Quelques lacunes dans une belle édition

Igor Stravinsky Edition (Warner)

Par Alexandre Jamar | mar 06 Avril 2021 | Imprimer

Anniversaire oblige, c'est le moment idéal pour les grandes maisons de disque de proposer leurs meilleurs enregistrements de la musique de Stravinsky en coffret. C'est ainsi que Warner Classics propose une « Igor Stravinsky Edition » en 23 CDs, que nous avons consciencieusement épluchée durant les dernières semaines. Malgré un livret un peu chiche, l'objet est d'assez belle facture. Kandinsky n'a rien à voir avec son compatriote, mais ça non plus, ce n'est pas très important.

Quel peut être l'intérêt du lyricomane pour la musique de Stravinsky ? On imagine mal le compositeur en véritable homme de théâtre. Pourtant, comme le rappelle cet article « preuve par dix », la production vocale de Stravinsky n'est pas négligeable, mais est éclipsée par les grandes pages orchestrales que sont les ballets de la période parisienne.
Disons le d'emblée : cette Stravinsky Edition de Warner ne parvient pas tout à fait à combler cet écart, puisque de nombreuses œuvres vocales en sont encore absentes. Exit la plupart des pièces tardives (Requiem Canticles, la Messe, les cantates que sont The Flood ou Abraham and Isaac). Si elles ne sont pas les pages les plus accessibles du compositeur, elles ne démériteraient pas pour autant dans une édition aussi ambitieuse. Exit aussi les ravissantes mélodies de la période russe (Berceuses du Chat, Pribaïoutki, Poèmes de la lyrique japonaise), qui montrent Stravinsky sous un jour plus tendre et rêveur.

Malgré ces manques regrettables, on trouve tout de même de très bonnes versions des œuvres majeures. La distribution superlative de l'Œdipus Rex de Welser-Möst en fait l'une des meilleurs propositions au disque. C'est surtout par l'orchestre que brille le Rossignol de James Conlon, même si Natalie Dessay y est à son meilleur. Enfin, le Rake's Progress enregistré à Lyon par Kent Nagano peut se targuer de réunir les excellents Ramey, Upshaw et Hadley autour d'un orchestre lyrique de premier choix.

Les connaisseurs et curieux découvriront l'étrange cantate qu'est Perséphone, où Anthony Rolfe Johnson est fidèle au degré d'excellence qu'on lui connaît. Le très honorable Pulcinella de Pierre Boulez est l'occasion de le retrouver aux côtés d'Ann Murray. On s'avoue un peu moins convaincu par la lecture assez froide de la Symphonie de Psaumes par Simon Rattle, et c'est véritablement dommage de présenter les œuvres si intrinsèquement russes que sont Renard et les Noces dans leur version française ou anglaise.

On se console facilement avec les excellents enregistrements instrumentaux (Sacre de Jansons, Petrouchka de Muti, Mouvements de Petrouchka par Beatrice Rana) et surtout avec les quelques enregistrements historiques disponibles. Si Stravinsky n'était certainement pas un grand chef, ni un grand pianiste, on l'écoute volontiers, ne serait-ce que pour se faire une idée du tempo et de la dynamique générale de ses œuvres.

 

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