Paulette et Marcel ? Non, Claudine et Bernard !

La Veuve joyeuse

Par Laurent Bury | mar 29 Octobre 2019 | Imprimer

L’opérette dans la France de l’après-guerre, quand ce n’était pas Luis Mariano, c’était bien souvent le couple formé par les inoxydables Bordelais, Paulette Merval (1920-2009) et Marcel Merkès (1920-2007), couple à la scène comme à la ville. On leur doit notamment un beau disque d’extraits de La Veuve joyeuse, qui peut tenir son rang aux côtés de la fameuse version où Micheline Dax, avec un inénarrable accent américain dans les dialogues parlés, donnait la réplique au très grand Michel Dens, l’entourage n’étant pas moins somptueux (Suzanne Lafaye, André Mallabrera, Jean-Christophe Benoît…).

Hélas, on le sait, l’opérette dans la France de l’après-guerre connut aussi un déclin dont elle ne commence que partiellement à se relever. Les extraits de La Veuve joyeuse enregistrés en 1981 et aujourd’hui réédités par Laserlight témoignent de cette décadence. Il y a très peu de finesse à attendre de l’orchestre anonyme dirigé par Jean Doussard, et l’on trouvera bien peu de choses à sauver parmi les seconds rôles.

Michèle Comanester ne peut offrir à Nadia qu’une petite voix trémulante qui ne s’approche de l’aigu qu’avec prudence, pour un personnage assez éloigné de l’ambassadrice volage dépeinte par le livret. Son Camille, Christian Lara, est un ténor raide à l'émision laborieuse, qui se réfugie dans le falsetto dès que sa ligne de chant s’élève un peu trop au-dessus de la portée. Quant à l'esprit, il est singulièrement absent de cette interprétation.

Avec Bernard Sinclair (1937-2015), on monte d’un cran. Sans être exceptionnelle, la voix claire et charmeuse est celle d’un baryton léger, et l’on imagine volontiers qu’il put être un Pelléas ou un Marouf tout à fait crédible (Escamillo, également à son répertoire, est un peu plus étonnant). C’est néanmoins surtout dans l’opérette qu’il trouva le plus à employer son talent. Il enregistra notamment toute une série d’ouvrages avec Mady Mesplé, Christiane Stutzmann (la mère de Nathalie) et Charles Burles, réédités par EMI (La Fille de Madame Angot, Les Cloches de Corneville…).

Mais dans cette entreprise, l’héroïne – à tous les sens du terme – est Claudine Granger, qu’on soupçonne d’être originaire de Belgique, mais sur laquelle on avoue manquer à peu près totalement d’informations. Voilà une soprano qui pouvait tenir haut la main les rôles « classiques » du genre (elle a notamment gravé Pomme d’Api, Tromb-al-Cazar et L’Ile de Tulipatan), grâce à sa voix élancée mais charnue, et à la fermeté de sa diction, qui permet de ne pas perdre un mot de ce qu’elle chante. Elle aussi participa à un nombre impressionnant d’enregistrements d’opérette, dont une autre Veuve joyeuse, également dirigée par Jean Doussard.

Le label DOM remet aujourd'hui sur le marché toute une collection d’extraits d’opérettes dont Claudine Granger est la protagoniste, jadis publiés par TLP ou Laserlight, dans les collections « Prestiges de l'Opérette » et « Opérettes célèbres », avec des titres parfois un peu oubliés. La comédie musicale Hello Dolly ! est restée dans les mémoires, notamment grâce au film avec Barbra Streisand, on prêtera une oreille attentive à la version française, créée par Annie Cordy en 1972, ici enregistrée en 1994, et où l’on retrouve le couple Granger-Sinclair. Balalaïka trahit par son titre son sujet russe, mais cette opérette fut créée à Londres en 1936 et montée à Paris deux ans après. Le Chant du désert (1926) était l’œuvre de trois librettistes dont Oscar Hammerstein ; comme Balalaïka, cette opérette américaine fut adaptée en français pour le théâtre Mogador que dirigeait Maurice Lehmann. Claudine Granger a également interprété des œuvres de Francis Lopez moins célèbres que La Belle de Cadix ou Le Chanteur de Mexico : Laserlight nous permet de l’entendre dans Fandango (1949) et dans Le Vagabond tzigane (1982), soit les deux extrêmes de la carrière du compositeur.

 

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