Diptyque viennois

Beethoven : Le Christ au Mont des Oliviers - Paris

Par Alexandre Jamar | sam 25 Janvier 2020 | Imprimer

Il faut un certain courage pour affronter l’anniversaire Beethoven, car les 250 ans de sa naissance ne vont pas sans leur inévitable chapelet de symphonies, sonates, quatuors et concertos joués dans toutes les salles, par tous les interprètes, à l’endroit, à l’envers, et ce toujours avec un profond sentiment mêlant religiosité et emphase. L’escapade parisienne de Simon Rattle et du LSO a donc un double mérite. Le premier est de faire côtoyer la Première et la Seconde école de Vienne, puisque les deux concerts de ce weekend brossent le portrait de Berg à côté de celui du compositeur jubilaire. Le second est de proposer des œuvres rarement entendues, car c’est le cas du Christ au Mont des Oliviers.

A côté de ce dernier, le Concerto à la mémoire d’un Ange de Berg fait presque office de tube, dont Lisa Batiashvili est certainement la guest-star. On s’étonne tout d’abord de la candeur avec laquelle elle aborde une partition pourtant connue pour son contexte d’écriture assez sombre. Les premières notes sont une prise de connaissance de l’instrument, comme un souvenir de toccata. Pourtant, le son droit et pur qu’elle propose pour la première section sied très bien à l’esprit de l’œuvre. Les passages tourmentés ne manquent néanmoins pas de verve, mais cette tendresse initiale se retrouvera jusque dans une magnifique conclusion. La baguette de Simon Rattle se veut plus discrète, laissant à chaque pupitre la pleine liberté d’expression. On savoure ainsi une section de cuivres très assurée, et un quatuor de clarinettes et saxophone qui donne toute son importance au choral de Bach en filigrane de l’œuvre.

Le Christ au Mont des Olivier est une fois de plus un étrange patchwork musical comme seul Beethoven en a la clef. A l’instar de Fidelio ou des Ruines d’Athènes, plusieurs registres s’y côtoient sans gêne, et on finit par s’en accommoder, même si la dramaturgie en pâtit certainement. A côté des pages tortueuses que sont l’introduction (en mi bémol mineur, s’il vous plaît) et l’air du Christ, on retrouve des pages que l’on croirait issues d’un singspiel (surtout le Chœur des soldats et dans une certaine mesure l’air du Séraphin). On ne sait trop sur quel pied danser, mais cela, Beethoven n’en a cure, puisqu’il sait toujours manifester sa capacité d’invention dans tel détail d’instrumentation ou telle originalité de langage.

Le rôle du Christ est une préfiguration de celui de Florestan, qui lui succède de quelques années seulement. Pas nécessairement haut-perché, il requiert cependant une voix puissante, mais capable de nuances et même d’une certaine fragilité. Formé à l’école mozartienne, Pavol Breslik a pris du grain depuis ses jeunes années, et le montre dans son air où la détresse du Christ se fait pleinement sentir. Il est d’autant plus dommage que le chanteur ait du mal à lever les yeux de la partition, et donc à nous communiquer pleinement les intentions dramatiques de Beethoven. La voix s’allège vers la fin de l’ouvrage, notamment dans le trio, lui permettant davantage de contrastes expressifs.
Au milieu de toute cette souffrance, la présence radieuse d’Elsa Dreisig apporte une légèreté bienvenue. L’air du Séraphin n’est certainement pas une partie de plaisir vocal, mais il permet à la chanteuse de briller par sa technique infaillible, et par ses aigus qui emplissent la vaste Philharmonie sans peine. Peu mis en valeur par la partition, David Soar défend le rôle de Saint Pierre avec honneur et modestie.

Préparé par Simon Halsey, le London Symphony Chorus impressionne par la qualité de la mise en place. Ni le Chœur des soldats, ni la fugue conclusive ne sont évidents à mettre en place, mais les chanteurs privilégient l’attaque au gros son, ce qui leur assure intelligibilité et transparence tout au long de la soirée.
Plus symphoniste que dans le Concerto, Simon Rattle communique chaque intention à son orchestre, s’assurant des contrastes instrumentaux du meilleur effet.

Puisqu’il ne faut pas changer un diptyque qui gagne, le concert de dimanche réitère la confrontation entre Beethoven et Berg. Les Sept lieder de jeunesse, les Trois pièces opus 6 et la Passacaille du second dialogueront avec la Septième Symphonie du premier.

 

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