Quelques pépites à petit prix

Café Zimmermann

Par Yvan Beuvard | lun 07 Janvier 2019 | Imprimer

Les vingt ans de Café Zimmermann nous valent un coffret de 16 CD, à petit prix, qui forment une riche anthologie de leur activité. Evidemment, Bach, sous le patronage duquel ils se sont placés constitue la référence (9 premiers CD) mais autorise leurs pérégrinations à travers Carl Philipp Emanuel (2 CD), dont l’œuvre si riche mérite toute notre attention, Vivaldi, des cantates et concertos comiques du XVIIIe S français, Charles Avison, Lully et d’Anglebert. De ce très riche panorama nous n’aborderons – à regret – que les enregistrements faisant appel à la voix. Signalons toutefois les œuvres concertantes (avec les suites) du Cantor, d’une qualité rare,  les Variations Goldberg par Céline Frisch,  et bien d’autres œuvres de Vivaldi, Avison, Lully et D’Anglebert.

Le CD 8, que Dominique Visse grava en 2000-2001, introduit par les 14 canons réalisés sur la basse de l’aria des variations Goldberg, nous vaut les chansons allemandes de son quodlibet (var.30), développées à souhait, avec toute la faconde que l’on reconnaît  au chanteur (changements de registres, humour, caractère populaire etc.). Le CD 9, que dirige Gustav Leonhardt est proprement merveilleux. Si la cantate « Vereinigte Zwietracht » BWV 207, est bien connue, il en va tout autrement de « Angenehmes Wiederau », BWV 30a, dont on s’étonne qu’elle ait été si longtemps méprisée, malgré l’enregistrement de Pommer en 1978. Elle précède en effet la cantate sacrée BWV 30, qui n’en est que la fidèle parodie, hormis les récitatifs. Heureux temps où tout était prétexte à musique ! Commémorant l’attribution des terres de Wiederau, à proximité de Leipzig, à un ancien serviteur du Comte Brühl, qui récompensait ainsi ses services, c’est une œuvre d’importance, ne comportant pas moins de cinq arie, la basse en chantant deux.  Elle ne figure pas dans l’intégrale que signèrent Harnoncourt et Leonhardt, et c’est certainement là qu’il faut trouver la raison de cet enregistrement. Un monde sépare la lecture inspirée de l’austère Néerlandais de celle de son élève Ton Koopman en 2002. Ce dernier, bondissant, d’une joie euphorique, avec des tempi rapides, diffère autant de Gustav Leonhardt que Toscanini pouvait être opposé à Furtwängler. Ici, la plénitude est constante, rayonnante, dans une lecture fouillée, contrastée, servie avec engagement et dévotion par chacun.

L’un des deux CD consacrés à Carl Philipp Emanuel Bach retiendra particulièrement notre attention. Rupert Charlesworth, ténor britannique au timbre chaleureux, avec aisance et naturel, nous offre de brèves cantates et airs, entrecoupés de pièces instrumentales.  A mi-chemin entre son père et Mozart, aucune de ces œuvres de Carl Philipp Emanuel ne laisse indifférent. L’écriture en est originale, dramatique, souvent marquée par le Sturm und Drang. On dépasse le simple divertissement pour atteindre l’émotion. L’autre CD où la voix est illustrée fut pour beaucoup une heureuse découverte : Dominique Visse y chantait  quelques cantates françaises, encadrées de délicieux Concertos comiques de Michel Corrette, toujours plaisants sans jamais être faciles, et de la célèbre Sonnerie de Sainte Geneviève du Mont, de Marin Marais. Que de bonheur avec la Sonate, cantate de Pierre de la Garde, chantée avec verve et humour ! La Matrone d’Ephèse, de Nicolas Racot de Granval, comme le Dom Quichotte de Philippe Courbois sont autant de moments de réjouissance. Le XVIIIe siècle français savait s’amuser avec goût. Les interprètes sont ici habités par cette musique spirituelle, vive, délurée. Le dernier CD du coffret, s’il ne fait pas appel à la voix, y fait largement référence : toute la première partie est consacrée à des pièces instrumentales des ballets, des opéras ballets ou des tragédies lyriques de Lully. La célèbre passacaille d’Armide, qui conclut cette partie, y prend des couleurs et une dynamique rares.

Café Zimmermann s’est imposé comme une des plus belles formations baroques de notre temps. Céline Frisch (qui illustre ici de nombreuses œuvres pour clavecin et pour orgue) et Pablo Valetti animent leur ensemble avec vigueur comme avec poésie. La variété des climats, la beauté des timbres, la cohésion parfaite nous réjouissent. La seule réserve – minime réside dans l’absence des textes chantés et de leur traduction, qu’il faut chercher ailleurs. Ce coffret est un beau cadeau, pour tous les temps.

 

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