La Lucia dans la charmille

Mado Robin, récital

Par Laurent Bury | mer 22 Juillet 2015 | Imprimer

Plus d’un demi-siècle après sa mort, Mado Robin reste une légende, et Decca ne pouvait l’exclure de ses « Most Wanted Recitals ! ». S’il y a « CD Premiere », comme l’affirme la pochette, ce n’est vrai que pour une partie des plages, le récital Mireille/Lucia ayant déjà été reporté, notamment dans le coffret publié l'an dernier chez Forlane. Tant qu’à faire de reproposer le « 3e récital » gravé en 1953, complété par des extraits du 1er, de 1951, le label aurait sans doute pu adjoindre aux airs de Mireille la Chanson de Magali, publiée la même année sur un autre disque. Les airs de Bellini datent quant à eux de 1955, avant que l’artiste ne soit sous contrat chez Pathé, à partir de 1957.

Comme on pouvait s’en douter, Mado Robin est une Mireille angélique, parfaite dans les deux premiers actes de l’opéra, avec un interminable contre-sol à la fin de la valse, mais la soprano ne se serait sans doute jamais lancé dans l’air de la Crau. Dans le dialogue avec Vincenette, Mireille paraît bien plus enfantine que celle qui lui donne la réplique. Quant au ténor Michel Malkassian, il semble très vite atteindre ses limites dans le duo « Vincenette a votre âge », et s’époumone à chaque forte. L’air des Clochettes est une leçon de phrasé, et les variations « Ah, vous dirai-je, Maman » ne sauraient être autre chose qu’un numéro de cirque (il est assez cocasse que ce morceau soit présenté sur le disque comme des variations conçues par Mozart « on Adam’s ‘Ah vous dirai-je Maman’ », alors que c’est évidemment Adolphe Adam, né près de quinze ans après la mort de Wolfgang Amadeus, qui eut l’idée de faire chanter les variations pour piano dans son opéra-comique Le Toréador en 1849).

Libero de Luca, partenaire de la Lakmé gravée en 1952, a pour lui un italien autrement plus idiomatique que celui de sa Lucia. Que ne sont-ils allés chercher la version française ressuscitée en 2002 par Natalie Dessay ? Mado Robin y aurait été infiniment plus à sa place car, si elle reste une référence dans notre répertoire national, il est devenu difficile d’accepter une voix comme la sienne dans le romantisme italien. Autant sa Reine de la nuit captée en direct sur la scène de Garnier montre que la chanteuse était capable d’urgence dramatique, autant cet enregistrement de studio paraît dépourvu de toute vie théâtrale et transforme l’air de la folie en numéro d’acrobate exécuté par une Lucie toute petite fille, une Lucie-Olympia. De Luca, lui, convainc beaucoup plus chez Donizetti que chez Delibes, où son Gérald nous a toujours paru trop brutal. Edgardo s’accommode mieux d’être ainsi pris à bras le corps.

Les remarques formulées sur Lucia valent un peu moins pour les airs de Bellini : peut-être Anatole Fistoulari à Londres sut-il mieux porter la chanteuse que Richard Blareau à Paris, et sans doute le personnage d’Amina, moins tragique et plus sentimental, convenait-il mieux à Mado Robin.

 

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