Le Voyage dans la Lune, opéra féérie d’Offenbach riche en effets spéciaux qui participèrent à son succès, est maintenant bien connu, notamment à la faveur de la tournée de la production d’Olivier Fredj, offerte en de nombreux endroits. Clément Mariage a rendu compte de sa dernière apparition à Montpellier ( Heureux qui comm’ Caprice ). Le spectacle, déjanté, vif et souriant, réapparaît à la faveur de la publication d’un ouvrage auquel Jean Lecointre apporte son concours, édité par Actes Sud, maison à laquelle la musique – entre autres domaines – doit tant. Mais, à la différence des ouvrages qui enrichissent régulièrement les collections dédiées, c’est au rayon BD-Jeunesse qu’on le découvre, destiné aux enfants « dès 8 ans » (mentionne l’éditeur). La musique n’est pas absente : à la faveur d’un QR code sur la page de titre, on accède à 28 extraits, opportunément choisis, en relation étroite avec les scènes décrites. En dehors des dialogues que résume l’image, tous les airs, ensembles et chœurs sont bien là, au moins partiellement repris de l’enregistrement (Bru Zane Label) où Pierre Dumoussaud dirige les chœurs et l’orchestre de l’Opéra national de Montpellier.
Tout juste aurait-on pu souhaiter que chaque page comporte la correspondance avec les plages enregistrées : si cela paraît aisé au familier de l’ouvrage, malgré les indications portées sur l’écran (titre de chaque chapitre du livre), on aimerait être sûr que le lecteur puisse dévorer sa « BD » d’un trait… Si le roman-photo, comme la BD, utilise des bulles (ou phylactères, diront les spécialistes), rares ici, où les concepteurs choisissent un texte typographié, cette réalisation relève davantage du premier genre, dont le succès fut vif dans les années d’après-guerre, reposant sur le roman sentimental à destination du public féminin. Se fondant sur les photographies prises durant le spectacle, Jean Lecointre et Olivier Fredj, ont choisi les plus appropriées pour résumer l’action en images. Un travail graphique et l’ajout de textes résumant livret, font le reste. La fidélité à l’esprit est constante. Costumes et décors inventifs, de fiction, surréalistes, dont l’effet comique est souligné, trouvent ici, privés de musique, une force expressive autonome. Quant aux chanteurs-acteurs, c’est un égal plaisir de retrouver leurs poses et leurs mimiques.
Quiconque a assisté au spectacle se régalera d’en revivre d’une façon nouvelle les moments essentiels. On souhaite évidemment que la réalisation, originale, soignée et de grande qualité, participe à la conquête de nouveau publics.

