A Liège, Karine Deshayes met le poète à nu

Par Mélanie Defize | mar 01 Décembre 2015 | Imprimer

Eloge unanime pour Karine Deshayes et l'Orchestre Philharmonique Royal de Liège sous la direction de Christian Arming. « Tragique », le récital-concert donné vendredi dernier à la Salle philharmonique de Liège marque la saison de l'OPRL du sceau de l'excellence.

C'est en pleine possession de son art que Karine Deshayes interprète le Poème de l'amour et de la mer d'Ernest Chausson, un triptyque en demi-teinte entre impressionnisme et symbolisme. Dès le premier mouvement de la partition, « La Fleur des eaux », la voix de la mezzo-soprano débute avec un langoureux piano, en ce moment où le poète se souvient de sa bien-aimée. Après un interlude orchestral où les tourments du poète rejoignent « l'inexprimable horreur des amours trépassées », Karine Deshayes fait sensation dans « La mort de l'amour ». Sans jamais craindre la puissance de l'orchestre, son chant culmine avec des pianissimi élégiaques et l'intensité de ses tenuti sans vibrato (ou presque), telle l'esthétique épurée de la mélodie française. Tout au long de l'oeuvre, l'élocution y est irréprochable : une prouesse non feinte qui se déguste à chaque syllabe, à chaque mot, à chaque phrase. En s'attaquant au Poème de Chausson (souvent redouté par ses consoeurs), Deshayes fait valoir toute son agilité dans les sauts d'intervalles (graves-aigus). Finalement, c'est bien d'amour – et avec amour – que la diva laissera mourir le poète (« Et toi que fais-tu? »).

Place ensuite à la foudroyante interprétation de la 6e Symphonie « Tragique » de Gustav Mahler. Dirigée corps et âme par le majestueux Christian Arming – et son indomptable chevelure qui bat la mesure – l'on y reconnaît toute la force et la finesse de l'OPRL. Mention particulière et enthousiaste pour la nouvelle installation acoustique d'Eckhardt Kahle (toujours en cours d'évaluation). Présentée pour la première fois au public par Daniel Weissmann, directeur général de l'OPRL, elle tend vers la perfection dans le répertoire orchestral (tout spécialement dans les tutti) mais apparaît moins convaincante dans le répertoire vocal où l'équilibre des volumes laisse, d'avance, la part belle à l'orchestre et nécessite quelques légers réajustements (ex. : sursaturation dans les graves).

 

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