Singulier et pluriel

Chants de l'Aube et du Soir

Par Christophe Rizoud | ven 12 Mars 2021 | Imprimer

Soprano coutumière des scènes lyriques françaises Melody Louledjian aime marcher sur d’autres chemins que l’opéra. Pianiste, accordéoniste, auteure-compositrice et plus inattendu encore, peintre, céramiste, styliste… Cet éclectisme s’illustre aussi dans le domaine musical. Jazz ou chanson française, aucun répertoire ne rebute celle qui interprétait en début d’année une Princesse dans Trois Contes de Gérard Pesson à Rennes.

En témoigne un nouvel album chez Klarthe où la chanteuse avec la complicité du guitariste et compositeur, Cyril Achard, vagabonde dans des contrées exogames. S’ils assument leurs multiples influences, ces Chants de l’Aube et du Soir évoquent d’abord l’univers de la mélodie française, par l’intimité qu’induit la formation – guitare et voix – et par le traitement lyrique du chant. Certes, le piano offre un écheveau harmonique autrement complexe que la guitare ; certes, Melody Louledjian s’autorise des digressions en forme de scat mais l’inspiration revendiquée par les deux artistes a pour noms Fauré, Ravel et Poulenc.

De fait, l’importance accordée aux textes de Fabrice Hadjadj, le soin porté à la prosodie, la manière de croquer un paysage en quelques minutes et d’alterner les humeurs – tantôt légères, tantôt graves – appartiennent au genre mélodique.

Dans ces pages à l’écriture dictée par son soprano, la voix de Melody Louledjian se présente sous son meilleur jour : fruitée, ronde avec une robe couleur cerise que les œnologues associent aux vins rouges de Touraine ou, si l’on se réfère au deuxième titre de l’album – Les oiseaux –, au pipit farlouse et au traquet rieur mis en musique par Olivier Messiaen. Surtout, dans un registre où le texte compte autant que la musique, l’attention portée à la diction se présente comme un atout indispensable pour donner vie à ces portraits de femme : Eve, Marie-Madeleine, la Petite Sirène et, plus anonyme, la princesse prisonnière d’une tour en verre et l’épouse maricide.

Si la guitare s’avère moins éloquente que le piano, ses accords simples offrent à ces « instantanés de poésie musicale » un cadre plus contemporain, entre variété et musique classique, entre chien et loup ou, pour rester dans le registre lexical de cet album singulier et pluriel, entre aube et soir.

 

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