Dans la famille Lully, je demande le beau-père

Sous l'empire d'Amour

Par Laurent Bury | mer 01 Novembre 2017 | Imprimer

La France n’était pas un désert musical avant l’arrivée de Lully : c’est une évidence, mais qu’il est bon de rappeler de temps à autre. Le cher Giambattista trouva même à épouser la fille du compositeur le mieux placé à la Cour avant lui, Michel Lambert (1610-1696). Il restait certes à créer les genres scéniques et à faire vraiment advenir un opéra spécifiquement français, mais la musique vocale brillait déjà à travers l’air de cour, forme toute de délicatesse et de raffinement, conçue pour une écoute plus privée que les grands spectacles louis-quatorziens. Avec le renouveau baroqueux, depuis quelques décennies, l’air de cour a retrouvé droit de cité, et il a même son tube, « Ombre de mon amant », qu’ont gravé les artistes les plus divers, d’Anne Sofie von Otter (avec les Arts Florissants, sur un disque auquel cette pièce donnait son titre) à Hasnaa Bennani avec l’ensemble Stravaganza. « Vos mépris chaque jour me causent mille alarmes » pourrait lui disputer ce rang, car on l’entend presque aussi souvent. A travers ces deux exemples, on se rend bien compte de ce que Lully sut reprendre de la musique de son beau-père : la plainte de Cybèle à la fin du troisième acte d’Atys, « Espoir si cher et si doux », est-elle autre chose qu’un air de cour accompagné par un orchestre ?

Pour son premier récital au disque, Marie-Claude Chappuis a donc choisi d’enregistrer des airs de cour de Michel Lambert, choix qui correspond bien à l’élégance discrète de cette interprète pudique, fine diseuse et toujours porteuse d’une sobre émotion. Oui, mais voilà : un disque uniquement consacré à Michel Lambert risquerait de finir par induire chez l’auditeur une douce somnolence car, si belle que soit cette musique, elle est rarement enjouée et, lorsqu’elle n’est pas plaintive, elle reste paisible. Pour animer tout cela, le programme associe donc aux airs sérieux, en alternance un peu systématique, des chansons nettement plus gaillardes, signées de compositeurs un peu plus anciens : Gabriel Bataille, surtout, mais aussi Moulinié et Boësset. Dans ces pièces-là, la mezzo suisse est bien forcée d’adopter un tout autre ton : sans en rajouter dans la truculence, elle a recours à un parlando expressif et ose même le cri dans « Un satyre cornu ».

A ses côtés, le luthiste Luca Pianca, qui accompagne aussi Roberta Mameli dans le disque Anime amanti, opte lui aussi pour une grande réserve, et se montre finalement presque trop discret, même dans les quelques plages purement instrumentales.

Heureusement, il y a la « Plainte italienne » de Lully, extraite de Psyché, il y a « Rochers, vous êtes sourds », qui permettent à la chanteuse d’introduire un peu plus de drame, mais l’on aimerait que Marie-Claude Chappuis s’autorise plus de liberté, se montre un rien plus extravertie dans son interprétation. Ce sera pour la prochaine fois.

 

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