Enchantements ramistes

Rameau triomphant, Mathias Vidal, Haute-contre

Par Yvan Beuvard | lun 12 Juillet 2021 | Imprimer

Rameau, familier de l’opéra depuis l’âge de 12 ans, a retrouvé sa place sur les scènes les plus prestigieuses. L’ignorerait-on, que l’écoute de cet enregistrement serait un pur délice. Sauf que tous les airs retenus, à juste titre pour leurs qualités musicales et dramatiques, tous ces airs sont enchaînés, avec pour souci premier la variété des expressions, l’harmonie des enchaînements, renonçant à la cohérence des ouvrages dont ils sont tirés. Le projet n’était pas celui d’une anthologie raisonnée, mais un récital, un florilège. Va donc pour le bouquet que nous offrent Mathias Vidal et ses complices de Marguerite Louise, conduits par Gaétan Jarry.

En une trentaine d’années, Rameau nous lègue autant d’ouvrages lyriques, tragédies, opéras-ballets, comédies, pastorales etc.  S’il n’a pas tout chanté ni enregistré, Mathias Vidal a illustré magistralement les principaux rôles correspondant à sa tessiture, avec les chefs les plus prestigieux. A travers une dizaine d’ouvrages, auxquels notre haute-contre emprunte les plus belles pages écrites pour sa voix, il nous offre le meilleur de son art. Seul Hippolyte et Aricie, parmi les sommets, est oublié.  Alternent avec intelligence et goût les pages instrumentales et les airs, renouvelant l’attention. Son intimité à ce répertoire qu’il affectionne plus que tout autre nous vaut un feu d’artifice vocal, comme celui qui consacra Jélyotte en son temps, sans aucun doute. Ainsi qu’on pouvait s’y attendre, toutes les qualités sont réunies : émission, diction exemplaire, agilité, longueur et conduite de voix, sens dramatique. Chaque air appellerait un commentaire, écrivons simplement que Mathias Vidal se révèle au sommet de son art, rivalisant avec les grands chanteurs ayant marqué l’histoire, les surpassant souvent. Le jubilatoire « Jouissons, jouissons de nos beaux ans » (des Boréades), la force et la vigueur martiale de l’air de Pollux « éclatez, fières trompettes », la conduite de « Règne, Amour » (Pigmalion), l’intensité expressive des airs de Dardanus, il n’est pas de page qui n’appelle l’émotion. Le trio des songes, avec deux chanteurs du chœur, n’est pas moins admirable.

L’Ensemble Marguerite Louise, lui aussi familier de ce répertoire, se montre un accompagnateur réactif mais inégal. Non que sa technique, son style ou son engagement soient pris en défaut, mais le choix de certains tempi ou caractères paraît surprenant. Ainsi, des Indes galantes, l’air pour les esclaves africains revêt ici une élégance raffinée à rebours de sa destination et du « lourdement » que voulait le compositeur. L’orage de Platée, relativement conventionnel, se montre impropre à susciter la frayeur. « Calme des sens », élégiaque est réussi, mais les tambourins précédents, du prologue de Dardanus, animés, nerveux, très contrastés, paraissent un peu pâles. Ce seront là les seules menues réserves, qui n’altèrent pas le profond bonheur éprouvé à l’écoute de cet enregistrement.

Comme à son habitude, le label Château de Versailles nous vaut une remarquable plaquette, trilingue, soigneusement documentée, comportant la totalité des airs et leur traduction en anglais et en allemand.

 

 

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