Incroyable Ravel, merveilleusement servi

Ravel - mélodies

Par Yvan Beuvard | mer 02 Décembre 2020 | Imprimer

« Quand Verlaine ou Jules Renard se mêlent à Ravel, quel luxe ! Nous avons choisi Ravel pour essayer de convaincre que cette musique est incroyable. A chaque changement d’œuvre on change d’atmosphère. Quand on passe de la musique espagnole dans Don Quichotte aux Deux mélodies hébraïques, des Madécasses à une chansons écossaise, d’une chanson italienne à la Puccini aux Cinq mélodies populaires grecques… et les Histoires Naturelles ! C’est comme un tour du monde sans bouger de sa chaise ! »  Avant ce premier album, Victor Sicard a assumé sur scène de nombreux rôles, les plus divers, appartenant à un très large répertoire. Ainsi, il a acquis la capacité à endosser très vite les habits les plus chatoyants comme les plus austères. Cela lui permet de trouver ici les couleurs les plus justes, l’expression la plus authentique pour chacune des mélodies.

Don Quichotte à Dulcinée, ouvre le récital, avec une force expressive peu commune de deux interprètes qu’unit une complicité idéale. « Anna et moi nous sommes rencontrés en interprétant Don Quichotte à Dulcinée. Elle est depuis 11 ans ma propre Dulcinée… » déclarait-il dans une récente interview (https://www.forumopera.com/actu/cinq-questions-a-victor-sicard). La Chanson épique épouse idéalement les intentions de Ravel, simple et nue, émouvante comme un cantique. Même si la rondeur, la faconde robuste d’un Bacquier dans la Chanson à boire, demeurent inimitables, la souplesse, le naturel du chant comme du piano seront la marque de cet enregistrement. Les Deux mélodies hébraïques, puis les délicieuses et trop rares Chanson madécasses sont un constant régal (« Aoua » !, le voluptueux « Il est doux » tout particulièrement). Nos deux partenaires passent avec aisance et naturel du ton simple et franc des Cinq chants populaires, puis des Cinq mélodies populaires grecques, aux fabuleuses Histoires naturelles avant de retrouver le caractère archaïsant de Ronsard à son âme puis de Sur l’herbe.

Chaque mélodie appellerait un commentaire, aucune ne rompt cet émerveillement qui accompagne l’auditeur tout au long du récital. La qualité du chant, de son soutien, de son intelligibilité sont exemplaires. Tour à tour véhément, caressant, jovial comme grave, Victor Sicard pouvait-il trouver une plus grande complicité qu’avec Anna Cardona ? Leur commune passion pour Ravel nous vaut ce présent dont on ne se lasse jamais. La dynamique qu’ils impriment, la conduite pleinement assumée du propos vocal comme instrumental sont exceptionnels. Leur art est construit sur la sincérité et la distinction, sans la surcharge d’intention ou l’affectation que Roland Barthes stigmatisait chez tel ou tel de ses contemporains.

Un Pleyel de 1892, qu’aurait pu jouer Ravel, a été opportunément choisi pour ces œuvres. Anna Cardona en tire les sonorités les plus riches, avec un sens rythmique d’une sûreté absolue. Son jeu, éblouissant, répond pleinement aux exigences ravéliennes les plus pointues (« Tout gai », « La pintade », par exemple).

Une leçon de chant, magistrale, dont attend la suite.

 

 

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