Broadway à Toulon

Par Maurice Salles | mar 12 Mars 2013 | Imprimer
 
« Avec le temps, va, tout s’en va », chantait Léo Ferré, y compris les illusions. C’est le thème qui innerve Follies, comédie musicale composée par Stephen Sondheim sur un livret de James Goldman et créée à Broadway en 1971. Une douzaine d’anciennes vedettes de music-hall se réunissent dans le théâtre, désormais décrépit et voué à la démolition, qui abrita leurs succès et leurs élans sentimentaux. L’une d’elles, Bovary moderne, remet en cause son mariage et celui du beau gosse d’autrefois, présent lui aussi, qu’elle affirme avoir toujours aimé. Le livret mêle présent et passé, avec deux couples dans la vingtaine qui incarnent les quinquagénaires d’autrefois. Le psychodrame s’intègre dans la série de numéros que les anciens partenaires exécutent avec fierté et nostalgie. Après une dernière parade, la réalité reprend ses droits et le théâtre replonge dans l’obscurité. Stephen Sondheim et le librettiste ont fait de cette œuvre, en même temps qu’un témoignage sur la fin d’une certaine Amérique, une sorte d’adieu aux rêveries de jeunesse qui lui confère un charme certain, d’autant que le compositeur se révèle particulièrement habile à créer l’émotion. L’Opéra de Toulon a déployé les moyens nécessaires, en particulier dans la fosse, pour rendre justice à la composition, que David Charles Abell dirige avec une subtilité qui ennoblit la musique. Formés pour la plupart au chant classique, les interprètes ont l’étendue vocale suffisante pour les rôles les plus lyriques, mais la sonorisation est si présente qu’il est impossible d’apprécier leur projection. Incarnés par Graham Bickley, Liz Robertson et Jérôme Pradon et Charlotte Page les deux couples acquièrent une présence convaincante. Le spectacle est une réussite visuelle à porter au crédit des concepteurs, décors, costumes et lumières. La mise en scène d’Olivier Bénézech est respectueuse et la transposition temporelle discrète et fonctionnelle. Le triomphe toulonnais se renouvellera probablement à Metz, partenaire de coproduction. A réserver toutefois aux amateurs du genre.

 

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