La somme des parties...

Wagner, Ponchielli, Puccini...

Par Benoît Berger | lun 29 Septembre 2008 | Imprimer
La somme des parties fait, forcément, un disque peu homogène !
Ne me demandez pas ce que c’est que ce « Vienna debut » qui donne son nom à l’album. Sans doute celui de l’un des artistes ; peut-être de tous. Hormis la date – le 8 juin 1953, vous serez heureux de le savoir – les circonstances du concert – car c’en est un – resteront nébuleuses. De toute façon il confine, à l’audition au moins, à la fausse bonne idée tant l’attelage réuni ressemble à la Tour de Babel !
En gros, pour résumer, personne ici – ni le programmateur, ni les chanteurs – ne semblent parler la même langue. Le programme tire à hue et à dia ; et nos stars du moment n’ont pas franchement l’air d’être captées sous leur meilleur jour. La faute, peut-être, à l’effet « debut » !
Il faut dire que le chef est très, mais alors franchement très mauvais. Mauvais, oui ; pire que routinier donc, ce qui n’aurait déjà pas été si mal. Wagner dénervé – aucune arche tendue au-dessus de la mort d’Isolde – et des Italiens pauvres de sève et de sucs. Bref, rien ; le grand n’importe quoi !
Et les chanteurs ? En 1953, Windgassen n’avait apparemment pas trouvé la lumière de Lohengrin – on évitera prudemment la comparaison avec King, Kollo ou Seiffert – ni le mode d’emploi pour Tannhäuser. Il chantait – et enregistrait – pourtant ce même Lohengrin pataud, paresseux à Bayreuth la même année. Quant à Tannhäuser il faudra attendre la rencontre avec Sawallisch pour en faire quelque chose – de moins probe vocalement, certes, mais tellement plus souverain de ton et de hauteur de vue.
Mödl n’a droit « qu’à » Isolde. Elle y fait ce qu’elle peut mais il vaut mieux essayer de trouver – c’est multi-réédité et à des prix défiant parfois toute concurrence – le live de 1952 avec Karajan pour savoir ce qu’elle y peut vraiment, justement ! Ici, pour ceux qui ne la connaissent pas, même captée dans ses bonnes années – et il n’y en a pas eu beaucoup – elle paraîtra à peine bonne, mais sans vertiges vocaux ni vraie ligne. Deuxième occasion manquée !
On ne cherchera pas à savoir ce que fait Carla Martinis ici. De son vraie prénom Dragitza – lequel prénom présente au moins un point commun avec son chant : l’exotisme – elle a été, entre autres, la Desdémone de Fürtwängler et une Aïda pour Karajan – les deux un peu matrones. Le timbre est quelconque, charnu – ou épais, c’est selon – comme celui d’une bonne italienne de seconde zone. Mais comme elle l’utilise sans imagination, elle indiffère vite… quand elle n’énerve pas – les minauderies de Butterfly tiennent du mauvais muet. On passe vite, alors…
Mais que reste-t-il à cet album pour justifier un semblant d’intérêt ? Di Stefano, forcément. Lui aussi est capté dans ses bonnes, très bonnes années. Déjà un peu sur la pointe des pieds vocalement ; hors de ce qui aurait dû être et rester son cœur de répertoire – Bohème mise à part ; et ouvrant déjà ses sons un peu plus que de raison. Mais quel son ! Et quel engagement ! Avec des suspensions, des liquidités dans l’aigu – Gioconda et Bohème, encore – des trésors de ligne, de rubati aussi, pas forcément très politiquement corrects mais si enjôleurs. Et puis, passant après les éteignoirs précédents, on lui pardonne tout…
Et là, au moins, on écoute ! Enfin !
Benoît BERGER
 

 

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