Trois perles pour un pêcheur à l’Opéra de Clermont

Par Roland Duclos | mar 12 Mai 2015 | Imprimer

Passer d’un extrait d’Herculanum de Félicien David (le duo de Licanor et Lilia « Gardes, dispersez-la ») et de romances du même, à des mélodies de Gounod et Berlioz et fermer le ban sur le duo « Au bruit de la guerre » air de bravoure tiré de La fille du régiment de Donizetti requiert une belle gymnastique stylistique. Le commun dénominateur de ce récital, point d’orgue de la journée Tous à l’Opéra mise en voix samedi par le Centre Lyrique d’Auvergne à l’Opéra de Clermont, était les années 1840 ; avec un fil rouge : le poème de Théophile Gauthier « Le lamento-chanson du pêcheur » dans les versions pour baryton de David, Gounod et Berlioz. Une perle rare dans ce panorama qui aurait pu rivaliser avec Berlioz : la version de Fauré, il est vrai né en 1845. Mais cette entorse à la chronologie eut été néanmoins bienvenue. D’autant que l’interprète, Philippe-Nicolas Martin, lauréat du Concours international de Chant de Clermont en 2013, est riche en timbre. Son phrasé toujours adapté au contexte mélodique est capable d’un mordant qui ne dénature jamais la subtilité du trait. Il possède une intelligence dramatique et un sens de l’effet ultra maîtrisé qui l’imposent dans bien des registres de sensibilité. Quant à la soprano Olivia Doray, couronnée elle aussi lors du même concours, elle apparaît moins portée sur l’intériorité du chant que sur la carrure de la projection et la franchise des couleurs. A la part du rêve du baryton jouant autant de la séduction de subtiles inflexions que d’autorité, la soprano affiche un dessein narratif plus linéaire bien que ne manquant pas de séduction. Chez Donizetti, elle sait jouer de la solidité d’aigus insolents pour emporter l’adhésion de son public. Tout comme elle sait rendre les délicatesses diaphanes du Nuage de Félicien David. Enfin saluons l’élégance du toucher d’un Jeff Cohen au clavier, toujours attentif à souligner le chant sans prendre le dessus.

 

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