Mais où est donc le corps du roi ?

King Arthur

Par Laurent Bury | jeu 23 Janvier 2014 | Imprimer
 
Un King Arthur de plus. Un Roi Arthur sans stars, mais un Roi Arthur enregistré par une vraie petite troupe, qui a donné l’œuvre plusieurs fois en version semi-scénique avant d’affronter l’épreuve du disque. Cela s’entend notamment dans l’interprétation très animée de « Your Hay It Is Mowed » au dernier acte, émaillée de force cris et grognements. Pourquoi pas, mais n’aurait-il pas été moins risqué de s’attaquer à un Purcell moins fréquenté ? Justement, Frédérique Chauvet dirigeait il y a peu la même équipe dans The Indian Queen, titre qui connaît en ce moment un regain d’intérêt (voir notre brève), mais qui ne compte pas autant de versions que King Arthur. Mais peut-être BarokOpera Amsterdam a-t-il justement souhaité aborder une œuvre bien connue, après s’être consacré à des raretés, enregistrées chez Arcobaleno alors que l’ensemble s’appelait encore « Il Teatro Musicale » : Arion, tragédie lyrique de Jean-Baptiste Matho (1714), et Le 66 d’Offenbach, opérette de 1856, que l’on entendra le 2 février prochain à la Péniche-Opéra.
Quand nous disions « un Roi Arthur sans stars », il y en a quand même une dans ce disque, enfin, une ex-star des nineties : Derek Lee Ragin en personne. On se souvient que ce contre-ténor fut jadis incontournable dans Haendel (René Jacobs l’imposa dans Flavio et Giulio Cesare, John Eliot Gardiner dans Agrippina et Saul, Christophe Rousset dans Scipione, Marc Minkowski dans Teseo) et que sa voix fut mixée par les techniciens à celle de la soprano Ewa Malas-Godlewska pour fabriquer la voix de Farinelli dans le film du même nom. Même s’il est difficile de savoir exactement qui chante quoi (le livret d’accompagnement indique les noms des chanteurs par typologie vocale, sans préciser les « rôles » qu’ils interprètent, mais compte tenu de l’ordre non-alphabétique on peut supposer que le premier nom de chaque catégorie est le plus important), on reconnaît aussitôt le timbre un peu inconsistant et la diction extrêmement maniérée du contre-ténor américain. Si l’on suit cette règle, c’est à Wendy Roobol qu’il faut attribuer les interventions de la soprano soliste, et c’est elle dont la voix bien trop droite met régulièrement nos oreilles à l’épreuve. Ses aigus forte soigneusement dépourvus du moindre vibrato tournent au hululement dans la passacaille du quatrième acte, « No joys are above the pleasures of love ». Son « Fairest Isle » glacial et désincarné semble piaillé par une voix d’enfant. Pour l’air du Génie du froid, on a pris l’habitude d’entendre de véritables voix de basse : la présente version ne fait intervenir que des chanteurs qualifiés de « baryton ». Sans faute en revanche pour les ténors, aux voix agréables et bien timbrées. Voilà néanmoins un Roi Arthur qui, sur le plan vocal en tout cas, manque singulièrement de corps, malgré les belles sonorités déployées par les instrumentistes.
Les Parisiens pourront en tout cas juger des mérites de ce King Arthur en direct, lors du passage de la troupe au théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, du 7 au 12 février prochain. Les informations communiquées par cette salle laissent entendre qu’il y a réellement cinq « solistes », les autres chanteurs formant le chœur : le baryton Pieter Hendriks, le ténor Mattijs Hoogendijk, les sopranos Wendy Roobol, Mijke Sekhuis, et le contre-ténor Gunther Vandeven (Derek Lee Ragin ne sera apparemment pas de la fête).
 
 
 
 

 

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