Référence pour une œuvre rare

Le villi

Par Jean Michel Pennetier | dim 09 Octobre 2016 | Imprimer

Premier opéra de Giacomo Puccini, Le villi n’a jamais trouvé une place régulière au répertoire des théâtres. La partition fut écrite pour un concours organisé par l’éditeur Sonzogno, et le compositeur ne fut même pas classé, probablement en raison de combinazioni typiquement locales. L’ouvrage fut créé avec grand succès à Milan au Teatro dal Verme, puis révisé plusieurs fois lors des reprises. Le livret reprend à peu de chose près une nouvelle d'Alphonse Karr, Les Willis, elle-même inspirée de l’argument du ballet Giselle. Résumons rapidement l’intrigue. Dans un village de Forêt-Noire, Roberto et Anna se fiancent. Mais Roberto doit partir pour Mayence (fin de l’acte I). Un intermezzo en deux parties, L'Abbandono (L’Abandon) et La tregenda (Le Fantôme), sépare les deux actes. Un narrateur compte les événements qui se sont passés pendant ce temps : Roberto a oublié Anna dans les bras d’une « Sirène » (dans la nouvelle, c’est plus prosaïquement une belle et riche jeune fille). Anna est morte de chagrin en son absence. La légende des Willis est exposée : quand une femme meurt le cœur brisée, les Willis entraînent l’amant infidèle jusqu’à la mort dans une danse infernale. Au début de l’acte II, le père d’Anna, Guglielmo, invoque la vengeance des Willis. Dans la forêt, Roberto rencontre le fantôme d'Anna, puis il est tourmenté jusqu’à la mort par les Willis. Comme on le voit, la construction dramatique est assez faible : un premier acte où il ne se passe rien, un long intermezzo, une invocation du père et les tourments du gendre qui arrivent en conclusion, sans réelle progression dramatique. Ceci explique sans doute la difficulté de l’ouvrage à trouver un public.

Le Roberto de Plácido Domingo est ici à son zénith : ardent, viril et passionné. Il ne fait qu’une bouchée de la terrible scène finale d’une extrême difficulté. En dépit de quelques stridences, Renata Scotto est quasiment parfaite en Anna, donnant un sens à chaque mot dans une interprétation qui culmine avec sa dernière intervention fantomatique où elle rappelle avec émotion leurs amours passées, la trahison de Roberto, pour basculer dans un impitoyable appel à la vengeance. Le Guglielmo de Leo Nucci n’a qu’un air à chanter, qu’il exécute avec une parfaite musicalité. L’immense Tito Gobbi prête sa voix au narrateur, dans une interprétation un peu trop extérieure.

Comme très souvent, Lorin Maazel est parfaitement à son aise avec l’univers puccinien, en particulier dans l’intermezzo, somptueux. Il tire le meilleur d’une œuvre tout de même mineure, mais qui comportent quelques très belles pages.

 

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