Forum Opéra

Misa de defuntos para Luis I de José de Torres

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CD
24 décembre 2025
Ombres et splendeurs des chapelles espagnoles

Note ForumOpera.com

5

Infos sur l’œuvre

José de Nebra (1702-1768)
Sinfonia en sol menor

José de Torres (1670-1738)
Misa di difuntos para las honras de Luis I (1725)

Francisco Corselli (1705-1778)
Prosa de defuntos a 8, « Dies irae » (1747)

Détails

Emmanuelle de Negri
Soprano
Judith Subirana
Mezzo-soprano
Alberto Miguélez Rouco
Alto
Jacob Lawrence
Ténor
Lisandro Abadie
Basse

Les Pages du Centre de Musique baroque de Versailles
Chœur de l’Opéra royal de Versailles
Los Elementos

Direction musicale
Alberto Miguélez Rouco

1 CD Château de Versailles-Spectacles CVS 158, durée 1h10, enregistrés en 2025, brochure de 62 pages en français et anglais, texte original en latin, traduit en français et en anglais.

Nous avions été emballé par les premiers enregistrements de Los Elementos (les zarzuelas Vendado es Amor et Venus y Adonis de José de Nebra), par la maturité et la musicalité de son jeune chef, également contre-ténor, Alberto Miguélez Rouco – et il n’y avait donc pas lieu de s’étonner que Laurent Brunner, l’avisé directeur de Château de Versailles Spectacles, sollicite ces artistes afin qu’ils enregistrent un programme espagnol dans le domaine louis-quatorzien. Le choix dudit programme, lui, pouvait laisser perplexe : un requiem (page pas franchement rigolote), dédié à un souverain espagnol qui régna moins d’un an et signé d’un compositeur à peu près inconnu ? Pas sûr que les foules se précipitent… Il nous incombe donc de les y inciter.

Mais d’abord, quelques mots du contexte historique. Philippe V, premier roi Bourbon d’Espagne, titré duc d’Anjou à sa naissance, est le fils du Grand Dauphin de France, le petit fils de Louis XIV. Ce dernier, à la mort sans héritier du monarque Charles II, destine la couronne espagnole à Philippe, ce qui n’est pas du goût des Habsbourg : débute alors la Guerre de Succession d’Espagne, qui va durer près de quinze ans. Néanmoins, en 1715, à trente ans, Philippe V est intronisé : son règne, le plus long de l’histoire espagnole, durera près de 45 ans. Avec un intermède de quelques mois : pour des raisons de santé mentale, Philippe abdique en janvier 1724 au profit de son fils, Louis – qui, hélas, meurt de la variole sept mois plus tard. Philippe remonte donc sur le trône, jusqu’en 1746.

C’est pour les funérailles du pauvre Louis I° qu’a été composée la pièce de résistance du disque, cette Misa de defuntos du maître de chapelle José de Torres (1670-1738), créée à Madrid en février 1725. Comme l’explique Rouco, l’ouvrage mêle traits versaillais et ibériques : la densité de l’écriture pour cordes et certains passages à l’énergie toute militaire (« Tuba mirum ») évoquent la France. La couleur orchestrale, au clair-obscur très contrasté, reste espagnole : de sinistres notes répétées par la trompette avec sourdine ponctuent l’office, tandis que deux lumineuses flûtes traversières allègent la sombre atmosphère entretenue par l’orgue et les bassons. Enfin, on repère d’évidentes percées du style galant (« Te decet hymnus », « Agnus Dei ») et du lyrisme italien. Assez économe dans ses développements contrapuntiques (réservés au second « Kyrie » et au « Lux aeterna »), l’ouvrage fait constamment dialoguer et s’interpénétrer un groupe de solistes (deux sopranos, alto et ténor) avec un chœur à quatre voix, dans un kaléidoscope d’atmosphères ébouriffant, qui culmine bien sûr dans le « Dies irae », où les frissons de terreur (« Rex tremendae ») côtoient les extases célestes (le « Recordare », délicieusement servi ici par les Pages de Versailles).

On ne sait qu’admirer le plus : la direction puissante et élastique, en phase avec le style volontiers syncopé de la musique, l’engagement des chœurs, spectaculairement mis en scène par la prise de son dans la chapelle de Versailles, les interventions charnelles des solistes, parmi lesquels se distingue le mezzo racé de Judit Subirana.

Après un motet baigné de mystère et de larmes (« Versa est in luctum », où se signale le jeu arachnéen des violonistes) et de fulgurants versets pour orgue de José de Nebra (fracassante prestation de Joan Boronat-Sanz), la seconde partie de programme nous projette vingt ans plus tard : à la mort de Philippe V, c’est peut-être encore le Requiem de Torres qui résonne, mais son successeur, l’Italien Francisco Corselli (1705-1778), en réécrit le « Die irae ». La nouvelle partition, sur laquelle plane l’ombre de Vivaldi, adopte un découpage aux sections mieux différenciées, qui réserve un air à chaque soliste – flamboyant « Tuba mirum » pour mezzo, impérieux « Liber scriptus » pour basse, plaintif « Quid sum miser » pour soprano et flûtes, langoureux « Recordare » pour alto, « Lacrimosa » pour ténor et chœur.

Si les messieurs semblent parfois mis en difficultés par des tessitures assez graves (la partie de basse était destinée à Montagnana, le virtuose de Haendel !), les vois hautes restent impériales. Quant aux ensembles, ils nous bouleversent autant par leur capacité à s’alléger, à flotter dans l’empyrée (« Mors stupebit » en pizzicatos ;« Huic ergo » impalpable) que par leurs crescendos d’une ferveur toute latine (« Rex tremendae »)

Au terme de ce parcours si riche en émotions, on n’a qu’une envie : le recommencer, pour en sonder tous les sortilèges.

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Torres

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Légende

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❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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José de Nebra (1702-1768)
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Francisco Corselli (1705-1778)
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