Entièrement tourné vers l'introspection douloureuse...

Portraits

Par Claude Jottrand | mer 26 Novembre 2014 | Imprimer

C’est au cours d’une visite à la National Gallery de Londres que Dorothea Röschmann a conçu l’idée d’un programme centré autour des figures emblématiques de Mignon, Marguerite et Marie Stuart, et en a fait le fil conducteur littéraire d’un programme musical sur mesure. De tous les textes romantiques jamais mis en musique, les chants de Mignon de Goethe sont sans doute parmi les plus tragiques et les plus mystérieux. Ils ont tour à tour inspiré Schubert, Schumann, Wolf et beaucoup d’autres, qui ont trouvé dans les vers du maître de Weimar et dans la détresse de la jeune fille soumise trop tôt à l’errance et à la confrontation aux adultes, des résonnances particulières et un terrain fertile, propice à stimuler leur inspiration la plus sombre. Parce que les souffrance de la jeune Mignon ne sont pas définies, par ce qu’elles sont indicibles, leur mise en musique est particulièrement éclairante et l’émotion qui s’en dégage particulièrement poignante.

En réunissant quelques-unes de ces pages, celles de Schubert et de Wolf en particulier, la soprano autrichienne non seulement s’attaquait à des chefs d’œuvres, mais prenait aussi le risque d’un enregistrement monochrome, entièrement tourné vers le tragique, la plainte, l’introspection douloureuse.

Elle aurait pu en effet compléter la programmation de son enregistrement de quelques pages plus joyeuses ou simplement plus légères ; au contraire, les cinq lieder sur des textes de Marie Stuart de Robert Schumann qui expriment la détresse d’une femme devant la mort la plus injuste surenchérissent dans le tragique, et les lieder de Strauss ne sont pas non plus choisis pour leur caractère primesautier.

Malgré ces choix audacieux, le disque est assez réussi. La chanteuse a pour chaque compositeur un ton différent : direct et tragique pour Schubert, un peu exagérément théâtralisé à notre goût, plus distancié pour Schumann (mais non moins poignant), plus lyrique pour Strauss, plus objectif pour Wolf, remarquable de précision. Et si la voix paraît parfois un peu lourde, un peu compacte, l’interprétation est toujours inspirée, parfaitement à propos, directement liée au sens du texte, parfaitement juste.

Très discrètement soutenus par Malcolm Martineau, peu favorisé – quant à lui – par la prise de son, mais d’une merveilleuse efficacité musicale et dramatique, ces lieder parmi les plus beaux du répertoire révèlent  ici une grande nostalgie propice à l’épanchement, qui convie l’auditeur à un voyage poétique intense., au cœur du romantisme germanique.

 

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