Helen Watts : l’autre Didon de la fière Albion

Par Bernard Schreuders | mar 24 Mars 2020 | Imprimer

Après avoir ressorti un bouquet de cantates de Haendel qui fit longtemps référence, DECCA poursuit la réédition des enregistrements du contralto britannique Helen Watts. « Éloquence » : la collection qui accueille deux albums publiés initialement en 1956 et 1959 n’a peut-être jamais aussi bien porté son nom. Tout n’est certes pas d’un égal intérêt et le premier récital s’ouvre, par exemple, sur une lecture assez raide de Caccini (Dolcissimo sospiro), un répertoire dont, à la vérité, seuls quelques rares élus ont réussi à trouver la clé. En revanche, le même florilège nous invite également à redécouvrir un chef-d’œuvre injustement négligé par le disque : le lamento de Didone de Sigismondo d’India, dont Helen Watts s’empare en déployant un sens dramatique et une présence au texte proprement extraordinaires. Ce vaste récit haletant, riche en surprises harmoniques et dont les chromatismes rappellent les affinités de D’India avec Gesualdo, révèle une admirable tragédienne. Des décennies avant la révolution baroque et l'approche nettement moins habitée de Gloria Banditelli, seule une intelligence aiguë, mais imparable guide la chanteuse. Si vous chérissez la Didon pétrie d’humanité et déchirante de Janet Baker, écoutez celle d’Helen Watts ! De Purcell, justement, elle nous livre une version magnétique de Musick for a while et l’urgence qu’elle imprime à From rosy bowers libère comme jamais la théâtralité de cette formidable mad song. Il y dans la chair de cette voix quelque chose d’intrinsèquement émouvant comme dans le timbre d’une Bernarda Fink, avec une autre densité et une longueur de souffle qui confère une ampleur inédite à Widerstehe doch der Sünde. Ce verbe incarné n’a pas de prix et il nous fait vite oublier un accompagnement volontiers empesé comme des sonorités instrumentales  révolues. 

 

 

 

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