans le «&nbsp;Va pensiero&nbsp;» avec quelques décalages et une moindre homogénéité, mais l’ensemble de la prestation des troupes de <strong>Gabriel</strong> <strong>Bourgoin</strong>, chef des chœurs, demeure de grande qualité. Orchestre irréprochable, emmené de façon plus fluide que pour la première par <strong>Giacomo Sagripanti</strong> qui recueille les justes louanges du public.<br />
Et maintenant, ouvrons la pochette surprise&nbsp;: <strong>Sulkhan Jaiani</strong> avait été un Nikitich remarqué dans le <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/moussorgski-boris-godounov-paris/"><em>Boris Godounov</em> du TCE</a> en mars dernier. Il est titulaire ce soir du rôle à haut risque de Zaccaria ; rappelons que Verdi avait la grande basse Derivis sous la main, et qu’il en a profité pour gratifier le rôle de Zaccaria de trois moments particulièrement délicats à négocier. Mais dès le « Sperate o figli », Jaiani prend le dessus. Il possède une basse bien profonde, très étayée dans les graves, à laquelle il peut manquer parfois seulement&nbsp; un cantabile stabilisé. Ovation fournie et entièrement méritée au baisser de rideau.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MIR0897-Avec-accentuation-Bruit.jpg" alt="" width="672" height="672">
Sulkhan Jaiani © Marco Magliocca</pre>
<p style="text-align: left;">Autre belle surprise&nbsp;: nous avions découvert <strong>Alksei Isaev</strong> à Toulouse dans le Borgne (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-frau-ohne-schatten-toulouse/">Die Frau ohne Schatten</a>)&nbsp;; il est ce soir Nabucco, rôle autrement plus exigeant. Isaev s’impose d’entrée par la projection et l’autorité, et la capacité à nuancer. L’acte de la prison est plus délicat à négocier (un «&nbsp;Dio di Giuda&nbsp;» incertain) mais le final le voit recouvrer tous ses moyens et toute son autorité.<br />
Impression plus mitigée pour l’Abigaille de Catherine Hunold. La force est là, incontestablement, les aigus perforeraient les plus solides cuirasses car le fer est tranchant. L’aigu est autoritaire et entièrement sous contrôle, mais non sans stridences, et les graves sont fournis. L’arioso qui ouvre le II manque de fluidité, le contre-ut est court et court aussi l’ut grave qui suit immédiatement. Ce sont au total des nuances qui nous ont manqué, celles qui rendent crédible le retournement de situation inattendu à la conclusion de l’œuvre.<br />
Au final une seconde distribution qui représente un très beau pendant à la première.</p>
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		<title>VERDI, Nabucco &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 26 Sep 2024 04:01:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=171771</guid>

					<description><![CDATA[<p>C’est la rentrée au Capitole de Toulouse avec une nouvelle production de Nabucco en partenariat avec l’opéra de Lausanne, dont Charles Sigel avait rendu compte en juin dernier. La distribution (il y en aura deux en alternance) est entièrement revue, à l’exception du Zaccaria de Nicolas Courjal, déjà présent en Suisse. Le metteur en scène, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est la rentrée au Capitole de Toulouse avec une nouvelle production de <em>Nabucco</em> en partenariat avec l’opéra de Lausanne, dont <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-lausanne/">Charles Sigel avait rendu compte</a> en juin dernier. La distribution (il y en aura deux en alternance) est entièrement revue, à l’exception du Zaccaria de Nicolas Courjal, déjà présent en Suisse.<br />
Le metteur en scène, chorégraphe, éclairagiste et costumier <strong>Stefano Poda</strong>, qui mettra en scène ce même <em>Nabucco</em> en ouverture du Festival des Arènes de Vérone 2025, propose une vision proprement, voire essentiellement chorégraphique de l’œuvre. On pourrait presque oser avancer que c’est tout l’opéra qui est chorégraphié, tout, jusqu’au baisser de rideau et aux saluts hiératiques des choristes et de leur chef Gabriel Bourgoin, alignés comme des soldats au garde-à-vous. Dix-sept danseurs sont omniprésents et accaparent l’attention. Ils accompagnent plus qu’ils ne commentent l’action, ils s’agrippent aux personnages, les entravent ou les entraînent, les forcent ou les blessent, et ne leur laissent aucun répit. C’est esthétiquement très réussi, parfois subjuguant, c’est une prouesse artistique et athlétique incontestable, mais cela reste une chorégraphie. Et une chorégraphie ne remplace pas une mise en scène.<br />
Or ici, on chercherait vainement une proposition, une mise en scène au sens où l’on entend qu’une conduite d’acteurs doit éclairer, interroger le spectateur, susciter l’adhésion, la controverse ou le débat. La danse à la place du jeu d’acteurs ?<br />
Alors tout de même, quelques idées à retenir. L’opposition criante et parfois éblouissante, pour ne pas dire aveuglante des couleurs dans des décors essentiellement géométriques. Des lumières crues qui s’opposent&nbsp;; des couleurs qui tranchent jusqu’au caricatural (exclusivement blanche, rouge et noire avec des protagonistes qui endossent alternativement ces couleurs sans que l’on sache trop quel sens donner à cela). Et aussi, une grille cylindrique transparente qui figure tantôt le temple hébreu, tantôt la prison de Nabucco au IV ou encore, plus malaisant, une immense fournaise dans laquelle périssent les Juifs au I. Et puis le «&nbsp;Va pensiero&nbsp;» avec l’aile de Samothrace reconstituée en arrière-plan et le blé en herbe, qui promettent richesse et liberté. Mais de ligne conductrice qui nous entraînerait dans une histoire, point&nbsp;; le spectateur reste spectateur, il reste pour ainsi dire sur la touche.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MIR9644-Avec-accentuation-Bruit-1.jpg?&amp;cacheBreak=1727254256319" alt="" width="661" height="441">
©Mirco Magliocca</pre>
<p>L’orchestre national du Capitole brille de nouveau de mille feux. Si l’on met de côté une synchronisation douteuse des cuivres au tout premier accord, on aura admiré l’homogénéité des <em>tutti</em> et la qualité des solos (flûte et violoncelle). Ce qui, en revanche, aura interrogé, c’est la direction imprimée par le chef <strong>Giacomo Sagripanti</strong>. Une direction parfois difficile à suivre à l’image d’une ouverture qui nous a semblé bien peu lisible avec des sauts de <em>tempi</em> inattendus. Et puis, dans la liaison entre les morceaux (les numéros), un manque de fluidité, des points d’arrêts trop marqués et qui ont pour effet de couper l’élan.<br />
Plateau vocal de belle tenue, dominée par l’époustouflante Abigaille de <strong>Yolanda Auyanet</strong>. La soprano espagnole s’empare d’un des rôles verdiens les plus exigeants avec l’autorité de celle qui sait de quoi elle chante. Le timbre est trempé comme un fer brûlant, les blessures de la vie se lisent dans les aspérités vocales qui confèrent à la ligne de chant une authenticité sans commune mesure. La technique est sûre, Auyanet caracole avec assurance jusqu’en haut de la gamme et dégringole celle-ci tout aussi sûrement : à cet égard, la phénoménale entrée du II, arioso, aria et cabalette avec un saut de deux octaves du contre-ut aigu à l’ut grave est d’autant plus spectaculaire que la soprano nous gratifie, pour la reprise de la cabalette, d’ornements aussi difficiles que maîtrisés. A ses côtés le Nabucco de <strong>Gezim Myshketa</strong> monte en puissance tout au long de la soirée. Timbre chaleureux, ardeur vocale incontestable, jeu convaincant&nbsp;; on retiendra le magnifique duo avec Abigaille au III («&nbsp;Deh, perdona&nbsp;») où Rigoletto pointe sous Nabucco. <strong>Nicolas Courjal</strong> est Zaccharia, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/le-role-le-plus-difficile-de-tout-le-repertoire-verdien-pour-nicolas-courjal/">le rôle le plus difficile du répertoire verdien</a>, selon lui. L’entrée est effectivement redoutable («&nbsp;D’Egitto là su i lidi&nbsp;») que Courjal entame avec prudence, en évitant les pires embûches de cet enfer pavé de bonnes intentions. La suite lui donnera raison et il conclut brillamment («&nbsp;Del futuro nel buio discerno&nbsp;»). L’Ismaele de <strong>Jean-François Borras</strong> a quelque peu souffert d’un manque de stabilité dans l’émission au I&nbsp;; tout est rentré dans l’ordre par la suite et on aura reconnu la générosité dans le ténor du Grenoblois. Beaucoup de subtilité dans la voix d’<strong>Irina</strong> <strong>Sherazadishvili</strong> qui est une Fenena vraiment touchante. Quelques aigus filés, un cantabile du plus bel effet, auront marqué cette belle présence sur scène.<br />
Enfin, il ne faudrait surtout pas oublier le personnage principal de <em>Nabucco</em>, à savoir le chœur. Gabriel Bourgoin nous habitue décidément à la belle ouvrage, et là, le curseur était placé très haut, tant les choristes, hommes et femmes, sont en permanence sur le gril. Même pour un soir de première, on ne déplorera nul décalage, nulle approximation dans l’élocution d’un italien quasi parfait ; on retiendra comme il se doit le moment de grâce tant attendu : les 45 voix qui entonnent un « Va pensiero » qui, pour entendu et rebattu qu’il soit, donne toujours la chair de poule quand il est de cet acabit.</p>
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		<title>MOZART, Die Zauberflöte — Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/die-zauberflote-toulouse-un-conte-de-fees-du-xxie-siecle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Dec 2021 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La Flûte enchantée est décidément un opéra pour temps de fêtes. Vingt-quatre maisons à travers le monde, de la Slovénie aux Etats-Unis, en passant par l’Allemagne (où elle est à l’affiche dans quatorze villes !) proposent en cette fin décembre l’avant-dernier opéra de Mozart. En France, Nancy y est allée de sa proposition et c’est aujourd’hui &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>La Flûte enchantée</em> est décidément un opéra pour temps de fêtes. Vingt-quatre maisons à travers le monde, de la Slovénie aux Etats-Unis, en passant par l’Allemagne (où elle est à l’affiche dans quatorze villes !) proposent en cette fin décembre l’avant-dernier opéra de Mozart. En France, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/die-zauberflote-nancy-tournez-maneges">Nancy</a> y est allée de sa proposition et c’est aujourd’hui Toulouse, en co-production avec l’opéra de Rouen-Normandie, qui se lance pour neuf représentations, confiées à <strong>Pierre Rigal</strong>, danseur et chorégraphe, qui fait ici ses débuts en tant que metteur en scène. Les huées entendues ici et là à son adresse au baisser de rideau de la première ne laissent pas d’interroger. Elles sont en réalité tout à la fois compréhensibles et injustifiées. Essayons de comprendre.</p>
<p><em>Die Zauberflöte</em> est une sorte de conte de fées avec ses attributs obligés et attendus : l’oiseleur, les animaux sauvages, le dragon, la flûte de pan, le jeu de clochettes, le méchant ou supposé tel, et la Reine de la Nuit sous son tapis d’étoiles. Vienne à manquer un seul de ces éléments et c’est tout l’édifice qui nous semble branlant ; comme de tout conte de fées ou assimilé, nous attendons qu’il nous replonge dans un univers stylisé, idéalisé. De tous ces attendus, bon nombre manquent à l’appel dans cette nouvelle production ; le carton-pâte tient lieu de décors (y compris pour les animaux dont le dragon descendu du ciel sous la forme d’un serpent chinois qui tient plus de la peinture sur vase que d’un dangereux reptile) : les montagnes, la lune, le soleil, les arbres font du coup bien chiches et peinent à entraîner le spectateur dans le conte de fées…transposé qui plus est dans le désert arabo-africain au XXIe siècle ; le clou si l’on peut dire étant cette station-service « Totalité » où les trois pompes à essence sont censées incarner les vertus prônées par Sarastro : Nature-Sagesse-Raison. Par ailleurs, nous ne sommes pas dans une période indéterminée du passé qui sied à ce genre de fable : ici, Monostatos et ses esclaves déboulent à bicyclette avec sur le dos ces énormes cubes des livreurs de plats cuisinés qui sillonnent aujourd’hui les centres-ville (clin d’œil un peu appuyé à la précarité du statut de ces travailleurs). Ajoutons à cela que les dialogues sont systématiquement dits en français par … deux personnages incarnant Mozart et Schikaneder en personne qui, tout au long de la représentation, joueront les Monsieur Loyal en traduisant donc, mais aussi en ajoutant des tirades à vocation visiblement pédagogique mais qui ralentissent ainsi l’action. Enfin, outre les sur-titres français, deux gros bandeaux de sur-titrage sont omniprésents et désignent les personnages ou commentent l’action : « Humain, trop humain » pour qualifier le désir de Monostatos pour Pamina ou encore « Papageno face à lui-même » dans la scène du jardin où il est à deux doigts de se pendre. Si l’on ajoute les intermèdes musicaux, heureusement peu sonores et dont la pertinence nous a échappé, on concèdera que les puristes n’y trouveront pas leur compte. Dont acte.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="312" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/_dsc9571_-_b._m._todenes_tamino_s._uyar_la_reine_de_la_nuit_m-a_bouchard_i._sherazadishvili_a._soare_-_credit_mirco_magliocca.jpg?itok=Y948jmmj" width="468" /><br />
	© Mirco Magliocca</p>
<p>Et pourtant. Pour mieux comprendre la proposition du metteur en scène, il est bon de resituer <em>Die Zauberflöte</em> dans le contexte de sa création en 1791. C’est un Mozart aux abois financièrement qui compose ce <em>Singspiel</em> sur le livret de son ami Emanuel Schikaneder ; l’œuvre est créée non pas sous les ors du Burgtheater comme l’opus précédent (<em>Così fan tutte</em> l’année d&rsquo;avant) mais dans le très trivial Theater auf der Wieden ou Schikanedertheater. Le public n’est pas du tout le même ; c’est celui des faubourgs populaires de Vienne qui vient autant pour le spectacle à voir que pour la musique à entendre. Mozart et Schikaneder vont lui en donner pour son argent et, du reste, l’œuvre aura immédiatement un grand succès. Succès dû à l’immédiate accessibilité de l’œuvre. Il nous semble que c’est ce qu’a tenté Pierre Rigal dans cette mise en scène. Faire en sorte que le public comprenne parfaitement l’action, la finesse des dialogues, quitte parfois, c&rsquo;est évident, à surligner de façon un peu voyante les intentions du librettiste. Se rapprocher du public, briser la barrière de la langue, pour que l’histoire parle encore au XXIe siècle. De ce point de vue-là la réprobation exprimée par une partie du public pourrait relever d’une méprise.</p>
<p>La réserve majeure concernant ce cast A (les neuf représentations se succédant à bon rythme jusqu’au 30 décembre, deux distributions alterneront), tient au défaut patent de maîtrise de la langue allemande de la part de chanteurs dont aucun n’est germanophone (heureusement, en un sens, que les dialogues parlés l’étaient en français). Abstraction faite de cela, nous retiendrons particulièrement <strong>Serenad Uyar</strong> qui se tire admirablement des mille et un chausse-trappes des deux airs de la Reine de la Nuit ; aucune faiblesse dans l’aigu, une conduite de la ligne de chant très exercée, avec ce qu’il faut de <em>rallentando</em> pour éviter la sortie de route ; ovation méritée. Il en va de même du Papageno de <strong>Philippe Estèphe</strong>, excellent acteur et à l’aisance vocable très appréciable. Le Sarastro de <strong>Luigi Di Donato</strong>, s’il n’a pas la noirceur de timbre attendu, ne tremble pas quand il doit aller chercher dans les tréfonds de la gamme les fa et fa dièse graves de ses deux airs, le tout avec une projection très correcte. Les trois dames (<strong>Andrea Soare</strong>, <strong>Irina Sherazadishvili</strong> et <strong>Marie-Andrée Bouchard-Lesieur</strong>) ont le privilège de débuter l’opéra par un trio qui relève d’une des plus belles inspirations de Mozart. La technique y est, mais le tempo nous a semblé quelque peu hâté. Le Tamino de <strong>Bror Magnus Tødenes</strong><strong> </strong>ne souffre pas de faiblesse dans la projection ; on aurait attendu dans « Dies Bildnis » davantage de nuance et de legato ; mêmes remarques pour Pamina ; le timbre plaît mais les redoutables arcanes du « Ach, ich fühl’s » (l’un des arias les plus piégeux de Mozart) exigent un doigté de magicienne qu’<strong>Anaïs</strong> <strong>Constans</strong> ne possède pas encore entièrement. La Papagena de <strong>Céline</strong> <strong>Laborie</strong> est délicieuse à souhait, le Monostatos de <strong>Paco Garcia</strong> joue plus le benêt que le retors. Il faut saluer l’enthousiasme de tous les protagonistes qui s’emparent avec gourmandise de la proposition du metteur en scène. Excellent jeu d’acteurs de l’ensemble, y compris des trois Knaben, solistes de la Maîtrise du Capitole.</p>
<p>L’orchestre du Capitole sous la direction de <strong>Frank Beermann</strong> nous offre une ouverture de toute beauté avec un équilibre quasi parfait entre cordes et vents ; par la suite, de menus décalages, bien compréhensibles un soir de première, n’obèrent pas une impression de grande maîtrise désormais coutumière.</p>
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