Mythologie chambriste

Carlo Francesco Cesarini, Cantatas

Par Laurent Bury | lun 23 Janvier 2017 | Imprimer

Cesarini. Le nom ne dira sans doute pas grand-chose à la majorité des mélomanes. C’est celui d’un contemporain d’Alessandro Scarlatti, avec cette différence que Carlo Francesco Cesarini fut un compositeur exclusivement romain. Né près de Viterbe vers 1665, il se fixa à Rome en 1690 et y décéda vers 1741. Violoniste virtuose, il était surnommé Carlo del Violino, mais il se fit remarquer par de nombreux opéras, oratorios et pièces de musique sacrée. Le CD aujourd’hui proposé par Aparté a tout l’air d’être le premier disque consacré à des œuvres de Cesarini.

Pour autant, qu’on n’attende aucune révélation fracassante : il ne s’agit que d’un de ces petits maîtres comme il y en a toujours eu. Les six cantates ici rassemblées se laissent écouter, elles arrivent par moments à retenir davantage l’attention, sans qu’on ne sorte guère de l’aimable. Le compositeur fait parfois preuve de qualités dramatiques qui relancent le discours, mais dans les limites propres au genre de la cantate, bien sûr : après un récitatif plus animé, plus théâtral, on en revient souvent à une mélodie guillerette, conclusion un peu décevante après avoir entrevu de tout autres possibilités expressives.

Comme prévisible aussi, les sujets sont mythologiques : les amours des dieux avant tout, les lamentations d’Ariane abandonnée, les excès de Phaéton, Phyllis et Chloris, nymphes cruelles et amants jaloux. Tout cela se prête plus ou moins bien à l’exposition d’affects divers et variés, mais le risque de la monotonie n’est pas toujours évités, malgré tous les efforts des interprètes. Peut-être n’aurait-il pas été mauvais de réunir plusieurs voix pour varier un peu la sonorité de l’ensemble. Cette grosse heure avec Cesarini pourra donc paraître longue à ceux qui voudront écouter le disque d’une traite.

Pourtant, les membres de L’Astrée, ensemble de chambre issu de l’Accademia Montis Regalis jouent avec délicatesse cette musique destinée à une écoute intime. Quant à la jeune soprano française Stéphanie Varnerin, elle possède de nombreux atouts : fraîcheur du timbre, précision des vocalises, et capacité à déclamer avec conviction dès que le texte l’y autorise. On aimerait que toutes ces qualités trouvent à s’employer dans des œuvres plus exigeantes, où l’artiste pourrait davantage manifester son tempérament. Espérons que cela viendra, dans un autre répertoire, peut-être.

 

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