A tout péché, miséricorde

Ariettes à l'ancienne (Melody Louledjan, Giulio Zappa)

Par Christophe Rizoud | ven 13 Mai 2022 | Imprimer

Révélés dans leur ampleur par la Fondation Rossini au tournant des années 1950 – quatorze volumes, plus de 150 pièces –, les Péchés de Vieillesse connaissent aujourd’hui un regain d’intérêt. Pourquoi ? A vrai dire, on s’interroge. Leur variété. Leur facilité. Leur humour, souvent. Leur poésie, soit. Leur ambiguïté, admettons. De là à les placer en orbite dans une « galaxie de musique » comme le suggère Roberta Pedrotti dans le livret d’accompagnement trilingue de ce nouvel album de Melody Louledjian et Giulio Zappa, il y a un fossé à franchir, ou pas. A tout péché, miséricorde, dit le proverbe.

Composées entre 1857 et 1868  par Rossini, ces pièces ne nous semblent pas avoir eu d’autres ambitions que de divertir les habitués de ses salons parisiens. Le programme en retient quinze, représentatives de la diversité du corpus, de la simplicité bucolique des ariettes sur les textes de Jean-Jacques Rousseau, à l’humeur potache de La Chanson du bébé – « Atchi ! Papa, maman, caca ». Est-ce assez pour nous convaincre de leur valeur musicale ? Pas forcément. Mais suffisamment distrayant pour que leur écoute procure un indiscutable bien-être musical. Que demander de plus ?  

Melody Louledjian place au service de ces partitions la pulpe d’un soprano lyrique et, de son propre aveu, le rubato nécessaire pour en traduire la fantaisie – par rubato, comprendre une certaine liberté rythmique destinée à donner « l’illusion d’une musique quasi-improvisée ». Au piano, Giulio Zappa explique rechercher, par une utilisation modérée de la pédale, un son plus proche de celui de Mendelssohn, Schubert ou Weber que de Schumann ou Liszt, « d’une théâtralité discrète, suggéré et jamais déclaré ». C’est dire que sous couvert de légèreté, cet enregistrement ne laisse rien au hasard.

La principale difficulté pour la chanteuse reste de concilier bel canto et diction – le français comprend 16 voyelles phonétiques, contre sept pour l’italien, rappelle Melody Louledjian. La recherche de rondeur et d’homogénéité s’exerce parfois au détriment du texte et de sa couleur, avec à la longue une inévitable impression de monotonie. C’est pourquoi certains labels préfèrent confier l’interprétation de ces mélodies à différents interprètes afin d’en varier le ton et les effets. A l’écoute de cet album, si scrupuleusement réalisé soit-il, il est difficile de ne pas leur donner raison.

 

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