Humour British

The Perfect fool

Par Jean Michel Pennetier | ven 12 Novembre 2021 | Imprimer

La postérité n'a guère retenu de l'œuvre de Gustav Holst que sa suite symphonique The Planets (incontournable test dans les rayons HiFi au lointain XXe siècle). L'enregistrement de cet ouvrage est parfois associé à la suite de ballet tirée de The Perfect fool, mais l'opéra lui-même est très rarement donné, comme la quasi totalité de ses compositions. Timide, Holst n'aimait pas la célébrité : elle lui a bien rendu. L'ouvrage commence par une invocation du Wizard [le Sorcier] qui appelle tour à tour les esprits de l'air, du  feu et de l'eau afin de concocter un élixir d'amour. Les esprits se manifestent dans un ballet (la suite, d'une dizaine de minutes, est donnée sans les interventions chantées). Le Wizard veut épouser la  Princesse qui doit choisir un mari ce même jour : comme il est vieux et plutôt laid, l'élixir d'amour sera indispensable au succès de ses projets. Une vieille femme, The Mother, l'écoute. Elle est accompagnée de son fils, un jeune homme pas très vif (Fool se traduit par Idiot), mais qui a fait l'objet d'une prophétie : l'intensité de son regard lui fera gagner une épouse et  causera la mort d'un ennemi. Le Wizard n'a que condescendance pour la gent féminine et il ne se méfie pas davantage de la vieille femme : il lui dévoile donc ses plans. ll lui demande de lui enseigner l'art de la courtoisie qui lui permettra de conquérir la Princesse et s'entraine sur la vieille femme, sûr toutefois de ses talents. La rumeur affirme que quiconque regarde la Princesse en tombe amoureux : le Wizard considère donc qu'il lui faut tuer tous les hommes qu'il rencontre s'il veut limiter la concurrence. La vielle femme cache prudemment son fils. Le Wizard décrit le pouvoir de son élixir : quand il l'aura absorbé, la Princesse tombera instantanément amoureuse de lui au premier regard. Il s'endort sûr de son succès, mais la femme fait prendre la potion à son fils et la remplace par de l'eau. La Princesse fait son entrée. Elle est convaincue que le sort lui permettra d'épouser un pur héros. Le Wizard fait son entrée et, à sa stupéfaction, la Princesse le rejette, sans mâcher ses mots. Il insiste, en chantant pour elle, mais la Princesse le fait jeter dehors. Il part en proférant des menaces de vengeance. Le candidat suivant est un troubadour qui tente de la conquérir sur une parodie de Verdi. Plein de suffisance, il défie la Princesse dans un concours de notes aigues que celle-ci remporte. Il est lui aussi renvoyé. Le candidat suivant est le Traveller [le Voyageur, ou le Wanderer], une parodie très réussie de Wotan. Nouvel échec. Le Voyageur quitte la scène sur la musique du Crépuscule des Dieux. Ces passages préfigurent avec plus de 30 ans d'avance l'esprit des Hoffnung Music Festivals. Dans la coulisse, le Wizard a tenu ses promesses de vengeance et a mis le feu à la ville. La foule panique et abandonne la Princesse, restée très sereine : la vieille femme en profite pour faire approcher son fils et les deux regards se rencontrent. Sous le charme, la Princesse lui offre sa main et son amour, ce à quoi le jeune homme répond simplement : « No! » (le rôle n'est pas très difficile : c'est sa seule contribution vocale de tout l'opéra). Le Wizard revient pour parachever sa vengeance, mais est réduit en cendres après quelques paroles de la mère. The end. Certains ont cherché à prêter un sens figuré à cette histoire : la Princesse représenterait l'opéra, et The Fool (l'Idiot, rappelons-le) serait le public britannique. De ce qu'il ressort des déclarations de Holst (qui est aussi l'auteur du livret), il ne faut pas aller chercher si loin. D'ailleurs, le compositeur britannique, qui était également enseignant, aimait à faire travailler ses élèves sur des parodies de styles musicaux. La musique du ballet évoque l'entrée de Klytämnestra dans Elektra. Un thème fait penser au Phantom of the Opera d'Andrew Lloyd Weber, et ce n'est pas La Fanciulla del West cette fois-ci. A un autre moment, on pense à l'España de Chabrier. Mais globalement le style est original, un peu lisse, et bien sûr plus proche de Britten que de Poulenc ou Berg. L'ensemble s'écoute avec plaisir, mais on a un peu de mal à comprendre si on a affaire à une comédie (le texte) ou à une œuvre dramatique (la musique), de sorte que la perplexité du public de la création est tout à fait compréhensible. Dans l'optique d'une comédie, le Wizard de Richard Golding flirte avec les vieux barbons de l'opéra italien et on peut lui pardonner un haut medium tendu. Dans le rôle de la mère, Pamela Bowden offre une belle voix de contralto. La Princesse de Margaret Neville est tout à fait adéquate. John Mitchinson restitue efficacement la parodie verdienne et le Wanderer de David Read est proprement hilarant. Plutôt que l'humour supposé de l'ouvrage, la direction de Charles Groves met en avant les aspects spectaculaires de la partition (il est dommage d'ailleurs qu'il s'agisse d'un enregistrement monophonique). La captation manque un peu de relief, avec des chanteurs enregistrés près du micro : un choix qui se justifiait probablement pour une retransmission radiophonique des années 60.

 

 

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