Cendrillon pour l'éternité

La Cenerentola

Par Jean Michel Pennetier | ven 03 Août 2018 | Imprimer

Le rôle d'Angelina est celui des débuts de Lucia Valentini-Terrani, qui interprète La Cenerentola pour la première fois à Brescia en 1969. Enregistrée ici en 1980, le mezzo italien est dans la plénitude de moyens formidables, conjugués à une exceptionnelle sensibilité. Fluidité des vocalises, justesse des couleurs, intelligence de variations laissent pantois. En ces débuts de ce qu'on appelera la Rossini renaissance, cette impeccable maîtrise technique ne trouve d'équivalent que chez Marilyn Horne, voire Frederica von Stade. Au delà de la virtuosité, Valentini-Terrani offre dans ce rôle particulier, un supplément d'âme unique, un petit je-ne-sais-quoi de nostalgique et hors du temps. Chaleur du timbre, intelligence du texte aux inflexions dramatiques parfaitement ciselées, contribuent à construire ainsi un personnage poétique, profondément bon, profondément attachant (comme l'était d'ailleurs cette immense artiste dans la vraie vie), justifiant le titre complet de l'ouvrage : La Cenerentola, ossia la bontà in trionfo. Même s'il se limite à la seule dimension comique (mais le personnage est ainsi), le Don Magnifico d'Enzo Dara est également un sommet tant musicalement que dramatiquement (ou plutôt drolatiquement), avec une maîtrise incomparable du canto sillábico le plus rapide qui soit, et un art de la déclamation qui rend passionnant le moindre de ses récitatifs. Domenicho Trimarchi est de la même école : on est donc un peu étonné de l'entendre en Dandini, rôle où l'on a l'habitude d'entendre des voix moins rondes, des chanteurs moins matures, mais les exigences vocales sont parfaitement remplies. Même observation au sujet de l'Alidoro d'Alessandro Corbelli, certes excellent, mais trop peu différencié lui aussi d'Enzo Dara qui, dans le genre bouffe, écrase un peu tous ses collègues. Francisco Araiza est un Ramiro au timbre brillant et percutant, à la vocalisation fluide et rapide. Certains ténors ultérieurs seront sans doute plus imaginatifs en termes de variations, mais n'oublions pas que le chanteur mexicain est ici un précurseur déjà exceptionnel. La  direction de Gabriele Ferro est plus élégante que vive, mais suffisamment alerte. Les ensembles sont remarquablement en place et les chanteurs parfaitement accompagnés. L'ouvrage est donné ici avec un quart d'heure de coupures, dont, bien entendu, les scènes de « balai »...

 

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