Tristesses de la lune

Der Mond ist aufgegangen. Mahler, Schoeck, Strauss, Lieder

Par Alexandre Jamar | mar 07 Novembre 2017 | Imprimer

Considérant la quantité astronomique de Clairs de lune, de Lunes blanches et de Mondnächte peuplant le répertoire lyrique depuis le romantisme, graver un album exclusivement consacré à Séléné ne semble plus une tâche si incongrue. S’écartant cependant des pâles lueurs de la musique française, Britta Glaser et Matthias Veit proposent dans Der Mond ist aufgegangen (paru chez TYXart) une sélection de lieder du post-romantisme allemand. Parmi les Mahler et les Strauss figure un cycle d’Othmar Schoeck, qui suscitera l’intérêt du musicologue germaniste tant le compositeur pourtant prolifique est peu représenté au disque.

La musique de Schoeck s’inscrit dans le sillage des grands maîtres du lied, devant cependant plus à Schumann et à Wolf qu’à Schubert ou Mahler. Composés sur des textes de Matthias Claudius, les numéros de ce Wandsbecker Liederbuch sont tous assez brefs, parfois reliés par des interludes au piano. Les couleurs harmoniques rappellent le romantisme finissant de Braunfels, et la multitude d’expressions (de l’humour de « Die Römer » à l’expansif « Abendlied ») fait résonner Dichterliebe dans la mémoire de l’auditeur. 

Pourtant, assez peu d’éléments nous parviennent de ce kaléidoscope émotionnel. Car ce soir d’enregistrement, la lune rêve avec plus de paresse chez Britta Glaser. Une prononciation relâchée et une intonation toute relative refroidissent rapidement l’auditeur enthousiaste. Vocalement, les propositions de la mezzo voulant devenir soprano sont assez peu convaincantes: les aigus sont tendus et difficiles, manquant de craquer par endroits, et dans le médium, les voyelles ouvertes tombent régulièrement à plat. De musique, il n’est pas non plus vraiment question, car le timbre trop volumineux de la chanteuse empêche toute mobilité (à l’image d’un « Scheiden und Meiden » de Mahler, qui n’en finit plus de traîner des pieds). Le jeu de Matthias Veit semble déjà plus coloré, surtout dans Schoeck. Cependant, un micro placé probablement trop près du piano ne laisse passer aucun relâchement dans l’investissement musical, si bien que les lieder de Strauss et de Mahler nous parviennent trop plats pour être intéressants.

Les tristesses lunaires de cet enregistrement peinent à servir la musique de Schoeck, qui attendra un album suivant pour effectuer sa percée auprès d’un public français.

 

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