Un jeune chanteur et des découvertes absolues

Il Canto della Nutrice - Nurse tenor arias in Italian baroque Opera"

Par Jean-Jacques Groleau | ven 08 Mai 2020 | Imprimer

Passé par le Centre de musique baroque de Versailles ou encore l’Académie de Royaumont, le jeune ténor italien Marco Angioloni nous propose d’explorer avec son ensemble de musique baroque Il Groviglio quelques ouvrages (très) peu courus du répertoire baroque italien, avec comme fil rouge des airs de nourrices. Si l’on est familier de l’impayable Arnalta, la vieille nourrice de Poppée dans L’Incoronazione de Monteverdi, la nourrice était un personnage souvent clé dans les ouvrages des xviie et xviiie siècles : confidentes, manipulatrices, elles pouvaient aussi se faire coquettes et se lancer elles-mêmes dans une aventure amoureuse, ou bien pleurer leur jeunesse perdue… C’est toute cette diversité d’inspiration qui nous est ici proposée.

Avec un chant volontairement allégé, s’imposant tantôt une émission recto tono, tantôt osant laisser vibrer sa voix plus naturellement lyrique, Marco Angioloni explore ces pages avec un vrai souci du bien dire. Chaque mot, chaque phrase, sont ici ciselées avec une précision rare. Le timbre, sans chercher à se faire toujours séduisant, tente de se colorer au gré des situations, suivi en cela par un ensemble instrumental remarquable d’inventivité, de couleurs et de souplesse. Le disque nous fait en outre entendre quelques pages purement instrumentales, comme la très martiale Sinfonia du Muzio Scevola de Cavalli, celle tour à tour rêveuse et guillerette du Tito de Cesti, ou encore celle du Girello d’Alessandro Melani (qui fut maître de chapelle à Saint-Louis-des-Français de Rome sous Louis XIV)…

C’est d’ailleurs là le principal intérêt de cette publication : la découverte de pages encore inconnues du grand public. La plupart des pages enregistrées sont en effet des premières discographiques, et donc autant de découvertes absolues : de Francesco Cavalli, si les amateurs connaissaient l’Erismena ou encore Eliogabale, ils entendront avec plaisir ces pages de Doriclea, Ericlea, Orimonte et Egisto. De même que l’Ottavia restituta al trono (Octavie rendue au trône), tout premier opéra d’un jeune Domenico Scarlatti de 18 ans, créé à Naples à l’automne 1703, qui nous est ici proposé dans une reconstitution d’Alessandro Ciccolini – occasion de découvrir un drôlissime duo entre une nourrice qui tente de séduire le jeune Dorillo, un peu effrayé par cette rencontre…

 

 

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