Besame mucho, Christina

Los Pájaros Perdidos

Par Frédéric Platzer | ven 24 Février 2012 | Imprimer
 
Depuis quelques années, Christina Pluhar et son ensemble l’Arpeggiata se détournent des stricts chemins du baroque pur et dur pour tenter des incursions dans des mondes sonores situés souvent en marge de la musique ancienne, dans les domaines de la musique populaire ou traditionnelle. En 2010 déjà, avec Via Crucis, elle avait mêlé avec bonheur des œuvres de la fin de la Renaissance et du début du baroque avec des chants corses interprétés par l’ensemble Barbara Furtuna. En 2012, avec cet album justement sous-titré The south american project, la musique savante est entièrement abandonnée – à une exception près, le Fandango de Soler, et encore ce dernier est-il bien « revu » – pour des musiques traditionnelles ou bien des chansons dues à des musiciens sud-américains bien connus comme Ariel Ramirez ou Astor Piazzolla. Au début du luxueux livret traduit en anglais, français et allemand, Christina Pluhar tente une pseudo-justification musicologo-organologique, assez peu convaincante il est vrai, en nous affirmant que les instruments à cordes pincées que l’on trouve en Amérique du sud sont les descendants de ceux qui ont été apportés sur le continent par les conquistadores espagnols, d’où la volonté de réaliser cet album évoquant notamment les musiques d’Argentine, du Paraguay et du Venezuela. L’argument est plus que mince et inutile au demeurant : elle aurait pu simplement évoquer sa volonté de s’immerger dans ce répertoire a priori exotique pour un ensemble qui est à la base une formation destinée à jouer de la musique baroque et cela nous aurait suffi. Et où demeure la justification des cordes lorsqu’on mentionne la présence d’un contreténor, d’un cornet à bouquin (celui de Doron Sherwin, qui s’est mué cette fois en trompette mexicaine) et d’un tympanon ?
Pour cette aventure, Christina Pluhar s’est entourée, en plus de notre Philippe Jaroussky national, de quatre chanteurs tout autant excellents que bien typés, ce qui confère à cette collection de chansons un charme indéniable. Et si la voix de Jaroussky surprend au début dans la célèbre berceuse Duerme negrito qui ouvre le programme, cela ne dure pas et passe finalement très bien comme dans les autres titres dont il a la charge comme Los pájaros perdidos, magnifique aria de Piazzolla qui n’est pas sans rappeler Bach mais un Bach mâtiné de tango. Lucilla Galeazzi (voix claire) et Luciana Mancini (voix sombre) sont parfaites tout comme l’étonnant Vincenzo Capezzulo à la voix plus que juvénile. Nous voyageons de pays en pays et d’atmosphère en atmosphère dans un confort sonore trois étoiles en passant par des plages instrumentales dominées par une version très originale du Fandango de Soler. L’album s’achève, comme à regret, par Besame mucho, très joliment interprété par Raquel Andueza. Un dernier point : les arrangements sont excellents et sont dus en partie à Christina Pluhar elle-même mais également au guitariste Quito Gato et ne sont pas sans rappeler mutatis mutandis ceux de Buena Vista Social Club. Comme dans la bande-son du film de Wenders, une certaine digne nostalgie émerge parfois de l’écoute de ce disque qui au final est à recommander aux amateurs de belles choses.
 

 

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