En mai, fais ce qui plaît … à Plácido

La nuit de mai

Par Jean-Philippe Thiellay | dim 20 Juin 2010 | Imprimer
Baryton pour Simon Boccanegra, chef d’orchestre, directeur d’opéra, manager, organisateur de concours, Plácido Domingo est aussi… ténor au cas où on l’aurait oublié. Deutsche Grammophon, après avoir offert à son icône l’enregistrement d’une intégrale d’I Medici, œuvre méconnue de Ruggero Leoncavallo, présente une autre rareté : La nuit de mai, composée par le même compositeur et créé en 1887.
 
Séduit par le poème d’Alfred de Musset (1835), alors qu’il était présent à Paris, Leoncavallo a inventé un dialogue original entre la muse, incarnée par l’orchestre, et le ténor, encouragé par elle à chanter pour le public l’expression de sa douleur. A l’orchestre, le compositeur a réservé de belles envolées lyriques, riches en leitmotivs et en effusions sentimentales; au ténor, une écriture ample, assez tendue, sensée illustrer l’envol de la pensée avant la renonciation à la poésie. Suivre ce dialogue virtuel entre la muse et le poète, en écoutant les mots du chanteur – si du moins son articulation le permet - puis en ayant sous les yeux le texte de Musset que l’orchestre vient en quelque sorte scander est un exercice particulièrement intéressant. 
 
Une fois donc le plaisir de la découverte dépassé (découverte au moins pour la plupart d’entre nous : Dynamic avait diffusé un enregistrement en 2003 avec Paolo Vaglieri à la tête de l’orchestre symphonique de Savona et le ténor Gustavo Porta), que reste-t-il de cet enregistrement ?
 
Le sentiment d’une musique vaguement anecdotique, qui s’écoute certes avec plaisir quand on aime cette période, qu’Alberto Veronesi à la tête de l’orchestre du Comunale de Bologne fait bien chanter, mais qui n’a rien d’indispensable. Plácido Domingo a mis – l’enregistrement date de près de trois ans - tout son engagement au service de la cause. Toutefois, la prononciation du français n’a jamais été un de ses points forts. Les voyelles partent très souvent dans le nez, la prononciation est monocolore et les aigus, jusqu’au si naturel dans le n°4 « Pourquoi mon cœur bat-il si vite ? », sont assez pénibles.
 
Pour compléter ces 40 minutes de musique, Deutsche Grammophon propose cinq mélodies de Leoncavallo accompagnées par Lang Lang qui fait ici ses débuts d’accompagnateur. A côté du tube « Aprile » dont l’enregistrement n’apportera rien à la gloire de Domingo, les autres mélodies sont plus rares et viennent compléter utilement le paysage discographique, de belle manière même (« l’hymne à la lyre »). Les deux pièces pour piano seul, une barcarole et une valse, sont interprétées sans grande âme par le jeune génie du piano.
 
Au final, le collectionneur, l’occasionnel, le furtif pourront satisfaire leur curiosité à vil prix (on trouve l’album pour moins de 10 euros) et remercier Domingo : sans lui, un tel projet ne trouverait à coup sûr pas sa place dans le catalogue du label jaune. Et le simple fait que la firme propose une rareté de ce genre, en ces périodes de disette, est malgré tout, un motif de satisfaction.
 
Jean-Philippe Thiellay
 
 

 

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