Pourtant, la cantatrice australienne, aborde le personnage avec un aplomb et une sûreté vocale digne des plus grandes. Dès les premières notes de « In questa reggia », jusqu’aux éclats de « quel grido e quella morte ! » qui culminent sur un si percutant, sa voix qui s’épanouit, solide et puissante, dessine une Turandot atypique, mais pleinement convaincante. La diction, intelligible, renforce l’impact dramatique de cette prestation. Luciano Pavarotti affiche un timbre solaire et un registre aigu éclatant. Il triomphe de toutes les embûches de la partition jusqu’au fameux « Nessun dorma » qu’il interprète avec l’assurance du vainqueur, et couronne d’un si aigu final glorieux et longuement tenu. La voix de Montserrat Caballé est à son zénith et son timbre de miel est un régal pour l’oreille. Superbe est l’aigu filé qui achève la phrase « perché un di’ nella reggia m’hai sorriso ». Au dernier acte, elle interprète « Tu che di gel sei cinta » avec la détermination désespérée de celle qui sait qu’elle va mourir. Nicolaï Ghiaurov est l’un des meilleurs Timur de la discographie, la noblesse de sa ligne chant et la profondeur de ses graves siéent à ce personnage de monarque pétri de bonté. Sir Peter Pears est un Altoum de luxe, et l’excellent Tom Krause tire magnifiquement son épingle du jeu dans le rôle de Ping. Enfin, la direction raffinée et précise de Zubin Metha magnifiée par les ingénieurs du son de l’époque, constitue l’atout majeur de cette version. Jamais la partition de Puccini n’a sonné avec un tel chatoiement sonore
Le lecteur désireux de se procurer une version alternative se tournera vers l’une des deux intégrales gravés par Birgit Nilsson et l’amateur curieux ne manquera pas de jeter une oreille sur la toute dernière version dirigée par Antonio Pappano (Warner Classics) qui comporte l’intégrale du final composé par Alfano.
Joan Sutherland (soprano), Luciano Pavarotti (Calaf), Montserrat Caballé (Liù), Nicolaï Giaurov (Timur), Tom Krause (Ping), London Philharmonic Orchestra, John Alldis Choir, diresction Zubin Mehta.
Enregistrement studio Decca (1973)


