A l'Amphi Bastille, Innocent contre les Innocents

Par Laurent Bury | lun 15 Décembre 2014 | Imprimer

Les membres de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris sont régulièrement confrontés aux répertoires les plus divers, depuis le baroque jusqu’à nos jours. Et pour les frotter à la musique contemporaine, le mieux n’est-il pas de leur offrir une œuvre écrite spécialement pour eux ? Avec Maudits les innocents, il a été décidé de réunir les jeunes talents de quatre compositeurs pour mettre en musique le livret écrit par une valeur sûre, Laurent Gaudé. Mikel Urquiza, Julian Lembke, Didier Rotella et Francisco Alvarao, élèves de composition au CNSMDP se sont donc partagé ces quatre actes évoquant la fameuse Croisade des Enfants (1212), les qualités des uns et des autres trouvant ainsi diversement à s’employer. La basse Andriy Gnatiuk a la chance d’interpréter le seul véritable personnage, le pape Innocent III, qui est aussi le méchant de l’histoire, dans l’acte qui s’avère aussi le plus dramatique et le plus propice à l’expression lyrique, celui de J. Lembke. A ses côtés, on apprécie les qualités de diction d’Artavazd Sargsyan ou l’expressivité de Pietro Di Bianco. Au premier acte, si les enfants de la Maîtrise des Hauts-de-Seine et de l’OnP ont à chanter une partition convaincante, le rôle des trois Mères reste confiné dans un quasi parlando, alors que M. Urquiza semble réserver toute son inventivité à l’orchestre (l’ensemble du CNSMDP dirigé par Guillaume Bourgogne). Au troisième acte, D. Rotella revisite la tradition française, avec notamment des clins d’œil à Debussy pour l’évocation de la mer, mais les beaux timbres du ténor Yu Shao et de la mezzo Gemma Ní Bhriain sont insuffisamment mis en valeur. Le dernier acte se conclut par un beau chœur méditatif, occasion supplémentaire de féliciter les excellents jeunes solistes qui se détachent de l’ensemble de voix d’enfants. La mise en scène de Stephen Taylor tente une transposition contemporaine et minimaliste, où Didier Sandre intervient trois fois pour des monologues traités en mélodrame. Comment les scolaires accueilleront-ils ce spectacle assez austère, qui pose des questions éternelles ? On le saura lors des représentations qui leur sont spécialement destinées, les 15 et 18 décembre en matinée, en plus des deux autres représentations tout public les 16 et 19 en soirée, à l’Amphithéâtre Bastille.

 

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