Passions Baroques à Montauban, quand la délectation n'est pas morose

Par Maurice Salles | mar 14 Mars 2017 | Imprimer

Pour la soirée de clôture du festival Passions Baroques à Montauban Jean-Marc Andrieu, son directeur artistique, a conçu un programme de musique italienne avec le Salve Regina d’Alessandro Scarlatti et le Stabat Mater de Pergolesi. Quand le premier meurt à Naples en 1725 – l’on ne sait pas à quelle date il a composé ce Salve Regina – le second y est encore étudiant et il ne terminera son Stabat mater qu’en 1736, peu avant de mourir prématurément. Le même terroir semble, en dépit des différences de génération et de formation, avoir donné des fruits voisins, pour des musiciens ayant tous deux cherché la gloire en écrivant des opéras. Leurs compositions ont en commun ce mélange d’émotion concentrée liée au sujet et d’exubérance vocale caractéristique de la musique religieuse napolitaine. Car si le thème est grave, la concurrence sévère entre les institutions religieuses et leurs mécènes conduit souvent à une surenchère ornementale suspecte de frivolité. Ecrites l’une et l’autre pour deux voix, soprano et alto, elles sont présentées ici par l’orchestre Les Passions dans une configuration orchestrale minimale. Cinq instrumentistes pour Scarlatti, deux violons et une basse continue à l’orgue, au violoncelle et au théorbe, sept pour Pergolesi, les mêmes plus un alto et une contrebasse. Entre l’effectif réduit de ces virtuoses, dont l’exécution est d’une netteté immaculée, et le parti-pris par Jean-Marc Andrieu de diriger au scalpel, les œuvres prennent une densité inhabituelle. Pergolesi grince parfois et si cela surprend on se souvient que les dissonances à vocation expressive ne sont pas absentes de l’opéra Il Flaminio, contemporain du Stabat Mater. Mais ces versions expurgées de graisse et de sucre n’en sont pas pour autant « light » : la vigueur des lignes n’exclut ni le galbe du contour ni les diaprures du son. Ce superbe travail orchestral soutient les solistes vocaux, Magali Léger et le contre-ténor Paulin Bündgen. L’association est heureuse car leurs timbres se marient délicieusement et leur interprétation révèle le même raffinement. On voudrait écouter avec le recueillement requis par le sujet, mais comme ce chant est source constante de plaisir, même quand il évoque la douleur ! Et ainsi un auditoire dont le silence absolu indique la concentration a été conduit à une délectation peut-être coupable, mais qui n’avait rien de morose ! 

 

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