Royaumont tient bon !

Par Christophe Rizoud | mer 06 Mai 2020 | Imprimer

On ne présente plus la fondation Royaumont, installée dans l’abbaye du même nom et son parc arboré de six hectares. Fermée depuis la mi-mars, l’institution annonce dans un même communiqué sa réouverture en juin et le maintien de son festival du 6 septembre au 31 octobre prochains. Lire ci-après la lettre de son directeur général, Francis Maréchal.

Chers artistes, cher public, chers partenaires, chers clients, chers amis,

Le temps a passé, à la fois très lentement et très vite, depuis que nous avons dû vous annoncer le 16 mars dernier la fermeture de l’abbaye et l’arrêt total de toute activité à Royaumont. Depuis, les chiffres quotidiens des victimes du Covid-19 nous ont révélé progressivement l’ampleur de ce désastre sanitaire et humain.

Nous pensons d’abord aux familles des victimes et à celles et ceux qui luttent contre la maladie. Nous admirons l’extraordinaire communauté des soignants qui, au-delà de l’imaginable, font face.
Nous pensons aussi à toutes celles et tous ceux qui vivent douloureusement les contraintes du confinement. Même s’il a eu quelquefois pour vertu de permettre à des familles de se retrouver, il en a séparé bien d’autres, durablement et injustement.

A Royaumont, on aurait pu penser que notre situation « à l’écart du monde » nous aurait fait plus facilement accepter la distance et l’isolement qui nous sont imposés. Mais un moine cistercien n’est pas un ermite…
Ces architectures monastiques ont été pensées pour des communautés. Pour la première fois de son histoire, l’abbaye est vide, vidée.

Vidée de sa première communauté, celle que forme son équipe, ses 60 salariés permanents auxquels a été imposé depuis le 23 mars un chômage technique, et donc des sacrifices financiers. Je leur suis reconnaissant de cette compréhension qu’ils témoignent, de même que les dizaines d’employés occasionnels qui travaillent régulièrement avec nous.

Vidée de ses artistes et de ses chercheurs, dont la présence est la raison d’être de ce Centre culturel de rencontre. A l’inverse de ce que la famille Goüin (qui allait créer la Fondation 50 ans plus tard) a pu ressentir en accueillant un hôpital de guerre où plus de 10 000 blessés ont été soignés entre 1915 et 1919, nous nous sentons aujourd’hui frustrés et impuissants en imposant à ceux que nous soutenons, de se tenir à distance de l’abbaye . Les artistes, privés d’activités pour de très longs mois, qui se trouvent douloureusement séparés de leurs camarades et de leur public, voient la précarité de leur situation se renforcer dangereusement.

Vidée de ses publics, public des visiteurs qui venaient jouir de la sérénité et des beautés du monument et de ses jardins, public des milliers d’enfants qui venaient à cette époque de l’année participer à nos programmes éducatifs autour du patrimoine et des arts, public des participants aux séminaires d’entreprises, colloques scientifiques, événements publics ou privés, dont la venue s’inscrivait dans la tradition d’hospitalité multiséculaire de cette abbaye royale.

L’engagement préservé de ses partenaires publics, Etat, Région Ile-de-France, Département du Val d’Oise, conjugué à la fidélité de ses mécènes, entreprises et philanthropes, déjà réaffirmée pour une majorité d’entre eux, alors que tous se trouvent eux-mêmes sérieusement touchés par la récession économique qui commence,  va assurément aider la Fondation à préserver son avenir .

Je veux ici leur témoigner ma profonde gratitude.

L’autre condition qui garantira le futur de la Fondation et de ses missions sera le retour de tous ses publics à l’abbaye aussi vite que possible. Vous nous manquez tant !

Nous avions pu vérifier au fil de son développement, jusqu’à maintenant durable, les vertus du modèle économique de la Fondation : ce modèle est fondé sur un socle stable de soutiens publics (31%), sur un engagement fort du mécénat et de la philanthropie (15%), et sur des recettes propres substantielles produites par une exploitation du site à 360° : en 2020, elles devaient financer 54 % de son budget. L’arrêt brutal des activités depuis le 1er mars nous faire perdre a minima 4 mois particulièrement importants pour nos ressources : à ce jour, nous estimons à plus de 2 millions d’euros nos pertes de recettes.

Nous souhaitons croire que les conditions du déconfinement annoncées par le gouvernement nous permettront de rouvrir l’abbaye peut-être dans les prochaines semaines et son hôtellerie à partir du 1er juillet. Nous nous attachons dès maintenant à réunir les conditions sanitaires nécessaires à l’accueil de nos publics en toute sécurité. Nous rêvons de pouvoir recevoir à nouveau des entreprises en séminaires, organiser pendant l’été nos ateliers de formation et résidences d’artistes, y compris ceux qui ont été annulés entre mars et juin, inviter les amoureux de Royaumont à reprendre le chemin de l’abbaye.

Nous n’avons pas voulu renoncer à notre festival, un temps compromis. Nous pensons aux artistes, parmi les premières victimes économiques de cette crise, à notre public, et tout simplement au besoin que la vie reprenne à Royaumont : quel plus beau signal d’une vitalité retrouvée, quel plus bel appel à nous retrouver, que ce temps du festival ?

Sous réserve que le contexte sanitaire et légal le permette, nous prévoyons une programmation allégée, d’un concert ou spectacle par week-end. Elle débutera le dimanche 6 septembre et se prolongera jusqu’au samedi 31 octobre.
Nous vous dévoilerons prochainement le programme mais aussi les modalités d’accès et de réservation, qui seront simplifiées.

Partagé entre l’inquiétude et l’espoir, je souhaite de tout cœur vous retrouver bientôt à l’abbaye, en pleine santé : ce sera un premier motif de nous réjouir ensemble.

Francis Maréchal,
Directeur général

 

VOUS AIMEZ NOUS LIRE…

… vous pouvez nous épauler. Depuis sa création en 1999, forumopera.com est un magazine en ligne gratuit et tient à le rester. L’information que nous délivrons quotidiennement a pour objectif premier de promouvoir l’opéra auprès du plus grand nombre. La rendre payante en limiterait l'accès, a contrario de cet objectif. Nous nous y refusons. Aujourd’hui, nous tenons à réserver nos rares espaces publicitaires à des opérateurs culturels qualitatifs. Notre taux d’audience, lui, est en hausse régulière avoisinant les 160.000 lecteurs par mois. Pour nous permettre de nouveaux développements, de nouvelles audaces – bref, un site encore plus axé vers les désirs de ses lecteurs – votre soutien est nécessaire. Si vous aimez Forumopera.com, n’hésitez pas à faire un don, même modeste.

Partager