Rossiniens, où êtes-vous ?

Amore non soffre opposizioni

Par Laurent Bury | mer 18 Janvier 2017 | Imprimer

Jusqu’ici, les efforts visant à rendre à Giovanni Simone Mayr la place de premier plan qu’il occupa un temps ont surtout porté sur ses tragédies, autour de ce pilier qu’est Medea in Corinto. Plusieurs labels s’y sont essayés, Oehms avec sa Lodoïska, Naxos récemment avec Saffo. Pourtant, Mayr n’a pas composé que dans le genre sérieux : comme Rossini, devant lequel on le plaçait encore au début des années 1810, il put aussi s’épanouir dans le genre buffa, encore que l’intrigue d’Amore non soffre opposizioni s’apparente peut-être davantage au drame bourgeois larmoyant : l’héroïne, Elmira, engagée comme gouvernante chez Policarpo sous le nom de Zefirina, attendrit son beau-père Argante on lui montrant l’enfant qu’elle a eu plusieurs années auparavant avec l’inconstant Ernesto, venu épouser Gelmina, la fille de Policarpo.

Sans vouloir tomber dans des stéréotypes nationalistes étroits, force est de se demander si les Allemands, attachés à la mémoire du Bavarois Mayr, sont les mieux placés pour redonner vie à ce répertoire-là. Plus généralement, il faudrait ici des interprètes rompus au style rossinien, capables de restituer l’esprit d’un genre et non simplement d’en chanter les notes les unes après les autres.

C’est d’autant plus regrettable qu’on en vient très vite à penser que Mayr était peut-être plus doué pour le genre comique que pour le tragique. Certes, on retrouve, comme dans beaucoup de ses œuvres, des traits empruntés à Mozart, mais l’on admire ici une véritable inventivité mélodique qui n’a souvent rien à envier à Rossini et une science de la composition à laquelle rend parfaitement hommage l’orchestre de l’East-West European Festival dirigé par Franz Hauk. Si Amore non soffre opposizioni fut donné en 2011lors du Simon-Mayr-Festspiele de Neuburg, ce n’est pourtant pas un live que publie Naxos, mais une version enregistrée en studio avec les interprètes du spectacle.

Tout commence plutôt bien. Le quatuor qui ouvre l’opéra retient l’attention, par sa vivacité et sa variété. La basse Philipp Gaiser parvient à animer le personnage buffo du vieillard Policarpo et ses échanges avec l’Argante de Giulio Alvise Caselli, unique Italien de la distribution. Bien qu’un peu limité dans l’aigu, le ténor Richard Resch est assez acceptable, tandis que la soprano Laura Faig n’a qu’un rôle mineur mais possède un timbre charmant.

Les choses se gâtent un peu lorsqu’apparaît Josef Zwink, basse aux graves inaudibles, et avec qui la langue italienne devient un festival de germanismes (« quello » devient « kvélo » et ainsi de suite). Son absence totale de verve vide de tout contenu le personnage du valet Martorello.

On touche hélas le fond avec le personnage central d’Elmira, alias Zefirina, sur qui repose toute l’œuvre. Quel étrange soprano que celui de Monika Lichtenegger ! Alors que le médium semble présenter une relative épaisseur, tout le registre supérieur est comme dépourvu de chair, dénué de tout vibrato. Evidemment, cette façon d’interpréter son rôle s’avère vite fatale pour l’expressivité et l’on a l’impression que cette dame prend bien soin d’émettre ses aigus tranchants avec le maximum de raideur, en conférant à ses propos le moins de sens possible.

Une fois de plus, une tentative de résurrection se heurte à l’écueil habituel et, faute de chanteurs adéquats, compromet l’opération en ne donnant au mieux qu’une image partielle de l’œuvre. Seule solution, peut-être : que les chanteurs rossiniens se penchent enfin sur cette musique pour l’interpréter comme il convient.

 

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