Janine et Nadine chez les baroqueux

La Vénitienne

Par Laurent Bury | sam 03 Novembre 2012 | Imprimer
 
Elève de Rameau, Dauvergne n’en est pas moins beaucoup plus proche de Gluck par le style de sa musique, mais curieusement, c’est dans le registre léger que cette proximité est le plus sensible. C’est ici le Gluck compositeur d’opéras-comiques qu’on croit entendre, dans le prolongement de La Rencontre imprévue, par exemple, ouvrage créé à Vienne quatre ans avant cette Vénitienne. On citera par exemple le très joli duo « Non, ne redoutez plus d’amour ». A l’inverse, dès qu’il touche au tragique, ou du moins au grandiose, comme au cours du deuxième acte, où les héros ont recours aux services d’une magicienne qui convoque en renfort les puissances infernales, Dauvergne revient à un style plus proches de celui de son maître Rameau. Les danses ont-elles aussi un très net côté ramiste, surtout la chaconne finale. Compositeur de transition, donc, Dauvergne fut célébré par le Centre de musique baroque de Versailles en novembre 2011, ce qui nous vaut un an après deux parutions discographiques très différentes, tant par le type d’œuvre ressuscité (comique ou tragique) que par les moyens mis en œuvre.
Si l’enregistrement publié par Ricercar ne suscite pas un enthousiasme total, cela tient peut-être en partie à l’œuvre elle-même, mais aussi à une distribution assez inégale. Alain Buet est hélas le seul à vraiment jouer la comédie, comme son personnage de valet craintif l’y invite. Il le fait fort bien, et ses mérites vocaux sont assez connus. Matthias Vidal est dans son élément avec Octave, mais même ici, il ne peut toujours éviter quelques notes un peu trop tendues dans l’aigu. Timbre frais, élocution claire, Chantal Santon est tout à fait dans son élément, et le personnage d’Isabelle a un profil psychologique un rien plus étoffé par rapport aux fantoches que convoque le livret. Katia Velletaz a dans son timbre quelque chose qui rappelle Janine Micheau, dont elle a la préciosité un peu pincée, sans en avoir les qualités de diction. C’est en revanche à Nadine Denize qu’on pense en entendant la prononciation assez confuse d’Isabelle Cals, curieusement appelée « soprano » dans le livret d’accompagnement ; sur la partition de Dauvergne, sans doute la magicienne est-elle indiquée comme « dessus » au même titre que les autres personnages féminins, mais si le timbre sombre de la mezzo apporte un contrepoint bienvenu aux voix plus aigues, le style renvoie à une époque qu’on croyait révolue. Le Chœur de Chambre de Namur, qui la seconde dans son air « Que les cris, le sang et les larmes » ne semble guère croire à ce qu’il chante et, sans attendre forcément les intonations « méchantes » et nasillardes que les baroqueux adoptent souvent dans ce genre de passage, l’on a pris l’habitude d’une tout autre expressivité. Guy Van Waas n’est sans doute pas le chef énergique qu’il faudrait pour redonner vie à ce genre de partition, et l’on ne peut hélas que partager les griefs déjà formulés à son encontre dans le compte rendu de l’opéra de Grétry Céphale et Procris également paru chez Ricercar.
 
 

 

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