Dans les archives de Forumopera on trouve un entretien passionnant paru en décembre 2016 sous le titre Mario Hamlet-Metz, confessions d’un lyricomane où Christophe Rizoud interroge ce personnage à l’occasion de la parution de son énorme livre La opera en mil vivencias publié en espagnol au Chili, son pays natal. On y apprend, de la bouche même de ce lyricomane « pur et dur » comment est née cette passion au travers de confidences et de témoignages sur les années dorées du théâtre lyrique de la deuxième moitié du siècle dernier. S’il en conserve précieusement le souvenir, il ne s’enferme pas dans le culte du passé et continue de courir le monde pour une insatiable curiosité.
En 2024, ce docteur en littérature française retraité de l’Université américaine publie toujours au Chili un nouveau livre, Pauca Meae, où sur la suggestion d’un ami il rassemble une sélection de textes divers, conférences, articles et critiques. En voici la version française qu’il a évidemment réalisée lui-même et qu’il présentait cet été à Pesaro. La rigueur de l’ordre de succession des textes n’est pas évidente mais d’une part ils ont été produits sur une cinquantaine d’années, d’autre part quelques mots les précédant permettant de comprendre la place qui leur est assignée. Ainsi le premier est celui dont le succès détermina l’enseignant à proposer un séminaire dédié à l’exploration de la relation entre les textes littéraires et les opéras qui s’en sont inspirés, séminaire dont le succès ne se démentit pas des années durant, et qui éclaire le sous -titre Littérature et Opéra, une heureuse combinaison. Le dernier est une évocation, où l’ampleur du trait n’exclut pas la précision du détail, du festival Rossini de Pesaro 2024.
Entre les deux, des souvenirs qui appartiennent à l’Histoire de l’Opéra, l’Otello de Placido Domingo à Garnier, un Don Carlo à Zurich, la Semiramide d’Aix-en Provence, le gala de New-York en l’honneur de Franco Corelli, des programmes de salle avec des analyses de l’auteur, des critiques de disques, une étude sur Shakespeare et la France, une autre sur L’utilisation du culte dans les livrets français du XIXe siècle, et d’autres encore que le lecteur aura le plaisir de découvrir. Sans oublier une riche garniture iconographique d’une trentaine de pages en fin du volume.
Un dernier mot sur le titre : Pauca meae, si la locution parle peut-être aux latinistes, il faut avoir lu Victor Hugo pour savoir qu’il l’utilise, à la suite de Virgile, au début du livre IV des Contemplations, dédié à la mémoire de sa fille morte noyée dans la Seine en 1843. La traduction n’est pas évidente : il y a l’idée du peu. Ces poèmes, ce peu de choses, c’est moi. L’emprunt de cette formule peut susciter des perplexités. Peut-être faut-il se borner à l’interpréter ici comme l’ambigüité volontaire d’un homme informé sur la comédie humaine et assez sociable pour la jouer de son mieux, y compris en feignant la coquetterie. Encore que la dédicace à Virginia Zéani, décédée en 2023, dont Mario Hamlet-Metz fut d’abord l’admirateur puis le voisin et l’ami intime, ne rende plus prégnant le parallèle avec la situation du poète.
A ce livre on ne saurait trop suggérer aux lecteurs lisant l’italien d’ajouter Divertimento per appassionati di lirica (Iniziati e novizi) livre où Mario Hamlet-Metz lâche la bride à une fantaisie séduisante, inspirante et réconfortante car elle révèle chez cet homme une espièglerie foncière que l’âge n’a pas entamée. Il s’amuse en effet à créer des liens entre des personnages d’opéras divers, qu’il présente par allusions ou directement, mais situe dans des contextes historico-littéraires parfaitement documentés. La fantaisie semble inépuisable : revue de titres sensationnels, énigmes à résoudre, correspondances retrouvées, cet ouvrage est un tourbillon vertigineux d’érudition et de malice, agrémenté de surcroît par les illustrations savoureuses de Mario González Avaria.


