Les précédents Monteverdi de Stéphane Fuget n’avaient pas convaincu : Orfeo passable, Ritorno d’Ulisse balourd à force d’ « interventions ». Ce Couronnement, dès un prélude saturé de glissandi et de chromatismes, ne fait qu’intensifier le malaise : lignes mélodiques distendues ad nauseam et grevées d’ornements mal placés (les duos Poppée/Néron) ; grimaces vocales ; attaques avant le temps (les Soldats – alors que la rédaction du compositeur est déjà, en l’état, on ne peut plus éloquente) ; retards pesant des tonnes ; clavecin nombriliste et bavard (le sieur Fuget lui-même). C’est laid, c’est vulgaire, et paradoxalement insignifiant, malgré la surenchère : on a l’impression de voir à l’oeuvre un barbouilleur du dimanche désireux d’apposer sa touche sur une toile de maître – sans trop savoir où ni comment.
Pourtant, la distribution promettait, deux des meilleurs falsettistes du moment ayant été distribués dans ce qui aurait pu être leur meilleur rôle. Virtuose, incisif, élégant malgré la tessiture tendue et la frénésie adolescente du rôle, Nicolò Balducci (24 ans, au moment de l’enregistrement) s’en sort plutôt bien, surtout à l’Acte II. Paul-Antoine Bénos-Djian, hélas, suit les conseils pernicieux du chef, abîmant le sombre velours de son timbre par des sons tubés et des « pleurandos » censés nous rappeler – au cas où nous ne l’aurions pas compris – que son personnage est une chochotte.
Eva Zaïcik, elle, résiste à l’histrionisme, conservant dans ses monologues (elle en a trois, « Eccomi quasi priva » – sans doute pas de Monteverdi – ayant été rétabli), une dignité qui, dans ce contexte, frôle la tiédeur ; tandis que, dans l’affrontement, son émission lyrique la dessert. La voix de Francesca Aspromonte s’est au contraire alourdie et sa Poppée corsée, qui joue laborieusement les femmes fatales, manque de classe comme de précision. On en dira autant de l’approximative Drusilla de Camille Poul, quand le Seneca sur-articulé d’Alex Rosen prouve, dans ses dernières scènes, ce qu’il aurait pu donner sous une autre baguette. Le Valetto pétillant d’Ana Escudero, l’Arnalta probante de Nicholas Scott, les Vénus et Pallas classieuses de Claire Lefilliâtre font oublier un Mercure pâteux, une Damigella affectée et une Nourrice qui s’étrangle.
Notons que l’ouvrage est donné dans une version très complète, mêlant les leçons de Venise et de Naples, et avec des effectifs conformes à ce que nous savons de l’usage du temps (8 instrumentistes – sans vents -, dont la moitié dévolue au continuo) : ce ne sont pas les moyens qui sont ici en cause, mais le goût…
