Cosi au cinéma, et pourquoi pas ?

Par Elisabeth Bouillon | mer 30 Avril 2014 | Imprimer

Pari réussi que la retransmission en direct, par Pathé live, d’une représentation de Cosi fan tutte au Met. On s’habitue vite, malgré un début un peu dérangeant, aux proportions sonores faussées et aux plans américains trop insistants sur le chef d’orchestre, tant on apprécie de voir James Levine, revenu à la scène après deux ans de paralysie, diriger avec feu et tendresse, depuis son fauteuil roulant, l’un de ses ouvrages de prédilection.
Il règne un silence religieux dans la salle comble du Pathé-Capucines, à Paris. Le public, envoûté, découvre ou redécouvre avec émerveillement cet ouvrage mozartien si énigmatique où paroles et musique se contredisent si souvent. La production, mise en scène dans un agréable décor napolitain et des costumes d’époque très soignés, date de 1996. Le premier acte donne souvent dans la pantalonnade mais avec l’exemplaire « Come scoglio » de Susanna Philips, la sincérité des sentiments s’installe définitivement chez les jeunes filles. Nous découvrons une Fiordiligi directe, spontanée et d’une grande force d’âme. Après le « Smanie implacabile » de Dorabella, interprété comme un air d’opera seria, Isabel Leonard trouve un ton inhabituel, plaisant mais grave, pour « Amor è un ladroncello ». La complémentarité de ces deux voix mozartiennes d’une pureté et d’une rondeur exemplaires, aux nuances si raffinées, comble de bonheur. Inversement, il faudra attendre le moment où, au deuxième acte, les deux garçons doivent assumer leurs responsabilités pour pouvoir apprécier à leur juste mesure le beau baryton cuivré et souple de Rodon Pogossov (Guglielmo) et la voix riche et percutante de Matthew Polenzani (Ferrando), qui peine un peu à vocaliser.
Ce qui caractérise la mise en scène, c’est cette attention toute particulière portée aux rôles féminins, si souvent tournés en dérision, que le réalisateur met en valeur, faisant se succéder adroitement plans d’ensemble, plans moyens et gros plans. C’est justement cela, l’apport du cinéma à l’opéra. Lesley Koenig a réussi la performance de garder intacts tout au long de la représentation l’amour fraternel, la connivence et la gaîté qui unissent les deux sœurs en dépit des épreuves traversées. En revanche, les personnages d’Alfonso et de Despina laissent à désirer. Trop âgé, Alfonso manque de cynisme et de libido. La voix de son interprète, Maurizio Murano, semble bien fatiguée. Celle de Danielle de Niese, aux belles couleurs dans le medium et la plupart des aigus, prend parfois d’étranges sonorités métalliques. Irrésistible en docteur et en notaire, sa Despina manque d’intériorité. Au final, c’est le meilleur qui l’emporte et personne ne semble regretter sa soirée. [Elisabeth Bouillon]
>> Prochaine retransmission : Gioachino Rossini, La Cenerentola - samedi 10 mai 2014 (plus d'informations)

 

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