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Un jour, une création : 8 avril 1876, le perfectionniste insatisfait

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Zapping
8 avril 2026
La Gioconda de Poncheilli fête ce 8 avril ses 150 ans ! Pour l’occasion, nous republions un article écrit il y a 10 ans, revu et augmenté.

En 1874, Amilcare Ponchielli se voit passer commande par les éditions Ricordi d’un nouvel opéra en collaboration avec Arrigo Boito pour le livret. Ricordi voudrait renouveler l’offre lyrique alors que Verdi s’est un peu retiré des théâtres (il a créé la même année son Requiem en hommage à l’écrivain Manzoni, mais n’a plus composé d’opéra depuis Aida, et n’y reviendra plus guère jusqu’à la révision de Simon Boccanegra en 1881). Le choix de Boito, qui prend un pseudonyme assez peu crypté pour l’occasion (Tobia Gorrio…) porte sur une adaptation d’Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo, qui avait déjà servi à Mercadante pour l’un de ses meilleurs opéras, Il Giuramento.

Ponchielli met plus d’un an à composer une partition à laquelle il ne consacre pas toute son énergie et qui prendra le nom de Gioconda. Ce quarantenaire timide, voire effacé, n’a jamais su se mettre en avant. Verdi a pourtant une bonne opinion de lui et il considérera d’ailleurs, notamment avec ce nouvel opéra, que Ponchielli est le meilleur compositeur italien d’opéras du moment (on ne sait s’il s’excluait par nature du classement). De même qu’il manifestera un chagrin sincère à la mort précoce de Ponchielli en 1886.

Malgré une personnalité si terne, Ponchielli aurait quand même toutes les raisons d’être satisfait du triomphe remporté par son œuvre lors de la création à la Scala de Milan il y a tout juste 150 ans. Mais, décidément, pas de place pour l’autosatisfaction : influencé par des critiques moins positives que le public, sensible à la moindre remarque sur telle ou telle invraisemblance voire incohérence (on ignore si Boito, tout à son Mefistofele créé l’année précédente, s’est senti visé), mais aussi par telle ou telle exigence de tel ou tel théâtre qui voudra mettre en avant tel ou tel artiste, Ponchielli, qui n ‘a donc pas la fermeté bourrue de son modèle verdien, corrigera plusieurs pages de sa partition, coupant, réécrivant, ajoutant, puis recommençant encore après une première reprise, 7 mois à peine après la première. La version définitive paraîtra en 1880 seulement. Il aura la sagesse d’arrêter là, mais on ignore toujours s’il était vraiment pleinement satisfait.

Œuvre exigeante par les moyens vocaux qu’elle requiert, La Gioconda doit tout à Verdi ou presque, Ponchielli n’étant, comme on le voit, pas très porté sur l’audace. Les grands moments y sont nombreux, le sens mélodique y est évident, les ensembles saisissants et sa musique de ballet, la fameuse danse des heures immortalisée par les hippopotames, autruches et autres crocodiles du Fantasia de Disney, est l’un des rares extraits dansés d’un opéra que tout le monde connaisse. Il a cherché à affiner son style et beaucoup voient dans cette œuvre un pont entre deux époques de l’opéra italien, entre verdisme et vérisme. Mais il le montrera davantage, semble-t-il, avec Marion Delorme peu avant sa mort.

Pourtant, dans l’extrait choisi par nos soins, point de « Suicidio ! », air légendaire de l’héroïne ; point de danse des heures, pas davantage de « O monumento » du méchant Alvise, Iago avant l’heure. Voici plutôt le grand ensemble final de l’acte III, particulièrement remanié par le compositeur, ici porté par une distribution de rêve avec hélas une prise de son des plus acide, qui ne rend pas pleinement justice à l’énergie du chef Gianandrea Gavazzeni, à la tête du Maggio musicale fiorentino. Cette intégrale, l’une des rares en studio du météore Anita Cerquetti, dans le rôle titre, tient cependant lieu de référence discographique.

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