Puis vint en 1986 cette intégrale dirigée par Armin Jordan, la première en studio dans la discographie de l’ouvrage, insurpassée aujourd’hui parce qu’elle évite précisément ce qui menace souvent l’unique opéra de Chausson : l’emphase, la lourdeur, la fascination un peu aveugle pour le modèle wagnérien. Pour conjurer la référence, le chef reste attentif aux respirations, aux transitions, à cette fragile clarté, très française, qui affleure sous le drame arthurien.
Le Philharmonique de Radio France déploie une matière dense mais jamais engorgée, où la clarté des plans permet au discours de progresser sans s’alanguir. Les chœurs, superbement préparés, donnent à la fresque son ampleur sans la figer dans le monumental. La distribution, équilibrée, sert le propos sans chercher l’effet : Gino Quilico incarne un Arthus digne et humain ; Teresa Żylis-Gara prête à Genièvre une noblesse douloureuse ; Gösta Winbergh impose un Lancelot ardent, pris entre héroïsme et culpabilité. Plus qu’un simple témoignage discographique, cette version révèle la cohérence et la force émotionnelle d’une œuvre trop rarement jouée car méjugée.
Gino Quilico (Arthus), Teresa Żylis-Gara (Genièvre), Gösta Winbergh (Lancelot), Gérard Friedmann (Lyonnel), René Massis (Mordred), Gilles Cachemaille (Merlin), François Loup (Allan), Thierry Dran (Un Laboureur) – Nouvel Orchestre Philharmonique de Radio France, Chœurs de Radio France, direction : Armin Jordan


