En direct du Met, Marnie crève l'écran

Par Christian Peter | dim 11 Novembre 2018 | Imprimer

Saluons tout d’abord l’initiative du Metropolitan Opera qui a retransmis dans les cinémas une création contemporaine et réjouissons-nous de constater que, sans être comble, la salle où nous nous trouvions était fort bien remplie, pas moins en tout cas que pour nombre d’opéras familiers du répertoire. C’est à la dernière représentation de Marnie que le Met nous a conviés, une coproduction avec l’English National Opera de Londres où l’œuvre a été créée en 2017. Pour les cinéphiles, Marnie est le titre original d’un film d’Alfred Hitchcock sorti en 1964 et adapté d’un roman de Winston Graham paru trois ans plus tôt. Le cinéaste avait transposé l’action aux Etats-Unis et modifié les rouages de l’intrigue, en revanche le livret de Nicholas Wright est davantage fidèle au roman. Ainsi l’époux de Marnie, Mark Rutland a un frère au comportement ambigu et non pas comme dans le film une belle-sœur amoureuse de lui en secret et jalouse. Les origines de la névrose de Marnie, kleptomane et frigide, sont tout à fait différentes, quant à sa mère loin de s’être sacrifiée pour sa fille, elle est ici un personnage négatif et nuisible.

Pour sa deuxième collaboration avec le Met, Nico Muhly propose une partition à l’orchestration épurée, dans laquelle on devine l’influence de Philip Glass avec qui il a longtemps collaboré mais aussi de John Adams. Quant au traitement des chœurs il n’est pas sans évoquer le Britten de Peter Grimes.

Au pupitre, Robert Spano qui effectue des débuts tardifs au Met, propose une direction équilibrée et limpide mais non dénuée de théâtralité.Si dans sa critique, Marceau Ferrand, présent dans la salle le 19 octobre, a pu constater un certain manque d’imagination dans le travail de Michael Mayer, au cinéma le ressenti était tout autre, sans doute grâce aux nombreux gros plans qui témoignent d’un travail approfondi sur les expressions du visage et ce qu’elles révèlent des émotions des personnages. Jamais libre, Marnie est sans cesse poursuivie tantôt par ses autres identités figurées par des clones portant des robes aux teintes vives tantôt par un groupe d’hommes qui semblent la surveiller sans cesse. Le résultat est saisissant. La succession rapide des scènes voulue par le compositeur, notamment au premier acte, se traduit sur l’écran par une série de plans qui défilent à un rythme accéléré tout à fait cinématographique. Des panneaux coulissants permettent des changements de décor à vue tandis que les costumes, les robes des différentes Marnie notamment, évoquent les années cinquante.

Isabel Leonard incarne magistralement son personnage. Dotée d’une élégance naturelle et d’un timbre pulpeux, elle semble ressusciter sur l’écran les blondes héroïnes d’Hitchcock dont elle a la classe et le physique, sans parler du chignon à la Kim Novak dans Vertigo. On saluera l’autorité et l’engagement de Christopher Maltman, la performance saisissante de Iestyn Davies en frère sournois et envieux et le chant agressif et mordant de Denyce Graves.

Le samedi 15 décembre le Metropolitan Opera retransmettra dans les cinémas du réseau Pathé Live une nouvelle production de La Traviata avec Diana Damrau et  Juan Diego Flórez dans les rôles principaux.

   

 

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