Placido Domingo se saisit d’un article plutôt à charge paru dans le Washington Post pour tenter de dire sa vérité. à propos de l’Opéra de Washington DC. Il n’est plus réellement question, ici, de mains baladeuses ou de comportements de nature à plonger de jeunes collègues dans le désarroi (l’horreur de l’affaire Epstein occupe désormais – seul – le plein espace médiatique). Si Domingo fut, un temps, considéré comme un aimant à sponsors lors de sa désignation comme directeur artistique en 1996, sa nomination à la direction générale (2003-2011), coïncide avec l’une des pages les plus sombres de l’économie américaine, plongée dès 2008 dans la crise des subprimes.
Opérant initialement sur un budget à l’équilibre oscillant entre 25 et 30 millions de dollars, une vue d’ensemble permet de noter des budgets régulièrement in bonis mais avec un niveau de dette important, ce qui dans une économie stable n’est pas réellement problématique. Ca, évidemment, c’était avant la crise précitée qui plonge la structure dans le rouge pivoine, avec un endettement qui avoisine le tiers du budget annuel. On constate des tentatives désespérées de redresser le navire : licenciements en nombre, division par deux du nombre de productions, effeuillage desdites productions pour les rendre moins onéreuses (« dites-donc, cette perle, là, elle a l’air cher, rendez la moi ! »). Tout cela conduit à un rapprochement structurel avec le Kennedy Center en 2011, année du départ de Domingo.
S’il semble donc primordial que Domingo rappelle dans sa lettre les réalités économiques effrayantes dans lesquelles il opérait, il plaide – chemin faisant – pour un projet qui aurait fait du DC l’égal du Met. On jugera les distributions sur pièce. Domingo – au sommet de son art – ne fut certainement pas chiche vis à vis du public de DC ; on compta de grosses productions wagnériennes, les Verdi les plus tonitruants (notamment une coquette mais très oubliable Traviata mise en scène par la chère Martha Domingo) et puis de la zarzuela, comme s’il en pleuvait. On est en droit de se demander, rétrospectivement, si Domingo ne s’est pas fait plaisir au détriment d’un peu de realpolitik. Il est néanmoins indéniable que piloter un tel navire dans l’onde de choc qui a suivi le crash de 2008 n’était peut-être pas à la portée d’un artiste, certes de grand talent, mais dont les qualités de manager n’ont jamais réellement été démontrées.

