de l'opéra à la tribune

Johann Simon Mayr - Messa di Gloria in E minor & in F minor

Par Yvan Beuvard | lun 21 Juin 2021 | Imprimer

Eclipsé par Rossini, enraciné à Bergame, Simone Mayr, le Bavarois d’Ingolstadt, sera le maître révéré de Donizetti. Si ses ouvrages retrouvent maintenant la scène, et – surtout – les enregistrements, l’intense activité de Franz Hauk (installé précisément à Ingolstadt) n’y est pas étrangère. Le plus familier des interprètes de la musique de ce compositeur nous donne maintenant deux messes surprenantes, dont c’est le premier enregistrement.

Bien qu’amples – une heure pour celle en mi mineur, vingt minutes pour la suivante – les deux œuvres sont des messes brèves, dans la mesure où le texte de l’ordo a été réduit au Kyrie, suivi du Gloria. Cette pratique fut répandue tant dans le monde luthérien qu’en Italie (messa concertata). Mayr se souvient évidemment de Haydn et de Mozart, mais donne une italianité manifeste aux deux pièces (écrites en 1833-1834) conservées aux archives de la basilique Santa Maria Maggiore, où il exerça de 1803 à 1845.

Toujours source d’étonnement, l’expression de la foi par les romantiques partage de nombreux traits avec le spectacle lyrique. Dès l’introduction du premier Kyrie, on s’interroge pour savoir si le rideau va se lever ou si c’est réellement une messe. Les solistes ont la vocalité de l’opéra et ce n’est que le second Kyrie (une belle fugue) qui nous rappelle la destination de l’œuvre.  L’écriture vocale comme instrumentale, puissante, recherchée et raffinée fait forte impression. Le solo de ténor, concertato avec le cor et le violoncelle, les interventions du chœur et des autres solistes avant la belle fugue finale de ce Kyrie méritaient pleinement de sortir de l’ombre. Le Gloria est de la même veine : introduit puissamment par l’orchestre, puis par un chœur homophone, avec de splendides soli, il porte manifestement une marque originale.  Les modelés du Gratias agimus tibi, où les solistes dialoguent avec un orchestre dynamique, coloré et toujours clair, ne manquent pas de séduction. Le Domine Deus, très mozartien, avec cor concertant, permet à Thomas Stimmel, basse agile et bien timbrée de déployer tous ses moyens. Le Qui tollis voit dialoguer la flûte, associée au basson, avec la soprano Dorota Szczepanska, des cordes inquiètes, voire tourmentées dans la première partie, puis rayonnantes. La voix est bien conduite, colorée, aux aigus aisés, égale dans tout le registre. Avec le violon solo, le ténor Markus Schäfer chante le Qui sedes, timbre clair, lumineux, voix souple et agile : le lyrisme est de même nature que celui de l’opéra, sans ostentation. Pour conclure, le Cum sancto, énergique, dramatique, fait la part belle à chacun des solistes comme au chœur.

Contrasté par un orchestre et un chœur homophone, puissant, et de brèves interventions des solistes qui expriment la plainte puis une forme de ravissement, le Kyrie de la messe en fa mineur (tonalité rare) frappe par sa vocalité souveraine. L’énergique Gloria use du même procédé avec l’opposition naturelle du « et in terra pax ». La brève sicilienne du Gratias, confiée au quatuor de solistes, accompagnés de bois ravissants sur les pizzicati des cordes, est une page aussi brève que plaisante. Anna Feith, soprano, est remarquable dans le Suscipe Israel, où elle se joint au ténor Fang Zhi.  Solistes, chœur, orchestre unissent leurs moyens pour cette fin jubilatoire et très vocale du Quoniam. A la tête de son orchestre et de son chœur, remarquables, Franz Hauk, exemplaire d’énergie et d’élégance comme de subtilité, a le souci permanent des équilibres, des couleurs et de la mise en valeur des voix.

Une réalisation séduisante de deux découvertes qu’il faut mettre en perspective avec les productions contemporaines dont l’histoire a gardé la trace : Mayr mérite pleinement de sortir de l’ombre.

La brochure, bilingue (anglais -allemand), répond à toutes les exigences attendues.

 

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